‹ Histoire de l'anatomie plastiqueChapitre 13 sur 78 · A. Chéreau, op. cit., p · texte numérisé non relu

A. Chéreau, op. cit., p

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par son testament en date du 22 avril i5i8, Léonard léguait à François Melzo, un de ses plus chers disciples, {( tous et chacun des livres » qu'il possédait au temps où il testait. Or tout porte à croire que Léonard avait, par devers lui, en mourant, la collection complète de ses manuscrits, que, dès i520, Melzo la porta à sa villa de Vaprio, et que, tout en faisant ce qu'il put, durant le cours de sa vie, pour qu'on en appréciât à sa valeur le contenu, au moyen de copies qui furent l'origine de la publication connue sous le nom de Traité de la -peinture, il garda tous les textes originaux avec un soin jaloux, jusqu'à sa propre mort, qui eut lieu en 1570. Aussitôt après cet événement, la dispersion commença \.. »

Nous verrons plus loin comment un bon nombre de ces manuscrits et dessins ont été publiés de nos jours. Nous en tenant pour le moment au Traité de la peinture^ nous ferons remarquer que, si Léonard ne s'y montre pas aussi anatomiste qu'il l'était, il s'y montre surtout physiologiste et observateur profond, en ce sens que, s'il s'attache peu à déterminer les caractères particuliers des formes anatomiques, il se préoccupe surtout de donner une idée générale de l'aspect du sujet vivant, selon le mouvement accompli, selon l'effort. Il étudie les conditions musculaires de l'équilibre du corps, les contractions synergiques, comme dans l'action d'avancer, de reculer, de marcher contre le vent; il montre (chap, clxxvi) comment, dans l'action de serrer un objet dans la paume de la main,

I. Gh. Ravaisson, les Manuscrits de Léonard de Vinci, 1. 1, p. 2.

Favant-bras grossit et s'enfle, parce que c^est là que se gonflent les corps musculaires qui fléchissent les doigts de la main. Si, en effet, pour voir avec quelle précision sont abordées ces questions, nous feuilletons le livre de Léonard ^ nous y trouvons, en nous bornant à quelques exemples caractéristiques, les chapitres suivants : chap. xliii, où il est dit : « Le peintre qui aura l'intelligence de la nature des nerfs, des muscles et des tendons, sçaura bien connoistre, dans le mouvement d'un membre, combien de nerfs (lisez tendons) y concourent et de quelle sorte, et quel muscle venant à s'enfler est cause qu'un nerf (tendon) se retire, et quelles cordes et petits tendons se ramassent et environnent le muscle : et se gardera de faire comme plusieurs qui en toutes sortes d'attitudes font tousjours paroistre les mêmes muscles, aux bras, au dos, à l'estomac et aux autres membres. » Le programme des études d'anatomie plastique est tout entier résumé par ce passage du maître. — Au chapitre clxxiv, nous trouvons pour titre : « Des mesures du corps humain et des plis des membres. » Mais, comme les titres des chapitres indiquent quelquefois plus de substance que ces derniers n'en contiennent, Léonard, dans celui-ci, ne parle que du bras; il se borne à signaler que « la mesure du bras estendu ne se trouve pas esgale à celle du mesme bras retiré », c'est-à-dire l'avant-bras étant fléchi. — Le chapitre clxxvi traite « de la jointure des mains avec

I. Nous citons ici, d'après l'édition française de la Bibliothèque de l'Ecole des beaux-arts : Traitté de la peinture de Léonard de Vinci, donné au public et traduit d'italien en françois par R. F. S» D. C. ("Roland Fréart, sieur de Chambray), Paris, i65f.

