CHAPITRE XJI
Les traités d'anatomie plastique ont été surtout, jusqu'alors, réduits simplement à Pindication des éléments anatomiques que Partiste doit connaître, c'està-dire d Tostéologie et la myologie. Une description plus ou moins succincte de ces éléments semblait devoir suffire, tandis que les conséquences qui en résultent au point de vue de la construction générale, des changements de forme produits par les mouvements, les causes des différents modelés, se trouvaient sacrifiées. En résumé, ces traités étaient des réductions d'ouvrages d'anatomie médicale, appro-
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priés, par la suppression des organes inutiles à connaître, aux artistes pour lesquels ils étaient rédigés.
Ce n'est pas à dire que, dans ceux que nous allons voir, il ne s'en trouvera pas qui seront du même genre; mais, à côté d'eux, les dominant pour ainsi dire par leur conception mieux appropriée, nous en rencontrerons qui, tout en décrivant les mêmes éléments anatomiques sans négliger l'étude des formes que ceux-ci déterminent, devaient, dans une section nouvelle, occuper une place spéciale parmi les ouvrages d'anato'mie des formes.
Il est vrai que, dans le précédent chapitre, nous avons vu que Gamelin et Bottman se sont déjà préoccupés des nécessités de l'enseignement; mais, l'un a donné des planches intéressantes accompagnées d'un texte insuffisant; l'autre, un texte rempli de bonnes intentions qui ne pouvaient être complètement réalisées à cause de la suppression volontaire des illustrations. Ici, il en sera autrement; les ouvrages de Salvage, Gerdy et Fau suffiront à le démontrer. Cependant, tous n'auront pas la même valeur didactique, et c'est ce que va nous prouver celui qui est le premier en date, c'est-à-dire celui de Bosio.
Jean-François Bosio (Monaco 1764 — 1827 Paris)\ peintre, qu'il ne faut pas confondre avec le sculpteur Bosio, dont il était le frère aîné, publia un petit ouvrage
I. Ces dates sont celles que nous avons trouvées, avec indication du quantième et du mois, dans Bellier de la Ghavignerie, Dictionnaire général des artistes de l'Ecole française. Larousse en donne d'autres, mais sans affirmer; il dit : né vers 1767, mort vers 1832.
XIX*^ SI ECLE.
intitulé : Traité élémentaire des règles du dessin; par le Citoyen Bosio^ {élève de David) Peintre d'Histoire,
PLANCHE d'OStÉOLOGIE ET DE MYOLOGIE.
(Bosio. Traité élémentaire des régies du dessin.)
et Professeur de Dessin à V Ecole Polytechnique. Paris, an IX (1800 ou 1801), dans lequel se trouvent des
notions relatives à l'anatomie. Sur les dix-sept planches que contient ce manuel, dix repre'sentent le squelette et Pécorché, tandis que les autres sont consacrées à la façon de dessiner la tête humaine et à l'étude des proportions.
Les planches d'anatomie, d'un dessin lourd et d'un modelé médiocre, nous semblent avoir été, pour celles qui concernent la myologie, copiées d'après l'écorché de Houdon. Quant aux fragments ostéologiques, ils n'ont certainement pas été exécutés d'après nature (voir fig. 92). Le texte se réduit simplement à l'indication des noms des os et des muscles représentés.
Nous ne nous occuperons pas davantage du manuel de Bosio ; d'abord, parce qu'il n'offre pas un très vif intérêt; ensuite, parce que nous avons hâte de parcourir un autre livre, celui de Salvage, qui, par son importance, le succès qu'il a eu et les services qu'il a pu rendre, doit nous intéresser davantage et devra nous arrêter plus longtemps.
Il nous faut cependant citer auparavant des auteurs étrangers dont les ouvrages furent publiés avant 18 12, époque à laquelle Salvage fit paraître le sien. C'est d'abord Giovanni-Battista de Rubeis, élève d'Ercole Lelli, célèbre comme peintre de portraits, qui a laissé un traité où il s'occupe à la fois de l'anatomie en général, et en particulier de la physionomie humaine; ouvrage qui fut imprimé à Paris, après la mort de l'auteur, avec le titre : Traitai 0 dei iHttraii ossia traitaio per coglier le fisionomie. Traitato d'anatomia per uso dei piitori. Parigi, 1809. C'est ensuite Giuseppe DEL Medico, chirurgien, dont l'ouvrage, intitulé :
Anatomia per iiso dei pittori e scultori, Roma, 181 1, est composé de treize planches d'ostéologie, vingt de myologie, deux représentant le Gladiateur et destinées à indiquer les régions du corps et les noms qu'elles portent; enfin, trois planches bien peu utiles dans un traité d'anatomie plastique et qui — à l'exception de l'une des figures représentant, avec les muscles masticateurs, la glande parotide et le larynx que l'artiste doit connaître au moins comme situation et aspect général, — sont consacrées à l'encéphale et aux viscères thoraciques et abdominaux représentés dans un tronc vu par ses faces antérieure et postérieure. Par ceci nous ne voulons pas dire que les artistes ne doivent pas s'intéresser aux détails anatomiques qui n'ont aucune influence sur les formes, cette idée n'est pas la nôtre; mais comme l'anatomie plastique et l'anatomie médicale sont deux choses très différentes, parce qu'elles poursuivent chacune un but particulier (vérité presque banale, mais souvent méconnue), nous trouvons que la représentation du foie et de la rate, du cœur, des intestins, des reins et des poumons, dans un ouvrage destiné aux artistes, est absolument superflue.
