‹ Histoire de l'AmériqueChapitre 11 sur 43 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

que J.a communication des Romains avec Tlndo subsista, aucun voyageur n*avança plus loin que les bords du Gange*. Les Hottes d'Egypte qui trafiquaient à Musiris étaient, il est vrai, chargées d'épiceries ou d'autres riches marchandises du continent et des Iles des parties ultérieures de Tlnde ; mais c'étaient les Indiens eux-mèuies qui v^naientdans des canots, faits d'un luiul arbre, apporter ces marchandises au \)OtX de Mu§iris, devenu l'entrepôt de ce commerce '.Les négociants égyptieuB et romains, contents de se les procurer de cette manière, ne jugeaient pas à propos d'affronter des mers inconnues et de s'exposer à «ne navigation périlleuse, pour chercher les pays qui pnxluisaient ces denrées précieuses. Quelque bornées que fussent les découvertes des Romains dans l'Inde, ils y faisaient cependant un commerce qui peut paraître considérable, même aujourd'hui où ce* commerce a été porté fort au delà de ce qu'on a pu tenter ou même concevoir à aucune époque antérieure. Nous apprenons d'un auteur célèbre ' que le commerce de l'Inde faisait sortir chaque année de l'empire romain plus de quatre cent mille livres sterling (environ dix millions de francs), et nous trouvons dans un autre qu'il paiiait annuellement cent vingt vaisseaux du golfe Arabique pour l'Inde *.

La découverte de cette nouvelle manière de naviguer aux Indes est le pas le plus considérable qui ait été fait dans la navigation pendant toute la durée de la puissance romaine ; mais, dans l£S temps anciens, la connaissance des pays étrangers était bien plus le fruit des voyages de terre que des expéditions de mer* ; et quoique celles-ci offrissent urt moyen plus prompt et plus facile de faire des découvertes, on peut dire qu'elles ont été absolument négligées des Romains, qui avaient un éloignement particulier pour les occupations maritimes; mais la marche de leurs armées victorieuses contribua beaucoup à étendre les découvertes par terre, et ouvrit même à la navigation des mers nouvelles et inconnues. Avant les conquêtes dg£ Romains^

• Slrab. Geogr. lib. XV, p. 1006.— Voyez la Note 6,

• PlniiiNa4.nUc. lib.VI,cap. 26.

' IbUI.

• Sirab. Gcogr. lib. H, p. 179. à Voye» la Norf 7,

les nations civilisées de Tantiquité n'avaient aucune communication avec les pays qui forment aujourd'hui les royaumes le$ plus riches et les plus puissants de l'Europe. Les parties intérieures de l'Espagne et des Gaules étaient peu conmies; l'Angleterre, séparée du reste du monde, .n'avait jamais été visitée que par ses voisins les Gaulois et par quelques négociants àirtbaginois ; à peine avait*on entendu parler de la Germanie; les armes des Romains pénétrèrent dans tous ces pays : ils subjuguèrent entièrement l'Espagne et les Gaules; ils conquirent là partie la plus considérable et la plus fertile de l'AngleterrjB ; ils 8*avancèrent dans la Germanie jusqu'aux bords de l'Elbe. En Afrique, ils acquirent une connaissance assez exacte des provinces qui s'étendent le long de la Méditerranée, depiiis l'ouest de l'Egypte jusqu'au détroit de Gadès. En Asie, non-seulement îts soumirent à leur domination la plupart .des provinces qui composaient les empires de Perse et de Macédoine, mais môme, après leurs victoires sur Mithridate et sur Tygrane, ils paraisôent avoir observé les pays contigus au Pont-Euxin et à la mer

•Caspienne avec plus d'attention qu'ils ne l'avaient fait auparavant, et avoir établi un commerce plus étendu que celui des Grecs avec les nations riches et commerçantes qui habitaient

. alors autour du Pont-Euxih.

L'esquisse que je viens de tracer du progrès des découvertes et de la navigation depuis les premières traditions que nous a laissées l'histciire jusqu'à l'entier établissement de la puissance romaine, prouve combien il a été lent et timide. Il semble qu'on avait droit d'attendre de plus grandes choses de l'activité entreprenante de l'esprit humain et de la puissance des grands.' empires qui ont successivement gouverné le monde. En rejetant toutes les traditions fabuleuses et obscures, en s'attach'ant uniquement à la lumière et aux faits authentiques de l'histoire, sans y substituer lesconjectureé de l'imaginatio nou les rêves des étymologistes,. il faut donc conclure que les anciens n'avaient qu'joe connaissance très- bornée du mondé habitable. En EuropeTils avaient à pjcine quelque idée des provinces étendues situées à l'est de l'Allemagne : ils connaissaient encore moins les vastes pays qui composent aujourd'hui les royaumes de Danemark, (je Suède^ 4? Pfwsse, de Pologne, et Te^pire de

