‹ Histoire de l'ancienne infanterie françaiseChapitre 38 sur 46 · FERRAiND de ROZE (Pierre Elyzée), 18 novembre · texte numérisé non relu

FERRAiND de ROZE (Pierre Elyzée), 18 novembre

Ce régiment, créé par ordonnance du 20 mars

1672, a été formé avec treize compagnies de Royal- Roussi. Ion, qui avaient été transformées en 1661 en compagnies de garnison pour la garde des places du Languedoc. Il a toujours porté le nom de cette province.

Languedoc, porté à vingt compagnies à la fin de 1 672, fit la campagne de 1 673 à l'armée d'Allemagne. En 167 ; , le nombre de ses compagnies fut élevé à trente, partagées en deux bataillons. Le l* r bataillon, embrigadé avec Champagne, se trouva le 16 juin à la bataille de Sintzheim et se distingua à l'attaque du village et du château de ce nom ; il y perdit le capitaine de Charmoy et le lieutenant de Rochefort. 11 passa le mois de juillet à Sa verne, rejoignit l'armée de Turenne en septembre et combattit le 4 octobre à Ensheim ; il y contribua avec le régiment d'Orléans à la prise des retranchements de l'ennemi. Use maintint pendant une heure au milieu d'un feu épouvantable et fit de grandes pertes. 11 assista encore cette an née au combat de Mulhausen, et, le 5 janvier 1675, à la bataille de Turckheim.

Le 2 e bataillon demeura pendant cette campagne de 1674 dans les Pays-Ras, à Grave. Il prit part à la célèbre défense de cette place, qui dura 93 jours, et se distingua le 13 octobre à la défense de la porte de Fours. Sorti de Grave le 23 octobre, il passa l'année 1675 sur la frontière du Nord.

Le 1 er bataillon continua cette année de servir sous Turenne, et, après la mort de ce grand homme,

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il se signala au combat du pont d'Altenheim , puis au secours d'Haguenau et de Saverne. Au mois de février 1676, il était cantonné à Bouquenom sur la Sarre. Il se trouva cette année au combat de Kokersberg. En 1677, les deux bataillons faisaient partie de l'armée commandée par le roi en personne ; ils assistèrent à la conquèle de Valenciennes, et commencèrent le siège de Cambrai , d'où ils furent détachés le 30 mars pour aller renforcer, sous Sainl- Omer, le corps d'armée de Monsieur. Languedoc se trouva ainsi, le 1 1 avril, à la bataille de Cassel, mais il y fut peu engagé. Il servit ensuite à la prise de Saint-Omer. En 1678, il fit les sièges de Gand et d'Ypres, combattit à Saint-Denis, et joignit ensuite l'armée du maréchal de Créqui en Alsace. Il contribua, du 25 au 27 juillet, à la réduction du fort de Kelh, et le 2 e bataillon y demeura en garnison jusqu'à ce que tous les ouvrages en fussent rasés. Pendant ce temps, le 1" bataillon prenait part aux combats livrés au mois d'août, autour de Strasbourg. Il demeura quelque temps cantonné à la Rupertchau.

Le 29 avril 1684, Languedoc arrivait devant Luxembourg. Il servit très-bien à ce siège. Le 13 mai, étant de tranchée avec La Couronne, il se logea sur le glacis du chemin couvert. Le 20, une mine avait joué au ravelin de Grump et la brèche se trouvait praticable pour six ou sept hommes de front; les grenadiers du régiment s'élancent bravement sur le

talus, mais arrivés au sommet, ils sont accueillis par un épouvantable feu de uiousqueterie. Le capitaine Saint-Léger, sans s'émouvoir, fait mettre J'épée à la main à ses grenadiers et attaque si vivement les assiégés, avant qu'ils aient eu le temps de recharger leurs armes, qu'il les rejette au delà de la rivière Le reste du régiment se précipite sur les pas des grenadiers, et le major d'Avejean s'empare de la porte de Grurap, fait abattre le pont-levis et achève de s'emparer des dehors. Cette belle action avait coûté la vie à une vingtaine de grenadiers. Le 3Q , le régiment contribue encore à la prise de la coupure du vieux château de Munster. Ce fut alors qu'un officier de la garnison vint trouver le major d'Avejean et lui dire que le prince de Chi may , gouverneur de Luxembou rg, désirait entrer en pourparlers. Languedoc ne perdit point d'officiers à ce mémorable siège. Le brave capitaine Saint-Léger et huit lieutenants y furent blessés.

