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Histoire de l'ancienne infanterie française

Le régiment de Condé n'est point à son rang d'ancienneté, parce qu'il a cessé de faire partie de l'armée française pendant les troubles de la Fronde , et qu'il n'a repris place qu'en 1659 , à la paix des Pyrénées , après la soumission et le retour en grâce du Grand Condé. Nous donnerons cependant son histoire depuis son origine.

Henri II de Bourbon , prince de Condé , leva un régiment d'infanterie le 5 juillet 1620; mais ce corps, dont il se démit l'année suivante, en faveur du duc d'Enghien son fils, a été licencié le 14 février 1623, et tant que vécurent Richelieu et Louis XIII, il ne fut point permis au prince d'avoir des troupes sous son titre. Le prince de Condé, d'ailleurs, n'avait garde de se mettre en avant pour la guerre , lui qui répondit un jour à son fils, qui cherchait à faire

vibrer chez lui quelque corde généreuse : « C'est bon pour vous, qui êtes vaillant »

Le régiment, dont il s'agit ici, a été levé par lettre de cachet du 1 1 juin 1644. 11 est donc contemporain de Royal et de Bretagne. Après avoir hiverné sur les frontières de Champagne, il fut passé en revue, le 4 juin 1645, à Verdun , par le duc d'Enghien, qui l'emmena avec \w en Allemagne. Il franchit le Rhin, le 30, près de Spire, et débuta, le 15 juillet, au siège de Rothembourg. Le 3 août , il combattit à Nordlingen : le lieutenant-colonel de Chérizy y fut blessé. Le régiment rentra en France après la prise de Dunkespiel et de Heilbronn , et il fit la campagne de 1646 en Flandre, où il contribua à la réduction de Courtrai, Berghes, Mardyck, Fumes et Dunkerque. Le prince de Condé mourut le 26 décembre de cette année , et la propriété du corps fut accordée, par brevet du 31 , à son fils Louis II de Bourbon , le grand Condé.

Il suivit cet illustre chef, en 1647, dans la Catalogne. Embarqué le 19 avril à Àgde, il arriva le 20 au môle de Barcelone, et fut aussitôt employé au siège de Lérida.

« Monsieur le prince , couvert de gloire et fier des campagnes de Rocroi , de Nordlingen et de Fribourg, pour insulter la place et le gouverneur (don Gregorio de Brito) , fit monter la première tranchée en plein jour par son régiment , à la tête duquel

marchoient vingt-quatre violons, comme si c'eût été pour une noce.

c La nuit venue , nous voilà tous à goguenarder, nos violons à jouer des airs tendres , et grande chère partout. Dieu sait les brocards qu'on jeloit au pauvre gouverneur et à sa fraise , que nous nous promettions de prendre l'un et l'autre dans vingt-quatre heures. Cela se passoit à la tranchée, d'où nous entendîmes un cri de mauvaise augure, qui partoit du rempart, et qui répéta deux ou trois fois : Alerte, à la muraille! Ce cri fut suivi d'une salve de canon et de mousqueterie, et cette salve d'une vigoureuse sortie qui, après avoir culbuté la tranchée, nous mena battant jusqu'à notre grand'garde.

« Le lendemain , Grtgorio Brice envoya par un trompette des présents de glaces et de fruits à Monsieur le prince, priant bien humblement son Altesse de l'excuser s'il n'avoit point de violons pour répondre à la sérénade qu'il avoiteu la bonté de lui donner; mais que , s'il avoit pour agréable la musique de la nuit précédente , il tâcheroit de la faire durer tant qu'il lui feroit l'honneur de rester devant sa place. Le bourreau nous tint parole ; et dès que nous entendions, alerte, à la muraille! nous n'avions qu'à compter sur une sortie qui nettoyoit la tranchée , combloit nos travaux , et qui tuoil ce que nous avions de meilleur en soldats et en officiers. Monsieur le prince en fut si piqué, qu'il s'opiniâtra, malgré le

sentimentdes officiers généraux, à continuer un siège qui pensa ruiner son armée, et qu'il fut encore obligé de lever assez brusquement

« Nous fîmes quelques couplets de ces Lérida , qui ont tant couru , afin qu'eu n'en fît pas de plus mauvais. Nous n'y gagnâmes rien ; nous eûmes beau nous traiter cavalièrement dans nos chansons, on en fit à Paris, où Ton nous traitoit encore plus mal.» (Mémoires de Gramont.)

