ETAT ACTUEL DE VITRY-EE-FRANÇOIS ( AN
Gomme Vitry est une ville d'une construction moderne, on ne peut faire de longues dissertations étymologiques sur son nom. On l'appelle le nouveau Vij^rj, Vitrysur-Marne et surtout Vitry-le-François , dtjMÉjide son fondateur. Son nom latin est Victoriacum ."^position est très avantageuse \ elle est située dans une plaine fertile qu'arrosent plusieurs rivières, et 'qui fournit en abondance tout ce qui est nécessaire à la vie. Elle est le siège d'une sous-préfecture,d'un tribunal de première instance, d'une recette particulière, et d'une inspection des eaux et forêts ; elle est chef-lieu d'arrondissement et de canton; elle fait partie du diocèse de Châlons, de la deuxième division militaire et du sixième collège électoral du département.
Elle est éloignée de trente-et-un kilomètres (sept lieues trois quarts ) de Châlons-sur-Marne , de dix-neuf myriamètres ( quarante-sept lieues et demie) de Paris, ( dix-sept lieues et demie ) de Reims.
Elle est une des villes les plus régulières de France ;
armée, court sur Le haut de la tour, renverse les échelles sur lesquelles les Anglais montaient , elles ,fait tomber dans les fossés en criant alarme ! pour appeler la garnison à la défense du châleau. L'anglais Felleton se voyant découvert, prit le parti de la retraite ; mais il rencontra Duguesclin qui revenait et qui le fit prisonnier. ( Vellt, t. ix , p. 4?4)'
toutes ses rues sont tirées au cordeau ; elles sont bordées de chaque coté de trottoirs en bitume et en asphalte qui sont très-commodes pour les personnes de pied.
Chaque rue a son saint ou sa sainte qu on décore avec soin le jour de sa féte et devant lequel on allume des cierges pendant la nuit. Quelquefois on danse même en son honneur.
Les maisons s'embellissent chaque jour, et on en bâtit beaucoup en pierres. La plupart des boutiques sont décorées avec goût et même avec luxe.
Le conseil municipal a voté Tannée dernière une somme de 160,000 francs, pour construire vingt-sept fontaines qui seront placées dans les principales rues, et dont le réservoir est déjà terminé en partie près des moulins. Une machine y fera monter continuellement l'eau de la Marne, qui s'y clarifiera, et sera conduite dans les fontaines par différens canaux en fonte. La fontaine de la place sera magnifique ; ce qui sera de la plus grande utilité pour la ville. La plupart des puits ne fournissent qu'une eau acre , qu'on ne peut boire, et dont on fait difficilement usage, même pour laver le linge.
On avaitessayé de forer un puits artésien; mais on n'a pu rencontrer de veine d'eau et on a été contraint d'abandonner l'entreprise.
Les fortifications de Vitry ne consistaient qu'en une enceinte de terrasses. Depuis six ans on les continue avec activité. Tout le côté de la porte du Pont est àpeu-près terminé. Quand tout sera achevé, Vitry deviendra une place de guerre très importante, et presqu' imprenable. Elle sera l'unique en Champagne. J^e canal qui doit aller de Paris à Strasbourg et
passer dans les fossés des fortifications de Vitiy, donnera une nouvelle vie à son commerce.
Sa population dans le principe fut peu considérable. François 1 er eut beaucoup de peine à y attirer des habitans. Il leur offrit des emplacemens à bâtir, d'abord gratuitement , puis à très-bas prix. Il y vint un assez grand nombre de calvinistes , qui se sont ou convertis ou expatriés ; car il n'en reste plus. M gr de Vialard en ramena beaucoup dans le sein de l'église. La population actuelle ne s'élève qu'à six mille huit cent vingt-deux habitans. Nous avons vu que le 24 avril 1650, on comptait douze mille communians , ce qui suppose nécessairement au moins treize mille habitans. Comment cette population est-elle diminuée maintenant de moitié ? On peut en assigner plusieurs causes.
La nature paraît quelquefois arrêter sa fécondité, et se montre épuisée.
Le commerce stimule etfomente la population ; quand il diminue, elle décroît en proportion.
La vie des villes est quelquefois contraire au développement de la population ; elfe est trop sédentaire et pas assez active.
Le libertinage tarit la source de la fécondité ; il énerve et épuise. Plus il se propage, plus le nombre des habibitans diminue.
La religion impose des devoirs aux époux dont la pratique favorise singulièrement la population. Mais qu'elle perde son influence et qu'on la méprise , vous voyez bientôt le nombre des habitans décroître sensiblement.
Il faut que Vitrv soit sous l'empire de quelques-unes
de ces causes; car le chiffre de ses citoyens baisse
sans cesse. Dans l'espace de dix ans , quatre cent soixante huit décès ont excédé les naissances ; par conséquent la population a diminué de ce nombre.
On compte encore à Vitrjr quelques juifs.
Voici la superficie et la division de son territoire. Il comprend :
285 hectares de terres labourables;
— de prairies naturelles ;
— de vignes ;
— de bois, aulnaies, saussaies etoseraies ;
— de jardins et vergers ;
— d'étangs , landes , friches , de maisons ,
chemins , rivières , remparts , fossés
626 hectares.
Ce territoire est très-productif ; il donne en abondance du froment, du méteil, du seigle, de l'orge, de l'avoine , du sarrazin , des pommes de terre, des légumes secs , du colza, de la navette , des betteraves , du lin, du chanvre, du foin, du vin et des eaux-de-vie.
On consomme annuellement à Vitry, en viande, 580 bœufs, 20 vaches , 1 ,475 veaux , 1,150 moutons, et 700 porcs.