En 1688 et 1689, le régiment fit partie delà réserve de l'armée d'Allemagne. Il marcha eu 1689 au secours de Mayence. Cette même année, le colonel marquis de Pusignan, qui avait profité de l'inaction du corps pour aller en Irlande combattre sous les drapeaux de Jacques II, se fit tuer au siège de Londonderry (1),

~ . .il. , .. .

(1) M. de Pusignan était brigadier du 28 février 1686. Le marquis d'Antin, son successeur, est passé au régimeut devenu Aunis.

Languedoc fît encore la campagne de 1690 sur le Rhin, et l'année suivante il passa à Tannée d'Italie. 11 fit partie d'une expédition dans la vallée d'Aoste, qui força le marquis de Parelle à abandonner un poste avantageux. Il se trouva aussi à la prise de Nice, Villefranche, Montatban, Veillane, Carmagnola et ou siège du château de iMontmélian, où le colonel marquis d'Antin fut blessé à la tête.

Les deux bataillons de Languedoc furent appelés en Flandre pour la campagne de 1692 : ils se trouvèrent à la prise de Namur, à la bataille de Steenkerque et au bombardement de Charleroi. Le régiment quitta la Flandre le 12 juin 1693 pour se rendre sur le Rhin avec le dauphin. Revenu dans les Pays-Bas Tannée suivante, il de î;eura d'abord au camp de Charleroi : il prit part en 1695 au bombardement de Bruxelles et il passa la campagne de 1696 à Pottes sur l'Escaut. Il servit en 1697 sur la Meuse avec le marquis de Boufflers et fit partie en 1698 du camp de Compiègne.

En 1701 , à l'ouverture de la guerre de la succession d'Espagne, Languedoc est envoyé dans le pays de Juliers. Le 27 avril 1 702, un bataillon, passant le Rhin sur des bateaux, parvient à pénétrer dans Kayserswaèrth déjà investi. Il prend une part glorieuse à la défense de cette place et se distingue surtout dans la sortie du 22 mai. Le lieutenant-colonel d'Olive est ce jour-ià frappé à mort avec deux autres officiers et cinquante soldats; vingt-trois officiers sont blessés.

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Kayserswaërth se rend le 15 juin et le bataillon se retire à Venloo. Le régiment tout entier rallie en 1703 l'armée. du duc de Bourgogne, combat avec Picardie à Eckeren et va prendre ses quartiers d'hiver à Trêves. Il part, l'année suivante, avec le maréchal de Tallard, pour la Bavière et se trouve ainsi enveloppé dans le désastre d'Hochsledt. La brigade de Languedoc était au centre de la 1" ligne de Tallard, et elle occupait le château de Bleinheim. Le colonel marquis de Marillac eut le bonheur d'être tué (I) ; le lieutenant-colonel d'Argelos, très-dangereusement blessé, et la majeure partie des deux bataillons, furent faits prisonniers de guerre et conduits à Ulm. Les clauses de la capitulation de Bleinheim furent déloyalement violées pour toutes les troupes françaises, mais surtout pour le régiment de Languedoc, qui ne fut délivré qu'en juin 1707, quand le régiment de Champagne s'empara de Schorndnrf. Les magistrats d'Ulm , effrayés, relâchèrent alors leurs prisonniers, alléguant qu'ils ne les avaient retenus que sur l'ordre exprès de l'empereur.

Tout ce qui était parvenu à s'échapper des mains de l'ennemi, s'était retiré sur la Moselle, et avait formé un faible corps qui, en 1706, marcha au secours du Fort-Louis et contribua à la prise de Drusenheim , de Lauterbourg et de l'île du Marquisat. En 1707, ce corps suivit Villars dans son expédition en Souabe et

(1) M. de Marillac était brigadier du 28 juin 1702.

en Franconie, et recueillit les prisonniers d'Ulra. Le lieutenant-colonel d'Àrgelos avait été, pendant sa captivité, nommé colonel du régiment en récompense de sa conduite à Hochstedt et des soins qu'il avait pris de ses compagnons d'infortune pendant leur séjour à Ulm (1).

