‹ Histoire de l'anatomie plastiqueChapitre 64 sur 78 · FIG. 89. VIGNETTE · texte numérisé non relu

FIG. 89. VIGNETTE

(Sue. Traduction du traité d'ostéologie de Monro, i'^'" partie.)

l'Avertissement de la seconde partie, il fait au public afin de réunir des souscriptions, il faut croire que ses espérances furent vaines, car il ne réussit à publier que l'ostéologie.

Jean-Joseph Sue, le fils, nous l'avons déjà dit, fit paraître un traité destiné plus particulièrement aux beaux-arts, sous le titre de : Elémens d^anatomie, à Viisage des peintres^ des sculpteiu^s et des amateurs; Ornés de quatorze Planches en taille-douce^ représentant au naturel tous les Os de V Adulte et ceux de VEnfant du premier âge, avec leur explication, Paris

FIG. 90. PLANCHE D OSTEOLOGIE.

(Sué. Traduction du traité d'ostéologie de Monro, 2"= partie.)

l'ANATOMIE PLASlKiUE

1788. Ces planches sont extraites du traité de Monro, traduit, ainsi que nous venons de le voir, par Sue le père. De dimensions plus modestes, grâce au pliage des planches, et par conséquent d^un maniement plus facile, ce livre eut un certain succès ; mais Tauteur, ne voulant peut-être qu'utiliser des planches déjà faites, ne publia que Tostéologie, et Pouvrage ne fut jamais terminé.

Dans le « Discours préliminaire », Sue traite de Futilité de Tanatomie plastique d^une façon assez intéressante; il parle ensuite des expressions delà physionomie et même de Forigine des passions. Tout naturellement, et il fallait s^y attendre, la méthode expérimentale n^existant pas encore, on trouve dans cette partie beaucoup de mots vides de sens, des considérations qui, par leur caractère métaphysique, n'ont jamais dû être d^une bien grande utilité aux artistes; nous y trouvons même des définitions surprenantes telles que celles-ci : « Quoique les joues n aient par elles-mêmes aucun mouvement volontaire, elles n^en contribuent pas moins à l'expression, par la rougeur ou la pâleur dont elles se couvrent involontairement dans les différentes passions » (p. 16). Quant à leur aspect de forme dans le rire, dans le pleurer, etc., il n'en est pas question ; en tout cas il est possible, malgré que Sue en dise, de modifier volontairement leur forme et leur modelé. Plus loin il dit encore: « Dans l'estime, /e regard est fixe, les sourcils sont un peu baissés du côté du ne^, et un peu élevés du côté des tempes. La tête et le corps paroissent se porter doucement en avant, le reste est dans l'état naturel » (p. 17). Que le lecteur, laissant

(Sue. Traducllon du traité d'osléologie de Monro, 2« partie.)

de côté ce qui dans cette phrase manque de clarté veuille bien chercher à exécuter le double déplacement des sourcils que Sue indique, il s'apercevra bien vite de Timpossibilité de Tobtenir ; mais si par hasard il y réussit, il verra alors sa physionomie prendre une expression rien moins que sympathique, analogue à celle que Ton peut observer chez les sujets dont les sourcils ont, naturellement, la direction indiquée plus haut.

Sue, s^intéressant aux études relatives à la physionomie, a, de plus, écrit un ouvrage spécial sur cette matière, ouvrage dont le titre montre bien qu'il ne connaissait pas, à ce sujet, de limites à ses investigations; nous faisons allusion à son Essai sur la pliysiognomonie des corps vivans. considérée depuis Vhomme jusqu'à la plante. Paris, 1797. Il y reproduit la plus grande partie du texte de son anatomie artistique relatif à l'étude des passions ; puis il parle de la physiognomonie et alors, après avoir analysé celle de l'homme, il s'occupe de celle des animaux, non seulement des quadrupèdes, mais encore des oiseaux, des poissons, des reptiles; il parle même de la physionomie des vers et déclare que « les vers intestinaux ont une physionomie décidée... que leur caractère physiognomonique inspire à l'homme la tristesse et la craintes (p. 270), etc. Mais ce n'est pas tout, il ne s'arrête pas là, car il s'occupe de la physionomie de certains végétaux, et dit alors : « Quelle expression de bonté dans les arbres fruitiers!... Les légumes bienfaisans attendent qu'on les cueille, pour nous fournir des aliments sains et agréables » (p. 275).

