de SAINT-QUENTIN ( Claude-Marie ), 14 janvier
Le régiment de Bourbon a subi les mêmes vicissitudes que le précédent ; il a comme lui perdu les avantages de son ancienneté par suite de la rébellion du prince de Gondé. Le tort qu'il en éprouva fut même plus considérable que celui du régiment de Condé , car il était plus ancien que lui de neuf ans. Il avait, en effet, été levé le 8 juillet 1635 par le jeune duc d'Enghien, depuis le grand Condé , qui , à cause de sa jeunesse, n'inspirait pas à Richelieu les mêmes sentiments de défiance que le cardinal ressentait pour son père.
Le régiment d'Enghien débuta, en 1636, en Franche- Comté ; il commença à faire parler de lui au siège de Dôle. Le capitaine La Tour du Bost et l'enseigne Pinçonnet y furent tués , le capitaine de Chabannes et le lieutenant d'Aubigny blessés, en repoussant une sortie le 13 juillet. Le régiment s'était laissé surprendre dans les tranchées, et il eût subi un rude échec sans l'arrivée de Picardie. Au mois de mars 1637, Enghien se distingue dans un combat livré dans la Bresse, sous les châteaux de Cornaud et de Vaugrigneuse ; les Francs-Comtois y furent mis dans une déroute complète. Au mois de juin , il est au siège de Lons-le-Saulnicr. Le 25 f il s'empare avec Normandie du fort du faubourg Saint-
Désiré , et il en a la garde jusqu'à la fin du siège. En juillet , il emporte la ville et le château de Clerval : tous les défenseurs sont passés au fil de l'épée ; trois drapeaux et deux cornettes restent dans les mains des vainqueurs. Le régiment se rend de là devant Saint- Laurent de la Roche, et termine la campagne par la prise de cette ville et de Blelterans. L'année suivante , il passe à l'armée de Guyenne qui s'assemble à Sainl-Jean-de-Luz , et qui , le 1" juillet , cherche à franchir la Bidassoa. Enghien donne au gué de Béhobie. Le bord de la rivière, naturellement relevé, était encore fortifié de deux redoutes protégées ellesmêmes par le canon de Fontarabie. Le combat fut opiniâtre, mais enfin les Espagnols, « étonnés du courage des François, qui passèrent la rivière allègrement , bien qu'ils fussent dans l'eau jusqu'à la ceinture, plièrent et s'enfuirent vers Irun, » où Enghien entra pêle-mêle avec les ennemis. Le régiment , sans s'amuser au pillage , les disperse dans les bois et se rend maître d'un pont important sur la communication de Fontarabie. Cette brillante affaire ne coûta au corps que le major La Vézerie tué dans la poursuite. Trôis officiers et une quinzaine de soldats furent blessés. Enghien servit avec la même vigueur à la prise du fort du Figuier, du port du Passage et à celle de Fontarabie. Le 8 août, .100 hommes de la garnison de cette dernière place font une sortie le long de la mer, qui était basse, et viennent attaquer les postes d'Enghien. Six compagnies , conduites par
le capitaine Ménétreux , accourent , culbutent les Espagnols dans leurs fossés , en tuent une partie et font trente prisonniers. Le régiment termina cette glorieuse campagne par le siège de Gattari; il se logea , par un brillant coup de main , sur la contrescarpe , mais il eut la douleur de voir tous ses travaux, perdus par suite de la terreur panique qui s'empara tout à coup de quelques bataillons de nouvelle levée.
Enghien servait, en 1639, dans le Roussillon. Il y coopère à la prise du château d'Hautpoul , et aux sièges de Salces et de Tantavel. Le 17 septembre , le capitaine de Troys est tué dans un combat livré entre Salces et Rivesaltes. Le 20 , le régiment entre dans Salces et y est assiégé le même jour. Dans une sortie qu'il fit le 27 , il mit dans une affreuse déroute le régiment espagnol du comte-duc dOIivarès , la fleur de l'infanterie castillane. Les capitaines Saint-Micaud , Crespan et Savillan se couvrirent de gloire ce jour-là.
En 1640 , Enghien servit en Guyenne. 11 retourna l'année suivante en Roussillon. Il occupa Canet le 6 juin, et marcha ensuite au siège d'Elne, où périt le capitaine de Belouzes. En février 1 642, il soutient un combat terrible près de Perpignan : presque tous les officiers y sont tués ou blessés , ce qui l'empêche de servir activement au siège de Collioure ; mais il prend bientôt sa revanche devant Perpignan , et le 7 septembre il a l'honneur d'entrer, avec les Gardes Françaises et Suisses, dans la capitale du Roussillon.
Au commencement de 1643, pendant que son jeune chef allait sur une autre frontière, dans les champs de Rocroi , attacher à son nom une gloire immortelle , le régiment, sous la conduite du mestre de camp en 2 e La Robertière, marchait au secours de Mirabel, livrait, le i w mars, un combat acharné où étaient blessés le lieutenant Anturin et les enseignes Roquemont et Desgrangés, et faisait encore lever le siège de Flix.