les bras » ; le chapitre clxxvii : « des jointures des pieds » ; mais il n'est pas compréhensible. — Dans le chapitre clxxx, intitulé « Des membres des hommes nuds », nous relevons les lignes suivantes : « Des membres des hommes nuds lesquels travaillent et font quelque action de force, ceux-là seuls doivent estre bien marquez de muscles du costé desquels ces muscles font mouvoir le membre qui est en action, et les autres membres seront plus ou moins ressentis de muscles à proportion de la force et du travail qu'ils font. » Celte idée, qui n'est qu'une expression plus précise de celle rendue par le premier passage que nous avons cité (d'après le chap. xliii), cette idée était si importante aux yeux de Léonard de Vinci, qu'il y revient encore à plusieurs reprises, et notamment dans son chapitre ccxxv. Parfois il est presque inexplicable. Ainsi, dans le chapitre ccxxi, intitulé « D'où vient que les muscles sont gros et courts », il dit : « Les hommes musculeux ont les os espais, et sont d'une taille grosse et courte, et ont peu de graisse, parce que les muscles charnus par leur croissance se resserrent l'un avec l'autre, et la graisse qui se glisse ordinairement entr'eux n'y a point de place, et les muscles en ces corps maigres estans contigus ensemble, et ne se pouvant estendre, ils prennent leur croistre en grosseur, et ils croissent et se fortifient davantage en la partie qui est la plus esloignée des extrémitez; c'est-à-dire, vers le milieu de leur largeur et longueur. » Ce qui veut dire, si nous comprenons bien, que ces hommes ont peu de graisse parce qu'ils ont de gros muscles, et qu'ils ont de gros muscles parce qu'ils ont peu de graisse.

Il parle aussi des proportions; mais, dans un chapitre, prenant comme unité la face, deux chapitres plus loin c'est la tête qu'il choisit, et les applique Tune et l'autre, en même nombre, à la mesure des mêmes régions. En voici la preuve. Au chapitre clxvii, il est dit que : « L'homme en sa première enfance a la largeur des espaules esgale à la longueur du visage^ et à l'espace du bras qui est depuis l'espaule jusques au coude,, lorsque le bras est plié : elle est encore pareille à l'espace depuis le gros doigt de la main jusqu'au ply du coude, et pareille encore à l'intervalle depuis le bas du ventre jusques au milieu du genoûil ; et de mesme encore que de la jointure du genoûil à celle du pied : mais quand l'homme est parvenu à sa dernière hauteur, toutes ces mesures doullent en longueur, horsmis le visage, lequel avec la grandeur de toute la teste reçoit peu de variété : et ainsi l'homme qui après estre arrivé à son dernier croistre est devenu d'une taille bien proportionnée, doit estre haut de dix faces, et la largeur des espaules a deux de ces inesmes faces ^ et ainsi toutes les autres susdites largeurs sont pareillement de deux faces. » Au chapitre clxix il est dit : « Entre les hommes et les enfans je trouve une grande différence de longueur de l'une à l'autre jointure, d'autant que l'homme a depuis la jointure des espaules jusques au coude^ et du coude au bout du pouce, et de l'extrémité d'une espaule à l'autre, une largeur de deux testes, et à l'enfant cette largeur n^est que d'une teste. »

A quelle cause attribuer ces différences d'opinion qui, dans un traité véritablement didactique, seraient insupportables? Souvenons-nous d'abord que le Traité

de la peinture est la réunion de notes laissées par Léonard. Il est possible, il est même probable, qu'après avoir constaté que la longueur de la face peut être contenue deux fois dans la longueur du bras, de Pavantbras avec la main, enfin dans la largeur des épaules, et Pavoir pris en note, Léonard a observé que la longueur totale de la tête serait préférable et Pa également noté; tous, nous en faisons autant dans les notes qui nous sont personnelles.

L'éditeur de ces notes les ayant prises en bloc, peut-être sans les comparer attentivement, et les ayant ainsi livrées à l'impression, c'est probablement à cette association posthume qu'il faut attribuer le manque de logique que nous venons de relever. 11 serait injuste de l'attribuera Léonard qui, s'il avait publié lui-même ses observations, aurait très, probablement d'abord fait un choix.

Quant à la description des os, des ligaments et des rbuscles, elle n'existe pour ainsi dire pas. Comme notions d'ostéologie, Léonard ne donne que quelques indications sur les os sésamoïdes, dans le chapitre ccxxix. Le seul ligament dont il parle, c'est le ligament interosseux de Pavant-bras que, dans le chapitre ccxxviii, il décrit sous le nom de « corde sans muscles ». Enfin, pour ce qui concerne la myologie, les indications se réduisent à une description succincte du muscle grand droit de l'abdomen, dont il est fait mention dans le chapitre ccxxx, intitulé « Du muscle qui est entre les tétins et le petit ventre ».

