‹ Histoire de l'anatomie plastiqueChapitre 62 sur 78 · FI G. OO. PLANCHE DOSTEOLOGIE ET DE MYOLOGIE · texte numérisé non relu

FI G. OO. PLANCHE DOSTEOLOGIE ET DE MYOLOGIE

(Charles Monnet. Études d'anatomie à l'usage des peintres.)

2i8 L'ANATOMIE PLASTIQUE.

qu'alors (nous venons d'avoir la bonne fortune de pouvoir en acquérir un exemplaire dont nous reparlerons dans un instant), en dehors des deux exemplaires (chacun d'une éditign différente, comme nous venons de le dire) de la Bibliothèque nationale, nous n'en connaissions qu'un autre qui se trouve à la Bibliothèque de l'Ecole régionale des beaux-arts de Rouen, depuis 1896, époque à laquelle il fut acquis par les soins de M. Ed. Lebel, directeur de cette école et du musée de peinture et de sculpture de Rouen. Nous tenons à ajouter que cette acquisition présente un double intérêt et une véritable importance par ce fait que, à l'exemplaire en question, se trotivent réunis la plus grande partie des dessins originaux de Monnet, d'après lesquels les gravures de l'ouvrage ont été exécutées par Demarteau. Ces dessins, il est vrai, ne sont pas signés; mais tout indique que ce sont bien les dessins originaux : ils sont d'une facture un peu plus ferme que les reproductions exécutées dans le genre du crayon, à la roulette, selon le procédé employé et perfectionné par Demarteau; de plus, ils sont retournés. En tout cas, tel est, sur l'attribution de ces dessins, l'avis du savant directeur du musée et de l'École des beaux-arts de Rouen, avis auquel nous nous rallions complètement. Sans doute, cet ouvrage de Monnet a été, à une certaine époque, entre les mains de nombreux élèves et a disparu depuis, détruit, ses feuilles ayant été éparpillées par l'usage, puisque, de même qu'à M. Tréal, il nous a été donné d'en rencontrer parfois, mais très rarement, quelques feuilles dépareillées.

XVIIP SIECLE. 2JÎ/

L'exemplaire que nous venons d'acquérir, et que

FIG. 8l. FRONTISPICE.

(J. Gamelin. Nouveau recueil d'oste'ologic et de myologie.)

nous signalons plus haut, mérite que nous en disions quelques mots.

C'est une réimpression en noir de l'édition tirée en.

sanguine, c^est-à-dire de la première édition. On y constate quelques différences qui montrent bien que c^est une réimpression, et non l'édition primitive. Le nom de Monnet n'est plus suivi que de la mention «peintre » et non plus a peintre du roi )> ; semblable suppression existe pour les mots « graveur du roi », qui accompagnaient le nom de Demarteau ; ce n'est plus c( rue de la Pelterie, à la Cloche » que Touvrage est édité, mais « cloître Saint-Benoit, n" 35o ». La suppression des mots « du roi » indiquent que Pédition en question a dû paraître après ijgS : en tout cas, c^est certainement après la mort de Gilles Demarteau, car^ c'est son neveu, élève et héritier, Gilles-Antoine Demarteau, qui, lui ayant succédé, transporta, paraît-il,i après la mort de son oncle, ses magasins à l'adresse ci-dessus indiquée. De plus, les planches, probablement un peu fatiguées par de nombreux tirages, ont, dans certaines parties, été reprises et légèrement retouchées. Nous avons déjà dit que M. Tréal n'a reconnu, dans les planches de Monnet, que quelques-uns des; dessins attribués à Géricault. Il en restait donc un; certain nombre au sujet desquels, semblait-il, il n^y avait aucun doute et qui, par conséquent, pouvaient; être considérés comme étant des œuvres originales., Nous venons d'acquérir la preuve que ces dessins sont également des copies; mais, parce queTouvrage diaprés lequel ces copies ont été faites n'a été publié qu'au commencement du xix^ siècle, ce sera en parlant des livres de cette époque que nous nous occuperons avec détail des dessins de Géricault qu'il nous reste à ana-, lyser (voir p. 257).

FIG. 82. — PLANCHE d'OStÉOLOGIE.

() Gamelin. Noui'cati reciieU â'ostèologie et de iityologie.)

