CHARGE ET TERMINE SON RECUEIL ( AN 1678 JUSQU'A
La longue période de temps que nous allons parcourir ne présente point d'événemens extraordinaires; cependant les faits que nous raconterons ne laissent pas d'avoir leur importance pour Vitry.
Cette ville était très-religieuse. Les différentes juridictions se faisaient un honneur d'assister en corps à r toutes les grandes cérémonies , surtout à la procession solennelle de la Fête-Dieu . Elle était magnifique. La compagnie de l'Arquebuse en grand costume, la milice bourgeoise, les corps religieux et enseignans, et le chapitre rivalisaient de zèle pour en relever l'éclat Quand tout était terminé les membres des juridictions se réunissaient dans la grande salle du palais , et l'hôtel de ville leur donnait un festin. Nous voyons que celui qui eut^lieu le 22 juin 1678 coûta 160 livres.
Il y en avait encore un second à la Saint-Martin , dciITde quand on avait éfttks aweaux éckerins. Le festin du BnUidart. 16 novembre 1678 monta à la somme de 150 livres; celui du 1 9 novembre 1682 coûta s!84 livres payées au rôtisseur. Mais on le supprimait dans les années de disette.
La nomination des échevins se faisait dans l'assemblée générale des habitans ; on n'y voyait point régner l'intrigue et les cabales. Il s'éleva cependant une grande difficulté dans celle qui fut tenue le dimanche 9 novembre 1681. On avait choisi pour échevins M. Jean Lebel, conseiller et prévôt de Vitry, et M. Etienne Delalain , docteur en médecine. M. le lieutenant-général ayant différé de recevoir le serment du sieur Lebel, nommé échevin , sur l'opposition de l'avocat du roi, la ville se vit contrainte de se pourvoir auprès de M. l'intendant pour qu'il reçut lui-même le serment du sieur Lebel , et en cas de refus on arrêta que l'affaire serait portée au parlement ; ce qui eut lieu ; mais le parlement maintint échevin M. Lebel.
Quoiqu'il y eût déjà à Vitry les religieuses de la congrégation pour donner l'instruction aux jeunes filles , cependant le 7 novembre 1683, dans l'assemblée générale , on homologua le résultat du conseil de ville , contenant les conditions sous lesquelles on recevait lés religieuses bénédictines du Saint-Sacrement. Mais on les révoqua dans l'assemblée générale, le 10 novembre 1686 , et on leur préféra les filles de la Sainte Famille.
Dans celle du 9 décembre 1685 on avait consenti à rétablissement des dames Doctrinettes ou de la Sainte- Famille, pour enseigner à lire et à écrire aux jeunes filles , ce qui souffrit des difficultés. Cependant le 5 mai 1687 on y accéda par déférence aux intentions de
M. de Châlons , puisqu'au moyen des religieuses de la congrégation , on pouvait facilement s'en passer*
Ce fut le 28 juin suivant qu'on obtint la lettre de cachet pour rétablissement des filles de la Sainte- Famille dans la rue du Vieux-Prévôt, à condition toutefois qu elles entretiendraieBt le pavé devant leur maison.
La ville jusqu'alors avait été privée d'une glacière qui est souvent si utile. Ce fut le 9 décembre 1699 qu'on en construisit une par ordre de M. Nointel , intendant de Champagne.
Le 21 octobre 1701, Vitry fut consterné par un violent incendie qui consuma quarante maisons dans la rue Saint-Germain. Comme on n'avait pas encore de pompe à incendie , on eut beaucoup de peine pour arrêter les ravages du feu.
Ce ne fut que le 22 juillet 1706 qu'on fit construire pour la première fois une pompe pour les incendies. Elle fut faite à Châlons et coûta 100 livres. On en reconnut l'utilité; mais elle était insuffisante. On en fit construire une seconde , et même une troisième le 20 août 1721 , qui fut encore faite à Châlons et qui coûta 501 livres.
M. de Salligny avait laissé par sa mort un canonicat vacant. On voulut réunir à la cure le revenu de sa prébende pour fournir à l'entretien et à la nourriture de deux vicaires, qui étaient nécessaires pour aider le curé dans ses fonctions. Cette affaire resta pendante quelque temps; mais enfin le 11 juin 1711 elle fut terminée à la satisfaction du curé.
Les bouchers se trouvaient hors d'état d'acheter et de bâtir un abattoir public. M. l'intendant ordonna,
le 6 décembre 1714, que la Tille en ferait la dépense , que les bouchers seraient tenus des grosses et menues réparations , et paieraient, pour chaque année, à la ville la rente de la moitié de la dépense faite pour ce bâtiment.