Après la levée du siège de Lérida, Condé servit à la prise d'Ager et au secours de Constantin. Il repassa ensuite les Pyrénées , et vint faire la campagne de 1648 en Flandre. On le trouve au mois de mai au siège d'Ypres, où il perd son colonel-lieutenant M. de Vieuxpont et le capitaine de Fresnel, et le 19 août il se couvre de gloire à la bataille de Lens. Chargé par la cavalerie espagnole , qui avait pénétré jusqu'à la 2* ligne française, il l'arrêta sur la pointe de ses piques et la mit en désordre. Le régiment termina cette campagne par le siège de Furnes , où périt le capitaine de Rochette. Au mois de mars 1 649, Condé faisait partie de l'armée de Picardie commandée par le maréchal du Plessis-Praslin. Il passa ensuite sous les ordres de Monsieur le prince, et fil au mois d'août le siège de Condé. A la fin de cette année , Monsieur le prince s'étant brouillé avec le cardinal Mazarin, son régiment, conduit par le lieutenant-colonel de Saint - Micaultl , alla s'enfermer dans Seurre, ville du gouvernement de Bourgogne,

érigée en duché sous le nom de Bellegarde (1). Le corps, qui avait été cassé par ordre du 20 janvier 1 650, y fut assiégé au mois d'avril par l'armée royale, et capitula le 19. Il fut licencié le 21 , et ses débris , ainsi que ceux du régiment d'Enghien, allèrent joindre à Stenay le vicomte de Turenne, avec lequel ils combattirent à Rhétel au mois de décembre. Après le départ de Mazarin pour Cologne, le régiment fut rétabli par ordre du 26 février 1651 , mais il fut de nouveau cassé le 13 septembre, et depuis ce jour jusqu'à la paix des Pyrénées , il a suivi la fortune de son chef dans les rangs espagnols.

11 se trouva ainsi , en 1652 , au combat de Blé— neau, puis à la défense d'Étampes, où le colonellieutenant , marquis de Montai , et le major Dumont périrent en faisant des prodiges de valeur. Il se retira, ensuite à Paris, d'où il sortit , le 1 1 mai , avec le régiment de Bourgogne et une armée de bourgeois pour aller attaquer Saint-Denis que défendaient quelques compagnies des Gardes Suisses. Le combat dura deux heures, et la ville fut emportée d'assaut;

(1) Le colonel-lieutenaot de Chérizy ne prit point parti, et fut fait maréchal de camp le 15 août 1652. Le lieutenant-colonel de Saint-Micauld remplaça M. de Montai, tué à la défense d'Étampes, mais son grade ne fut reconnu qu'en 1600. 11 est deveuu brigadier le 27 mars 1668. Charles de Montsauluin, comte de Montai, remplaça Saint-Micauld comme lieutenant-colonel , son grade fut reconnu en 1639; cet officier est devenu maréchal de camp le 15 avril 1672 el lieutenant-général îe 25 février 1676.

mais les troupes royales y rentrèrent dès le lendemain, et l'Abbaye ayant dû capituler trois jours après, le régiment revint à Paris. Il y combattit avec valeur, le 2 juillet , au faubourg Saint-Antoine , et se dirigea ensuite vers la Champagne. Il contribua à la prise de Sainte-Ménehould , où le grand Vauban , qui faisait ses premières armes comme cadet dans ses rangs, commença à se faire remarquer. Le régiment de Condé passa toute Tannée 1653 dans Sainte-Ménehould ; il y soutint un siège au mois de novembre, et se réfugia à Clermont en Argonne , qu'il défendit aussi en octobre et novembre 1654. Il y subit une capitulation très-dure le 23 de ce dernier mois et se trouva complètement désorganisé) chaque soldat ayant perdu ses armes et s'étant retiré le bâton blanc à la main. Un noyau de soldats fidèles à la fortune du prince de Côndé se rallia cependant, et prit part aux exploits accomplis contre nous par ce grand capitaine pendant les quatre campagnes suivantes, notamment au secours de Valenciennes et à celui de Cambrai (i).