Languedoc demeura dans les lignes de la Lauter jusqu'à la fin de la campagne de 1710. 11 ouvrit celle de 1 71 1 sur la frontière de Flandre ; mais il la quitta le 12 juin pour retourner à l'armée du Rhin. 11 resta depuis en Alsace jusqu'à la fin de la guerre, contribua en 1713 à la prise de Landau et de Fribourg et fut réduit à un seul bataillon en 1715.

Le régiment fit, en 1719, la campagne des Pyrénées ; il participa à la réduction de Fontarabie et de Saint-Sébastien et au blocus de Roses.

En 1732, il fit partie du camp de la Moselle. L'année suivante il était au siège de Kelh, en 1734 au combat d'Ettlingen et à la prise de Philisbourg, et en 1735 à l'affaire de Klausen.

Au mois de mars 1742, Languedoc, qui faisait partie avec Auvergne de la 3 e division de l'armée de Bavière, se mit en route pour Donaûwerth. Il dé-

fi) Le baron d'Argelos, lieutenaol au corps à la création, avait été nommé major 26 avril 1693, lieutenaut-colonel 25 mai 1702, et brigadier 22 juin 1707. 11 fut remplacé comme colonel par son neveu, le comte d'Arros, qui fut nommé brigadier 28 février 1734, maréchal de camp l ef mars 1738 et lieutenant général janvier 1748.

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meura quelque temps à Amberg, d'où un bataillon partit au mois de mai pour passer en Bohême. Ce bataillon se trouva au combat de Sahai et au ravitaillement de Frawemberg et se retira à Prague, où l'autre bataillon vint le rejoindre. Le régiment prit une part très-active à la défense de Prague et à plusieurs expéditions importantes autour de cette grande ville. Le 21 septembre il était à l'attaque et à la prise de Plan, où le major d'Aspremont reçut trois coups de feu. Un bataillon envoyé , en octobre , à Leimeritz avec M. d'Armentières, y fut cerné et bloqué par les Autrichiens. Le 24 novembre , ceux-ci ouvrirent le feu d'une batterie, dont le premier boulet faillit tuer Je colonel Duglaset blessa légèrement le lieutenant de Ballode. Ce même officier fut tué le lendemain par les Croates , malgré la suspension d'annes qui venait d'être accordée pour traiter de la capitulation. Le colonel Duglas (1), le lieutenant colonel de Vivans elle bataillon furent fails prisonniers de guerre et conduits à Brûnn , en Moravie. Ce bataillon, échangé en mai 1 743, rentra en France au mois de juillet suivant.

L'autre bataillon, demeuré à Prague, fut embrigadé avec Piémont et suivit ce vieux corps pendant toute la retraite du maréchal de Bellisle. Il repassa le Bhin en janvier 1743 et fut envoyé en garnison à Lille. Il était réduit à 25 officiers et 180 soldats. Les

(I) Le colonel Duglas a été uommé briga lier le 1 er mai 1745.

UISTOIRE

débris du corps furent réunis, au mois de juillet, en un seul bataillon.

En 1744 , le régiment de Languedoc fut désigné pour faire partie de l'expédition d'Ecosse , que le mauvais temps fit échouer. Il se rendit alors à l'armée du maréchal de Saxe, assista aux sièges de Menin, d'Ypres et de Furnes et acheva la campagne au camp de Courtrai. Le capitaine Dampus reçut un coup de feu à la cuisse à l'attaque du chemin couvert d'Ypres.

