CHAPITRE XIII
tOSON II, COMTE DE VITRY , SES AVENTURES ET SA MORT AU SIEGE DE SAINT— QUE NTW (AN 911).
On peint Boson n, méchant , cruel, vindicatif, «apporté et barbare. Ce portrait n'est pas flatteur ; il ne l'a que trop justifié par sa conduite.
Gondelbaud , roi des Lorrains , était en différend avec Dado , évêque de Verdun , et avec plusieurs autres seigneurs de Lorraine qui voulaient lui arracher la couronne pour la donner à Louis , roi de Germanie. Boson Fragments. soutenaut Gondelbaud , et vint à son secours avec une armée. Louis arrive avec des troupes nombreuses et présente la bataille ; on l'accepte : le combat fut acharné ; mais Gondelbaud est vaincu , et tombe sous le fer ennemi. Boson n'échappe au carnage que par la fuite ; mais il. conserve une haine implacable contre Daq\Q , évêque de Verdun ; il fait des courses continuelles sur ses dopnaines , et y porte le ravage et l'incendie. Dado avait rassemblé des troupes pour le faire repentir de son audace ; mais Boson pénètre par trahison dans Verdun, met cette vite au pillage., )a livre aux Hammes , réduit l'égipe ta «^dres y et fait un nombre infini de prisonniers qu'il emmène' avec lui.
> Richard y son père, 4uc de Bourgogne, meurt en 921 , eUuihlaisse en héritage les tointés de Toul , de
gitized by Googl
VOraaiu, de Bar et quelques autres pays , qui furent pour lui une source intarissable de débats avec l'eneH» pereçr W^nry , avec Gisleberf , duc de Lorraine , et lVvèque de Verdun.
,-Jlaoul., frère de Bosuu , duc de Bourgogne , s'était fait reconnaître pour roi. Ricuin , seigneur d'Ardenney de Morelaune et comte de Lorraine , ne voulut pas se soumettre à son, empire aveç tçft autres princes lor-* rainsj^Boson Je surprit et Je tua.
Les annales bénédictines racontent de Boson îiuné anecdote qui fait connaître toute sa rapacité et ses teneur* religieuses. , , > :
:Il s'était emparé en 924, de quelques domaines du Ann*u» monastère de Gorze. L'abbé Eïnold envoie pour les réclamer un moine n/ommé Jean : ce religieux qui ne connaît point la crainte , s'avance avec un seul serviteur dans de» chemins infestés de brigands, et arrive à Vitry. IL conjure le comte au nom de Dieu et des Saints , de restituer les biens qu'il avait usurpés. Boson lance sur loi des, regards furieux , lui déclare qu'il ne rendra rien , et lui ordonne de se retirer.
, 4 Si. vous m'éloignez, lui dit Jean, il en viendra » d'autres en plus grand nombre et plus puissans , » qui ne cesseront pas de réclamer.
» Et devant qui réclameront-ils , s écrie Boson ? * sais-tu que je ne crains ni roi , ni duc , ni évéque ! . - # • Et bien , répond Jean , nous réclamerons devant y Dieu , qui peut-être ne nous repoussera pas. » ->Jïoson plus irrité encore de ces paroles, fait à Jean les plus terribles menaces. Déjà il le charge de chaînes f et se dispose à lui faire souffrir toutes sortes de sup«* plices ; mais son épouse, qui est une femme craignant Dieu f le conjure de ne faire aucun, mal à Jean et de le
)gle
laisser partir sain et sauf. Boson se laisse fléchir par ses prières ; la comtesse donne même à Jean un guide et des provisions de route. Ce moine parvient à Gorze sans accident.
Peu de temps après , un messager arrive au monastère et demande , au nom de Boson, qu'on lui renvoie Jean. Le comte était atteint d'une maladie trèsf-grave et touchait à son moment suprême. Jean , sur l'ordre de son abbé , se rend en toute hâte à Vitry. Quand Boaon l'aperçoit , il lui tend la main et lui dit :
» Quand vous êtes sorti d'ici , je ne pensais pas être » si près de la mort. Reprenez les domaines que vous » redemandiez ; faitea-m'en seulement le gardien et le » défenseur. Je réparerai tous les dommages que j'ai 1
> pu vous causer , et je vous en indemniserai avec l'or
> le plus pur. »
Le comte se trouva déchargé comme cTun fardeau accablant ; le sommeil , qui avait M ses paupière» déi puis plusieurs jours , virit enchaîner ses sens et calmer toutes ses douleurs. Boson , après atoir dormi depuis neuf heures du soir jusqu'à trois heures du lendemain, se lève/prend de la nourriture , ce qu'il w'avart pu" faire depuis plusieurs jours, et se rendort jusqu'à neuf heures. Il se réveille , appelle Jean , le nommé *ofc sauveur , le comme de témoignages d'affection* , et lé'renvoicf avec de riches présens.