Le régiment de Condé fut réadmis au service du

(1) Le fils du grand Condé a fait peindre l'histoire de son père dans la galerie de Chantilly. Voici le moyen ingénieux que l'artiste trouva pour rappeler une partie délicate de la vie du héros. Il peignit la muse de l'histoire tenant un livre, sur le dos duquel était écrit : Vie du prince de Condé. Cette muse arrachait des feuillets du livre qu'elle jetait par terre, et sur ces feuillets on lisait : Secours de Valenciennes, Retraite de devant Arras, Bataille des Dunes, etc.

roi le 7 novembre 1659, mais il ne prit rang qu'à dater de cette époque, c'est-à-dire qu'il recula du 35 e rang au 47*. 11 a servi , en 1667, à la prise de Charleroi. Il y fut laissé en garnison , et fit en 1668 la campagne de Franche-Comté, après laquelle il fut réduit de douze compagnies à quatre. Rétabli à seize compagnies en 1672 , il fit la première campagne de la guerre de Hollande dans l'armée de Monsieur le prince. Le 10 octobre, le prince d'Orange vint mettre le siège devant Woërden , et fit immédiatement attaquer le fort de Warth , défendu par trois compagnies d'Auvergne et une de Condé. Il fut obligé de se retirer avec perte devant celle poignée de braves. Le détachement de Condé se fit remarquer àcôté d'Auvergne, et perdit dans cette affaire le lieutenant de Lestorng.

Condé passa la campagne de 1673 dans les places de la Hollande. 11 quitta Zutphen en mars 1674 pour rallier l'armée de Monsieur le prince, et se montra digne de son chef à la bataille de Séneff. Il y combattit encore auprès d'Auvergne, et fut de la grande attaque du village de Fay, qu'il fut chargé de garder jusqu'à la fin de la journée. Le colonellieutenant, marquis deNesle, y eut une jambe emportée; le lieutenant-colonel Daumont fut aussi blessé. En 1675, le régiment contribua à la prise de Dinanl, d'Huy et de Limbourg : il se rendit à Trêves au mois de juillet, perdit pendant son séjour dans celle ville le capitaine Fouteville tué dans une

expédition sur Bidebourg, et passa à la fin de l'année à l'armée du Rhin. Il contribua en 1 676 à la levée des sièges d'Haguenau et de Saverne, et prit part au combat de Kokersberg. Il fit l'année suivante le siège deFribourg; se trouva en 1678 à l'attaque du pont de Seckingen et aux sièges de Këlh et de Lichtemberg, et termina cette guerre en 1679 au combat de Minden.

Condé servit en 1684 au siège de Luxembourg.

Le 8 mai, jour de l'ouverture de la tranchée, il avait été chargé d'une fausse attaque sur le faubourg de Grumpetla basse ville. ïleut quatre officiers blessés à ce siège. Le 28 décembre 1686, le régiment devint la propriété de Henri-Jules de Bourbon, prince de Condé par la mort de son illustre père.

En 1688, il fait partie de l'armée commandée par le dauphin, et sert au siège de Philisbourg où le colonel-lieutenant marquis de Nesle (1) est mortellement blessé. On le trouve, en 1 689, en Flandre sous le maréchal d'Humières, et il assiste au combat de Walcourt. L'année suivante, il combat à Fleurus, avec le maréchal de Luxembourg. En I 00 I . il passe à l'armée des Alpes aux ordres de Catlinat, et con-

(1) Le marquis de Nesle mourut le 18 novembre, a Spire. Il était brigadier du 2i> février 1077 et maréchal de camp du2iaoût 1688. Il fut remplacé par II comte de Montmorency, remplacé lui-même en 4 GfMî par sou frère, le chevalier de Montmorency. Celui-ci est devenu brigadier 2G octobre 1704, maréchal de cnmp 29 mnrs 1710 et lieutenant-général 30 mars 1720.

tribue à la conquête du comté de Nice. Il occupe en

1692, les garnisons de Pignerol et de Suze, et en

1693, il prend part à la victoire de la Marsaglia, où

11 formait brigade avec le régiment de La Marine. En 1696, il sert au siège de Valencia, et y repousse une sortie le 29 septembre. Il repasse les Alpes après la levée de ce siège, se rend sur la Meuse et fait la campagne de 1697 sous M. de Boufflers.