Mais les autres planches que ce traité renferme sont, pour nous, intéressantes, par ce fait qu'elles ont été copiées par Géricault.
Nous avons vu (p. 212) que certains des dessins anatomiques de ce maître, appartenant à la Bibliothèque de l'École des Beaux-Arts, ont été reconnus comme étaot des copies d'après Monnet et que ceux qui n'ont pas été retrouvés dans l'ouvrage de ce dernier étaient jusqu'alors considérés comme ayant été exé-
l'anatomie plastique. 17
cutés diaprés naturel Après les avoir comparés aux planches des différents traités d'anatomie plastique que nous avons dû consulter pour la rédaction du présent livre, nous avons constaté^ que ces dessins sont des copies, en dimensions un peu plus grandes, des planches qui accompagnent le traité de Giuseppe del Medico^ (fig. 94 et 96).
Gela est intéressant à un certain point de vue, qui est tout à rhonneur de Géricault.
Les planches du traité de Giuseppe del Medico ne sont certes pas absolument mauvaises ; assez claires dans leur disposition, elles sont suffisamment démonstratives. Mais, au moins pour les parties myologiques, elles donnent Fimpression de n'avoir pas été copiées d'après nature; les muscles semblent avoir été dessinés d'après leur description, et non d'après des pièces disséquées. De là un sentiment de froideur qui, venant
i. Voir Mathias-Duval et Albert Bical, l'Anatomie des maîtres, planches XVI, XVII, XVIII. Ce sont les planches dans lesquelles M. Tréal, ainsi qu'il l'indique dans son article (voir p. 214), n'a pas reconnu de dessins de Monnet. Mais il y en a d'autres où sont représentés également des fragments qui ne sont pas copiés d'après cet auteur. Ce sont : dans la planche XI, les figures A et B ; dans la planche XV, la figure A; dans la planche XXV, les figures A et B. C'est de ces dessins que nous nous occupons à propos de Medico.
2. Edouard Cuyer, Note sur quelques dessins anatomiques de Géricault {Chronique des arts et de la curiosité, supplément à la Ga:{ette des Beaux-Arts, numéro du 23 juillet 1898, p. 236).
3. Nous rappelons que l'ouvrage de Medico a été publié en i8ri et que Géricault vécut de 1791 à 1824. Nous ajouterons que Ch. Clément {op. cit.*, p. 367) range les dessins d'anatomie que nous étudions parmi ceux que Géricault exécuta de 1820 à 1824.
s'ajouter à quelques incorrections de forme, contribue à donner à ces planches une certaine infériorité.
On peut objecter que Giuseppe del Medico a peutêtre fait copier ses planches dans un autre ouvrage diaprés lequel Géricault aurait exécuté ses dessins. Cette remarque, si
.MUSCCHJHUM.TAttUI*X tXVUI .
elle se vérifiait, ne changerait en rien, bien entendu, la nature des dessins de ce dernier; cependant elle mérite d^être examinée. Or, d'après les recherches que nous avons faites, nous avons reconnu que Giuseppe del Medico s'est en effet largement inspiré, sans en faire mention, des planches de Pouvrage
d'Albinus : Tabuîœ sceleti et musculorum corporis humani, dont nous avons parlé page 176. Il a fait reproduire exactement, dans les planches i et 2, les squelettes qu'Albinus avait fait dessiner. Nous avons déjà vu et nous constaterons encore bientôt qu'il n'a pas été le seul.
Mais il ne s'agit, pour le moment, que des planches de myologie, car, à part deux dessins représentant la tête osseuse, ce sont ces dernières que Géricault a plus
FIG. 9J. MUSCLE GRAND PECTORAl,
(Albinus. Tabula sceleti et musculorum corporis humant.)
spécialement étudiées. Celles-ci ont été composées, par Medico, au moyen d'une combinaison de dessins dans chacun desquels un seul muscle est représenté; par exemple, l'une des figures de Giuseppe del Medico, q,ui représente le muscle grand dentelé et le muscle petit oblique, est le résultat de la combinaison de deux figures de Tatlas d'Albinus, représentant chacune l'un
de ces muscles séparément^ De plus, ces figures d'éléments myologiques d'Albinus sont schématiques, mais d'une facture souple; on retrouve le même aspect de simplification dans celles de Medico, le même modelé, moins la souplesse; les parties squelettiques qui avoisinent les muscles sont au trait dans Albinus, dans Medico elles sont modelées, mais comme par un artiste peu soucieux d'en rendre le vé-