‹ Histoire de l'ancien et du nouveau VitryChapitre 33 sur 41 · PAROISSES. MISSION. MESSAGERIES ( AN · texte numérisé non relu

PAROISSES. MISSION. MESSAGERIES ( AN

jusqu'à 1669).

Dieu répand de loin en loin la coupe de sa colère sur les cités et les peuples, pour leur faire expier leurs iniquités , et pour leur faire sentir qu'ils sont entre ses ma'*ns comme des vases fragiles qu'il brise quand il lui plait ; mais les coups qu'il porte indiquent plus sa miséricorde que sa vengeance , et contribuent toujours au salut de ses élus. Puis il s'apaise et fait naître une plus grande prospérité.

Vitrjr avait été désolé long-temps par les guerres civiles et par les guerres étrangères. Mais ce n'était en quelque sorte que le commencement de ses maux; deux antres fléaux s'avançaient pour l'accabler : la famine et la peste.

Il éprouva- d'abord une excessive cherté de grains. Le 20 avril 1626 il y avait eu à Troyes et ailleurs de grandes émeutes populaires à cause du prix exorbitant des grains, occasionné par la stérilité de Tannée. Les ReeueH échevins de Vitry , craignant les mêmes désordres, et «*«M. de voulant les prévenir , firent eux-mêmes la visite dans toutes les maisons , pour connaître le nombre des habitons et la quantité de grains qu'ils possédaient. Au moyen de ce recensement on trouva à Vitry 11600 personnes usant de pain, et seulement 6400 setiers

de blé , qui étaient insuffisans poilr la subsistance du peuple. On envoya en conséquence à Jôinville, à Chaumont, à Bar-sur-Aube et à Montier-en-Der pour en acheter. Mais ces ressources forent promptement épuisées. Le 5 mai 1626 la disette augmenta au point que plusieurs pauvres moururent de faim , et que des chefs de famille abandonnèrent leurs enfans et leurs femmes. La Tille, dans sa sollicitude, arrêta que les pauvres infirmes seraient distribués dans les maisons des habitans aisés pour y être nourris , et que ceux qui seraient en état de travailler, seraient employés aux fortifications. Comme la disette continuait, il fut défendu, le 4 juin suivant, aux marchands blavetiers d'acheter des grains chez les bourgeois pour les enlever, et aux gens du dehors d'en emporter plus d'un boisseau. On exigeait, avant de leur en délivrer , qu'ils affirmassent que c'était uniquement pour leur nourriture et celle de leur famille.

Hais bientôt éclata dans Vitry un antre fléau beaucoup plus terrible. Le 49 octobre 1651 la peste s'y déclara. La ville fut consternée ; elle prit à ce sujet les plus grandes précautions , et elle fit un emprunt pour subvenir aux frais qu'elle serait obligée de s'imposer. Il fut insuffisant. Le 5 novembre suivant elle leva sur les habitans une somme de 12,000 livres pour faire face aux dépenses occasionnées par la maladie contagieuse. Elle parut se calmer ; on était dans In joie; mais le 22 juillet 1634 elle se ranima , et redoubla d'intensité. La ville prit de nouvelles précautions. Les Récoilcts fournirent un confesseur pour les malheureux qui étaient atteints de l'épidémie, les médecins un chirurgien pour les soigner , et la ville deux sacards

pour enterrer les morts. Le 22 septembre suivant la maladie sévit avec une telle violence que les habitans épouvantés s'enfuirent et sortirent de la ville. Elle était presque déserte; mais on fit sommation aux citoyens de retourner dans leurs maisons.

Le 10 février 1635, un chanoine nommé Milet, avait abandonné sa maison où était la peste ; il voulut y rentrer quand elle fut nettoyée; mais on ne le lui permit qu'à condition qu'il y resterait enfermé , sans en pouvoir sortir pendant quarante jours. Il fallut qu'il subit cette sentence dans toute sa rigueur.