En 1779, c'est-à-dire vers Pépoque à laquelle, selon toutes probabilités, parut le livre de Monnet, en fut publié un autre également destiné aux artistes. La préoccupation que son auteur a eue de donner aux planches, qui en sont la partie essentielle, un aspect artistique, la résolution de présenter les pièces anatomiques sous un aspect plus apte à frapper l'imagination, donnent à ce livre un caractère qui, s'il n'est pas absolument didactique, a du moins l'avantage de faire apprécier les études anatomiques en intéressant l'œil, disons le mot, en l'amusant. Son auteur, Jacques Ga- MELiN (Carcassonne 1738 ou 1739^-1803), peintre et graveur, était fils d'un marchand drapier qui, désirant l'engager dans la même profession, le plaça à Toulouse, chez un manufacturier anobli par Louis XV pour services rendus à l'industrie, M. Marcassus, baron de Puymaurin. Celui-ci, s'apercevant bientôt que Gamelin n'avait aucun goût pour le commerce, mais qu'au contraire il en témoignait pour les arts, l'engagea à suivre cette carrière et pourvut à ses besoins. Gamelin, après avoir remporté le grand prix de l'Académie de Toulouse, vint à Paris pour s'y perfectionner, puis alla à Rome où il fut admis à l'Académie

I. Dans la Nouvelle biographie générale publiée par MM. Firmin-Didot frères, Paris, 1857, t. XIX, l'année lySg est indiquée comme date de naissance de Gamelin. Dans le Peintre- graveur français, par Prosper de Baudicour, Paris, 1861, t. Il, p. 200, c'est lySS qui est choisi. L'auteur de cet ouvrage dit, page 202, qu'il doit ce détail « à l'excellente biographie de Jacques Gamelin, par M. l'abbé Barthe, de Carcassonne, publiée en i85i, qui a bien voulu confirmer, par lettre, qu'il n'avait fixé les dates de naissance et de mort de Gamelin que sur le vu des actes de l'état civil »

de Saint- Luc, en i 771, avec le titre de professeur et de peintre de batailles. En 1774, il revint en France où il obtint une place de professeur à TAcadémie de Toulouse; puis, en 1776, celle de directeur de PAcadémie des beaux-arts de Montpellier. Il alla ensuite à Narbonne, puis revint à Toulouse où il s'occupa de la publication de Pouvrage d'anatomie dont nous parlerons plus loin, ouvrage dont les frais, dit-on, absorbèrent tout son patrimoine. En 1793, il se rendit à Parmée qui fut envoyée dans les Pyrénées et, malgré son âge, lui offrit ses services; il fut nommé peintre de cette armée, avec le grade de capitaine du génie. Il dessina et il peignit presque toutes les batailles auxquelles il assista, tout en y prenant, par surcroît, une part active. Après la guerre il revint se fixer à Carcassonne, fut nommé professeur de dessin et d'histoire à Pécole du département de PAude, et c'est là qu'il termina sa carrière.

Si nous nous sommes un peu arrêtés à la biographie de Gameliuj c'est que, nous semble-t-il, elle peut expliquer, par son caractère mouvementé, certains détails de Pouvrage très intéressant dont cet artiste est l'auteur, ouvrage duquel nous allons maintenant nous occuper. Il est intitulé : Nouveau recueil d'ostéologie et de myologîe, dessine' d'après nature par Jacques Gamelin de Carcassonne, Professeur de Peinture, de V Académie de Saint-Luc de Rome. Pour V utilité des sciences et des arts^ divisé en deux parties. Dédié à M. le Baron de Pujrmaurin, des Académies Royales des Sciences^ Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse et de Nîmes ^ et de la Société des Arts de Mont^

(J. Gamelin. Nouveau recueil d'ostéologie et de myologie.)

iS

pellier. Toulouse, 1779- La première partie est consacrée à l'ostéologie ; la seconde, à la myologie.

Le frontispice de la première partie est intéressant (fîg. 81). Composé par Gamelin et gravé à Peau-forte par Lavallée, Pun de ses élèves, il donne, par son aspect et par certains détails, l'impression d^une gravure de Rembrandt.

