‹ Histoire de l'AmériqueChapitre 10 sur 43 · LIVRE PntMlËÂ. ti · texte numérisé non relu

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font aujourd'hui de leurs danois, et les y laisjsaieni jusqu'à la saison de se remettre en mer. Ge n'est donc pas dans lés tem^ïs héroïques de la Grèce que nous devons nous attendre à iolt la ôcience de la navigation et Tesprit de découverte foire des pro- ^s sensiWes; dans ce période d'Ignorance et debtti^bar}e% înille causes concouraient à resserrer dans des borqes étrolM la curiosité et Tactlvitô de rhomme.

Mais les Grecs passère;it rapidement à un état de civilisation èf de lumières. Les formes les plus parfaites d'un gouverna tfient libre s'établirent dans les villes de la Grèce : de bonnes lois et une police i*éguliôre s'y Introduisirent par degrés ; leë âdenceâ et les arts qui sei^ve^t à l'utilHé ou à l'agrément de la fie y Turent portés à une grandie perfection^ et plusieurs des républiques grecques s'adonnèrent au commerce avec tant d^ai»^ déur et de succès^ qu'oUes furent regardées par lés anciens 66mme dés puissafiees iftaritinies du premier ordre ; oepenûant les victoh^es^ navales des Grecs doivent être attribuiez plutôt à 1-açtivité naturelle de ce peuple et au eoufage qu'ln^ spire la liberté, qu'à son halrfleté dans l'art de la navigation^ ies grandes actîond de la guerre de Perse, que l'éloquence'de leurs historiens a rendues Immortelles, furent (Biécotées patr deë flotteâ (imposées principalement de Vaiàseaux sans ponts S , d'od les équi pages «^élançaient avec une valeur hnpétueose et âins règle, pour aborder les vaisseaui émiénris. Dans la guerre du Pélopontee, leurs navires n'éteient en^e considérables iû par la grandeur ni par la force, et l'étendue de leur ocMnmeroë était proportiOimée à leur marine. Les états maritimes de la âj^ n'entoy^ht guère de vaisseaux (^u delà de kl Méditerlânée r leur principale Gorrespondàncie était avec les cokmiés qi»e leurs compatriolesf avaient formées dans l'AsieMIneiM, dftns ritalie et dans la SioHe. Ils abordaient quekntefois avt ports de TEgypte, de la Gaule et de la Thrace; ou, traversiartt l'Retlespont, ils trafiquaient avec les petTples établis autour du ^nt-Euîln. On trouvé des exemples étonnants de leur ignoftmce sur les pays mêmes situés entre lest limites où se vefikt^ âlâât Mt navigation, tor^qtté M tifed eurent ràssieniblé ft

* Thucyd. lib. I, cap. 14*

24 HISTOIRE DE L'ÀBIÉRIQUË.

Égine la flotte combinée contre Xerxès, ils jugèrent impraticable de la porter jusqu'à Samos, parce qu -ils crurent que la distance de' cette lie à Égine était aussi considérable que celle d'Égine aux colonnes d*Hercule^ Ils ne connaissaient aucune partie du globe au delà de la Méditerranée ; du moins ce qu'ils en connaissaient était uniquement fondé sur des conjectures ou sur les relations d*un petit nombre de .voyageurs qui, poussés par la curiosité et Tâmour des sciences, avaient pénétré par terre dans l'Asie supérieure, ou étaient allés par mer en Egypte^ contrées qui ont été le berceau de la philosophie et des arts. Malgré les instructions quQ 1^ Grecs purenttirer de ces" sources, ils paraissaient avoir igfioré les faits les plus importants sur lesquels doit étrefondée une Connaissance exactect méthodique du globe.

L'expédition d'Alexandre d§ins l'Orient étendit sensiblement chez lés Grecs la sphcVre de la navigation et de la science géo« graphique. Qet homme extraordinaire, malgré les passions violentes qui le portèrent quelquefois à commettre des actions cruelles, et à former des entreprises extravagantes, était fait par ses talents, non-seuTement pour conquérir, mais encore pour gouverner le monde: il était capable de concevoir ces plans hardis de politique qui donnent une nouvelle face aux choses humaines.' La révolution qu'il produisit dans le commerce par la force de son génie n'était peut-être pas inférieure à celle qu'il opéra dans l'empire par le succès de ses armes. La résistance et les efforts de la république de Tyr, qui suspendirent si longtemps le cours de ses victoires, lui fournirent probablement une Occasion d'observer les grandes ressources d'une puissance maritime, et lui donnèrent quelque idée des immenses richesses que les Tyriens tiraient de leur commerce, surtout de celui qu'ils faisaient aux Indes orientales. Dès qu'Alexandre eut détruit cette rt^publique et soumis l'Egypte à sa domination, il forma le plan de rendre ie'nonvel empiré qu'ilseproposaitd*étiiblir le centre du corn a)^e, ainsi que le siège <le la puissance : c'est dans cette vue qu'il fonda une grande ville à laquelle il donna son nom, près d'une dos eih-

Ucrodot. lib. ViH,p. iSz.

