CHAPITRE XXV. a
SUPPRESSION DE LA LEPROSERIE , BACHAT M TRENTE-CINQ CAPTIFS PAR UN MATHURJN , ET MALADIES ÉPIDfi-
miques (ans 4 646 , 1731 et 1742).
La maison de Saint-Lazare, ou la léproserie, qui subsista encore cent ans, depuis la translation de la ville de Vitry au village de Maucourt, possédait des biens assez considérables ; ils consistaient en sept journels un quart et quatre perches , tant en vignes qu'en terres , qui furent vendus le 2 janvier 1627 , et dont le prix fut mis à rente au profit de la léproserie , en une rente de 72 livres que lui devait l'abbaye de Huiron , en une ferme à Gouvrot , dite la censé de Champagne , qui fut aussi vendue le 7 octobre 1621 , à cens perpétuel portant lots et ventes pour y planter des vignes , et en une ferme , située aux villages du Miextiercelin et d'Humbeau ville , qui était louée douze septiers quatre boisseaux par moitié seigle et avoine.
Le 7 mai 1616, l'abbé de Huiron fit difficulté de payer Jes 72 livres qu'il devait annuellement à la léproserie. On lui intenta un procès , qu'il perdit ; l'année suivante on s accommoda avec lui pour les frais du procès.
Cette maison de Saint-Lazare ne devait recevoir que quatre lépreux natifs de Vitry - en - Perthois , ou qui y avaient leur domicile depuis vingt-etr-un ans et un jour ; elle n'admettait aucun étranger; ses revenus n'étaient applicables qu'aux habitans de Vitry -en- Perthois ou de Vitry - le - François.
La lèpre fut long-temps implantée sur le sol de la
d. U.dr
France; nous voyons qu'elle existait encore le 17 janvier 1615. On ordonna que des femmes seraient visitées par des médecins et des chirurgiens pour sutpicion de lèpre ; la visite faite et les femmes reconnues lépreuses et sans aucun revenu , forent renfermées dans la léproserie.
Le 10 juillet 1622 , deux lépreux étrangers s'y étaient introduits furtivement ; mais les habitans de Vitry-en- Perthois s'opposèrent à leur admission , et les forcèrent d'en sortir.
Il parait qu'aucun prêtre n'était attaché spécialement i la chapelle de Saint-Lazare ; nous voyons que le 28 octobre 1619 , le ministre et les religieux de Vitry-en- Perthois demandèrent à être commis pour y faire le service divin.
Le 15 octobre 1621, la ville nomma un jacobin , vicaire à Vitry-en-Perthois , pour y célébrer les saints offices.
Le 14 novembre 1626, le sieur Barbarat, vicaire de Vitry-en-Perthois , en étant nommé curé , demanda à continuer ses fonctions sacrées en la chapelle Saint- Lazare pendant un an ; ce qui lui fut accordé , et ses honoraires lui forent payés moitié par les habitans de Vitry-le-Françoiset moitié par ceux de Vitry-en-Perthois.
Le 12 mai 1635 , le ministre de la Trinité fut nommé pour desservir la chapelle Saint-Lazare , avec quarante livres de gages.
Gomme le nombre des lépreux diminuait , le 4 décembre 1641 , le roi mit une taxe sur la léproserie de Vitry-en-Perthois.
La lèpre finit par disparaître , et la léproserie devint inutile ; le roi la supprima : le 24 octobre 1646 , la
ville remit au sieur Renauldot , administrateur de l'hôpital , les lettres du roi pour la réunion à cet hôpital de la léproserie de Vitry-en-Perthois. Ce qui s'exécuta , le 18 novembre suivant ,Jpar le soins de l'évêque de Chàlons.
On ne supprima point le couvent de la Trinité , qui continua de rendre de grands services. Un religieux mathurin de ce couvent , qui subsiste encore en partie , donna un beau spectacle à la ville de Vitry-le-François : il était allé à Gonstantinoplc avec les aumônes qu'il avait recueillies ; il y racheta trente-cinq esclaves chrétiens , et, le 19 octobre 1 731 , il les amena à Vitry-le-François en procession pour visiter les églises. On lui donna les valets de ville et les caporaux pour escorter cette, procession , et le lendemain les valets de ville raccompagnèrent dans la quête que la ville lui permit de faire. Qui peut exprimer la joie de ces chrétiens dont ce mathurin avait brisé les fers , et qui allaient rentrer au sein de leur famille !
Vitry-en-Perthois fut ravagé par deux épidémies ; l'une en 1668, le 13 juin. Pour empêcher la communication des habitans de Vitry-le-François avec les étrangers , et pour éviter le mal contagieux , il leur fut fait défense d'aller à Vitry-en-Perthois et à Saint - Jacques , la veille , le jour et le lendemain de saint Jean, la solennité y attirant beaucoup d'étrangers de trente et ([iiarante lieues. La seconde épidémie se manifesta le 23 mai 1742. Quand cette maladie se fut déclarée à Vitry-en-Perthois et au Buisson , M. l'intendant de Vitry-le-François , ordonna à la ville d'y envoyer à ses dépens des médecins et des chirurgiens, qui devaient lui remettre un mémoire bien détaillé de cette maladie,
pour la faire consulter à Paris ; ce qei n'empêcha point
qu'elle n'emportât beaucoup du monde.