Le fleuron du titre représente un champ de bataille au milieu duquel la Mort, sous la forme d'un squelette armé dMne faux, montant un cheval ailé, par un geste de commandement fait avancer son escadron, précédé de squelettes à cheval et soufflant dans des trompes, sur une foule d'individus en fuite, et dont les attitudes et les physionomies indiquent la plus vive terreur. D'autres compositions ayant pour sujets des batailles sont réparties dans l'ouvrage, et c'est en nous souvenant que Gamelin, à cinquante-cinq ans, s'enrôla dans l'armée des Pyrénées, ce qui indique qu'il devait avoir, en plus de ses facultés artistiques, un goût prononcé pour les aventures guerrières, que nous pourrons peutêtre nous expliquèrent comprendre cette introduction de gravures représentant des batailles dans un ouvrage qui n'a évidemment aucun rapport avec l'état militaire.

M-ais ce n'est pas tout, certaines gravures, qui font songer aux fantaisies de Goya, représentent des scènes d'un caractère macabre; ce sont des squelettes qui, dans un cimetière, poursuivent les vivants et enterrent les morts; des squelettes qui, écartant une draperie, apparaissent à des individus qui jouent aux cartes; d'autres squelettes qui, au milieu d'une fête mondaine.

apparaissent entourés de monuments funéraires et y entraînent des femmes vêtues d'une façon élégante, tandis que quelques-uns d'entre eux semblent simplement les engager à y reposer.

Cependant, tout en se laissant entraîner par son imagination , Fauteur n'oublie pas qu'il compose un traité didactique; mais, malgré qu'il donne des planches représentant des squelettes et des détails ostéologiques tels qu'on a l'habitude de les représenter, on devine qu'il ne peut se contraindre à rester longtemps dans cet ordre d'idées ; il faut qu'à ses représentations il mêle un élément pittoresque; alors il

représente un squelette ailé qui, montrant une académie dessinée, et ouvrant largement les ruines de sa bouche", semble proclamer la nécessité de se livrer à l'étude de pièces ostéologiques dont il est entouré

(J. Gamelin. Nouveau recueil d'osléologte et de myologie.)

(fig. 82); c'est encore une planche représentant un squelette obéissant aux appels de la trompette du Jugement dernier (fig. 83) ; deux squelettes mélomanes prenant plaisir à l'audition d'une œuvre musicale que deux autres squelettes exécutent sur le violon et sur la basse; etc.

Malgré ce qu'en dit Lordat, dans son Essai sur Viconologie médicale^ nous ne trouvons pas, en nous plaçant à son point de vue, que ces dessins soient d'une conception extravagante. La raison qui fait porter ce jugement à l'auteur que nous venons de citer dépend de la signification qu'il accorde au « squelette naturel «, c'est-à-dire à celui dont les articulations sont reliées par les ligaments conservés, et non par des liens métalliques ajoutés comme dans les « squelettes artificiels » (artificiels quant à leur monture). « Un squelette naturel, dit-il, peut avoir une sorte de vraisemblance poétique, puisqu'un Médecin a osé soutenir que la force qui opère les mouvements de l'homme résidait dans le périoste \ Mais un squelette artificiel, dont les parties n'ont pas de continuité, et qui cependant agit, marche, fait de la musique, est une conception trop extravagante^. »

Il fait allusion à Gamelin, qu'il a cité précédemment. Or celui-ci a peut-être dessiné ses squelettes d'après des pièces osseuses retenues encore par les ligaments, c'est possible, et ce qui nous le fait croire,

I. Li-bertus, De Mechanismi in corpore Iiumano absentia, Erf., 1738.

•2. J. Lordat, Essai sur Viconologie médicale, Montpellier, i8'33, p. 67 et 6S.

c'est qu^an squelette artificiel, ayant les articulations

(J. Gamelin. Nouveau recueil d'osléolo^jc et de myologie.)

plus maintenues par les liens métalliques qui s'y trouvent annexés, n^aurait pu être placé dans des attitudes aussi souples et surtout aussi variées; ensuite.

parce que sur les squelettes dits naturels les ligaments voilent les articulations, Gamelin a dû dessiner les extrémités des os d'après des pièces séparées, afin d'obtenir ainsi des figures plus démonstratives et donnant plus de renseignements sur les formes du squelette et des éléments qui le constituent.

Gamelin, et cela est regrettable, ne s'occupe pas de Parthrologie, de sorte que la seconde partie de son ouvrage traite, dès son début, de la myologie. Cette partie commence par une gravure (fig. 84) représentant le martyre de saint Barthélémy; la sentence qui condamna celui-ci à être écorché est exécutée avec une certaine rage par les bourreaux chargés de cet office. Il fallait véritablement la tournure particulière d'esprit de Gamelin pour oser représenter une scène de ce genre au début d'un traité de myologie.