Cependant il ne fut pas guéri entièrement dé sa passion de s'emparer des biens des monastères ; il s'étak approprié quelques abbayes et quelques* terres des évêchés du royaume de Lorraine , par le droit du plus fort j auctoritate dominant is. Henri i er , roi de Germanie , s'avança 1 contre lui avec xtùè puissante armée, passa le Rhin , vint «ur la Meuse et assiégea un château
nommé Dur ofôst qui appartenait au comte de Vitry. Avant d'employer la force , il tente les voies de douceur, et envoie inviter Boson à venir le voi*';' #lui promet de le' recevoir avec honneur , et de traiter delà paix avec lui; Le comte, qui était'impitoyable envers le* faibles , tremble devant un prince qui sMpprétë à le punir de ses brigandages. Il prend des précautions pour sa sûreté personnelle , vient trouver Henri i er , lui Jure 7 fidélité , restitue les terres qu'il avait usurpées sur les éçfcses et en reçoit d'autres en dédommagement. La paix fut tondue non*seulement avec Henri, mais encore avec Gislebert , due de Lorraine et les autres seigneurs.
Boson ne put jouir long-temps du repos dans son palais de Vitry ; c'était un besoin pour lui de se lancer sans cesse au milieu des agitations. Il vivait dans un siècle qui convenait à ses goûts : tout était dans fa confusion et Panarchie. lies grands seigneurs se ré^ voltaient contre leur roi et usurpaient même son trône ; les comtes s'arrogeaient le droit de prendre les armes et de se venger de leurs ennemis personnels. Vitry fut souvent victime de ces guerres intestines qu'ils se faisaient entr'eux : elles durèrent dix-huit ans.'
Charles m , avait été défait à la bataille de Soïssons par Hugues-le-Grand , qui vengea la mort de Robert • son père , que Charles avait tué de sa propre main. Le roi fat pris et enfermé dans le château de Péronne. Raoul , duc de Bourgogne , monta sur son trône et gouverna le royaume avec sagesse et fermeté. Herbert, comte de Vermandois et de Troyes , Pavait aidé par ses perfidies; mais Raoul lui ayant refusé Te comté de Laon , pour son fils Eudes , Herbert irrité , s'avança contre Vitry, qui appartenait à Boson, frère de Raoul, et s'en empara ; mais il le rendit peu de temps après à Boson.
Fr*|mcn». La rapacité du comte de Vitry lui attira bientôt encore la colère d'Herbert ; il ayait envahi certains aïeux de Rothilde : Hugues , gendre de cette princesse , s'était réconcilié avec Herbert ; ils marchèrent tous deux contre Boson , et prirent Vitry. Ce ne fut que l'année suivante , quand Raoul eut rétabli la paix , avec beaucoup de peine , entre Herbert , Hugues et Boson , que Vitry fut rendu à ce comte.
Cependant cette paix ne fut pas de longue durée ; Herbert profita de la félonie d'Anselme, à qui Boson ayait confié la garde de Vitry , et entra de nouveau dans cette ville , dont le perfide vassal lui avait ouvert les portes.
Le^ partisans de Boson reprirent bientôt Vitry , et, pour se venger, s'emparèrent par surprise. de Mouzon, ville d'Herbert; mais ce comte survient à l'improviste , pa^se la Meuse à un gué inconnu, pénètre par une porte que les habitans lui tivrent, et fait prisonniers tous les soldats que Boson avait préposés à la garde de cette ville.
Boson tenta de tirer vengeance de cet échec sur les villes mêmes de Champagne ; il s'avance avec Raoul , le duc Hugues et d'autres seigneurs y contre Reims , dont Herbert était en possession depuis sept ans , et en fait le siège. Cette ville se rend la troisième semaine;, ce fut un coup terrible pour Herbert. Raoul , maitre de Reims, fit déposer Hugues, troisième fils d'Herbert, qui, avait été installé sur le siège archiépiscopal , dans son enfance, malgré les canons. On voulait inonder ce comte de torrens d'amertumes. » •
Reims ne fut pas la seule victime des fureurs de Boson j il tourna ses armes contre Châlons. Bovon n, frère de Ja reine Friderune , seconde épouse de Charles-4e-
Simple j en était le trente-neuvième évèque ; il avait abandonné le parti du roi Raoul p^nir prendre celui d'Herbert ; il avait même mutilé quelques soldats de Boson. Ce comte emporte Chàlons d'assaut , le livre aux flammes , fait Bovon prisonnier , et le remet entre les mains du comte Hugues. Raoul lui substitue dans révécfaé de Chàlons un clerc , nommé Milon ; cependant quelques temps après il l'y rétablit lui-même.
Boson /fier de ses victoires tourne ses armes contre Bernuin y évêque de Verdun ; il ravage les terres de cet évêché par le fer et le feu ; mais Bernuin porta de cruelles représailles dans le plat pays du comte de
Vitry. *' .
Boson fut enfin victime de son humeur guerrière ; il avait enlevé le château de Dijon qui appartenait à Giselbert , duc de Bourgogne , mais Raoul le força bientôt' de le lui rendre. Boson voulut se dédommager sur Saint-Quentin; il attaque cette place avec vigueur; mais il est tué d'un trait lancé du haut des remparts : fin digne de sa vie. Son corps fut inhumé dans le monastère de Saint-Remy de Reims.
Il s'était rendu coupable d'un attentat d'un autre genre ; il avait fait trancher la tête à sa femme , sur le soupçon d'adultère.
Pendant la vie de ce comte , Vitry avait passé par bien des vicissitudes , et avait éprouvé beaucoup de calamités ; après sa mort il ne put encore goûter les douceurs de la paix.