XVIII* SIECLE. 24s

Ainsi qu^on le voit par ces quelques exemples, Sue n^était pas dépourvu d'imagination. Enfin il termine par des éléments de botanique pure; il décrit les caractères des familles végétales, ce qui est véritablement un hors-d'œuvre inutile, même dans un livre traitant de physiognomonie.

Nous avons à plusieurs reprises parlé de la situation qu'occupèrent, dans renseignement de l'anatomie plastique, Sue le père et Sue le fils ; il nous semble intéressant de compléter ces indications 'en signalant ici les noms des professeurs qui les ont précédés dans la même chaire à TAcadémie Royale de peinture et de sculpture, depuis la fondation de cette dernière, c'est-àdire depuis 1648.

Ce furent :

François Quatroulx (ou Quadroulx), de 1648 à 1672 Jacques-Claude Friquet de Vaurose, de 1672 à 171 6 J. Trippier, de 17 16 à 1728

Sarrau, de 1728 à 1772

Jean-Joseph Sue, adjoint à Sarrau, de 1746 à 1772 id. professeur titulaire, de 1772 à 1792

Jean-Joseph Sue (dit « le fils »), adjoint à Sue père, de 1789 à 1792 id. professeur titulaire, de 1792 à i83o

L'Académie ayant été supprimée par un décret de PAssemblée nationale du 8 août 1793, mais les Écoles ayant été maintenues par décret du 28 septembre de la même année, renseignement donné jusqu'alors se continua par celui de l'École des Beaux-Arts. C'est

donc à celte dernière que Sue fils fut professeur jusqu'en i83o, et que lui succédèrent :

Edouard-Félix-Etienne Emery, de i83o à i856 César-Alphonse Robert, de i856 à 1862

Pierre-Charles Huguier, de i863 à iSyS

L'année où fut publié l'ouvrage d'anatomie de Sue le fils, c'est-à-dire en 1788, parut un autre ouvrage traitant du même sujet, mais d'un autre auteur, ouvrage intitulé : Cours d'anatomie^ à Vusage des artistes ^ par M. Bottman, Conseiller-Aiilique de Sa Majesté le Roi de Pologne ^ et médecin de la Faculté de Paris. Paris, 1788.

Ce livre, sans être parfait, mérite d'être mentionné, car il ne consiste pas seulement, ainsi que nous avons pu le constater pour presque tous les ouvrages qui précèdent, en une simple énumération des os et des muscles du corps humain. On y voit apparaître, d'une façon incomplète, il est vrai, mais intéressante, une tendance à l'association de l'étude anatomique et de l'explication des formes. Il peut être rangé parmi les ouvrages qui ont préludé, pour ainsi dire, à l'apparition des véritables traités d'anatomie plastique. Mais on y trouve de nombreuses lacunes. Par exemple, il ne contient pas de figures. Il est vrai que, dès la première page, Bottman nous indique la raison pour laquelle il a cru pouvoir se dispenser d'en annexer à son texte : « Plusieurs Lecteurs, dit-il, auroient peut-être désiré que ce petit ouvrage fût orné de planches, nous croyons devoir les avertir que ce sont des moyens illusoires d'apprendre l'Anatomie. Les meilleures que nous con-

noissons sont celles de M. Sue le père; nous ne pouvons cependant pas nous empêcher de dire qu'on y découvre une infinité de défauts. » Cette critique semble indiquer l'intention de déprécier, par contrecoup, l'ouvrage de Sue le fils, ouvrage dans lequel, ainsi que nous l'avons dit, ont été reproduites certaines des planches de Sue le père. La nature, ou plutôt la raison d'être de cette critique devient encore plus claire, si l'on observe que le livre de Sue le fils et celui de Bottman ont été édités dans la même année et à deux mois de distance seulement, le Privilège du premier étant daté du 2 avril tandis que celui du second est du 9 juin. Peut-être, pressé, pour des raisons particulières, de faire paraître son livre, Bottman n'a-t-il pas pris le temps nécessaire ,pour faire exécuter des planches; il n'y a qu'une raison de ce genre qui ait pu l'engager à dire que ces dernières ne sont d'aucune utilité.