Porté à deux bataillons par ordre du 1" février 1701 , Condé fit cette première campagne de la guerre de la succession d'Espagne, dans les places des Pays-Bas. Il se rendit en 1702 à Strasbourg : il partit de là au mois de septembre avec Villars pour . le pont d'Huningue et combattit à Friedlingen. Il servit sous le même général en 1703, au siège de Kelh, à l'attaque des lignes de Stolhofen et au passage de vive force des défilés de Hornberg. Il demeura quelque temps à Ulm, près de l'électeur de Bavière; à la fin de mai il accompagna ce prince à Munich, et fut de l'expédition du Tyrol qui se combinait avec la marche du duc de Vendôme dans le pays de Ti en le Condé se distingua à la prise de Kùfstein, qui fut emporté avec son château en moins de deux heures, puis à l'attaque deRottemberg et à la prise d'Insprùck. Revenu en Bavière, il contribua encore cette année à la prise de Kempten et d'Augsbourg, et eut ses quartiers d'hiver dans cette dernière ville, dont le lieutenaut-colonel de Salère fut nommé commandant.

En 1704, le dépôt du corps, formant un 3« bataillon, fut envoyé au comte de Coigny qui avait quelques troupes sur la Moselle, mais il se trouva en si mauvais état qu'on fut obligé de le mettre en garnison à Strasbourg. Les deux autres bataillons furent séparés. Le 1 er fit partie de l'armée de Marchin, et le 2 e fut placé sous les ordres de Tallard. Celui-ci fit au mois de juin le siège de Willingen, et tous les deux se trouvèrent à la bataille d'Hochstedt, mais avec des chances différentes. Les débris de Condé se rallièrent sur le Rhin et furent mis en garnison au Fort-Louis.

Le régiment servit en 1705 en Alsace, et passa la plus grande partie de la campagne à Schweighausen. Yillars reprit l'offensive en 1706; le régiment l'aida à faire le blocus du Fort-Louis, à la prise de la ville et des retranchements de Drusenheim, à la soumission de Lauterbourg et d'Haguenau, et à là conquête de l'île du Marquisat. Condé passa en 1 707 à l'armée de Flandre. 11 combattit en 1708 à Audenaërde, et ses grenadiers prirent part à l'attaque et à la prise de Leffinghem. Le colonel-lieutenant, chevalier de Montmorency, fut fait prisonnier dans cette affaire, mais il parvint à s'échapper des mains de l'ennemi. Pendant le siège de Lille, le régiment servit sur la Lys avec le comte de La Mothc. En 1709, il retourna sur le Rhin et fut placé dans les lignes de la Lauter, à Scherbach. Un détachement prit part au glorieux combat de Rumersheim. Le 15 septembre de

cette année, Louis-Henri de Bourbon-Condé, duc de Bourbon, succéda à son père en qualité de colonelpropriétaire. Ce prince fut remplacé lui-même, le 1 er avril 1710, par son fils, qui porta les mêmes prénoms et le même titre que lui (1).

Condé demeura dans les lignes ou à Lauterbourg pendant les campagnes de 1710 et 1711. Il servit en 1712 en Alsace, et en 1713 il fit les sièges de Laudauet deFribourg. Il reçut, le T r janvier 1714, les débris du régiment deMontereau.