Le fleuron qui orne le titre représente des artistes qui, à la clarté d'une lampe, dessinent un modèle vivant. Malgré que la composition manque un peu d'unité, cette pièce est pourtant intéressante, à cause de l'effet de lumière, de son poudroiement, qui sont rendus d'une façon « amusante », si l'on nous permet cette expression que les artistes emploient, et qui, par conséquent, ne les surprendra pas. Viennent ensuite des dessins d'écorchés d'une facture excellente, et dont le caractère de formes démontre d'une façon absolue qu'ils ont été, avec intérêt et avec plaisir, copiés d'après nature. Certains de ces écorchés sont représentés dans l'attitude de crucifiés; d'autres, couchés sur une dalle, sont vus dans des raccourcis d'une hardiesse frappante (fig. 85 et 86) ; d'autres sont accroupis; etc.

XV II ic SIECLE. 231

Mais Gamelin ne se contente pas de représenter des écorchés, il mêle à ces planches des gravures qui n'ont aucun rapport avec Tanatomie : c'est un philosophe qui écrit sous l'inspiration de personnages qui l'entourent ; ce sont encore des batailles, un portrait, etc., de sorte que, à la vue de ces additions, on peut se demander s'il n'a pas profité de l'ouvrage qu'il publiait pour montrer un certain nombre de ses œuvres, malgré leur peu de rapport avec le sujet qu'il avait à traiter. Mais ce n'est pas ainsi qu'il faut le juger; il avait une autre raison que nous trouverons bientôt dans le texte qui accompagne les planches^ et que nous allons analyser.

Dans la première partie, ce texte consiste simplement en une énumération de chacun des détails représentés, et en indications sur les proportions qui existent entre la longueur du tronc et la dimension correspondante des extrémités supérieure et inférieure; puis des dimensions de chacun des os pris en particulier.

Quant à la seconde partie qui, comme nous le savons, traite de la myologie, elle est accompagnée de généralités sur les muscles et d'études particulières de chacun des muscles superficiels et même profonds. C'est dans ces généralités que nous trouvons, à ce qu'il nous semble, la raison pour laquelle Gamelin a introduit, parmi ses planches d'anatomie, des gravures représentant des sujets n'ayant aucun rapport apparent avec la science qu'il voulait démontrer. Dans sa pensée ce rapport pouvait s'établir; du reste, voici ce qu'il dit : « Le soin que j'ai pris de traiter la Myologie à la ma-

nière du crayon, lui en rendra (à l'élève) le dessin facile. Si l'ennui le surprend dans un travail si sec et si monotone, les différents sujets répandus dans le cours de VOuvrage lui offriront les moyens de le varier, et peut-être des agrémens qu'on ne pouvoit guère se promettre de trouver dans une entreprise de ce genre. Jeunes Artistes, pourriez-vous ne pas applaudir à mes efforts, en cueillant quelques fleurs dans un champ qui n'offre à vos regards qu'une moisson desséchée et flétrie par le souffle de la mort! »

Notre jugement sur le livre de Gamelin est favorable, on a dû s'en apercevoir. Si tentés que nous soyons de lui être reconnaissants de la pensée qu'il a eue de fournir des distractions aux élèves, ainsi que nous venons de ie lui entendre dire, nous déclarons que, malgré tout, cela était bien superflu. L'étude de l'anatomie est, à notre avis, suffisamment attrayante par elle-même, pour qu'il n'y ait pas lieu de craindre que l'ennui vienne surprendre l'élève dans un travail auquel Gamelin ne craint pas d'ajouter les épithètes fausses et regrettables de « sec et monotone ».

Quoi qu'il en soit, la valeur artistique des planches qui accompagnent cet ouvrage, la façon pittoresque dont les figures sont représentées, l'aspect de bonne humeur qui s'en dégage, donnent à celles-ci un très grand intérêt. Elles font aimer l'anatomie en montrant bien ses applications à l'étude des formes. Il est certain que, vu l'insuffisance du texte et l'absence de toute indication relative à l'arthrologie, cet ouvrage ne constitue pas un traité suffisamment didactique et que, pour

apprendre complètement ce quMl est nécessaire de savoir, on aurait tort de le consulter d'une manière exclusive; mais il peut rendre des services. De sorte que nous ne saurions trop engager les élèves à parcourir le recueil d'anatomie de Gamelin.

