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mention de Calcar comme dans l'édition moins com* plète de i538, mais Vésale ne cite pas davantage le Titien. Ce n'est que plus tard, dans des réimpressions faites en France et en Allemagne, que les éditeurs, sans doute pour donner plus de relief à l'ouvrage, firent apparaître le nom du Titien dans le titre même du volume : André Vésale^ Dissection du corps humain^. Figures dessinées par le Titien, ouvrage à r usage des peintres et sculpteurs^. Ainsi s'établit la tradition qui attribuait au Titien les dessins anatomiques de l'ouvrage d'André Vésale, et on n'eut garde de renoncer à cette tradition dans les diverses
éditions des plus belles planches de cet ouvrage, publiées sans texte et destinées spécialement à l'usage des artistes. Tel fut tout d'abord le cas de l'ouvrage de
FIG. 2(5. PLANCHE d'OSTÉOLOGIE.
(André Vésale. De Humani corporis fabrica.)
Libri septem. Basileœ, per Joannem Oporinwn. La dédicace, à. Charles-Quint, est datée de 1542. La dernière feuille porte la date de i555; une seconde édition fut, en effet, publiée à cette époque.
I . A ndreœ Vesalii Bruxellensis. — Zergliederung dess Menschlichen Corpers. Auf Mahlerey und Bildhauerkunst gericht.. Die Figuren von Titian ge^eichnet. Augspurg, gedruckt und verlegt durch Andréas Maschenbaiir, 1706, /o/.., 16 BIL
•loa L'ANATOMIE PLASTIQUE.
'Bonavera, intitulé simplement Anatomie du Titien^ €t de celui de Tortebat.
Le traité de Charles Estienne, dont nous avons .parlé page 82, porte une date (i545) postérieure à celle qui indique Tannée d'édition du traité de Vésale ( 1548) . Il peut donc sembler surprenant que nous ayons, dans notre étude, placé Vésale après Charles Estienne. Ceci cependant peut être expliqué. Tout d'abord nous pourrions invoquer une question de sentiment : les planches d'Estienne, malgré leur valeur, semblent si naïves lorsqu'on les compare à celles de Vésale, qu'instinctivement on est tenté de les considérer comme plus anciennes. L'impression que l'on ressent en faisant cette comparaison autoriserait à penser que celles d'Estienne sont antérieures, par l'idée très soutenable que le mieux a dû succéder au médiocre. Nous n'oublions pas cependant que ceci n'est pas une règle absolue; mais, en tenant compte de l'époque à laquelle -ont paru ces ouvrages, dont le nombre était restreint, il peut sembler légitime de croire que l'expérience acquise par un auteur a dû servir à ceux qui lui ont -succédé.
Mais cette antériorité n'est pas admissible seulement à cause d'une question de sentiment; l'ouvrage d'Estienne, malgré que la date qu'il porte semble indiquer le contraire, l'ouvrage d'Estienne est réellement .antérieur, au moins en grande partie, à celui de
I . Domenico Bonavera, Notomia di Titiano, dedicata alV illusîr. Sign. Franc. Ghisilieri^ Senatore di Bologna. Cet ouvrage a aussi .paru sous le titre latin : Liber Anatomiciis, Titianus invenit et -delineavit, Dominicus de Bonavera sculpsit.
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Vésale ; la preuve s'en trouve dans les lignes suivantes que nous extrayons de la préface écrite par Estienne : « Toutes lesquelles choses estoyent à peu près parachevées dès Tan mil cinq cens trente neuf, et jà quasi jusques au milieu du tiers livre imprimées », (c'est-à-
(André Vésale. Z)e Humani corporis fabrica.)
dire jusqu'au milieu du troisième livre ; et Touvrage n'en contient que trois), « quant à cause d'ung procès qui survint, nous fut force (à vostre grand mescontentement ainsi que je croy) déporter de cest ouvrage, et nous désister du parachèvement d'iceluy : tellement que ce temps pendant a été loysible à beaucoup d'aultres, inventer nouvelles choses touchant cest affaire, et user à leur plaisir de plusieurs cas prins et emblez de noz escriptz, et se les attribuer comme propres. » De
lo^i L'ANATOMIE PLASTIQUE.
plus, deux planches sont datées : Pune de i53o, Pautre de i53i. Estienne ne dit rien de la nature du procès dont il parle; mais, en résumé, si nous ajoutons foi à ce qu^il déclare, l'ordre chronologique que nous avons suivi à son sujet n'est pas contraire à la vérité.
Avec Vésale commença une ère nouvelle pour les études anatomiques des artistes; ils eurent dès ce moment à leur disposition des planches reproduisant les divers détails et l'ensemble du squelette et de Fécorché. Si, par le fait d'un goût particulier, et pour la nécessité d'une vérification spéciale, il leur fallut parfois encore recourir à la dissection, leur éducation anatomique put se faire régulièrement par la seule étude des planches de Vésale.