Languedoc débuta , en 1745, à l'armée du Bas- Rhin; mais il revint en Flandre à la fin de juin et fut employé aux sièges de Termonde et d'Ath. Il se rendit devant Bruxelles en février 1746, et il occupa Anderlecht pendant le siège de la capitale du Brabant. Le 10 octobre de cette année, il combat à Rocoux dans la brigade de Royal et aussitôt après , reporté à deux bataillons par ordre du 13 novembre, il se met en route pour aller au secours de la Provence. Après la retraite de l'armée austro-sarde, en 1747, il franchit le Var et contribue à la conquête du comté de Nice. Rappelé sur la frontière du Nord, il passe à Douai l'hiver de 1747 à 1748 et la campagne suivante, et se voit de nouveau réduit à un bataillon par l'ordonnance du 15 novembre, dont l'effet se trouve annulé par celle du 10 mars 1749, qui incorpore dans Languedoc le régiment d'Aunis, créé en 1684, qui devient le 2« bataillon du régiment qui nous occupe.

Le 3 mai 1755, le 2 e bataillon et une partie du 1" bataillon de Languedoc s'embarquèrent à Brest pour passer au Canada. Les compagnies du P bataillon, qui étaient à bord du vaisseau le Lys, tombèrent pendant là traversée entre les mains des Anglais, qui les conduisirent à Halifax, en Acadie, et de là en Angleterre. Ces compagnies furent échangées en 1757, et le premier bataillon se rendit, la même année, tout entier à l'armée d'Allemagne. 11 se trouva à la bataille d'Haastembeck, fut ensuite mis en garnison à Minden et y fut fait prisonnier en 1758, par suite de la déroute de l'armée de Soubise à Rosbach. Les soldats de ce bataillon ne recouvrèrent la liberté qu'à la paix : les officiers purent se racheter et reprendre les armes. Le capitaine Dampus (1) eut un pied fracassé par une balle, en 1760, au combat de Warbourg.

Le 2* bataillon était arrivé au Canada. Dès le septembre 1755, il fit partie de l'expédition organisée au fort Carillon pour marcher au secours du fort Frédéric, menacé par le colonel Johnston, et il se trouva le 8 à l'attaque du camp anglais sur les bords du lac du Saint-Sacrement. En 1756, un dé tachement, commandé par le capitaine Duchat , partit, le 15 mars, de Carillon, bloqua le fort Geor-

(1) Honoré François Perruche de Castellane-Dampus, enseigne au corps en 1733, devint lieutenant- colonel 6 avril 1763, brigadier 22 janvitr 1769 et maréchal de camp mars 1780.

ge6 et détruisit tous les établissements et tous les bateaux du lac du Saint-Sacrement. En janvier 1757, le capitaine de Basserode défit complètement un parti anglais entre les forts Frédéric et Carillon. En juillet, le marquis de Montcalm prépara une expédition plus sérieuse. Il s'agissait de prendre le fort Georges. Le bataillon de Languedoc formait avec celui de La Reine l'aile droite de sa petite armée de 6,000 hommes, tant français que sauvages indiens. La brigade de La Reine couvrit les travaux de ce siège qui se termina le 9 août par la capitulation du colonel anglais Monroë. Le 8 juillet 1758 , le bataillon de Languedoc combattit d'une manière brillante , à côté de celui de La Sarre, sous les murs du fort Carillon. 11 perdit dans cette affaire le capitaine de Fréville , le lieutenant de Parfouru et neuf soldats. Les capitaines de Basserode, de Marillac et Duglas, trois lieutenants et 45 hommes furent blessés. Le bataillon se fit encore remarquer , en 1 759 , à l'affaire du Saut de Montmorency et à la sanglante bataille de Québec, où il partagea le sort et les exploits de La Sarre. H combattait encore, l'année suivante au mois d'avril, sous les murs de Québec , et au mois de septembre à la défense de Montréal. Rentré en France au commencement de 1 761 , il fut envoyé au Pont-Saint-Esprit où le 1 er bataillon, délivré des prisons d'Allemagne, vint le rejoindre (1).