L'ouvrage qui succéda, comme ordre de publication, à celui que nous venons de feuilleter, publié par Sue en 1788, est d\me donnée plus normale que ce dernier, c'est-à-dire moins fantaisiste; malgré que dans certaine de ses publications, ainsi que nous le verrons bientôt (p. 244), l'auteur n'ait pas craint d'abandonner les opinions admises, ou plutôt acceptables, pour se livrer à des considérations qui n'ont d'artistique que leur originalité.

La famille à laquelle Sue, notre auteur, a appartenu, les livres que son père et lui publièrent, la place que tous deux occupèrent dans l'enseignement de l'anatomie plastique, nous engagent à leur consacrer les pages suivantes dans lesquelles nous les réunissons ; malgré que cela nous oblige à retourner tout d'abord en arrière de l'époque à laquelle nous sommes parvenus.

Les Sue ^ ont formé une nombreuse famille de chirurgiens anatomistes dont certains membres, à cause de leurs prénoms semblables, ont été quelquefois confondus les uns avec les autres. C'est pourquoi

I. Le tréma est, par certains auteurs, placé sur la lettre u de ce nom. Si nous le plaçons sur la lettre e, c'est que nous le trouvons ainsi sur le titre des Élémens d'anatomie, à l'usage des peintres, etc., publiés par l'un des Sue, et, à plusieurs reprises, dans VAlmanach impérial de 181 2.

nous pensons qu'il ne sera pas inutile de fixer tout d^abord leur ge'néalogie :

Jean Sue eut comme frère Jean-Joseph Sue 1699- 1762 (dit «de la Charité»)

qui eut comme fils : 1710-1792

Pierre Sue qui eut comme fils :

(dit « le jeune ») Jean-Joseph Sue

1739-18 16 (dit « le fils »)i

1760-1830 qui eut comme fils :

Marie-Joseph-Eugène Sue 1804- 1857

Malgré qu'ils ne nous intéressent pas tous au même titre, nous croyons cependant qu'il ne sera pas inutile, afin de moins facilement les confondre, de donner un rapide aperçu biographique relatif à chacun d'eux.

Jean Sue, chirurgien, naquit à la Colle, village du canton de Vence (Var), et mourut à Paris. Il fit partie de l'Académie de chirurgie.

Pierre Sue, chirurgien, fils du précédent, naquit et mourut à Paris. Il publia divers travaux de littérature médicale. La chaire de bibliographie à la Faculté lui fut confiée; puis, en 1808, celle de médecine légale.

Jean-Joseph Sue (dit « de la Charité »), chirurgien, frère de Jean, naquit, ainsi que ce dernier, à la Colle

I. Il est ainsi désigné sur le titre de sa Traduction de Vanatomie comparée de Monro et à la signature de l'épître dédicatoire du même ouvrage; « le fils » est encore ajouté au nom de Sue dans l'Approbation et le Privilège de l'ouvrage du même auteur: Élémens d'anatomie, à Vusage des peintres, etc.

XVIII'- SI ECLE. 23s

(Var) et mourut à Paris. Il obtint de nombreux succès dans renseignement et dans la pratique de la chirurgie, particulièrement comme substitut du chirurgien en chef de l'hôpital de la Charité; et, ce qui pour nous présente plus d'intérêt, fut nommé professeur titulaire d'anatomie à PAcadémie royale de peinture et de sculpture, après avoir été professeur adjoint depuis 1746 (voir p. 245). Parmi les ouvrages quMl a publiés, nous signalerons : Abrégé de Vanatomie du corps de Vhomme (1748), et une traduction, avec des notes et des planches qu'il ajouta, du Traité d'ostéologie de Monro (1759). Nous nous occuperons bientôt de ce dernier.

