‹ Histoire de l'ancien et du nouveau VitryChapitre 40 sur 41 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

LEGS DE M. DOMYNfl DE VERZ ET— ^INSTALLATION A VïTRy-lE- FRANÇOIS DES FRERES DBS ECOLES CHRETIENNES.

(an 1828).

Vitry-le-François eut le bonheur de* donner le jour à un de les hommes rares qui se dévouent au bien public, et qui , inspirés par la religion , savent donner une sorte d'immortalité à leurs œuvres bienfaisantes. M. Domyné de Verzet , avocat au parlement , l'ami des sciences, le père des, pauvres et le bienfaiteur religieux, savait que l'ignorance ^est la mère de tous les vices. Pour propager • et perpétuer dans sa ville natale les vertus qu'enfante la

science, quand elle est dirige' e par la religion , il fil don à Vitry-le-François, dans son testament, de 400,000 fr. qu'il destina à renseignement public, et au secours de l'indigence et du malheur. Il mourut à Paris le 7 octobre 1787. On a consacré à sa mémoire, qui mérite d'être éternelle, une chapelle dans l'église Notre-Dame de Vitry-le-François. Elle est la première au sud près du portail. Quand la ville fut enfin entrée en possession de ce legs , après un long procès , elle sut remplir dignement les intentions du généreux testateur. Elle alloua annuellement au collège 6,600 francs pour deux bourses et deux demi-bourses, et autres secours. Elle destina des fonds pour l'instruction gratuite des filles pauyres et fit construire une maison pour y recevoir des frères des écoles chrétiennes qui seraient chargés d'instruire gratuitement les jeunes gens de la classe indigente. On ne peut donner assez d'éloges aux magistrats qui ont fait un si saint usage des richesses qui avaient été déposées entre leurs mains. Ils ne pouvaient choisir des instituteurs plus- zélés que les disciples du vénérable abbé de La Salle, qui a été non seulement le créateur de l'enseignement primaire en France , mais qui a donné aussi le modèle et le plan des écoles normales, et plus tard commença les écoles d'adultes sous le nom d'écoles dominicales. Ces pieux instituteurs possèdent l'art précieux non seulement d'instruire la jeunesse, mais encore de la former à la pratique de la religion, qui est la seule base stable de la tranquillité des villes et des royaumes.

On lit l'ouverture de l'école des frères, le 7 janvier . 1828. M. de Prilly, évêque de Châlons-fcur-Marne , vint lui-même les installer. Après avoir fait la bénédic-

tien de leur maison, il prononça un discours touchant dont on demanda l'impression. Il félicita les enfans de Vitry-le-François de pouvoir recevoir de la bouche de maîtres si habiles et si pieux les connaissances qui sont propres à leur âge , et les leçons des vertus chrétiennes qui les rendront l'honneur de leurs familles et la gloire de leur ville natale. Il paya un juste tribut d'éloges à l'homme généreux qui procura les moyens de fonder un établissement si utile, ainsi qu'aux magistrats et aux citoyens qui s'étaient empressés d'y concourir par leurs" suffrages. M. de Soulange, maire de Vitry-le-François , prononça également un discours que son extrême modestie refusa de faire imprimer.

Ce fut un jour de bonheur pour toute la ville. Les espérances qu'on avaient conçues de cette école des frères ne furent pas trompées. Elle prospéra déplus en plus , et on fut même obligé de demander deux autres frères, de sorte qu'ils sont maintenant au nombre de cinq qui peuvent à peine suffire à l'affluence des enfants qui fréquentent leurs classes.

Les cités comme les individus ne peuvent jouir longtemps d'une tranquillité parfaite ; de terribles fléaux viennent les assaillir quand ils y pensent le moins. Vitry l'éprouva.

CHANTRE UH.

LE CHOLBRA-HORBUS ECLATE A VITRY-LE-FR ANÇ.0IS • SOKGfc

d'wie SGE(/R DE l'hôpital ( AN 1832 ).

Le choléra-morbus fit d'assez grands ravages à Vitry-le-François ; il exigea un funeste tribut de toutes les classes de la société, et dévora plus de quatre cent cinquante victimes. Le clergé se montra à la hauteur de sa pénible mission. Les autorités civiles et les médecins furent admirables de zèle et de dévouement.

Je ne puis m* empêcher de raconter un fait assez étonnant qui s'est passé à l'hôpital de celte ville pendant que le choléra y sévissait avec violence.

Deux sœurs se dévouaient avec une charité héroïque au soulagement des malheureux qu'on y amenait chaque jour en foule. L'une, pendant le court sommeil qu'elle prenait , eut un rêve qui l'effraya beaucoup. Elle songea qu'elle était dans la maison paternelle, et qu'elle se trouvait entre deux cercueils dont l'un renfermait sa mère et l'autre son père. Elle (se réveille épouvantée, et raconte sa vision à sa sœur, qui cherche à la rassurer en lui disant que les songes ne sont que des jeux bizarres de l'imagination, et que c'est une superstition d'y ajouter foi. Cependant elle ne peut dissiper le funeste pressentiment qui l'agite, et elle sait que les songes sont quelquefois des averti ssemens, du ciel* Aussitôt que le jour parait elle se lève et court au chevet des malades. Le lendemain on lui apporte une lettre dont l'adresse est de la main de son père ; ce qui la tranquillise et lui fait espérer que son songe

ne se réalisera pas. Elle l'ouvre avec empressement ; mais bientôt elle pâlit. Son p*re lui apprend une nouvelle accablante ; il lui mande qu'elle n'a plus de mère, que le choléra vient de l'enlever : ce qui le console dans son malheur , c'est qu'elle était une excellente chrétienne, et qu'elle est morte dans les plus beaux senlimens de piété et de résignation * f il espère que Dieu lui a fait miséricorde. Cependant il la recommande instammcj^à £es prières. «Ah! s'écrie-t-elle douloureusemcifcj y$( i une partie de mon songe accomplie! pourvu que l'autre ne se réalise pas!» Elle porte ses yeux inquiets et noyés de larmes sur la seconde page de la lettre. Quel est son étonnement ! Ce n'est plus son père, mais son frère qui écrit. Il lui apprend que leur père a succombé également aux attaques du choléra , et qu'il est mort en parfait chrétien. Il la conjure de ne pas l'oublier' dans ses prières. Il ajoute que, ce qui met le comble à sa douleur, au lieu d'un cercueil, il y en a deux dans leur maison. C'est ainsi que ce songe s'est cruellement vérifié dans toute son étendue (1).

(1) Je pourrais cilcr beaucoup d'autres songes qui fureut comme des avertis.semeus des cvéneoicns futurs , et qui se réalisèrent je me bornerai à celui de la mère de Duguesclin.

Vendant l'absence de son fils, elle dormait fort tranquillement dans le château de Poutorson avec Julienne Duguesclin , religieuse , secur de son mari. Tout à coup elle rêve qu'on surprend le château, et sVcrie que l'ennemi e*tau pied tic la tour. Julienne Duguesclin se jette hors du lit, prend sur elle un j actj ne qui était pendu dans la chambre, comme ressentant la race dont elle ctà/'r. L'intrépide religieuse sYtaui

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