Pour que la foi ne s'éteignit pas , et que la charité ne se refroidit point dans les cœurs , on choisissait tous les ans un prédicateur, soit parmi les Doctrinaires, soit parmi les Récollets et les Minimes , soit parmi les chanoines , pour prêcher les stations de TA vent et du Carême. La ville lui allouait un salaire fort modique. Nous voyons que le 1 er avril 1722 on lui donna la somme de 30 livres, savoir : 10 livres pour l'avent et 20 livres pour le carême, comme cela s'était pratiqué de tout temps. »
L'hôtel-de-ville avait réglé le cérémonial qu'on devait observer pour la réception des évêques de Cbâlons quand ils faisaient leur première entrée à Vitry ; on leur donnait un repas dans la salle du conseil , et à la fin du dessert on leur présentait le vin d'honneur, qu'on appelait encore le vin de ville. Il consistait en un panier de douze ou de vingt-quatre bouteilles de vin- de Champagne. La fabrique leur offrait aussi son vin. Ce cérémonial s'observa le 15 mai 1723, quand M r de Tavannes , évêque de Châlons , fit sa première visite à Vitry, le 6 juin 1736, quand M r de Choiseul y vint pour la première fois, et le 18 avril 1766 quand on reçut M gr Leclerc de Juigné.
Le conseil de fabrique avait projeté , le 20 octobre 1725, la refonte des cloches. Le sieur Sauvage, curé de Vitry-en-Perthois , fut nommé commissaire par monseigneur l'évêque pour informer de la commodité
6a de l'incommodité de la refonte. Ayant toutes choses, il fit entendre qu'il serait bon que le conseil de ville en eût connaissance» Cet ans était sage ; il fat suivi. Le conseil de ville approuva la refonte d'nne voix unanime, ' et on eut une sonnerie magnifique*
Le sieur Sauvage eut bientôt à se louer du sage avis qu'il avait donné. Le 12 janvier 1724 il était prêt à partir pour Paris afin de solliciter, auprès du ministre , la reconstruction d'un pont sur la rivière de Saulx , et les babitans de Vitry-en-Perthois ne pouvant seuls subvenir aux frais de cette députation , la ville y contribua d'une somme de cent livres , et il obtint ce qu'il désirait.
Ou avait découvert dans les fossés de la ville une source qu'on appelait la fontaine Simon. Le 8 avril 1759, les médecins et les pharmaciens ayant fait sur ses eaux une ample dissertation, avaient reconnu qu'elles étaient médicinales et purgatives. Ils en avaient tiré plusieurs fois par différentes opérations divers sels. On projetta de la faire murer, et auparavant on y mit des ouvriers pour connaître d'où la source procédait. Ce fut le 1 7 juin suivant qu'on fit murer cette fontaine minérale près la bonde de Saint-Germain. Elle était surtout très-efficace pour les maux d'yeux. On y venait même en pèlerinage de très-loin. Mais jn 1 a laissée tomber en ruine.
La ville de Vitry fut toujours très-compatissante pour les pauvres. Elle en avait déjà donné ies preuves le 27 novembre 1698. Le nombre des pauvres auxquels il fallait fournir du pain étant trop j *nsidérable , et les bourgeois très-peu fournis de grains refusant d'en donner, on avait arrêté qu'il serait, avec la permis-
sion de M. L'intendant, employé une saimne de oOOO livres pour en acheter , et qu'on solliciterait , comme en l'année 1693., un arrêt du parlement pour obliger les bourgeois d'en fournir. Le 17 février 1740 , la longueur et la rigueur de l'hiver augmentant la misère des malheureux, la ville fit acheter pour 500 livres de froment qu'on déposa dans la grande salle de l'Arquebuse, et qu'on leur fit distribuer de concert avec M. le curé» Cette première charité ne suffisant pas , on en fit une seconde de pareille somme.
Le cimetière était dans l'enceinte de la ville et au midi de l'église Notre-Dame; on en sentit les graves inconvéniens , et on résolut d'en choisir un autre hors de la ville. Le 21 juin 1747 , on reçut une lettre de monseigneur l'évéque et l'autorisation de M. L'intendant au sujet de l'acquisition du terrain de Clamart, pour faire le nouveau cimetière. L'ancien fut converti eu une promenade publique.
L'instruction primaire fut toujours très-soignée à Vitry. Il ne pouvait s'y établir aucun maître sans avoir été examiné et admis par le conseil de ville. Le nombre des maîtres d'école qui pouvaient y exercer fut fixé à sept, le 8 juin 1765, et il fut défendu de le dépasser.
Vitry-en-Perthois était hors d'état de reconstruire ses ponts qui tombaient en ruine, la ville de Yitry fut obligée de s'en charger. Le 17 mai 1769 dans l'assemblée des notables, on arrêta qu'on suivrait pour l'imposition à faire à ce sujet sur la ville le rôle qui avait été faiten Tannée 1755 pour la même fin.
Le 19 juillet suivant, la ville de Vitry vota une imposition de la somme de 5073 livres 15 sols, pour les ponts de Saint-Lazare et de la Trinité de Vitry-en-
fcrthois ; un valet de ville fut chargé d'en faire la levée.