L'édition de i65i, d'après laquelle nous faisons nos citations, est, ainsi que celles qui lui ont succédé,

accompagnée de gravures faites d'après des dessins au trait exécutés par Le Poussin. Dans cette édition, dit Charles Clément, ces dessins, retouchés et ombrés par Errard, ont été gravés par Lochon \ Cette collaboration, évitant de mettre en cause le grand nom du Poussin, nous permet de faire remarquer combien sont mous et sans caractère les dessins représentant le squelette des membres qui accompagnent les chapitres CLxxiv et cLXXvii, auxquels, plus haut, nous faisons allusion. Celui que nous reproduisons (fig. 2) est suffisant pour légitimer notre observation.

11 peut paraître surprenant que, ainsi que nous venons de l'indiquer en le soulignant, les dessins du Poussin, qui illustrent le Traité de la peinture ^ aient été retouchés par un autre artiste, et que Poussin Tait autorisé; nous rappelons que Poussin et Errard étaient contemporains. Parce qu'ils étaient en rapports Pun avec Pautre, cette collaboration pourrait être considérée comme étant une marque de confiance de la part du Poussin. Mais deux cas ont pu se présenter : ou Le Poussin a engagé Errard à faire ces retouches, ou Errard, ne trouvant pas les dessins du Poussin à sa convenance, a pris sous sa responsabilité d'y faire des retouches sans en prévenir l'auteur, ce qui alors supposerait des relations peu cordiales.

Cherchant à nous faire une opinion sur cette question, nous avons eu recours aux auteurs qui se sont occupés de la biographie de ces artistes et des rapports qui existaient entre eux. Nous en avons appris

I. Charles Clément, MicJicl-Ange, Léonard de Vinci, Raphaël, Paris, 1867, p. 38o.

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d^abord que « le Poussin faisait peu de cas du talent d'Errard^»; puis que « Errard gagna Taffection du Poussin, qui Taida puissamment de ses conseils- »\

FIG. 2. PLANCHE D OSTEOLOGIE.

(Léonard de Vinci. Traité de la Peinture.)

enfin que « comme Errard avoit beaucoup de liaison avec le célèbre M. Poussin, il en tira de grandes lumières"^)). Ces deux dernières opinions étant contradictoires avec la première nous donnèrent Pidée

1. Robert Dumesnil, le Peintre graveur français, Paris, i835, 1. 1, p. 97.

2. Firmin-Didot frères, Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Paris, i836, t. XVI, colonne 3i i.

3. Voir dans les Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de VAcadémie royale de peinture et de sculpture^ publiés d'' après les manuscrits conservés à V École des Beaux-Arts, par MM. L. Dussieux, E. Soulié, Ph. de Chennevières, Paul Manti, A. de Montaiglon, Paris, 1854, t. I, p. 75, le mémoire historique des principaux ouvrages de M. Errard, nommé directeur de l'Académie royale de peinture et de sculpture, lu à l'Académie pour la première fois le samedi 4 novembre 1690, et relu en partie le 2 janvier 1699'

l'anatomie plastique. 3

qu'elles se rapportaient peut-être à des époques différentes de la vie du Poussin. Il nous semble que les indications suivantes nous permettront d'avoir une idée plus juste de la question des retouches. A un certain moment (1643) le Poussin jugeait favorablement le talent d'Errard : « Errard avait fait de plusieurs portraits des copies auxquelles le Poussin donnait son entière approbation \ » Mais plus tard, après la publication en i65i du Traité de la peinture^ dans une lettre au célèbre graveur Abraham Bosse, qui desirait savoir la part qu'il avait prise à la publication du traité de Léonard, traduit par M. de Chambray, il s'exprime ainsi : « Pour ce qui concerne le livre de Léonard de Vinci, il est vrai que j'ai dessiné les figures humaines qui sont dans celui qui appartient à M. le Chevalier del Pozzo; mais toutes les autres, soit géométrales ou autrement, sont d'un certain Degli Alberti, celui-là même qui a tracé les plans qui sont au livre de la Rome souterraine. Les Goffi (mauvais), paysages qui sont derrière les figurines humaines de la copie que M. de Chambray a fait imprimer, y ont été ajoutés par le Sieur Errard, sans que j'en aie rien su 2. » Si nous accordons à la locution « le sieur Errard » la signification qu'on lui donnerait maintenant, celle-ci indique des rapports peu cordiaux ; en tout cas le Poussin n'avait pas été prévenu des retouches faites par Errard, et il les juge sévèrement, mais justement (voir les figures dans l'édition de i65i).