Son livre est divisé en quatre chapitres, qui traitent : 1° du Squelette, 2» de l'Écorché ou de l'Homme musculeux, y de l'Homme recouvert de ses tégumens, 4*^ de l'Homme en mouvement.

L'ordre qu'il suit dans certains de ces chapitres est cause que souvent les descriptions se trouvent trop morcelées. Ainsi, dans l'ostéologie, il considère la tête vue d'abord par sa face antérieure et alors ne parle pas des branches du n\axillaire inférieur; il se contente de dire que « sur les parties latérales de cet os s'élèvent deux bosses allongées » (p. 7); ce n'est que plus loin, en parlant de la tête vue par l'une de ses faces latérales, qu'il décrit ces branches (p. 11), après avoir parlé, d'une

façon prématurée, du pavillon de Torcille. Gomme on peut le constater par cet exemple pris parmi beaucoup d'autres, Tordre suivi par Bottman n'est pas très didactique. Mais, si au lieu de nous attacher'à des détails nous considérons le plan général, c'est alors que ce défaut de méthode deviendra plus frappant. Après avoir parlé du squelette, Bottman entreprend l'étude des muscles; il décrit la situation, la direction, les insertions de ces muscles; il ne dit pas un mot de leur action. Puis, on rencontre dans cette myologie des indications qui, si elles se gravent dans la mémoire d'un lecteur attentif, doivent embarrasser celui-ci lorsqu'il cherche à les contrôler sur la nature. Par exemple, au sujet de la région de l'épaule : « Six muscles ne paroissent pas sous les tégumens et sont appelles épineux, sous-épineux, petit rond, grand rond, sous-scapulaire et le coraco-brachial « (p. 92) ; et pourtant, à l'exception de l'épineux (auquel il donne plus loin le nom plus complet de sus-épineux) et du sous-scapulaire, ces muscles sont sous-cutanés.

Il s'occupe ensuite des formes extérieures, c'est-àdire de l'homme recouvert de ses téguments ; mais il est sobre de détails sur cette question. De plus, nous retrouvons ce manque de méthode qui ne peut que jeter le trouble dans l'esprit de celui dont les connaissances anatomiques ne sont pas encore très étendues ; en voici un exemple ; « Le jarret est un creux... qui est relevé sur les côtés par les tendons très-forts des muscles fléchisseurs de la jambe » (p. i58). Or il a bien parlé précédemment, dans la myologie, du biceps crural, du demi-tendineux et du demi-membraneux.

mais il n^a pas dit alors que ces muscles sont fléchisseurs de la jambe; comment le lecteur peut-il deviner que c^est à ces muscles que Bottman fait allusion à propos des limites de la région poplitée ; en disant que celle-ci est un creux, il la décrit, cela se devine, en supposant le genou dans la flexion ; mais sans signaler que, pour constater la présence des modelés dont il parle, il est nécessaire de placer cette articulation dans l'attitude opposée à l'extension.

Enfin, dans la dernière partie, il s^occupe de l'homme en mouvement; Fauteur parle alors de Faction des muscles ; mais cette étude vient trop tard et, par conséquent, perd une partie de son intérêt. Ceci mis à part, il faut tenir compte à Bottman de la façon dont il décrit les actions des muscles de la face, suivant en cela le plan qu'il annonce dans Plntroduction et qu'il indique en ces termes : « L'effet que peut produire chaque passion a été passé sous silence dans la persuasion où nous sommes, que les Artistes, d'après une connoissance parfaite des muscles de la face, feront facilement l'application du jeu de chacun d'eux. )) Cette façon de comprendre l'étude des muscles de la face, rend évidemment cette étude incomplète; mais au moins n'est-elle pas encombrée par ces longues dissertations philosophiques que l'on trouve dans les ouvrages de certains auteurs, en particulier dans ceux de Sue. Il semble que Bottman, par la simplification qu'il a apportée dans cette étude, pourrait être, pour cette raison, placé à côté de Duchenne (de Boulogne).