L'année 1770 fut remarquable par une grande stérilité. Le peuple, qui est pressé par la faim, ne connaît plus de loi et brise tout frein. Le 5 octobre une émeute éclata à Vitry au sujet de la disette des grains. On fut obligé de faire délivrer à la population les grains de quelques voitures qu'elle avait arrêtées , à un prix médiocre, et la ville indemnisa les voituriers qui conduisaient ces grains à Joinville. M. l'intendant envoya à Vitry une brigade de maréchaussée pour contenir le peuple. Les officiers du bailliage , assemblés avec ceux de l'hôtel-de-ville , dressèrent une ordonnance pour pourvoir à la sûreté des habitans. L'assemblée générale des notables du 7 octobre autorisa l'hôtel-de-ville à faire des approvisionneras de grains pour empêcher une plus grande disette, et à les porter jusqu'à 20,000 livres. On acheta trois cents setiers de blé dans la Brie. Les notables tinrent encore une assemblée générale le 23 du même mois. On approuva l'ouverture de travaux publics pour occuper les pauvres.
On forma un bureau de charité pour subvenir à leurs besoins ; on leur fit faire du pain de blé et d'orge. Le roi donna une somme considérable pour les faire travailler; enfin on ne négligea aucun moyen d'améliorer leur sort. L'année suivante ramena l'abondance et la paix.
Les impositions de la ville de Vitry ont subi bien des variations pendant le long espace de temps que nous venons de parcourir.
^ Le 20 octobre 1681 les tailles et les autres impositions dé la ville montaient * 14,660 livres.
Les habitans de Vitry avaient joui delà totalité de
leurs octrois qui s'élevaient à 31,060 livres depuis Tannée 1660; mais en Tannée 1673, le roi en ayant réuni la moitié à son domaine, ils n'ont plus joui que de Tautre moitié jusqu'en Tannée 1675 , auquel temps les dettes de leurs créanciers ayant été liquidées , il fut ordonné par un arrêt du conseil d'état que de la somme de 21 ,400 livres à laquelle montaient les octrois , il en serait pris annuellement celle de 12,000 livres pour le paiement des dettes, et le surplus montant à 9,000 livres serait destiné pour l'acquit des charges publiques.
Le 30 septembre 1682 l'adjudication des octrois fut faite au sieur Antoine Deschamps, pour le prix de 19,000 livres.
Le 22 novembre 1684, les tailles et les autres impositions ne dépassaient pas 13,910 livres. Elles ne sont jamais descendues aussi bas.
En 1701 elles ont remonté à 14,148 livres.
Le 15 janvier 1716, ladépense journalière de M. Le- Goux, maire, montait à la somme de 12,824 livres.
La taille de Vitry, pour Tannée 1755, s'élevait en principal à la somme dé 27,217 livres.
Le 16 septembre 1 740 , l'adjudication des octrois fut faite à Jean de Viterne, pour le prix de 17,000 livres.
Le 23 août 1 752 , l'adjudication des nouveaux octrois était portée à la somme de 20,000 livres.
Le 28 septembre 1768, l'adjudication des nouveaux octrois <in onta à la somme de 5^000 livres, et celle des anciens à 16,000 livres. On reçut les cautions.
Le 5 décembre 1770, le mandement des impositions pour Tannée 1771 était de la somme de 40,940 livres , et le bénéfice sur: les nouveaux octroi* n'était plus que de celle dei9,06fc livres. «
Il nous reste à parler d'un homme qui a bien mérité de sa patrie. M. de Balltdart , écuy er , avait été six ans dans les charges municipales qu'il avait remplies avec le plus grand dévouement à la chose publique. Il avait été un an conseiller , deux ans échevin et trois ans maire. Ce fut le 17 février 1772 que H. Gillet prêta serment à l'audience du bailliage ; il fut ensuite installé en la place de maire en présence du sieur de Ballidart, qui pour lors seulement cessa ses fonctions et se retira. De retour chez lui , il y fut complimenté par une députation de l'hôtel-de-ville , composée du maire , des échevins et du syndic , et on le remercia de sa bonne administration. Ses fonctions finies , il termina aussi le recueil précieux qu'il avait entrepris de tout ce qu'il y a de plus intéressant dans les quarante-neuf registres qui étaient alors dans les archives de la ville , depuis le 16 juin 1604 jusqu'au 27 février 1772. Ce travail est immense , il lui a demandé de longues recherches dans ces anciens registres , et surtout une patience infinie pour les déchiffrer. C'est là que nous avons puisé les renseignemens les plus authentiques. Il mérite toute la reconnaissance de la ville de Vitry pour cet ouvrage manuscrit qu'il lui a légué et qui lui est infiniment utile. Son nom est plus digne de passer à la postérité que celui de tant d'auteurs dont les écrits sont plus brillans, mais qui ne sont propres qu'à repaître une vaine curiosité , et souvent qu'à fomenter les passions mauvaises. Il vécut dans une honorable retraite et termina sa carrière en 1783. Il laissa un fils héritier de ses vertus, et qui figurera avec honneur dans une époque trop fameuse.
CHAJPITHE IX.