Le 5 mai suivant la peste se ralluma. On construisit au.Hamois «Les loges pour mettre ceux qui en étaient attaqués , et on dédommagea ceux à qui appartenait le terrain. Le 5 juillet de la même année on employa , aux frais occasionnés par lamaladie contagieuse , l'argent que le roi avait permis de lever pour la construction des tours de l'église.

La peste parut éteinte; mais on avait senti plus que jamais l'inconvénient de ne pas avoir de moulins dans l'enceinte de la ville. Le 16 février 1636, M. du Hallier, gouverneur de Vitry, présenta sa requête à la Chambre des comptes pour qu'il lui fut permis de faire bâtir six moulins à vent sur les remparts de la ville ; sa demande fut accordée. On construisit promptement ces moulins à vent , et on les^plaça sur les différens bastions. Celui qui domine la porte de Frignicourt en contenait trois. On les a détruits quand on eût établi un moulin considérable sur la Marne.

On croyait que la maladie épidémique était disparue pour toujours , et qu'elle avait dévoré assez de victimes ; mais on fut cruellement trompé «

Le 17 mai 1636 elle recommença avec une nouvelle fureur. La ville redoubla encore de précautions ; elle s'arma même de sévérité. Elle exigeait que tous les pestiférés fussent transportés dans les loges du Hamois. Cependant le 10 août 1636 elle permit aux habitans attaqués de la contagion , qui avaient le moyen de se faire soulager chez eux, d'y rester, avec défense d'en sortir sous peine d'être arquebusés, et à condition que leurs maisons seraient barrées» Pour arrêter l'épidémie on ordonna, le 15 septembre 1636, de brûler les habits et les meubles des personnes mortes de la maladie contagieuse. L'avidité pu l'imprudence des parens était cause souvent que la peste leur restait en héritage avec les tristes dépouilles du défunt.

Ce n'était plus un père Récollet qui se dévouait pour porter les consolations de la religion aux pestiférés. Le 8 novembrel836, le père Olivier , minime, était occupé à leur administrer les sacremens de pénitence et d'extrême-onction. C'était un ministère sublime et bien souvent funeste ; mais la religion ne connaît point de danger quand il s'agit de sauver les ames. Elle l'a prouvé dans tous les temps, et encore récemment pendant le choléra-morbus. ,

Il y avait un cimetière particulier pour les pestiférés, qui se nommait Saint-Sébastien; mais le 4 avril 1637 les voisins de ce cimetière offrirent 60 livres pour en acheter un autre ; ce qui fut accepté à cause de la grande quantité de morts dont il était rempli, et on arrêta qu'où achèterait } un demi-journel de terre pour en faire un autre plus éloigné des habitations.

La maladie contagieuse avait dévoré tant de victimes , que, le 50 août 1658, on trouva qu'elle avait diminuy de

plu9 de moitié le nombre des habitans de Vitry. On craignait qu'elle ne s'y fut implantée pour toujours ; mais enfin elle disparut , et la ville répara insensiblement ses pertes; elle redevint florissante.

Sa correspondance s'étendit au loin. Pour lui donner plus de développement et d'activité , elle s'abonna , le 27 septembre 4640, à 100 livres par an avec le directeur de la poste pour le port de ses lettres et de ses paquets.

Les jardins qui entouraient ses remparts étaient cultivés avec beaucoup de soin; ses melons étaient en réputation. Nous voyons que le 22 juillet 1641 elle en envoyait en présent aux plus grands seigneurs.

Ce qui prouve que sa prospérité augmentait , ce sont ses impositions dont le chiffre croissait chaque année. Dans l'assemblée générale du 15 janvier 1612, on nomma des collecteurs pour la taille de la ville qui n'en payait que 2,346 livres. En l'année 1636, les tailles et aunes impositions montaient à 6,400 livres. En 1640 , la ville payait pour toutes les différentes impositions 8,083 livres avec les six deniers pour livre pour les collecteurs. Le 50 mars 1645, les impositions pour la ville étaient portées à 19,735 livres. Le 6 juillet 1663 , l'adjudication des octrois était pour les deux moitiés à la somme de 41700 livres. Le 16 février 1667 , les tailles et les autres impositions s'élevaient à 136,800 livres pour l'élection , et à celle de 20,000 hvres pour la ville de Vitry. Le 7 mai 1670 on fit l'adjudication du droit de péage, pour quatre années, à raison de i 7,000 livres par an. Mais dans la suite les impositions diminuèrent pendant une assez longue période.