Nous avons vu jusqu'où montaient ses anciens rôles. Ses contributions actuelles s'élèvent à 70 ou 75,000 fr. Le revenu de ses octrois va à 60,000 francs.
Le commerce de Vitry consiste principalement dans la vente des grains, des vins , etc.
Ses habitans possèdent un grand nombre de fermes dans le Perthois ; beaucoup jouissent d'une fortune brillante. Les laboureurs ne sont pas nombreux , mais on compte mille particuliers qui possèdent des
vignes sur les coteaux voisins. On se tient au niveau de toutes les améliorations*
L'instruction est en honneur à Vitry comme elle l'a toujours été dès son origine ; son collège est' bien tenu par M. Guyot , son principal , et est en pleine prospérité. H. Cury, agrégé à l'Université, a élevé un pensionnat qui fleurit de jour en jour. Les jeunes gens reçoivent encore l'instruction avec beaucoup de succès chez M. Meunier. J'ai déjà parlé des écoles chrétiennes des frères , où les enfans qui n'ont pas de fortune sont formés gratuitement à toutes les connaissances qui leur sont nécessaires , et surtout à la pratique de toutes les vertus.
L'instruction des jeunes filles n'est pas négligée. Les dames de l'Immaculée Conception tiennent un pensionnat pour celles qui ont de la fortune, et une école gratuite pour celles qui en sont dépourvues. Trois autres maîtresses de pension , M Ue Collin , M lle Moteau et M lle Didon rivalisent de zèle pour leur donner toutes les connaissances qui leur sont propres.
Les mœurs se conservent généralement assez pures. Vitry est une des villes les plus régulières, les plus polies et les plus tranquilles de la Champagne. Les desordres y sont moins communs. On compte cependant, dans l'espace de dix ans, trois cent soixante dix -neuf enfans trouvés sur mille quatre cent trente-neuf enfans légitimes. Les grands crimes y sont rares ; depuis cinq ans on a eu à déplorer deux attentats à la pudeur, et deux suicides qui ont eu pour cause le dérangement des affaires domestiques. Un crime affreux vient d'épouvanter Vitry : deux hommes en sortant d'un cabaret des Indes, ont jeté dans la Marne, qui était très-haute,
un particulier qui était yenu recueillir la succession de son frère , et qui depuis dix-huit mois vivait tranquillement de ses rentes. On dit qu'ils voulurent lui faire signer un billet de 800 francs ; ce qu'il refusa : ils s'en vengèrent cruellement.
La religion est en honneur à Vitry ; il y a beaucoup de personnes d'une haute piété. On se montre avide d'entendre la parole de Dieu qui descend de la tribune sacrée. L'indifférence religieuse glace cependant bien des cœurs. On n'est pas impie ; on n'outrage pas la religion, mais on n'observe point ses préceptes. Une partie de la classe ouvrière n'étant point retenue par la loi sur la sanctification du dimanche , qui est comme tombée en désuétude, profane le saint jour parle travail, et, par une dérision sacrilège, chôme le lundi, où elle se livre à l'intempérance , se matérialise et ne connaît plus que les jouissances physiques.
Vitry-le-François a donné naissance à plusieurs hommes distingués ; je vais en citer quelques-uns.
Dans le clergé , on remarque M. l'abbé de Convenance qu'on a admiré dans la chaire, et dont plusieurs sermons furent insérés dans un recueil de sermons nouveaux.
M. l'abbé de Saint-Genis s'est aussi acquis une grande réputation de prédicateur ; il était provincial de l'ordre des Doctrinaires.
M. l'abbé de Pry, doctrinaire, ne pouvait rien improviser ; mais quand il avait le temps de prendre la plume, il était d'une abondance extraordinaire. Il savait captiver pendant plusieurs heures l'attention d'un nombreux auditoire. Si son corps était difforme , son esprit était sain et élevé. On a de lui plusieurs sermons
manuscrits assez estimés. Il devint curé de Sompuis où il mourut en 1818.
M. l'abbé Delorcy, doctrinaire, parut aussi avec honneur dans la chaire de Vitry.
Je ne parlerai plus des hommes bienfaisans à qui Vitry doit une éternelle reconnaissance, de MM. de Pinteville , Daniel-Morel , Noël-Jacobé , et surtout Domyné de Verzct.
Vitry compta dans son sein plusieurs militaires distingués : M. Jacobé de Trigny, général en 1795; M. de Salligny, lieutenant-général ; M. le baron d'Arancey , maréchal-de-camp d'artillerie, mort en 1835 ; M. le baron Lefol , qui s'est élevé par son seul mérite au grade de lieutenant-général, et que la garde nationale avait choisi pour son colonel. Il mourut dans le mois d'août 1840.
Dans le barreau, Vitry-le-François peut revendiquer M. Durand et surtout M. de Salligny, savant commentateur de la eputume de Vitry, et qui fait la gloire de l'ancien et du nouveau Vitry. On cite encore avec éloge M. d'Orisy.
Il n'est pas néoessaire que je rappelle encore M. de Ballidart , qu'on peut regarder comme le seul historien de Vitry-le-François.
Dans les sciences, on nomme Abraham Moivre, mathématicien distingue, né en 1667 et mort en 1754, et M. Gambey, membre de l'institut , officier de la légion d'Jionneur et premier mécanicien d'Europe ; inhabité Paris.
Vitry-Je-François a pour représentant à la chambre des députés, M. Royer-Collard , de Sompuis, qui fut trois ans président de la Chambre , et qui jouit d'une haute réputation dans toute l'Europe.