En 1727, le régiment était au camp de la Moselle. Appelé en 1733 à l'armée d'Italie, il servit celte année à la prise de Géra d'Adda, de Pizzighctone et du château de Milan. Il se distingua le 23 octobre à la prise du chemin couvert de Géra d'Adda. En 1734, il contribue à la prise de Tortone et de Novarre, combat le 29 juin à Parme, où le colonellieutenant d'Hautefort a la main percée par une balle,

(1) Le 2* duc de Bourbon mit à la lête de son régiment le marquis de Montboissier, passé en 1712 aux Mousquetaires, et qui devint brigadier le 1 er février 1719, maréchal de camp le 20 février 1734 et lieutenant-général le 1" mars 1738. 11 fut remplacé par le comte d'Angennes passé en 1713 au régiment de Normandie. A celui-ci succéda le comte de Survillc, remplacé lui-même par son frère, qui Rappela d'abord comme lui comte de Surville, prît le titre de marquis d'Haulcfort en 1727 et devint brigadier 1 er août 1734 et maréchal de camp 1 er janvier 17 50.

André-Jean de Pommerol de Graves, lieutenant en 1687, fut fait lieutenant-colonel 2 décembre 171 3 et brigadier 1*' février 1719.

coopère à la soumission de Alodène au mois d'août, et assiste en septembre à la sanglante bataille de Guastalla. Il fait en 1735 les sièges de Reggiolo et de Gonzague, et rentre en France au mois d'août

Le 21 février 1740, le régiment échut en héritage à Louis-Joseph de Bourbon, le dernier des membres de cette illustre maison qui ait porté le litre de prince de Condé. Ce titre écrasant, que son père et son grand-père n'avaieni pas osé prendre, celui-ci le justifia par des talents réels pour la guerre et quelque gloire ; mais la fatalité qui s'attache à certains noms, voulut que le Condé du xvm c siècle prit surtout ses titres au souvenir de la postérité dans le camp ennemi, comme général de l'émigration, de même que les Condé du xvn* siècle s'étaient placés au premier rang des mécontents et des frondeurs, et les Condé du xvi° à la tête des protestants. C'est ainsi que les membres d'une grande famille, sans • croire dévier du droit chemin , mais influencés à leur insu par le besoin de résister à tout amoindrissement de leur importance personnelle, peuvent se trouver tour à tour, et suivant les temps, plus révolutionnaires que le peuple ou plus monarchiques que le roi, et agir toujours à l'envers de la marche générale de la nation.

Le nouveau prince de Condé étant encore enfant, le commandement du régiment fut confié au marquis de La Tournelle, l'obscur mari de la célè-

bre duchesse de Chàteauroux. Quand éclata la guerre de la succession d'Autriche, Condé fut envoyé à l'armée de Flandre, où il fit les campagnes de 1741 et de 1742. Au commencement de 1743, il fut dirigé sur l'Alsace et prit d'abord des cantonnements dans les villages de Klcingenmûnstcr et Gleisenzel près de Landau. 11 rallia bientôt Tannée du maréchal de Noailles et se trouva le 27 juin à la bataille de Dettingen, où il perdit son colonel-lieutenant, le marquis de Sabran, trois capitaines et un lieutenant; huit autres officiers furent blessés. Après cette affaire, il fut mis en garnison à Landau. Le 23 novembre, les deux compagnies de grenadiers et deux piquets, avec un détachement de même force du régiment suisse deMonnin, exécutèrent un heureux coup de main de l'autre côté du Rhin sur les magasins de l'armée autrichienne entassés à Ettingen. Tout fut pris, matériel et personnel. En 1744, Condé se conduisit avec distinction à la reprise de Weissembourg, aux combats d'Àugenheim et de Reichewaux et au siège de Fribourg. Il passa au mois de septembre en Bavière avec le comte de Ségur et eut ses quartiers d'hiver à Ratisbonne. Il combattit bravement en 1745 à Pfaffenhofen et dans diverses rencontres pendant la retraite qui suivit ce combat , et à son retour sur le Rhin, au mois d'avril, il fut placé sous les ordres du prince de Conti. En juillet 1746, il fut appelé sur les Alpes et employé pendant l'hiver à la défense de la Pro-

vence envahie par les Autrichiens et les Piémontais. Lorsque ceux-ci eurent été contraints à repasser le Var, le régiment servit à la reprise des îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat, et il y contribua de la manière la plus brillante. Il se rendit ensuite au camp de Tournoux, et se fil encore remarquer par sa valeur le 19 juillet à l'attaque des retranchements du col de l'Assiette. Il demeura sur cette frontière jusqu'à la paix (1).