(1) Languedoc avait au pour colonel, pendant la guerre de Sept

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L'ordonnance du 10 décembre 176Î affecta ie régiment de Languedoc au service des ports et colonies. Le corps se rendit , en conséquence, à Toulon, d'où il passa en Corse en novembre 1 764. Il tint garnison à Bastia pendant six ans. De retour à Toulon le 30 novembre 1770, il fut à Nimes et Uzès en novembre 1771, à Perpignan etCollioure en octobre 1772, au château Trompette de Bordeaux et à Blaye en décembre 1773, à La Rochelle en juin 1 774 > au Havre en octobre 1774, et à Givet en octobre 1776. Pendant Tannée 1778, le régiment fut d'abord partagé entre Rouen , Cherbourg et Coutances. Au mois d'octobre, il fut réuni à Bresl et il fournit alors un détachement qui s'embarqua sur l'escadre de M. de VaudreuiL Ce détachement, débarqué le 30 janvier 1 779 au Sénégal , contribua,

Àhs, le màt-quis de Moraogiès, nommé brigadier 20 févrîèr 1W1 et maréchal de camp 28 juillet 1762. Un autre Morangiès» (Jean- Aune, barou de Morangiès de Sain t-AI ban), enseigne au corps an 1750 et lieutenant-colonel 24 juin 1780 , est devenu brigadier I e * mars 1780 et maréchal de camp 1* janvier 1784.

Parmi les derniers colonels, M. dé Caupenne est passé au régiment de Bourbonnais; M. de Donissan, d'abord connu sous le nom de marquis de Citran, a élé fait brigadier 1 er mars 1780 et maréchal de camp 5 décembre 1781 ; M. de Las-Cases obtint ce dernier grade le 60 mai 1791 ; M. de Saint-Simon, ex-colonel du régiment provincial du Roi, est passé & celui de Haioaut ; Regnaud et Ferrand de Rose avaient élé lieutenants-colonels au corps, le premier le 15 avril 1784 et le second le 6 novembre 1791. Ferrand a été guillotiné eh 1794, pour âVoIr, dit-on, cherché a ébranler la fidélité 4ê tes soldats à l'égard de là Coave&tioiw

sous les ordres du duc de Lauzun, à la prise de l'île Saint-Louis et à l'occupation de divers forts et comptoirs de la côte. Le reste du régiment fut réparti , en mai 1779, entre Tréguier et Saint-Brieuc, et, au mois d'août, il fut dirigé sur les côtes de l'Aunis et de la Saintonge. Il occupa successivement Saint-Jean d'Angély, Rochefort, La Rochelle et Tonnay-Charente , et retourna, en septembre 1780, à Blaye et Bordeaux. 11 est allé depuis à Bayonne en mai 1783, à Montauban en juin 1785, et à Auch en août 1788. Les premières agitations de la révolution le firent rappeler à Montauban au mois d'octobre suivant.

Languedoc se fit remarquer par l'ardeur de son patriotisme. Au commencement de 1 790, il fit, avec la garde nationale de Montauban , un pacte fédératif, et envoya à l'Assemblée nationale une adresse qui fut lue dans la séance du 8 avril et qui excita les plus vifs applaudissements. Cependant, les têtes s'exaltaient dans le Midi , et les choses ne tardèrent point à prendre une tournure inquiétante. Le 1 0 mai, la ville de Montauban fut ensanglantée par une émeute : les catholiques coururent sus aux protestants, et le régiment fut requis par la municipalité pour défendre l'ordre et les opprimés. La conduite du corps dans cette occasion déplut à la majorité des habitants, qui portèrent contre lui les accusations les plus graves devant l'Assemblée nationale et demandèrent qu'il quittât la ville. Languedoc , qui

crut voir, dans un décret du 26 juillet, quelque chose qui affectait son honneur, réclama vivement. Cette affaire donna lieu , au sein de l'Assemblée , à une discussion très-orageuse , à la suite de laquelle le régiment tut maintenu à Montauban. Ce ne fut point pour longtemps, car, à la fin d'août, le 1" bataillon était à Lectoure et le 2* à Àuch. Le 1" bataillon passa , au mois d'octobre , à Figeac , et le 2* se rendit dans le même temps à Cahors.