Quoi qu'il en soit, si, pour nous résumer, nous con-

sidérons dans son ensemble Pouvrage de Bottman, nous ajouterons qu'il donne Timpression d'un livre écrit avec une certaine mollesse ; on croirait en le lisant que Fauteur, ayant dans certains passages fait quelques efforts pour être utile au lecteur, dans d'autres, n'a pas voulu se donner la même peine. Peut-être, nous le répétons, avait-il hâte de faire paraître son volume; la rédaction négligée de certains passages serait alors sinon admissible, du moins expliquée.

Le succès de Pouvrage de Tortebat, dû en grande partie à la valeur des planches qui, nous le savons, reproduisaient celles de Vésale, fut tel, qu'à certaines époques on en vit paraître des éditions nouvelles. Nous en avons déjà cité quelques-unes lorsque nous nous occupions des traités publiés dans la première moitié du XVIII® siècle et quelques années après. Vers l'époque que nous venons d'atteindre, en parut encore une, que nous tenions à séparer des précédentes, parce qu'elle a subi quelques modifications. Cette édition porte le titre de : Nouveau traité d'anatomie Accommodée aux Arts de Peinture et de Sculpture ^ par Tortebat. Exécutée dans le Genre du Crayon, par T. Leclere. Dessinateur^ pour la Facilité des Jeunes Elèves^ et Gravée par Petite Paris. Cette édition ne porte pas de date, cependant elle doit être de la fin de 1798, ou des deux premiers tiers de l'année 1799, car la dernière planche, celle qui représente le squelette vu de profil (la myologie précédant l'ostéologie), porte, gravée à l'un des angles du socle sur lequel le sujet est accoudé, l'indication suivante : P. -T. Le Clere An 7. Ainsi qu'on peut le constater par surcroît, le nom du dessinateur

n'a pas toujours été orthographié de la même façon. Le plus simple examen montre que les dix planches dont se compose .ce cahier ne sont que de très médiocres copies des squelettes et écorchés du livre de Vésale, copies non seulement pâles et indécises, mais encore souvent reproduites avec confusion et interprétation défectueuse dans les détails.

P. -T. Le Glere, par une tendance très marquée à faire revivre sous une forme qui lui devienne personnelle, les œuvres des auteurs ayant un certain renom, reprit non seulement Pœuvre de Tortebat, mais s'occupa aussi à refaire Pouvrage de Jean Cousin, avec ce titre que nous copions textuellement, sans en corriger Torthographe : « L'art du dessin démontré d'une manière claire et précise^ par Jean Cousin, Peintre Français, Revu Corrigé et augmentée diaprés les Ouvrages de ce maître et les meilleurs éditions qui ayent paru jusqu'à ce jour; Par P. -T. Le Clere, Peintre. Contenant une description exacte des Os, et des Muscles du Corps humain, et de leurs offices^ les proportions de la figure^ et plusieurs exemples, qui indiquent les moyens de la dessiner sous les différents aspects quelle présente^ soit dévelopé ou bien vu en racourcy, etc. » Cet ouvrage ne porte pas de date de publication; mais il doit être postérieur à 1821. En effet, Ambroise Firmin-Didot, dans son étude sur Jean Cousin^, l'indique comme étant la 24® édition du « Livre de Pourtraiture » de ce dernier, la 23^ édition ayant paru en 1821 .

I. Ambroise Firmin-Didot, Étude sur Jean Cousin, Paris, 1872, p. 124.

Les planches sont d'une médiocrité qui rappelle celle des planches du « Tortebat « de Le Clere; certaines, par exemple la planche représentant des squelettes, sont d'une faiblesse telle qu'il serait pénible d'y insister.

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