1. H. Bouchitté, Poussin; sa vie et son œuvre, Paris, i858, p. 191.

2. Collection des lettres de Nicolas Poussin, Paris, 1824, p. 36i.

La lettre dont nous venons de citer un extrait devient encore plus concluante si nous en lisons le texte absolument exact. En effet, les termes en ont été adoucis par Quatremère de Quincy, qui surveilla et dirigea la publication de la Collection des lettres de Poussin. La véritable rédaction se trouve dans un ouvrage de A. Bosse ^ à qui, nous Pavons dit, cette lettre fut adressée. Poussin s'y exprime d^une façon alors très nette, car il dit : « Les gaufes Païsages qui sont au derrière des figurines humaines de la copie que M. de Chambray a fait imprimer y ont esté ajouts par un certain Errard, sans que j'en aye rien sceu. »

Un certain Errard. cela est démonstratif au point de vue de l'absence de sentiments affectueux.

Mais n'oublions pas que nous nous livrons à ces recherches à propos des deux planches d'anatomie qui accompagnent le Traité de la peinture. Poussin ne se plaint que des paysages qu'Errard, sans le prévenir, a ajoutés à ses figures; or les planches ont, pour être gravées, passé entre les mains de Lochon ; peut-être alors ont-elles été encore modifiées, et les planches d'anatomie en particulier.

Il ne serait pourtant pas rigoureusement juste de laisser à Lochon seul la responsabilité de ces planches anatomiques médiocres; en relisant le passage de la lettre du Poussin indiquée plus haut, nous voyons que « les figures, soit géométrales ou autrement, sont d'un certain Degli Alberti ». « Autrement » s'applique peut-

I. A. Bosse, Traité des pratiques géométrales et perspectives, enseignées dans l'Académie royale de la peinture et sculpture, Paris, i665, p. 129.

}(î L'A NATOMIE PLASTIQUE.

être aux figures anatomiques, probablement même, puisque, dans le livre qui nous occupe, il n'y a qu'elles qui soient différentes des figures humaines et des dessins de géométrie.

Peut-être nous sommes-nous trop étendu sur cette question? Mais il nous semble que cela n'était pas inutile, car nous voulions essayer de diminuer les regrets de ceux qui, sachant que les planches du Traité de la peinture sont du Poussin, et constatant que certaines sont médiocres, s'étonneraient à juste titre du désaccord qui existe entre la valeur de ces planches et le talent du maître auquel elles sont attribuées.

Pour en revenir au texte, les lacunes que nous avons signalées plus haut deviennent compréhensibles si Ton observe que Léonard de Vinci méditait de rédiger un traité d'anatomie, auquel, du reste, il fait à plusieurs reprises allusion dans son Traité de la peinture^. C'est surtout dans les manuscrits qui ont été en partie publiés dans ces dernières années qu'on trouve Pexpression la plus complète des préoccupations anatomiques de Léonard de Vinci.

Nous allons donc passer rapidement en revue ces manuscrits, afin de rechercher ceux qui renferment des études anatomiques.

Ces manuscrits se composent essentiellement de feuilles contenant de nombreux dessins, à côté desquels sont inscrites des notes, de la main de Léonard. Ces notes, en italien, sont composées de caractères tracés à rebours, c'est-à-dire sont écrites en allant de droite

I, Voir les chapitres xxii^ clxxi, ccxxiii, ccxxvii, ccxxxi.

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à gauche, et non de gauche à droite, comme dans l'écriture ordinaire. D'après Ravaisson {op. cit.., t. I, p. 2), Léonard était gaucher, et, du reste, il écrivait à rebours pour rendre difficile la lecture de ses notes, et se mettre ainsi à Pabri des indiscrets qui auraient été tentés de surprendre ses idées et de se les approprier.

Actuellement, ces dessins et manuscrits sont conservés, les unsà Milan (Bibliothèque Ambrosienne), les autres en Angleterre (Bibliothèque de Windsor et British Muséum), les derniers enfin à Paris (Bibliothèque de l'Institut).

