CHAPITRE XII
BOSON I er , COMTE DE VITRY , CELEBRE A PÔNTBION SON MARIAGE AVEC HBRMENGARDE (AN 877).
Boson i er , dont la sœur Richilde était épouse de Charles-le-Chauve , réunissait plusieurs titres \ il était comte de Vitry , gouverneur de Provence et vice -roi d'Italie. Lorsque Charles-le-Chauve fut couronné roi de Lombardie , il en fut fait gouverneur avec pouvoir d'en choisir tous les comtes. Bientôt il abusa de son autorité ; il eut l'insolence d'enlever Hermengarde, fille de l'empereur Louis, et cette fiere princesse, destinée v.u Jr à porter une couronne , ne dédaigna pas de l'épouser. t,u »* ,ï9 Il était beau-frère de l'empereur Charles : on lui pardonna une action qui méritait la mort, Les noces ne furent point célébrées à Vitry , parce que le château n'était pas assez vaste pour contenir toute Faftluence qui devait s'y trouver , mais dans le palais de Ponthton avec une magnificence royale. Une si auguste alliance, soutenue par d'immenses richesses , le faisait aspirer à tout. C'était le seigneur de France de la plus aimable figure ; ses manières insinuantes lui gagnaient tous les cœurs. Le pape Jean écrivait à Bosonet à la princesse sa femme qu'ilsétaient les deux personnes dont il espérait le plus de consolation, et qu'il avait le plus d'envie d'élever aux plus hautes dignités. Boson , pour s'approcher toujours plus près du trône , maria une de ses filles au prince Carloman.
Boson , que le pape Jean vm adopta , se chargea , après un concile tenu à Troyes, de raccompagner jusqu'à Pavie , pour le défendre contre la fureur de Lambert et d'Adelbert ses ennemis , qui vinrent demander la paix au souverain pontife.
Boson ne se contenta pas' à* être gouverneur de la Provence , il voulu en être roi. Pendant la minorité de Louis ni et -de Carloman , son frère , il employa si à propos les promesses, les présens, les prières et les me- * 5 n;i ces , que le concile de Mante , au territoire de Vienne , assemblé 'AU nom de Notr+*Seignevr et par Vinspi rat ion de sa dfrine majesté , l'élut, le couronna et le sacra roi de Provence. Cette élection fut faîte et confirmée par six archevêques et dix-sept évéques. La capitale de oe nouveau royaume fut Arles.
1 Les deux jeunes rois de France , et Charles-le-Gros, roi de Germanie, vinrent l'attaquer. Ils mirent le siège devant Vienne , où s'était enfermée Hermengarde avec une nombreuse garnison. Boson s'était retiré dans les montagnes pour ne pas tout hasarder à la fois , et de-là H donnait ses ordres à toute la Provence , où il était beau coup aimé. Le siège fut fort long ; mais Çharleste^-Gros pendant ce temps se rendit à Rome où il fut couronné empereur par le pape. Les irruptions des Normands forcèrent Louis m à laisser la conduite du Siège au prince son frère ; mais il mourut à Saint-Denis. Carloman était encore au siège de Vienne quand il apprit la mort de son frère , qui ne laissait point d'enfans. Pendant' *ru*i! se rendit à Chiersi , pour être proclamé roi de Neustrie , 'les généraux qu'il avait laissés devant Vienne , 'fondèrent cette ville à faire sa soumission , et jyrirent 'Hèrnïengarde ainsi que sa fille qu'ils conduisirent à Àutun.
On ne sait point comment périt Boson i". À la chute de Charles-le-Gros , Louis , fils de Boson , petitfils par Hermengarde de l'empereur Louis n, se mit sur les rangs pour lui succéder. Mais ce fut Eudes , comte de Paris , qui l'emporta sur tous les prétendans, et qui fut couronné roi de France. Louis , fils de Boson se maintint en possession 4p laJPrgyepce , du Lyon* nais , du Dauphine , de tout ce que son père lui avait laissé dans la Bourgogne et le Perthois. Cependant la princesse Hermengarde , sa mère, remua ciel et terre pour faire couronner son fils roi de Provence ; elle s'assura du suffrage du pape et d'Arnould , roi de Germanie , et fit assembler les évêques et les seigneurs à Valence , qui le proclamèrent roi d'un consentement unanime. « Nous avons examiné, disent-ils, si nôus » devions prudemment et avec justice, élire Louis, fils » -de Boson....; nous le jugeons digne de recevoir » frmction royale qui appartient aux princes élevés à » ce rang. »
Béranger, après la mort de l'empereur Arnould, avait forcé le pape Jean ix à le sacrer césar et auguste. U jouissait de ce superbe titre depuis deux ans , quand un nouveau compétiteur vint lui disputer la couronne impériale. C'était Louis , comte du Perthois , roi de Bourgogne et d'Arles , qui aspirait à l'empire comme petit*fils de l'empereur Louis u. Il reçut en effet l'onction mpériàle dans la capitale de l'Italie; mais ayant été surpris, quatre ans après, il fut amené à son ennemi qui toi fit crever les yeux , supplice barbare dont ce prince mourut an bout de quelques jours. Il ne lui restait qu'un fils , Charles-Constantin , qui ne lui succéda pas au royaume de Provence , dont le titre fut éteint environ quarante-sept ans après l'usurpation de Boson i" , et
qu'une fille , qu'épousa Boson u , fils de Richard * duc de Bourgogne. Elle lui apporta en dot Vitry et plusieurs autres domaines. Ce Boson n est celui des comtes de Vitry qui a rempli le plus l'histoire. de ses actions ; ellea ne sont pas toutes dignes de louanges.