En 1644, le régiment rejoint le duc d'Enghien en Champagne ; il contribue à la prise de plusieurs petites places du Luxembourg et marche au secours de l'armée d'Allemagne, qui n'avait pas été assez forte pour empêcher la prise de Fribourg. Il se signale , entre tous, aux combats livrés pendant trois jours autour de cette ville. Le premier jour, 3 août, il commence à la droite l'attaque des retranchements des Bavarois ; conduit par le lieutenant-colonel de Chamilly, il force les premières palissades, donne sur les redoutes et , après une action des plus meurtrières, reste maître des retranchements. Ce jour-là, les pertes du régiment furent immenses. Parmi les morts se trouvaient les capitaines Lisle-Dugast , Arconcey et Descros; le capitaine Feuillans et l'enseigne Sersigny étaient mortellement blessés. Un Clisson , enseigne de la compagnie colonelle, fut tué sur le parapet d'une redoute après y avoir planté son drapeau. On comptait parmi les blessés le major Landenay, les capitaines de Chazans, La Magdeleine ,
Fontdouce-Moricourt, Lestang, Dubreuil, Molan , et les lieutenants Chabert, Beaumont, Lanty, Banette et Desfontaines. Dans le combat du 5, le régiment perdit encore les capitaines Crespan et Souail, le lieutenant de Bar et les enseignes Chateauthiers, Duval, Charnbin et de Ternay; les capitaines Saint- Micaud et de Cherizy, depuis placés à la tête du régiment de Condé, y furent blessés.
Enghien termine cette sanglante campagne par la prise de Philisbourg, de Germesheim , de Spire , où le lieutenant Lavernet est dangereusement atteint par un boulet, de Worms, de Mayenceet de Landau. En 1645, le régiment combat à Nordlingen; il entre ensuite en garnison à Philisbourg et y passe la campagne de 1646.
A la fin de cette année , le duc d'Enghien dévient prince de Condé par la mort de son père , et la propriété du corps passe au nouveau duc d'Enghien , Henri-Jules de Bourbon, encore enfant. Le commandement du régiment fut en même temps donné a M. de La Robertière, qui exerça en qualité de mestre de camp-lieutenant.
Enghien suit, en 1647, le prince de Condé en Catalogne et sert au siège de Lérida. L'année suivante, il arrive en Flandre et se jette dans Saint- Quentin et Guise à l'approche de l'armée espagnole. 11 rallie néanmoins l'armée peu de temps après, combat à Lens le 19 août, et dès le 27 il est a l'investissement de Fumes , que M. de La Uobertièrc
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est chargé de diriger. Il sert encore , en 1 649 , sur celte frontière , se trouve le 2!> août à la prise de Condé , se laisse entraîner, à la fin de cette année , dans la révolte de Monsieur le Prince , et se retire en Bourgogne. Cassé par ordre du 20 février 1650, rétabli un instant sur le contrôle de l'armée par lettre du 26 février 1651 , il est de nouveau licencié le 13 septembre, et depuis ce jour jusqu'à la paix des Pyrénées , il combat contre la France.
On le trouve, en 1652 , aux affaires de Bléneau et d'Étampes, et à la bataille du faubourg Saint- Antoine. Après cette journée , la plus forte partie du corps se rend en Guyenne, et défend en septembre et octobre la ville de Marennes» Au commencement de 1653 , elle passe dan6 le Limousin , est défaite au mois de février au combat de Saint-Robert, et se réfugie à Sarlat , où elle est attaquée , le 23 mars , par le régiment de Champagne. Le lieutenant-colonel de Boismalé, les capitaines Sainte-Foix, La Mothe et d'Abouville sont tués et le reste demande quartier. Le mcstre de camp de Chambellay (1) et tous les officiers survivants entrent alors dans les troupes royales. La seconde fraction du régiment, qui , après la bataille du faubourg Saint-Antoine, s'était dirigée vers la Champagne , se signale à la prise de Sainle- Ménehould, et défend, en 1653 , cette place contre
(1) M. de Chambellay obtint, L'année suivante, le régiment de Touraine.
Turenne, qui met trente jours à la prendre. Après la capitulation de Sainte-Ménehouid , ce qui restait du régiment d'Enghien se jette dans Cambrai et y demeure jusqu'à la paix.
Le prince de Condé et sa famille étant rentrés en grâce en 1659, le régiment d'Enghien fut réadmis à la solde du roi pour prendre rang après le régiment de Condé, mais il n'a été réellement remis sur pied que le 26 octobre 1667. Il servit en 1668 à la conquête de la Franche-Comté et £ut réduit aussitôt après à quatre compagnies.
Porté à douze compagnies en \ 672, il est passé en revue le 28 mai par le prince de Condé à Fismes, près de Rheims, et marche avec lui à la conquête de la Hollande. Il contribue à la prise de plusieurs places, assiste au fameux passage du Rhin et achève la campagne au camp d'Utrecht. Passé pendant l'hiver aux ordres du duc de Luxembourg, il fait partie de l'expédition de ce général dans la province de Hollande et occupe Culembourg, puis Ameyden, où il se trouvait encore en mai 1673, lorsqu'il reçut l'ordre de se rendre devant Maëstricht. Il prend part au siège de cette place, hiverne en Bourgogne, contribue en 1674 à la conquête définitive de la Franche- Comté , rallie , après la prise de Besançon , l'armée du prince de Condé et combat à Séneff avec Auvergne.
