‹ Histoire de l'anatomie plastiqueChapitre 42 sur 78 · PLANCHE ANATOMIQ^UE DE CHRYSOSTOME MARTINEZ · texte numérisé non relu

PLANCHE ANATOMIQ^UE DE CHRYSOSTOME MARTINEZ

de Grégoire Horstius (1607), etc., etc., sont des imita-

tions altérées et souvent peu réussies de Fœuvre de Vésale ». (Laboulbène, la Renaissance anatomique au XVI* siècle^ Revue scientifique^ 1886, p. 722.) Nous signalerons en particulier, parmi ces auteurs, André Dulaurens, qui, dans son Anatomia humani corporis^ copia les planches deValverde, composées elles-mêmes, ainsi que nous le savons, diaprés celles de Vésale, parce que ces planches de Vésale-Valverde-Dulaurens, furent, au xviii^ siècle, réimprimées sous forme d"'un atlas intitulé : L'Anatomie universelle de toutes les parties du corps humain, Représentée en Figures, et exactement expliquée, par ***^ Ouvrage curieux^) et utile aux Etudians en 'Médecine, Chirurgie. Sages- Femmes j et aux Peintres et Sculpteurs. Paris, lySo.

François Tortebat (1600, 1616 ou 1626, selon les auteurs — 1690), nommé membre de TAcadémie . royale de peinture et de sculpture en i663, fut frappé de la valeur des planches de Vésale et résolut de les publier sous forme d^un traité destiné surtout à Péducation des artistes; il le fit paraître sous le titre de : Abrégé d'anatomie^ accommodé aux arts de peinture et de sculpture, Et mis dans un ordre nouveau^ dont la méthode est très-facile, et débarassée de toutes les difficulté^ et choses inutiles, qui ont toujours esté un grand obstacle aux Peintres, pour arriver à la perfection de leur Art. Ouvrage très-utile, et très-nécessaire -à tous ceux qui /ont profession du Dessein. Mis en lumière par François Tortebat, Peintre du Roy dans son Académie Royale de la Peinture et de la Sculpture. Paris, 1668.

Certains auteurs indiquent, pour cet ouvrage,

l'année 1667 comme date de première édition. Sur Fexemplaire de la Bibliothèque de TÉcole des Beaux- Arts, nous voyons MDCLXVIII ; il est vrai qu^un chiffre a été ajouté; mais, la façon dont ce chiffre est marqué semble indiquer une erreur typographique corrigée au moyen d^un caractère mobile, après l'impression. De plus, nous adoptons la date de 1668 pour une autre raison qui nous semble plus valable encore : à la suite du Privilège, qui est daté du 2 novembre 1667, se trouve la mention : « Achevé d'imprimer pour la première Jois le doii:{ième janvier 1668. » Il nous semble, malgré que, bien entendu, cela n'ait pas une très grande importance, que c'est cette dernière date qu'il faut choisir de préférence à celle que l'on a quelquefois indiquée.

Le traité de Tortebat est le premier qui, en France, a été spécialement destiné aux artistes. En effet, dans son Avertissement « Au lecteur », Tortebat s'exprime ainsi : « Au reste, cet Abrégé sera si succinct, qu'on n'aura pas lieu de se plaindre du trop grand embaras de choses différentes; et l'œconomie que j'y garde, est mesme toute nouvelle ; car ayant reconnu, que ceux qui en ont écrit pour la Médecine, ont parlé d'une infinité de choses inutiles aux Peintres, j'ay voulu, que tout d'un coup l'on vist, le Nom, l'Office, et la situation des Muscles, d'un côsté; et la figure démonstrative, de l'autre. » Et, plus loin, il ajoute, et cela nous semble encore plus affirmatif : « Deux choses arrestent, pour l'ordinaire, Pestude de l'Anatomie... La seconde vient de la qualité des Livres qui en traitent, ou plustost de-la façon, dont ils en traitent, lesquels estant faits

i+o L'ANATOMIE PLASTIQUE.

pour la Médecine, sont pleins et embarassez de quantité de choses inutiles aux Peintres; en sorte que, parmy cette grande forest de difficultez, on a peine à reconnoistre ce qui est nécessaire, d"'avec ce qui ne Test pas : et C'est à quoy j^ay creu avoir apporté quelque remède, en vous donnant ce petit Abrégé. »

