CHAPITRE Mlf
VRAHÇ0IS I er ACHEVE DB RUINER VITRY-EN-PERTHOIS , QUI
n'est plus Qu'un bourg (an 1546).
Quand François i* r eut conclu la paix avec Charles- Quint , il songea à reconstruire la ville de Vitry , qui était la clef de son royaume du côté de l'Allemagne. Mais comme l'emplacement de l'ancienne ville était commandé par des montagnes , il résolut de choisir une situation plus avantageuse pour la nouvelle méthode de faire la gnerre , et moins exposée au feu de l'artillerie.
Il fit bâtir à une demi-lieue de là , dans la plaine , sur une petite éminence au-dessus du village appelé Maucourt , une nouvelle ville à laquelle il donna son nom , et qu'il appela Vitry-le-François. Pour la . construire , il fit démanteler l'ancienne ; il ordonna de démolir toutes les murailles et toutes les tours qui défendaient Vitry-en-Perthois , ainsi que tout le château ; Noir, il fit même arracher les pavés des rues. On transporta au »««" nouveau Vitry toutes les pierres et les débris de l'ancien. Il ne reste autour du château que quelques traces d'un mur intérieur en craie , qui n'était destiné qu'à soutenir les terres. Entre ce mur en craie et le mur en pierre , qui était extérieur , on avait coulé une espèce de mortier composé de gravier , de chaux , de sable, de ciment et d'autres matières , qui , durcis ensemble, étaient devenus extrêmement compacts. On reconnaitlà la main des Romains, qui imprimaient en quelque sorte à tous leurs ouvrages le sceau de l'immortalité. On ne voit plus maintenant que les restes des fossés qui cei-
guaient l'ancien Vilry ; ceux qui défendaient le quartier de la Halle sont entièrement comblés ; on y a dressé des jardins ; il n'y a plus qu'un ruisseau d'égoût. Le sommet du château forme un plateau planté de vigne qui , engraissé de tant de débris et de ruines , produit le meilleur vin de la contrée. Les tours formidables et les remparts crénelés sont remplacés par de modestes sapins , qui plient leurs têtes sous le souffle du vent le plus léger. La ville-haute ne laisse plus aucune trace.
François I er éprouva plus de difficultés pour transporter les habitans de l'ancienne ville dans la nouvelle , que toutes les pierres des remparts et des édifices publics. Malgré son ordonnance de translation , la plupart des habitans se mirent à reconstruire leurs maisons en cendres , et même à élever d'assez beaux monumens. Quand François i* r en fut instruit, il fut singulièrement irrité, et donna commission deles détruire. Il ordonna aux habitans de venir se fixer dans sa nouvelle ville. Saiiigoj Mais l'amour de la patrie qui nous a vu naître est bien puissant sur le cœur de l'homme. Les habitans de Vitry-en-Perthois , et surtout les plus pauvres , ne purent se déterminer à quitter ce sol où la Providence les avait comme implantés. Ils représentèrent au roi qu'ils étaient bien malheureux , après la ruine de leur ville , après le massacre de leurs pères et le pillage de leurs biens , d'être encore obligés d'abandonner leur patrie. Ils le conjurèrent d'imiter la nature , qui ne refuse pas un asile même aux serpens. Ils lui demandèrent qu'il leur permit de demeurer dans les masures de leur ancienne ville (1). François i er ne put se montrer inexorable à
(4) Les habitans de l'ancien Vitry tenaient tellement à leur patrie , que quelques-uns qui avaient émigré' dans la nouvelle