En 17£i4, Coudé fait partie du camp d'Aimeries sur Sambre. Il sert en 1 757 sous le maréchal d'Estrées, qui gagne, le 24 juillet, la bataille d'Haastembeck ; il accompagne ensuite le maréchal de Richelieu à la conquête du Hanovre, prend part à toutes les opérations de ce général jusqu'à la convention de Closterseeven , et quitte le 7 octobre le camp d'Halberstadt avec le duc de Broglie pour aller renforcer l'armée du prince de Soubise. Il partage la mauvaise fortune de cette armée à Rosbach, et retourne aussitôt après cette fatale journée à l'armée de Hanovre. On le trouve en janvier 1758 à la surprise d'Halberstadt, au ravitaillement du château de Reggenstein et à l'attaque de Quedlimbourg. Re-

(1) Le régiment avait pour colonel-lieutenant pendant cette guerre, le marquis de Langeron, brigadier 5 juin 1747, maréchal de camp 1 er mai 1758 et lieutenant-général 25 juillet 1762, et pour lieutenant-colonel Louis d'Àrras d'Haudrecy, capitaine en 1714, lieutenant-colonel 14 mai 1743 et brigadier I e * janvier 1748.

venu peu après sur la rive gauche du Rhin, il y demeure cantonné pendant tout le reste de la campagne. En 17o9, il est de l'armée du maréchal de Contades et fait presque tous les frais de la bataille de Minden le 1" août, où il eût été anéanti sans le secours des troupes saxonnes. Placé à l'extrême gauche, il eut pendant presque toute la journée sur les bras les divisions hanovricnnes et leur résista avec une inébranlable fermeté. Le régiment perdit à Minden le capitaine de Mézières et les lieutenants Chartron et Larmandrie. Parmi les blessés se trouvaient le colonel-lieutenant comte de Maillé (1), le lieutenant- colonel de Laborde, les capitaines du Broca, de Vilson , Daix , Saint-Monlan, La Devèze, Ronchaux, de Yesins, du Bouzet, de Lincé et quatre lieutenants. Après cette lutte terrible, le régiment, hors d'état de continuer la campagne , fut mis en garnison à Cassel et ne prit aucune part à la guerre jusqu'en 1761. Au mois de mars de cette année, il contribua à la défense de Cassel ; il se distingua à la sortie du 7, dans laquelle le capitaine de Salgues (2) fut frappé d'une balle dans la poitrine. A l'ouverture de la campagne, le régiment joignit le corps de

(1) M. de Maillé fut nommé maréchal de camp le 3 janvier 1770. Son successeur, le comte de la Bélinaye, est devenu brigadier le 1 er mars 1780 et maréchal de camp le 1" jaovier 1784.

(2) Guy Augustin de Salgues, enseigne en 1746, major 16 août 1761, lieutenant-colonel 18 avril 1776, brigadier 1 er mars 1780 et maréchal de camp 1*" janvier 1784.

réserve, dont le prince de Condé avait le commandement. Il fît au mois de septembre le siège de Meppen, et il contribua le 30 août 1762 au succès du combat du Johannisberg.