Les planches, au nombre de trois pour le squelette et de sept pour Pécorché, sont accompagnées d'un texte explicatif qui, pour la myologie, est divisé en trois colonnes, consacrées : la première au nom des muscles, la seconde aux insertions, et la troisième à « Foffice » des muscles, c'est-à-dire à leur action et aux formes qu'ils déterminent. Ces explications sont d'une très grande exactitude ; mais, malheureusement, lorsque l'auteur veut, dans de rares occasions il est vrai, expliquer les causes, la raison d'être de certaines dispositions, il commet des erreurs d'appréciation; il ne faut pas cependant lui en garder rancune, car de nos jours encore nous les avons entendu répéter. Par exemple, il dit : « Le Fémur est voûté par devant, et enfoncé par derrière, pour la commodité de s'asseoir » ; et plus loin : <( Entre l'Os de la Cuisse et la Jambe, il se voit un Os rond appelé la Rotule » (nous n'insisterons pas sur cette indication d'os rond appliqué à un os de forme triangulaire) « qui sert à empescher que les Jambes ne fléchissent en devant ».

Les planches ne sont pas toutes copiées d'après l'ouvrage de Vésale De humani corporis fabrica^ auquel nous avons jusqu'alors fait allusion; mais encore dans un abrégé de cet ouvrage, formé de quelques feuillets et portant, avec la même date, le titre : Andreœ Vesalii

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Bruxellensis, scholœ medicorum Patauinœ professoris^ siiorum de Humani corporis fabrica libroriim. Epitome^ où se trouvent des figures nouvelles et d^autres qui sont composées d^éléments empruntés à Touvrage principal (par exemple la planche 7 de Tortebat qui représente Técorché vu de dos). Le sujet qui faitTobjet de cette planche a sous ^on pied droit une tête osseuse que, à la page 248 du grand traité de Vésaie, Pécorché a devant lui, posée sur une pierre sur laquelle il est agenouillé; il tient, de la main gauche, une tête copiée page 761, et, de la main droite.; une autre tête, que Ton retrouve également à la page 762 \

Eniin,s.ont empruntées à la même source les deux figures qui terminent le volume, et dont Tune représente une femme et Pautre un homme nus. Tortebat explique au lecteur la raison qui l'a engagé à ajouter ces planches (fig. 48 et 49), au moyen d'une note annexée à l'une d'elles et conçue en ces termes : « Pour détromper ceux qui croyent qu'on ne peut pas sçavoir l'Anatomie sans faire dur, j'ay bien voulu vous faire voir à la fin de ce livre les deux figures que le Titien a mises à la fin de l'Epiiôme de Vésaie : vous en jugerez. »

L'ouvrage de Tortebat eut un grand succès, et plusieurs éditeurs en firent paraître des réimpressions ou des copies. Nous en trouvons une édition en 1760, semblable à la précédente , avec cette différence cependant que les planches, ayant été refaites, sont un peu

I. Ce sont deux têtes et non « les deux moitiés d'une tête », ainsi que le dit Robert Dumesnil dans son catalogue d'estampes intitulé • le Peintre graveur français, Paris, i838, t. III, p. 223.

inférieures comme exécution, et que les sujets, n'étant plus placés dans un paysage, n'étant même pas posés sur un plan quelconque, semblent planer dans l'espace ; de plus, elle est d'un format plus* petit que celui de l'édition de 1668. Nous en reproduisons le frontispice (fig. 5o). Nous en retrouverons même une autre tout à la fin du xviii® siècle; mais parce que celle-ci a subi quelques changements, nous n'en ferons l'analyse que lorsque nous aurons atteint l'époque à laquelle elle a été publiée.

Une autre édition parut en 1733, et si nous ne l'avons pas citée avant de parler de celle de 1760, dont nous venons de faire mention, c'est que le nom d'un autre auteur s'y trouve associé à celui de Tortebat, et que cette adjonction constitue pour le livre une nouvelle forme à l'appréciation de laquelle nous devons nous arrêter un instant. Ajoutons tout d'abord que le même fait se reproduit encore dans une autre édition parue en 1765. A la suite de l'exposé du titre : Abrégé d'anatomie accommodé aux arts, etc., que nous transcrivons plus haut, ces mots ont été ajoutés : « par M. de Piles », et ensuite, comme dans la première édition, « Ouvrage très-utile, et très-nécessaire », etc., « Mis en lumière par François Tortebat, Peintre du Roy », etc.