Russie. le& régions plus stériles situées sous le cercle arctique n'avaient jamais été visitées. En Afrique, leurs recherches ne s'étendaient guère au delà des provinces qui bornent la Méditerranée et de celles qui sont situées sur la côt^ occidentale du golfe Arabique. Eu Asie, ils n avaient, comme je Tai déjà fait observer, aucune connaissance dçs riches et fertiles contrée^ qui sont au delà du Gange et d'où viennent les denrées précieuses qui dans les temps modernes ont été le grand objet dii commerce des Européens dans l'Inde : il ne parait pas non plu^ qu'ils aient jamais pénétré dans ces régions immenses, occupées alors par les tribus errantes, auxquelles ils donnaient le nom gériéral de Sarmates ou de Scythes, et possédées aujourd'hui par différentes nations tartares et par les sujets asiatiques de ^a Russie.

Une opinion généralement établie parmi les anciens nous donne une idée plus frappante du peu de progrès qu'ils avaient fait dans la connaissance du globe habitable que tout ce qu'on pourrait conduye du détail de leurs découvertes. Ils regardaient la teri'e comme divisée en cinq régions, au^cquelles ils donnaiep^ le nom de zones. Ils appelaient zone§ glacées celles qui étaient les plus voisines des pôles, etçyoyî^ient que le froid excessif qu^ y régnait continuellement les rendait inji^bita'bles. Ils apper. ' laient zone tdrride celle qui es^ située sous la ligne, et qui s'étend d'un et d'autre côté jusqu'aux tropiques, la croyant continuellement embrasée d'une ch^legr brûlante qui la rendait également inhabitée. Ils doiinajent le nom dç tempérées aux deux autres zones qui occupaient le reste de la terre, et prétendaient que celles-cj, étant les sébiles régions o(^ les êtres vivants pussent subsister, avaient été çjestjnées ppur Phabitation^ naturelle de l'hqmmç. Cette étyai^e opinion n'était pas un préjuge du vulgaife ignorant ou.une vaine fiction des poètes : c'était un système adopté par les philosophes les plus éclairés, les meil-. leurs histpn^ns, et les géographes les plus instruits de la Grèce et de Rome. Dans cette hypothèse, il y ^vait une grande partie de la terre habjtée aujourirhui où l'on croyait que Tespèce hu- ^laine i^e pouvait pas subsister : on regardait comme le siège éternel de la stérilité et de la solitude ces régions fertiles ^t peuplées de la zone torride, qui noa-seulement fournissent à

leurs habitants avec la plus grande profusion les choses les plus nécessaires et les plus agréables de la vie, mais encore communiquent au reste delà terre le superflu de leurs richesses. Comme toutes les parties du glolie que les. andiens* avaient découvertes se trouvent dans la zone tempérée du nord, .s*ils croyaien.t que la zone tempérée du sud était habitée,, c'était une opinion fondée sur le raisonnement et les conjectures, non sur Inobservation. Ils regardaient même l'excessive chaleur de là zone torride comme une barrière insurmontable, qui empocherait à jamais toute communication entre les habitants respectifs des deux zones tempérées. Cette extravagante théorie ne prouvé pas seulement que les anciens ignoraient le véritable état du globe; elle tendait encore à rendre leur ignorance perpétuelle, en leur représentant comme impraticable toute tentative pour s'ouvrir une route vers les régions éloignées de la terre ^ • Mais, quelque bornées et imparfaites que les connaissances géographiques des Grecs et des Romains doivent nous paraître, en les comparant à Tétat actuel de la géogfaphie, nous ne pouvons pas nous dispenser d'admirer les découvertes qu'ils ont faites et le degré d^étendue auquel ils ont porté la navigation et le commerce, si nous comparons leurs travaux avec l'ignorance des temps anciens. Tant que Tempire romain conserva assez de force pour maintenir son autorité sur les nations conquises et pour les tenir unies, onregarda comme un objet de police publique aussi bien que de curiosité particulière, d'examiner et dé décrire les pays divers dont ce grand corps était .coiti posé. Lors môme que les autres sciences commencèrent à être négligées, la géographie s'enrichissait d'observations nouvdles,' et, s'éclairant par l'expérience de chaque siècle et les observat-ions de chaque voyageur, continuait de faire des progrès: elle fut portée, par le génie et les soins de t^tolémée,*au plus ha,ut point d'exactitude et de perfection qu'elle ait atteint chez les anciens. Ce philosophe florissait dans le second siècle dé l'ère chrétienne, et il apubliè. une description du globe terrestre, plus ample et plus exacte que celles d'aucun de ses prédécesseurs. - Ce fut peu de temps après cette époque que des secousses violentes vinrent agiter l'empire romain : la fatale ambition ou

• VoycylàNoTE 8,

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