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bouchures du Nil, alin que, par le moyen de la mer Méditerranée et par la proximité du golfe Arabique, elle pût commander également le commerce de TOrient et de TOccident *. Cette situation fut si heureusement choisie , qu'Alexandrie devint bientôt la principale ville commerçante du monde. Non-seulement pendant la durée de Tempire grec en Egypte et dans rOrient, mais même lau milieu de toutes les révolutions qui troublèrent, successivement ces contrées depuis .le temps des Ptoléméeç jusqu'à la découverte de la navigation par le Cap de Bon ne- Espérance, le commerce, particulièrement celui des Indes orientales, continua de suivre le canal que lui avaient tracé, la prévoyance et la sagacité d!Alexandre.

Son ambition ne fut pas satisfaite d'avoir ouvert aux Grecs une communication par mer aux Indes ; il aspira à la souverain neté de ces régions, qui fournissaient au reste du monde tant de productions précieuses, et il y conduisit son armée par terre; cependant, quelque audacieux qu'il fût, on peut dire qu'il dé^ couvrit plutôt qu'il ne conquit cette contrée. Dans sa marche vers l'Orient, il ne s'avança pas au delà des bords des rivières qui tombent dans rind us, et ce fleuve est aujourd'hui la limite occidentale du vaste continent de l'Inde '. Au milieu des étranges exploits qui distinguent Cette partie de son histoire, il suivit un plan qui prouve la supériorité de son génie ainsi que la grandeur.de ses vues. Il avait pénétré dans l'Inde assez avant pour se confirmer dans l'opinion qu'il avait de Timportance d cette contrée relativement au commerce, et pour apercevoir quelles immenses richesses on pouvait tirer d'un pays qù les arts du luxe^ étant déjà cultivés depuis longtemps, avaient été portés à un plus haut degré de perfection qu'en aucune autre partie de la terré '.

Plein de cette idée, il résolut d'examiner le cours de la navi^ gation. depuis l'embouchure de l'Indus jusqu'au fond du golfe Persique, et, si elle était praticable, d'établir une communication régulière eç[tre ces deux points. Pour cet effet, il se proposa de détruire les cataractes dont les Perses, par jalousie et par

/ Strab. Geograpli. lib. XVn, p. 1143, 1149.

* liC Moullan et le Sind sont cepAndant traversés par ITndus. (D. L. ft.)

* Sirah. Gcojjrapli. li.b. XV, p. io36. -^ Q. Curt. lib. XVIII, cap. 9.

haine contre les étrangers, avaient embarrassé rentrée dé TEu- . phrateS et de faire remonter par cette rivière et par lé Tigre, qui s'y joint, les marchandises de rOrient dans Içs parties itllérieures de ses domaines d*Asie; tandis que, par le moyen du folfe Arabique et du Nil,*ces mêmes marchandises pourraièht être transportées à Alexandrie et distribuées dans le iresté du monde. Néarque, officier, doué de grands talents, eut le commandement de la. flotte destinée à cette expédition, et acheva heureusement ce voyage, qui fui regardé* comme une entreprise périlleuse et si importante qu'Alejcaiidre lui-même la considérait comme Tun des événements les plus ëxti-aordinaireè qui avaient signalé son règne. Quelque facile que fût aujourd'hui une pareille expédition, on tie peut nier qu'elle n'offrit alors beaucoup de difficultés et de périls, et lès circonstances dont elle fut accompagnée fournissent des exemples frappants du peu de progrès que les Grecs avaient fait dans la science de la navigation *. Leurs vaisseaux n'avaient jamais franchi les bornes de la Méditerranée, où le flux, et le reflui èônt à pefne sensibles; et lorsqu'ils observèrent pour la première fois ce phénomène à l'embouchure de l'Indus, ce fut pour eux un prodige, par lequel les dieux semblaient leur annoncer que le ciel désapprouvait leur entreprise *. Pendant toute leur route, il parait qu'ils n'avaient" jamais perdu de vue la terre, mais qu'ils longeaient les côtes de si près qu'ils ne pouvaient guère profiter de ces vents péf iôdiquéS qui facilitent la navigation dans l'Océan indien ; aussi leuf fallut-il dix mois entiers* pour parcourir un espàde qui, de l'emtouchurè de l'Indus à l'entrée du golfe I^eï^ique, né comprend pas plus de vingt degtés. Il est probable qu'du milieu des troubles violents et des révolutions frécjuerites que suscitèrent dans l'Orient les querelles des successeurs d' A lexah^ dre, 1.1 navigation aux Indes nar la routé que Kéarqué avait ouverte fut dîscontinuée; niais le cdmmercé des marchandises indiennes qui s'était établi à Alexandrie non-Seulement subsista^ iMii éhcorè s'étendit sous lé§ roîô é^ecS qui géiïvernètent Ffe

» Strab. Geogr. lib. XVI, p! 1075.

