‹ Histoire de l'ancien et du nouveau VitryChapitre 35 sur 41 · PROCÈS CÉLÈBRE ENTRE 1ES MEDECINS BT 1ES APOTHICAIRES · texte numérisé non relu

PROCÈS CÉLÈBRE ENTRE 1ES MEDECINS BT 1ES APOTHICAIRES

DB VITRY-LE-PRAlfÇOIS ( AN 1719 ).

Pour ne pas interrompre Tordre chronologique de faits assez importans pour Vitry-le-François, qui doivent nous conduire jusqu'au commencement de la grande révolution , nous placerons ici un procès célèbre qui eut lieu entre les médecins et les apothicaires de cette ville, qui dura longtemps , et eut beaucoup de retentissement.

Des empiriques , des charlatans et des vendeurs d'orviétan, parcouraient les campagnes et même les villes , exploitaient l'ignorance , se jouaient cruellement de la bonne foi, et vendaient des remèdes qui ne guérissaient que par hasard , et causaient le plus souvent des effets désastreux, Pour arrêter ce nouveau genre de brigandage et d'assassinat , le roi avait porté un édit, en 1536, qui ordonnait que les médecins assisteraient à l'examen des aspirans en pharmacie , afin qu'ils sussent par eux-mêmes s'ils étaient en état d'exécuter leurs ordonnances , et défendait à qui que ce fut d'administrer aucun remède sans avoir subi cet examen.

Cet arrêté ne mit point un terme à tous les désordres qu'on voulait réprimer.

Le 15 février 1692 le roi porta un nouvel édit par lequel il établissait , dans toutes les villes de France,

un médecin , conseiller ordinaire de Sa Majesté, devanf lequel devaient se présenter tous les aspirans à Fart médical , à la chirurgie et à la pharmacie , qui devait les interroger , juger de leur capacité ou incapacité , et décider s'ils pouvaient être admis à exercer l'un de ces trois arts. Us ne pouvaient s'y livrer qu'avec une torisation de sa part.

Il ne sera pas inutile de faire connaître en quoi consistait cet office de médecin conseiller ordinaire du roi, et les avantages qui y étaient attachés, a. rocès *V°ffice de conseiller , médecin ordinaire du roi , u proc créé héréditaire par édit du mois de février 1692 , pour par le pourvu dudit office assister à l'exclusion, de tous les autres médecins dans l'étendue desdits lieux, aux examens et récep tions des aspirans à l'art de chirurgie, sages-femmes , et autres cas où la présence des médecins est nécessaire ;. même aux rapports des corps morts, blessés, tués, noyés, mutilés, soupçonnés d empoisonnement , morts violentes , avec défense à tous juges d'en commettre d'autres que lui, ou ceux qui seront nommés par lui en cas de maladie, absence, ou éloignement,; à peine de. nullité et de mille livres d'amende; examiner et enregistrer les lettres des médecins qui s'établiront dans lesdites villes et lieux dessus nommés , présider aux assemblées des médecins, garder les registres et titres de l'agrégation , et jouir des mêmes droits et fonctions que ceux dont jouissent les médecins appelés aux rapports dans la ville de Paris , et suivant les réglemens pour ces faits , avec exemption de toute nomination de syndic, de communauté, de recette et collecte des tailles, taillon, crues, ustensiles, et autres levées et impositions de tutelle, curatelle , se-

qaestres , guet et garde des villes et places , et de tous logemens de gens de guerre français ou étrangers , et autres fonctions, privilèges, droit et immunités , portés tant par ledit édit que par l'arrêt du conseil du 2 sep-

tembre 1692. »

Le premier qui fut pourvu de cet office à Vitry , fut le sieur Jacob Varnier , docteur en médecine. Il l'obtint le 13 mai 1693 par un diplôme sur parchemin, de la part du roi et scellé du sceau royal qui est énorme. Il paya 600 livres à Sa Majesté.

Maïs étant mort le 2 octobre 1717 , sa veuve vendit son office aux sieurs Etienne Delalain rainé, Jean Nôlin , Gaude-François Legoux , Etienne Delalain le jeune , Claude Dorizy, et Jacques Pancheron, tous docteurs en médecine, demeurant dans la ville de Vitry-le-François , moyennant . une rente annuelle de quaranto et une livres cinq sous. Ils en furent pourvus par un diplôme royal en 1719, et entrèrent en jouissance de tous les droits qui en étaient inséparables.

Mais bientôt les maîtres apothicaires prétendirent avoir seuls le droit d'assister aux réceptions des apothicaires, d'interroger les aspirans et de percevoir les rétributions qui étaient dues pour ces examens. Les médecins soutinrent que ce droit leur appartenait exclusivement d'après l'office de conseiller médecin ordinaire du roi qu'ils avaient achetée à la veuve du sieur Jacob Varnier, docteur en médecine. Ils intentèrent un procès aux apothicaires récalcitrans , et les citèrent devant le lieutenant-général de police de Vitry-le- François. Les apothicaires se défendirent avec vigueur r et donnèrent pour raisons qu'ils avaient une prescription de trente ans , que l'office de médecin conseiller

ordinaire du roi ne donnait droit que d'assister à la réception des élèves dans l'art médical et de chirurgie , et que dans les autres villes la communauté des apothicaires était chargée seule de l'examen des élèves en pharmacie. Le lieutenant-général de police rendit une sentence en leur faveur , et rejetta les prétentions des médecins. Mais ces derniers, intimement convaincus de la justice de leur cause , en appelèrent le " juin 1723, et portèrent leur affaire au parlement de Paris. Elle y fut disentée pendant deux ans avec le plus grand soin. Maître Marin , procureur de la communauté des mé- • decins, réfuta victorieusement , les pièces en main, les raisons qu'alléguaient les apothicaires. Le 20 janvier 1728 le roi cassa la sentence du lieutenant-général de police de Vitry contre les médecins , porta un arrêté qui les confirmait dans les droits honorifiques et utiles que leur conférait l'office du sieur Varnier , qu'ils avaient achetée , et soumit les apothicaires à leurs exa~ mens. Quand ces derniers eurent reçu la sentence qui les condamnait, ils la cachèrent et persistèrent dans eurs prétentions. Il fallut une nouvelle injonction du parlement pour les forcer à produire les pièces du procès et à s'y soumettre. Ce ne fut qu'en 1727 que cette affaire fut entièrement terminée , et que les médecins jouirent en paix du privilège de présider aux assemblées qui se faisaient pour la réception des aspirans en pharmacie , et des émolumeus qui y étaient attachés.

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