Le 3 décembre 1790, le capitaine Saint-Sauveur, du V bataillon, en vertu d'une réquisition du directoire du district de Gourdon, se transporta, avec sa compagnie de grenadiers et un piquet de 44 hommes, au village de Saint-Germain, dont les habitants étaient en pleine insurrection. Il avait l'ordre de ne point faire feu. Les paysans, prévenus sans doute de cette circonstance, sonnèrent à sa vue le tocsin et accueillirent la troupe par une grêle de pierres. Le capitaine Saint-Sauveur dut battre en retraite sur Gourdon , et les paysans accompagnèrent son détachement à coups de fusil. Cependant à Gourdon on avait déployé le drapeau rouge, on avait proclamé la loi martiale , et la garde nationale tout entière était sous les armes, jurant d'exterminer les insurgés; mais gardes nationaux et paysans avaient également peur des coups et se mirent ensemble à crier haro sur la troupe. Le capitaine Saint-Sauveur, voyant que Ton cherchait à détacher de lui ses soldats en leur offrant de l'argent , se retira dans une maison

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voisine de l'église, s'y retrancha èt menaçà de fkire feu si on l'attaquait ; enfin , après une nuit de clameurs et de vociférations , paysans el gardes nationaux suivirent les conseils de la prudence, rentrèrent chez eux, et le détachement put regagner Cahors saris être inquiété.

Cette affaire amena des désordres graves. Les agitateurs parvinrent, en février 1791, à ameuter contre le bataillon de Languedoc les soldats de Champagne et de Royal-Navarre , qui tenaient aussi garnison ;\ Cahors, et, pendant plusieurs jours, les grenadiers de Languedoc furent obligés de satisfaire à un grand nombre de duels. Les autorités ne purent mettre fin à cette querelle qu'en séparant les corps ; le 2* bataillon de Languedoc alla donc , le 21 mars, rejoindre le 1" à Figeac. Celui-ci n'était pas plus tranquille. Entraîné par les déclamations furibondes des clubistes , il s'emparâ de la caisse du régiment, contenant 25,000 francs, et par punition il fut envoyé à Auch à la fin d'avril.

Au mois de septembre , le régiment entier changea de garnison. Le 1** bataillon fut dirigé sur Lyon, et le 2 a sur Orange. Le 1 er bataillon, dont on se méfiait, fut arrêté à Clermont ; le 2 e continua sa route et fit partie du petit corps d'armée qui se réunit à Sorgues pour prendre possession du Comtat venaissin et combattré la bande de Jourdan.

Éri avril 17#$, le régiment de Languedoc fut appelé à farinée des Alpes. A peine arrivé à Grenoble, le Ï7 mai , il s'insurge contre son colonel , B. Re-

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gnaud, et déclare qu'il ne veut plus d'officiers. Le général Montesquiou , justement irrité, le chasse de l'armée et l'envoie dans les départements du Cantal et de la Lozère. Le régiment ayant donné des marques de repentir, fut appelé, en juillet , au camp de Lyon et dirigé presque aussitôt sur Belfort et Neufbrisach.

Pendant l'année 1793 , Languedoc fit partie de l'armée du Rhin. Il se distingua beaucoup, le 19 juillet^ à la prise des gorges d'Alberweiler, et , le 22 , à l'attaque des Prussiens tetranchés sur les hauteurs de la Chapelle-Sainte-ÀTmè. L'âidë-major Chaberty fut blessé. En 1794, le régiment passa à l'armée des côtes de l'Océan , et combattit dans l'Ouest, jusqu'à la fin de la guerre civile sans avoir été embrigadé. Les 125* et 126« demi-brigades n'ont jamais existé.

Les drapeaux d'ordonnance de Languedoc étaient violet et feuille-morte dans chaque carré, par triangles ayant leùr base commune dentelée.

Ce corps a d'abord porté habit et culotte blancs ; veste, collet et parements bleus, boutons jaunes, pattes de poches plus larges que hautes , garnies de six boutons , trois de chaque côté , trois sur la manche et un en dedans, chapeau bordé d'or. En 1 763, on lui donna revers et collet vert de Saxe. En 1775, il eut parements et revers rouges avec des boutons jaunes et blancs alternativement. De 1 776 à 1 779, il eut collet, revers et parement âUforé et bûutons blancs.

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