‹ Histoire de l'anatomie plastiqueChapitre 34 sur 78 · FI G. 24.. DESSIN AN ATOM IQ U E DU TITIEN · texte numérisé non relu

FI G. 24.. DESSIN AN ATOM IQ U E DU TITIEN

(Musée de Venise.) D'après une photographie de Braun.

physiologie expérimentale. Cen était trop vraiment

l'anatomie plastique 7

pour ne pas exciter d'une manière dangereuse les préjugés d'une époque qui sortait péniblement de la barbarie. C'est pourquoi, en 1564, il fut accusé d'avoir porté le scalpel sur un sujet qui n'était pas mort. Déféré au tribunal de l'Inquisition, il fut condamné, pour racheter ce crime, à entreprendre un pèlerinage en Terre Sainte. Il se rendit à Jérusalem, mais au retour il périt dans un naufrage sur les côtes de l'île de Zante.

Son traité De Humani corporis fabrica avait paru à Bâle, illustré de magnifiques gravures sur bois, représentant, dans des dimensions relativement considérables, non seulement les viscères, mais encore tous les os et tous les muscles du corps. Tous les auteurs attribuent au Titien la perfection de ces dessins, et on ne saurait dire si cette interprétation fait plus d'honneur à l'artiste ou à l'anatomiste, dont elle consacre ainsi les rapports.

Mais, quoique peut-être la main du Titien ne soit pas absolument étrangère à cette œuvre, il serait bon, pour la vérité historique, de s'en tenir à ce que Vésale lui-même a dit à ce sujet.

Or la première édition de l'œuvre de Vésale parut à Venise en i538, sous la forme de six planches détachées. Ces six planches sont d'une rareté extrême; Choulant en a donné l'histoire [op. cit. p. 45)^ et cite un passage de la lettre servant de préface à cette publication, dans laquelle Vésale déclare que ces dessins

.1. Plus récemment, F, Turner a donné une bonne étude historique et critique des six premières planches d'André Vésale. /Gaieîte hebdomadaire de médecine et de chirurgie^ 1877, P* 261.)

(André Vésale. De Humant corpor'is fabrica.)

sont du peintre Joannes Stephan von Calcar\ Cette déclaration, Vésale la renouvelait un peu plus tard, <ians un autre opuscule sur la veine axillaire^

De plus, Vasari est nettement explicite quant à la question des dessins d'anatomie, et, comme contemporain, nous donne un témoignage qui tranche la question. « Parmi les élèves du Titien, dit-il, nous placerons hors ligne le flamand Jean Calker, qui sera toujours tenu en haute estime pour avoir fourni les dessins des gravures du livre d''anatomie publié par le docte André Vésale*^. »

Le collaborateur de Vésale n^est donc pas le Titien, mais essentiellement Jean-Etienne Calcar, d^origine flamande (Calcar, dans le duché de Clèves 1499-1546 Naples), qui vivait à Bologne, et, élève du Titien, en avait pris la manière.

La première édition du grand traité d^anatomie de Vésale est de 1543 {AndreœVesalii Bruxellensis^ scholœ medicorum Patauinœ prqfessoris^ de Humani corporis fabrica Libri septem; Basileœ'^)\ il n'y est pas fait

1. Ces planches, de i538, portent la mention : a Sumptibiis Joannis Stephani Calcarensis », et Vésale dit : « Illis tabulis alias adjunximus, quitus meum squeletum nuper in studiosorum gratiam constructum Joannes Stephanus, insignis nostri sœculi pictor, tribus partibus appositissime expressif. »

2. « Epistola docens venam axillarem dextri cubiti in dolore lateri secandam, etc. Basil., in officina Roberti Winter, lôSg. » — A la fin de celte lettre, Vésale dit : « 5/ suant opérant, Joannes Stephanus, insignis nostrœ œtatis pictor, non denegaverit... »

Page 1