A sa rentrée en France, il fut mis en garnison dans la ville de Condé 2 qu'il quitta en mai 1763 pour aller à Givet. 11 se rendit de là à Sédan en mai 1764, à Mézières en novembre de la même année, et en juillet 1765 il fut appelé au camp de Compiégne, que commandait le prince de Condé. Après la levée du camp, au mois d'août, le régiment fut envoyé à Blaye, puis àBayonne en avril 1766, à Tours en juin 1767, à Dunkerque en novembre 1767, à Aire en octobre 1 768 , à Thionville en octobre 1769, à Quimper en janvier 1771, à Aire au mois de juin et à Sédan au mois d'octobre de la même année, à Givet en octobre 1773, à Lorient et Port- Louis en octobre 1774, et à Brest en novembre 1777. A cette époque, sauf deux compagnies restées à Bellisle, le régiment fut embarqué presqu'en entier sur diverses escadres. La plus forte partie était à bord de la flotte du comte d'Orvilliers et se trouva le 27 juillet 1778 à la fameuse bataille navale d'Ouëssant. Le lieutenant de Buhéran y fut blessé sur V Artésien. Un détachement monté sur le vaisseau de 74, le Triton, commandé par le comte du Ligondez, prit part, le 20 octobre, au glorieux combat soutenu par ce capitaine contre un vaisseau et une frégate britanniques, qui se retirèrent dés-

pe l'anc. infanterie FRANÇAISE. T. VI. 2

emparés après trois heures de lutte. Le capitaine de Puymartin, le lieutenant Dcsaigues et le sous-lieutenant d'Ausillon méritèrent d'être cités pour leur brillante conduite dans cette affaire.

A la fin de 1 778, Condé fut envoyé à Schlestadt. Il y arriva en novembre, et se rendit à Phalsbourg en avril 1779, à Strasbourg au mois de novembre, à Cambrai en novembre 1781, à Douai en novembre 1783, à Redon et Vannes en avril 1784, et à Lille en novembre 1785. Le 1" bataillon était encore dans cette ville en 1789, lorsqu'on apprit que le prince de Condé, donnant le signal à l'émigration, avait quitté Paris le 16 juillet. Cette nouvelle produisit une agitation très-vive dans le régiment, dont les soldats auraient, dit-on, lacéré dans leur indignation tous les insignes qui rappelaient leur colonel. Ce qui est certain, c'est que le \" bataillon reçut subitement le 27 août l'ordre de quitter Lille et de se rendre à Boulogne, où il fut rejoint par le 2° bataillon, qui avait été appelé à Rouen pendant les troubles qui se terminèrent par la prise de la Bastille. Ce 2 e bataillon fut détaché à Aire en septembre 1790, et, au mois de juin de l'année suivante, le régiment tout entier se mit en route pour Metz, d'où il passa à Montraédy en janvier 1792 (1).

(1) Le colonel de Ligniville, qui le commandait alors, fut nommé maréchal de camp le 5 février 1792. M. de Villione est aussi devenu ofGcier général en 1793.

Quelques mois plus tard, le 1 er bataillon était à rarmée du Nord. Il se distingua le 23 mai au combat d'Hamptine. Les grenadiers y repoussèrent deux fois l'avant-garde autrichienne et ne cédèrent qu'à une troisième" attaque. Us se replièrent alors en bon ordre sur Saint-Aubin , où se trouvait le reste du bataillon. Celui-ci, après une défense énergique de ce village dirigée par le colonel Villione, fit sa retraite sur Philippeville. Après la bataille de Valmy, ce bataillon passa à l'armée de la Moselle cl servit dans les environs de Trêves sous le général Beurnonville. En 1793, il se distingua très-particulièrement au combat d'Haguenau et à la reprise des lignes de Weissembourg. Il servit en 1794 dans le Palatinat, et entra le 20 juin dans la composition de la 109* demi-brigade. *

Le 2' bataillon de Condé a toujours servi aux armées de la Moselle ou du Rhin. Il se couvrit de gloire, le 30 décembre 1793, dans un combat livré à quatre lieues de Mayence, où il attaqua hardiment et dispersa les postes ennemis. Ce bataillon a été versé le 3 mai 1 794 dans la 1 10 e demi-brigade.

Les drapeaux de Condé avaient deux quartiers bleus et deux quartiers ventre de biche , couleurs de la famille dont le régiment portait le nom.

Son ancien uniforme se composait d'habit et culotte blancs, parements, collet et veste rouges, boutons jaunes, pattes ordinaires garnies de cinq boutons, autant sur la manche, chapeau bordé d'or. De

1776 à 1779, il porta le collet jaune pour se distinguer des autres régiments des princes qui avaient comme lui la couleur rouge écarlate aux revers et aux parements.

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