Les manuscrits de Milan ont été publiés en partie, en 1872, sous le titre de Saggio délie opère di Leonardo da Vinci : Codice Atlantico. Milano, 1872 \

I. Antérieurement aux publications milanaise {Codice Atlantico)f anglaise (P. Richter) et française (Ravaisson), dont nous recommandons l'étude, à cause de leur caractère d'authenticité et de fidélité dans la reproduction, divers recueils ont été composés, à la fin du siècle dernier et au commencement de ce siècle, avec des dessins de Léonard; mais les reproductions y étaient faites par la gravure, d'une manière relativement peu fidèle et souvent incomplète. Les principaux de ces recueils sont :

— Recueil de testes de caractère et de charges dessinées par Léonard de Vinci, Florentin, et gravées par M. le C. de C. (Comte de Caylus), Paris, lySo, in-40. — Ce recueil ne renferme pas de dessins d'anatomie, mais seulement des têtes grotesques et des caricatures.

— Carlo Gius. Gerli, Disegni da Leonardo da Vinci, Milano, 1784, in-fol. (et 2® édition, i83o). — Ce recueil contient quelques dessins d'anatomie (musculature des épaules, du cou et des membres).

— John Ch.2iVn.hQvW\ne, Imitation of original designs by Léon, da Vinci, London, 1796. — John Chamberiaine, Original designs of the most celebrated master of the Bolognese, Roman, etc., Schools, London, 181 2. — Ce recueil contient un bon nombre de dessins d'anatomie.

Les dessins et notes de Léonard y sont reproduits par les procédés de la photographie, de sorte que le lecteur a réellement sous les yeux des pièces originales. Malheureusement, ce recueil ne renferme pas de dessins d'anatomie humaine, mais seulement, en fait d'anatomie, quelques esquisses relatives au cheval; et encore la plupart des dessins sur le cheval sont-ils relatifs à des projets de construction de charpentes destinées à soutenir et à transporter un grand cheval coulé en bronze. Mais du moins Pintroduction de ce recueil renferme de bonnes indications sur Jes travaux anatomiques de Léonard, et une très judicieuse appréciation de la manière dont il a fait usage, comme artiste, de ses connaissances anatomiques : « Quoique Léonard fût plus versé qu'aucun de ses contemporains dans la science anatomique, il sut cependant éviter dans ses dessins comme dans ses tableaux cette exagération et cet étalage de muscles, de tendons, d'os et de veines qui caractérisent trop souvent certaines œuvres de cette époque, et qui les font ressembler, comme disait Léonard lui-même, dans son Traité de la peinturCj plus à un sac de noix qu'à figure humaine {piiittosto un sacco di noci clie figura umana). »

Les manuscrits de la Bibliothèque de l'Institut de France, dont les cahiers de dessins et notes sont catalogués chacun sous une lettre indicatrice, renferment les matières suivantes :

Le manuscrit A renferme des croquis et légendes portant sur la mécanique, la perspective, l'arithmétique, la géométrie, l'acoustique, l'hydraulique, les lunettes, la lumière, la chaleur; mais il contient aussi

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de nombreuses études sur l'équilibre du corps humain et son centre de gravité dans diverses attitudes et mouvements (fol. 28), sur les proportions de la tête du cheval, et sur les proportions du corps humain (fol. 63).

Le manuscrit B est relatif à l'architecture, la géométrie, la mécanique, et surtout à de très remarquables éludes sur le vol des oiseaux, sur la mécanique de la nage (avec indications curieuses sur la construction d'appareils de sauvetage en cas de naufrage).

Les manuscrits C et D ne portent guère que sur l'optique, la lumière et les ombres, la construction de rœil.

Le manuscrit E est formé de notes sur la géométrie, la perspective, la lumière, Tarc-en-ciel ; mais ses feuilles les plus remarquables sont relatives à la mécanique animale, c'est-à-dire au vol des oiseaux, de la chauve-souris; on y voit également des notes sur la mécanique des quadrupèdes, sur les plis des jointures.

Le manuscrit F est relatif à l'eau, au flux et reflux de la mer, à l'optique, à la géométrie, et renferme, comme parties plus spécialement à signaler, quelques notes sur des sujets de physiologie, sur les poissons pétrifiés (premières indications sur les restes fossiles).

Le manuscrit G est relatif à la plupart des questions qui ont été reproduites dans le Traité de la peinture (ombres, lumière, paysage), et, de plus, renferme des indications sur la botanique (dessins de fleurs et fruits), sur le vol des oiseaux et des papillons, sur le fonctionnement de l'œil et sur la vue chez les personnes âgées.

jo l'anatomie plastique.