Comme la population s'augmentait considérablement

et que le 24 avril 1650 on avait compté à Vkry plus de douze mille communians , on résolut , dans rassemblée générale de ce jour, d'établir, outre la paroisse Notre- Dame , trois autres paroisses qui seraient : la première, l 9 église Saint-Germain pour ce quartier et le faubourg de Frignicourt ; la seconde , la chapelle Saint- Nicolas pour le faubourg du Hamois , de Vaux et de Vitry-en-Perlhois ; et la troisième pour le quartier de la Halle; ce qui faisait quatre paroisses. Il parait que ce projet resta là sans exécution.

Les vices s'augmentent ordinairement avec la population. Pour arrêter ce torrent qui s'efforce toujours de déborder, M gp l'évêque de Châlons fit donner une mission à Vitry. Je pense que ce fut par les prêtres de Saint- Vincent-de-P»ul de concert avec le clergé de la ville.

Les missions sont fort utiles et souvent nécessaires même parmi les chrétiens. Elles servent à frapper de grands coups sur les pécheurs endurcis , à les réveiller de leur sommeil de mort , à leur donner la force de rompre des chaînes plus dures que le fer , à leur rappeler les devoirs sublimes du christianisme qu'ils ou» blient dans le tracas des affaires , dans le tumulte des plaisirs bruyans , et dans l'énivrement des passions ; elles retirent les ames tièdes de leur léthargie , et de l'abîme de la perdition où elles tombent insensiblement; elles soutiennent les justes, leur donnent un nouveau courage et de plus grandes forces pour résister aux ennemis acharnés de leur salut, les font voler dans la voie des saints commandemens , les retrempent tout entiers, et les élèvent à la plus haute perfection. Ce sont ces motifs que je ne fais que toucher, qui por-

tèrent Saint-Vincentde-Paul à établir une congrégation de prêtres zélés , qu'il ■ chargea de cet important s V vLc*nt min ^ stere > et opérèrent tant de conversions partout de Paul, où ils passèrent. Us parcoururent la Champagne. Ils avaient donné à Vassy^ en 1658, une mission qui avait reçu fouies les bénédictions qu'on pouvait attendre. Celle de Vitry^ eh 1665 , produisit de grands fruits de salut. Le 27 septembre eut lieu la clôture par Recueil une procession générale à laquelle assistèrent toutes

B«ukUrt! les j uridictions > k compagnie de l'Arquebuse et la milice bourgeoise. Je présume que ce fiât à cette occasion qu'on érigea une croix swrr le canné de la plaee qui est en face du portail de réglise. Comme elle n'était pas sans doute assez somptueuse, on qu'elle avait éprouvé des dégradations , les feabitans , à la charge desquels elle était, la firent rétablir le 50 mai 1668,

La religion bien pratiquée , loin » d'être un obstacle à la prospérité du commerce d'une ché , le fait au contraire fleurir de plus en plus ; elle en est la base la plus solide ; elle bannit des coeurs la tromperie , et y fai * régner . la bonne foi. Aussi plus Vitry croissait en piété plus son commerce prenait de développement. Il consistait particulièrement dans la fabrication des laines. Pour lui donner plus de facilité et d'écoulement la ville arrêta , le â janvier 1660, qu'il y aurait deux messagers de" Vitry à Reims, à cause des grandes relations commerciales qui existaient entre ces deux villes.

Vitry eut encore un autre sujet de joie quond on lui annonça la visite prochaine du plus grand des rois.

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