* Voyez la Note 4*

* Voyéi fa I^otI 6,

* Plinii Hial. î(at. KU. VI, Cip. ît

gYptç, ^( devint une ^ fr|tn4e9 gources de I4 ridiepie qui ^ répanilit dans ce royaume.

Les Bomains restèrent encore au-dessous des Greps dans Tart de la navigation ainsi que dans Tcsprit de découverte. Le ^é^ nie du peuple, son éducation militaire, Tesprit de ses lois, con? coururent à le détourner dçs objets de commerce et de marine ; cp fut pax la nécessité de s'opposer à un rival forinidable, non par le désir d'étendre leur commerce, que les Romains cber- Ghèrent à acquérir la puissance maritime. Ils ne tardèrent pas i^ s'apercevoir que» pour obtenir la domination universelle à laquelle ils aspiraient, jl fallait se rendre maître de la mer; cependant ils regardèrent toujours le service naval comme Mr\ état subordonné, réservé à ceux des citoyens qui n'étaient pas d'un rang à être admis dans les légions^ On trouverait difficilement dans toute Tbistoire romaine un seul événement qui prouvât que la navigation fCit pour eux autre chose qu'un instrument de conquête. Lorsque la valeur et la discipline de$ Rpnoains eurent subjugué toutes les puissances maritimes de r^iicien monde, et que Carthage, la Grèce et l'Egypte furent soumises à leur domination., ils ne prirent point 1 esprit çono^ merçant des nations qu'ils avaient conquises : ce peuple de soldats aurait regardé comme une dégradation du nom de citoyen romain de s'adonner au commerce. Ils laissaient les arts mécaniques, le négoce et la navigation aifx esclaves, aux aflrancUis, aux habitants des provinces et aux citoyens de ta dernière classa* Lors même qu'après la destruction de la liberté, les mœurs eurent commencé à perJre de leur sévérité et de leur fierté pre- . mière, le commerce n'acquitpas une grande considération che; lesRonaains. La Grèce, l'Egypte et les autres pays conquis^ quoique réduits en provinces romaines,, continuèrent de faire leur commerce comme auparavant. Rome, étant la capitale du monde et le siège du gouvernement, attirait naturellement à el)e toutes les richesses et le$ productions utiles des provinces. Leç Romains, satisfaits de cet avantage, paraissaient souffrir san^ peine que le commerce ipestât presque entièrement entre le$ mains des habitants de ces diverses contrées.

Cependant l'étendue df> la domii^ation romaine, qui ^ml)r^*

' Polyb. Ub*. Y.

sait presque tout l.e inonde connu, ]a vigilance des magistrats et l'esprit 4*un gouvernement qui joignait Tintelligence à Tactivjté, avaient donné au commerce une nouvelle vigueur en lui donnant plus de sécurité; jamais il n'y eut entre les nations une communication aussi bien établie, une union aussi {parfaite que celles qui existaient entre les parties de ce vaste empire. Le commerce n'était ni arrêté dans ses opérations par la jalousie d'états rivaux, ni interrompu par des hostilités fréquentes, ni limité par des restrictions partielles : tme puissance suprême faisait mouvoir et. réglait l'industrie des individus, en même • temps qu'elle jouissait de leurs efforts réunis. • Cette influence se fit sentir à la navigation* et servit à la perfectionner. Dès que les Romains eurent pris du goût pour les supcrlïuités de l'Orient, le commerce qui se faisait avec l'Inde par l'Egypte fut poussé avec plus d'activité, et s'étendit au delà de ses anciennes limites. En fréquentant le continent indien, les navigateurs apprirent à connaître le cours périodique, des vents, lesquels, dans la mer qui sépare l'Afrique dèilnde, soufflent avec très-peu de variation de l'est pendant une moitié de l'année, et de l'ouest pendant l'autre moitié. Encouragés par cettQ observation, ils abandonnèrent l'ancienne manière, aussi lente que dangereuse, de naviguer le long des côtes, et aussitôt que la mousson de l'ouest commençait, ils partaient d'Ocelis à l'embouchure du golfe Arabique, et cinglaient hardiment à travers l'Océan *. La direction uniforme du vent, suppléant au défaut de boussole et rendant l'observation des étoiles moins nécessaire, les conduisait au port de Musiris sur la c^te occidentale du continent indien. Là ils prenaient à bord leurs cargais#Dns, et, revenant avec la mousson dé l'est, achevaient* leur voyage par le golfe Artibique dans l'espace d'une année. Cette portion de rinde, connue aujourd'hui sous le nom de Malabar, parait avoir été la dernière limite de la navigation des anciens Oans cette partie du globe: quant aux pays immenses qui s'é-^ tendent au delà du côté de Test, ils n'en avaient qu'une connaissance très-imparfaite, fondée sur les relations d'un petit nombre de. voyageurs qui y avaient, pénétré par terre. Leurs excursions n'étaient pas fort étendues, cl probablement tant

» Piidii Hhl HUt. lib. Vf, cop. a3.

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