Ces planches sont véritablement remarquables et montrent, pour la première fois, une entente parfaite entre l'art et l'anatomie (fig. 25)*. Si nous trouvons dans quelques-unes d'entre elles une tendance au pittoresque, en tout cas ce n'est pas, comme dans le traité d'Estienne, ainsi que nous l'avons fait remarque^, aux dépens de la préoccupation de venir, par le dessin, en aide au lecteur.
Le premier livre, consacré à Tostéologie, contient non seulement trois grandes planches de squelette tracées d'une main ferme et même volontaire, mais encore de nombreux dessins dans le texte représentant
I- Nous reproduisons ici le frontispice de l'édition de i343. Celui de i555, identique comme composition, a dû être refait, car il diftère du précédent par son exécution et par certains détails : le squelette tient une faux; l'homme qui, dans la partie gauche de la gravure, se tient à l'une des colonnes est vêtu; etc.
XVr SIECLE.
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des détails empreints des mêmes qualités. Nous en donnons comme exemple deux têtes osseuses (fig. 26 et 27) et deux squelettes de la main.
La tête osseuse humaine (fig. 27), représentée dans le chapitre relatif au maxillaire supérieur, repose sur
(André Vésale. De Humani corporis fahrica.)
une tête osseuse de chien. Cet arrangement, qui donne à la planche un certain intérêt, n'a pas été choisi uniquement par fantaisie; en consultant le texte qui l'explique, on constate qu'elle a été ainsi disposée afin de montrer sur la tête du quadrupède la suture qui relie l'os intermaxillaire, ou incisif, au maxillaire supérieur^ suture (marquée par la lettre n) qui chez l'homme n'existe pas, ou du moins, d'après les recherches et les
éo6 L'ANATOMIE PLASTIQUE.
découvertes modernes, n'existe plus chez Thomme adulte.
Sur la planche de la main (fig. 28), il est intéressant de voir comment, avec des moyens cependant sobres, le caractère de forme a été représenté; la face dorsale surtout est remarquable. Quant aux squelettes représentés dans leur ensemble, ils sont également magistralement exécutés (fig. 29).
Ce que nous venons de dire serait à répéter au sujet des écorchés qui appartiennent au deuxième livre^ à celui de la myologie. Mais là nous voyons se maintenir et même s'accentuer ce goût particulier qui engageait l'artiste à donner à son modèle des attitudes compliquées, et à ne pas craindre de supposer au sujet qu'il représentait une bonne volonté si grande, que celui-ci ne semble nullement affecté par la dissociation ou Pabsence de ses muscles superficiels, ou leur séparation partielle des régions qu'ils recouvraient précédemment. Cette bonne volonté est telle, que le sujet ne se trouve nullement empêché de prendre même des attitudes qui sembleraient devoir être incompatibles avec le peu de résistance que lui assurent ses muscles flottants. Il est vrai que les écorchés superficiels sont aussi dans le même cas (fig. 3o); mais, fait qui résulte peut-être de l'habitude que nous avons de voiries moulages d'écorchés classiques ayant des attitudes plus ou moins mouvementées, l'étonnement que nous ressentons €st moins vif que celui qui, pour nous^, résulte de l'examen des écorchés plus profondément disséqués. Cependant l'artiste, dans certaines planches, a éprouvé le besoin de supposer une aide à l'équilibre du sujet et,
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FIG. 29. — PLANCHE d' OSTÉO LOGI E.
(André Vésale. De Humant corporis fabrica.)
io8 L'ANATOMIE PLASTIQUE.
lorsque celui-ci ne possède plus que quelques muscles, il le suspend par la tête à une corde qui, d'autre part, accroche encore l'apophyse coracoïde (planche 7, p. 23o), ou bien, à un état encore plus avancé de la dissection, il représente une muraille contre laquelle s^appuie lamentablement le sujet (planche 8, p. 232).
Ajoutons que cependant, malgré ces allures fantaisistes, les planches n'en restent pas moins démonstratives, et qu'il faut que leurs qualités aient été bien appréciées, puisque les planches de l'ouvrage de Vésale ont été utilisées par d'autres auteurs, ainsi que nous l'avons déjà indiqué plus haut et que nous le reverrons bientôt avec plus de détails, lorsque l'ordre chronologique que nous suivons nous y autorisera.
Neuf ans après la publication de l'ouvrage de Vésale, c'est-à-dire en i552, Eustachi (commencement du xvi^ siècle — 1574), anatomiste italien, voyait se terminer la gravure de quarante-sept planches anatomiques, qu'il avait fait dessiner afin d'en faire l'accompagnement d'un traité analogue à celui de Vésale, planches dans lesquelles, pour certaines régions, il donnait plus de détails.
Contradicteur de Vésale dont il combattait violemment les idées, en prenant parti, contre ce dernier, pour les théories de Galien, soit à cause de son état maladif, soit empêché par l'état précaire de ses ressources, il ne put faire paraître ses planches et, pendant plus d'un siècle et demi, elles restèrent méconnues.
Ce ne fut qu'en 1714 qu'elles furent recherchées et retrouvées, puis publiées, et, le texte d'Eustachi étant resté introuvable, accompagnées d'explications som-