Jean-Joseph Sue (dit « le fils »), chirurgien, fils du précédent, naquit et mourut à Paris. Élève de son père, il fut reçu maître en 1 78 1 , et prit à Edimbourg le grade de docteur. Il fut, en 18 14, nommé médecin en chef de la maison militaire du roi et professeur à l'Ecole des beaux-arts en 1819, dit-on; nous reparlerons plus loin de la date que nous venons d'indiquer. 11 fut reçu membre de l'Académie de médecine en 1821, et devint médecin consultant du roi en 1824. Parmi les ouvrages qu'il a publiés, nous citerons :

— Élémens d'anatomie^à Vusage des peintres, des sciilpteiit^s et des amateurs (i'* édition en 1788, 2« en i8o5) ;

— Essai sur la physiognomonie des corps vivans, considérée depuis r homme jusqiCà la plante (1797); — Traduction du traité d"" anatomie comparée de Monro

Il eut comme fils Marie-Joseph-Eugène Sue, le romancier bien connu. Nous n'avons certainement pas

ici à nous occuper d'Eugène Sue; mais nous indiquerons que, suivant en cela les traditions de sa famille, il étudia d'abord la médecine et que, sans cependant avoir pris le grade de docteur, il fut nommé aidemajor d'une compagnie des gardes du corps, suivit l'armée française en Espagne en 1823, puis fut nommé chirurgien de la marine, poste qu'il conserva jusqu'à la mort de son père, c'est-à-dire en i83o. Après s'être occupé un peu de peinture chez Gudin, il se consacra à la littérature.

Ainsi qu'on a pu le remarquer, deux membres de cette famille doivent seuls nous intéresser plus particulièrement, ce sont ceux qui ont professé l'anatomie plastique, c'est-à-dire Jean-Joseph Sue (dit « de la Charité ») et Jean-Joseph Sue (dit u le fils )>).

Nous l'avons déjà indiqué, mais il faut maintenant y revenir avec plus de détails, Sue, le père, publia en 1759 une traduction du traité d'ostéologie de Monro. Cet ouvrage, grand in-folio, superbe au point de vue typographique, est divisé en deux parties: la première contient le texte et la seconde les planches. Alexandre MoNRO (Londres 1697 — 1767 Edimbourg) publia à Edimbourg en 1726 : Osteology. or U^eatise on the anatomy of the bones ; c'est cet ouvrage que Sue traduisit, ou plutôt fit traduire, et auquel il ajouta des notes et des planches.

Le frontispice de la première partie a été composé et dessiné par Jean-Baptiste-Marie Pierre (Paris 171 3 — 1789), membre de l'Académie royale de peinture en 1742, premier peintre du roi en 1770. Ce frontispice (fig. 87) représente une allégorie dont l'expli-

(Suii. Traduction du traité d'osiéologie de Monro, i^t partie.)

cation est donnée un peu plus loin dans Touvrage : se basant sur ce principe que c^est le temps qui ajoute continuellement à la perfection de Fanatomie, Partiste « a représenté le Dieu du Tems occupé à soulever un voile, derrière lequel une lumière vive éclaire le Sujet des Observations, étendu sur une table, et vu en raccourci. L'Anatomie, sous la figure d^ne Femme appuyée sur des Livres, cherche au sein de la lumière, cette vérité qui doit être le but de toute Science utile ». Cette femme est environnée de Génies qui se préparent au travail, les uns apprêtent des instruments de dissection, les autres tiennent des pièces ostéologiques, etc.

Le cul-de-lampe du titre est consacré à la Glorification de Fanatomie (fig. 88). Enfin, la notice expose que la vignette qui se trouve en tête des chapitres, composée, comme le précédent, par le même artiste, représente « La Mort enchaînée par les Génies de TAnaiomie, tandis qu'on élève une Pyramide et des Trophées aux Vésales^ aux Winslows », etc. (fig. 89).

Nous n'avons pas à analyser le texte de ce volume, car il est destiné surtout aux études médicales. Mais nous dirons quelques mots de la deuxième partie qui, elle, contient des planches que nous verrons reproduites bientôt dans Fun des ouvrages de Sue le fils. Ces planches, dessinées par Tharsis (ou Tarsis, car il y a des variantes dans Forthographe des signatures des planches), sont au nombre de trente et une ; elles sont, comme gravure, d'une exécution très soignée qui pourrait, ainsi que cela se produit quelquefois, laisser passer inaperçues quelques erreurs de forme ou

XV IIP SIECLE.

quelques négligences dans Tindicaiion de la direction des parties (fig. 90 et 91).

Qu'on examine avec soin certaines de ces planches, et l'on constatera que dans les squelettes entiers, l'axe de l'avant-bras est sur le prolongement de celui de

Page 1