Si de Piles a collaboré à cet ouvrage, pourquoi son nom n'était-il pas mentionné sur les éditions précédentes et, en particulier, sur l'édition originale?

Roger de Piles (Clamecy i635 — 1709 Paris), artiste et écrivain, fut nommé conseiller-amateur de l'Académie de peinture et de sculpture en 1699.

FIG. 48. FIGURE COPIÉE D APRÈS l'ePITOME DE VESALE.

(F. Tortebat. Abrégé d'anatomie accommodé aux arts de peinliire et de sculpture.)

Il est absolument certain que Tortebat s^est occupé de graver les planches de son ouvrage, en les copiant d'après celles de Vésale; mais il n'est pas l'auteur du texte, et cela nous explique ces mots du titre : « Mis en lumière par Tortebat », et ce passage de la présentation de VAbî'égé d'anatomie « A Messieurs de l'Académie royale de peinture et sculpture »:«... ne me permettent pas de différer davantage à mettre en lumière ce petit Abrégé d'anatomie. qui m'est tombé entre les mains ». En connaissait-il l'auteur? C'est probable. Était-il convenu avec ce dernier qu'il ne le nommerait pas? C'est possible. En tout cas, il ne nous semble pas nécessaire de rechercher les caiises réelles du désintéressement momentané de de Piles qui, plus tard, déclara être l'auteur du texte dans les lignes suivantes que lui-même a écrites au sujet de l'anatomie : « J'en ai fait voir l'utilité et la nécessité dans la Préface d'un petit Abrégé que j'en ai fait, et que Monsieur Tortebat a mis en lumière. » (Voir l'Art de peinture, de C.-A. Du Fresnoy, Traduit en françois. Enrichi de Remarques, revu, corrigé, et augmenté, Par Monsieur de Piles, 4® édition, Paris, ijSi, p. 148.)

Mais de Piles est-il l'auteur de tout le texte? Une note, annexée à l'édition de rjbS, semble être destinée à faire naître des doutes à cet égard. Il nous faut donc juger de sa valeur.

Cette édition, parue chez Jombert, porte à la suite des considérations relatives au squelette : « Cet abrégé d'ostéologie est extrait du Traité des os., par M. du Verney, lequel fait partie des Œuvres anatomiques de cet homme célèbre, imprimées chez» Jombert en 1761,

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FIG. 4.9. FIGURE COPIEE d'aPRES l'ePITOME DE VÉSALF..

(F. Tortebat. Abrégé d'anatomie accommodé aux arts de peinture et de sculpture.)

L ANATOMJE PLASTICiUE.

en deux volumes in-4'', avec beaucoup de figures. «

Or le texte ostéologique du « Tortebat » de 1765 ne diffère pas essentiellement «de celui de Tédition de 1668, et il peut paraître étonnant alors quUl ait été extrait d'un ouvrage publié en 176 1.

GuiCHARD-JosEPH DuvERNEY (Feurs-cn-Forcz 1648 — 1730 Paris), « de l'Académie Royale des Sciences, Conseiller, Médecin ordinaire du Roi, Professeur en Anatomie et en Chirurgie au Jardin Royal des Plantes de Paris ^ », ne publia qu^une p^irtie de ses recherches anatomiques.

Ses travaux furent tous réunis après sa mort, et ce ne fut qu'en 1761 qu'ils furent publiés par les soins de Bertin, à qui Sénac avait confié les manuscrits de son maître, Duverne).

Mais, d'après la date de naissance de celui-ci, 1648, il pouvait se faire, si peu vraisemblable que cela soit, que, en 1668, date de la première édition du livre de Tortebat, il ait déjà écrit des études relatives à Tostéologie, et que ces études aient été alors utilisées dans V Abrégé d' anatomie destiné aux artistes.

Il ne nous restait donc plus qu'à comparer les deux textes.

En faisant cette comparaison, on reconnaît facilement qu'ils n'ont rien de commun, c'est-à-dire que l'on ne retrouve pas dans Duverney certains traits caractéristiques de l'ostéologie du traité de Tortebat. Nous faisons allusion aux indications que nous avons déjà relevées dans l'ouvrage de ce dernier, indications

I. Indication des qualités copiée sur le titre des Œuvres anatomiques.

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