Les manuscrits H et I contiennent des apologues et des sentences, des notes relatives à la ge'ométrie, aux mathématiques, des études de grammaire latine.

Le manuscrit K commence la série de ceux qui sont plus riches en considérations anatomiques. En effet, d'une part, sMl renferme des notes d'arithmétique, d'optique, d'hydraulique, d'autre part, il traite de la comparaison de la marche des bipèdes avec celle des quadrupèdes, de la comparaison des membres de l'homme et de ceux du cheval, de l'anatomie de ce dernier, du vol des oiseaux; il nous révèle la préoccupation constante de poursuivre les recherches anatomiques jusque dans leurs détails les plus profonds, far V anatomia delVossa segate jper vedere la grosse:[:{a delVossa, y est-il dit sous forme de note sur un projet de recherches.

Le manuscrit L est consacré au vol des oiseaux et contient de nombreuses feuilles relatives aux fortifications.

Enfin le manuscrit M est tout entier consacré à la géométrie et à la mécanique (poids, mouvement, mécanisme de la natation des poissons).

Ces manuscrits ont été l'objet d'une magnifique publication en six volumes qui furent édités de 1881 à 1891 (Ch<arles Ravaisson-Mollien, les Manuscrits de Léonard de Vinci). Ces manuscrits, reproduits par la photogravure, sont accompagnés d'un double texte, dont l'un est le texte original italien des notes écrites à rebours par Léonard, mais reproduit en caractères. ordinaires, et l'autre une traduction française de ces notes.

Les manuscrits conservés en Angleterre ont fait

plus particulièrement Tobjet des deux volumes publiés par J.-P. Richter^ Mais cette publication n^est pas, comme les pre'cédentes, une reproduction par la photographie des pièces originales; elle est seulement une analyse, feuille par feuille, des manuscrits, avec transcription, en italien et en anglais, des notes manuscrites de Léonard. Parmi ces manuscrits, ceux qui peuvent ici nous intéresser sont conservés, Tun au British Muséum (le manuscrit Br M), lés autres à la Bibliothèque royalede Windsor (les manuscrits W, W An I, W An II, W An III, W An IV).

Le manuscrit Br M, relatif surtout à l'architecture, renferme aussi des notes sur la vision, les fonctions du globe oculaire, les paupières chez l'homme, les paupières chez les oiseaux.

Le manuscrit W est formé presque en entier de feuilles relatives à Fanatomie : proportions du cheval, muscles, intestins, anatomie de la tête, dissection des vaisseaux sanguins, pupille des oiseaux nocturnes, muscles du bras, projets de recherches anatomiques, recettes médicales.

Enfin les manuscrits W An I à W An IV sont exclusivement relatifs à Panatomie et à la physiologie, comme Pindiquent du reste les lettres sous lesquelles ils ont été catalogués (W An =^ Windsor anatomie, c'est-à-dire recueils anatomiques de Windsor).

Le cahier W An I, composé de dix pages, et daté par Léonard lui-même du 2 avril 1489, est un fragment d'un véritable traité d'anatomie : il renferme des notes

I. Jean-Paul Richtcr, The Literary Works of Leonardo da Vinci, 188 3.

sur le crâne et les dents, sur les mouvements des yeux, sur les actes du bâillement, éternuement, spasme, sueur; sur la faim, le sommeil, et enfin sur les mouvements des articulations du coude et du genou.

Le cahier W An II, composé de 72 pages détachées, et que Richter rapporte aux années 1490 ou i5oo, contient des études sur les muscles, sur les veines de la tête, sur les muscles des lèvres, de la bouche, de la langue; sur les veines et muscles du bras et du dos; sur les artères, les poumons, le cœur; sur les intestins, Testomac, le foie, la vessie ; sur la force des muscles, et se termine par deux pages sur Talchimie et les esprits animaux.

Le cahier W An III, de 46 pages, est également formé de feuilles détachées d^un projet de traité d'anatomie, car il est relatif au cœur, aux veines, aux artères, aux poumons, aux muscles du bras.

Enfin le cahier W An IV, de i38 pages, et qui paraît daté de l'année i5i5, traite également des muscles du dos, du bras, de la main; des vaisseaux; du cœur, intestin, poumon, etc.