L'année suivante, Enghien fait partie de l'armée de la Meuse et sert aux sièges de Liège, Dinant, Huy
et Limbourg. Il marche ensuite au secours de l'Alsace envahie depuis la mort de Turenne et contribue à faire lever les sièges d'Haguenau et de Saverne. Il est en 1 676 au combat de Kokersberg. A partir de la campagne suivante , il a un bataillon en Flandre et un bataillon sur le Rhin. Le bataillon, qui servait en Flandre, assiste en 1677 à la prise de Valenciennes, à la bataille de Cassel et à la prise de Saint-Omer, où le colonel-lieutenant est blessé d'un coup de feu à la tête, et en 1678 aux sièges de Gand et d'Ypres, au blocus de Mons et à la bataille de Saint- Denis.
Le 2 e bataillon, qui servait en Alsace dans le corps particulier aux ordres de M. de Montai, fit, en novembre 1677, le siège de Fribourg, et se trouva en
1678 au combat de Seckingen et à la prise de Kelh et de Lichtemberg. Il fit encore la campagne de
1679 en Allemagne sous le maréchal de Créqui. Enghien était, en 1683, à Saverne lorsqu'un bataillon reçut l'ordre , au mois d'avril, de joindre le corps d'armée que le maréchal de Créqui rassemblait sur la frontière du Luxembourg. Le 8 mai 1684, ce bataillon ouvrit avec Champagne la tranchée devant Luxembourg, et pendant tout le reste du siège, il partagea les travaux de ce vieux régiment. U perdit devant cette place le lieutenant du Bichot; le capitaine de Thoury et deux lieutenants furent blessés. L'autre bataillon avait aussi quitté Saverne en 1683 pour se rendre à l'armée de Roussillon. Il se trouva en 1684 au combat du Ter, où par un feu des plus
vifs il empêcha l'ennemi de se rallier; il monta plus tard à l'assaut de Girone et perdit son colonel-lieutenant, M. de La Mothe (1), dans une escarmouche qui suivit le siège de cette ville.
A la mort du grand Condé, en 1686, le nouveau prince de Condé céda le régiment à son fils Louis Henri, duc de Bourbon. Une ordonnance du 28 décembre fit quitter au corps le titre d'Enghien et lui donna celui de Bourbon , qu'il a toujours porté depuis.
En 1688, Bourbon fait partie de l'armée du dauphin et de la brigade de Feuquières, et se distingue au siège de Philisbourg. Il y ouvre la tranchée le 10 octobre à l'attaque du bas Rhin et pousse ses travaux jusqu'aux palissades de l'ouvrage à cornes. Il eut ce jour-là 15 hommes tués et 55 blessés. Le 17, les assiégés font une sortie du côté du cimetière ; le régiment, ayant à sa tête le duc de Bourbon et le prince de Conli , les charge et les force à se retirer dans le chemin couvert. Le colonel-lieutenant, marquis de Yillandry, fut légèrement blessé à la tète par un éclat de grenade. Après la prise de Philisbourg, Bourbon contribue à l'occupation des places de Manheim et de Franckenthal. 11 sert encore dans le Pâ-
li) M. de La Mothe avait été nommé lieutenant-colonel au rétablissement du corps le 26 octobre 1667. 11 avait été fait brigadier le 15 avril 1672, maréchal de camp le 25 février 1676, et lieutenant-général le 28 juin 1678.
latinat en 1689, et des détachements du corps prennent part à la défense de Mayence et à celle de Bonn.
Bourbon est envoyé en 1690 sur les Alpes; il y débute par la réduction de Cahours. Le 17 août, il aborde avec résolution et emporte une hauleur qui domine Saluées ; M. de Vieuxpont, à qui le duc de Bourbon venait de donner son régiment, fut tué à la tête de ses grenadiers en voulant forcer une barrière des retranchements de l'ennemi (1). Le lendemain, 18, fut livrée la bataille de Staffarde. Bourbon, qui était à l'aile droite avec le régiment de Grancey, y culbuta et défit complètement le célèbre régiment espagnol de los Colorados , ainsi appelé à cause de l'habit rouge des soldats. Le capitaine La Fare perdit la vie dans cette journée. Bourbon sert en 1691 à la prise de Nice, Villefranche, Montalban et Montraélian. L'année suivante , il est dans les Pavs-Bas et fait le siège de Namur. Au mois de juillet, lorsque le roi retourna à Versailles, on détacha quelques régiments sur la côte pour préserver Dunkerque, sur lequel on supposait que les Anglais avaient des vues. Bourbon était un de ces régiments et fut placé à Calais. A la fin de la campagne, il vint à Philippe ville etil fit les deux campagnes suivantes en garnison ou
(I ) Il fut remplacé par son frère devenu brigadier 29 janvier 1702, maréchal de camp 26 octobre 1704, et lieutenant-çénéral 29 mars