La partie de ces manuscrits de la Bibliothèque de Windsor plus particulièrement applicable à Panatomie plastique, vient de faire Tobjet d'une publication qui, en plus de Pintérêt que présentent les œuvres reproduites, a cet avantage de mettre sous les yeux de tous les pièces originales et complètes qui constituent les manuscrits de Léonard de Vinci \

I. Les Manuscrits de Léonard de Vinci de la Bibliothèque royale de Windsor. De PAnatomie. Feuillets A, publiés par Théodore Sabachnikoffavec traduction en langue française, tran-

En effet, le grand public ne pouvait naguère en vérifier les éléments que par des publications partielles ou incomplètes, et pour Tanatomie notamment, pour les diverses branches des sciences biologiques, ce que nous connaissions des dessins et notes laissés par Léonard faisait ardemment désirer d'en voir davantage \

D'après la nature de ces manuscrits, il est évident que Léonard de Vinci a étudié Tanatomie de Thomme et des animaux, surtout seul et réduit à ses propres investigations sur le squelette et sur le sujet disséquée

scrits et annotés par Giovanni Piumati, précédés d'une étude par Mathias Duval. Edouard Rouveyre, éditeur, Paris, 1898. Nous avons emprunté à cet ouvrage les figures 3 à 7.

ï. Tout récemment, le professeur d'anatomie de l'Académie des beaux-arts de Milan, Aless. Lanzillotti-Buonsanti, s'exprimait en ces termes : « Je ne puis faire ici une étude complète sur Léonard anatomiste et physiologiste, parce que les données que nous possédons à cet égard sont encore incomplètes, les manuscrits conservés à Windsor, les plus précieux et les plus riches, au point de vue anatomique, ne nous étant encore connus que par les extraits incomplets qu'en a donnés Richter. » (Aless. Lanzillotti-Buonsanti, // pensiero anatomico di Leonardo da Vinci. Milano, 1897, P- ^90 Et plus loin (p. 22) : « Le caractère d'éminent anatomiste de Léonard ne pourra être apprécié qu'en consultant la masse énorme de ses manuscrits conservés en Angleterre. Grande sera la surprise le jour où ces notes seront publiées d'une manière complète... Alors il y aura à ajouter un nouveau chapitre à l'histoire des sciences naturelles. »

2. Les recherches de De Toni {Intorno a Marco Antonio délia Torre, anatomico veronese del xvi secolo ed ail' epoca del suo incontro con Leonardo da Vinci; Atti del R. Istituto Veneto di Science, Lettere e Arti, t. VII, série vu, 1895-1896) et celles de J. Parodi ont, du reste, démontré que Léonard de Vinci avait étiidié l'anatomie bien avant de pouvoir entrer en rapport avec

La publication dont il s'agit et à laquelle nous empruntons, en les extrayant de l'étude qui Taccompagne et que Pun de nous a rédigée, à laquelle nous empruntons la plupart des pages suivantes consacrées à Léonard, nous paraît représenter particulièrement des notes destinées à un Traité d'anatomie à Pusage des artistes. Ces notes sont jetées comme au hasard de l'étude de chaque jour; sur une même feuille sont par exemple des croquis sur l'ossature du pied et des études approfondies sur les muscles du cou et de l'épaule; parfois cependant une feuille est consacrée méthodiquement à l'anatomie du membre supérieur (fig. 3), ou de la main, ou du pied. Les notes manuscrites adjacentes à ces figures sont parfois des réflexions générales, se rapportant au plan d'ensemble de son traité ; mais ce sont le plus souvent des descriptions destinées à compléter le dessin qu'elles accompagnent, à le critiquer, à dire comment il le faudra compléter et varier en reprenant chaque partie vue sous ses diverses faces.

Une lecture attentive de ces notes permet cependant de concevoir l'ordre dans lequel elles seraient venues prendre chacune sa place dans l'œuvre d'ensemble projetée et d'apprécier la méthode générale qui aurait présidé à la réalisation de cette œuvre.

C'est essentiellement par le dessin que Léonard projetait de faire ses démonstrations anatomiques; les descriptions écrites, il les déclare insuffisantes, confuses; elles doivent seulement compléter et expliquer

Marco Antonio délia Torre. On trouvera un très complet résumé de ces études dans le travail déjà cité de Lanzillotti-Buonsanti.

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