‹ Histoire de l'antique cité d'AutunChapitre 1 sur 43 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Vetera suât ista ergo sancliora.

EuMÈNE, Panég.

% Nescio qua natale solum dulcedine cunctos

Dacit, et immemores hod sinit esse sui. Denis Poillot. [Ovidb.]

Un célèbre orateur, né dans les murs d'Augustodunum, réclamant dans une circonstance solennelle, pour sa patrie, la part de reconnaissance que Rome lui devait à cause des services rendus à l'unité de l'empire, proclamait ce principe que l'ancienneté des souvenirs est comme une auréole de gloire qui les rend plus msgestueux et plus sacrés. Douze cents ans plus tard, un enfant de la vieille cité ù'Ostun, qui avait passé sa vie à défendre les droits de la France dans les diverses cours de l'Europe, venait se reposer avec bonheur dans la ville qui l'avait vu naître. Il dotait cette ville d'une pieuse fondation , l'un des chefs-d'œuvre de l'art moderne, et inscrivait sur la frise du monument le sentiment profond que les mille émotions d'une vie dévouée aux plus grands intérêts n'avaient pu détruire : Je ne sais par quel charme le sol natal attache tous les hommes et ne leur permet pas de ^oublier.

U y a donc un bon instinct qui pousse vers le culte des souvenirs locaux. Les âmes les plus élevées, les hommes les plus pratiques, loin de le mépriser, y découvrent le germe des plus louables sentiments, la marque infaillible d'un bon cœur. Or, quoi que l'on fasse, la vie, la véritable vie, celle qui unit les hommes entre eux, celle qui leur permet de se

replier sur eux-mêmes et d'y trouver la paix, ce n'est pas tant la vie de l'intelligence que la vie du cœur. Ce n'est pas tant l'ambition des grandes choses que l'amour des choses bonnes et simples. Heureux celui qui, à la fin de sa carrière, retrouve quelques-uns des naïfs élans qui émurent son âme au début de l'existence.

Ces réflexions nous expliquent comment un homme voué par état aux plus saintes fonctions consacra sa vie, il y a près de deux cents ans, à recueillir et à publier les titres qui témoignent de la gloire antique de notre cité. La pensée d'éditer cet auteur malgré son style vieux et suranné, malgré les imperfections relatives de ses observations critiques et archéologiques, fut donc une chose convenable. Le public qui accueillit cette pensée avec empressement, qui la seconda par une coopération positive , montra donc , dans cette circonstance comme dans tant d'autres, cet esprit traditionnel nécessaire plus qu'on ne le pense dans l'équilibre social.

Pendant le cours du xvii.® siècle et dans les premières années du xviii.*', plusieurs écrivains ont publié des mémoires pour servir à l'histoire d'Autun. Ceux de Jean Munier, l'Histoire de l'ancienne Bibracte par Nicolas Nault , les vers latins d'Etienne Ladone , TAutun chrétien de Saunier , l'Histoire de l'Eglise d'Autun par Gagnare , les Lettres de François Baudot, se trouvent dans beaucoup de bibliothèques; mais tous ces ouvrages ne traitent que des sujets spéciaux ou sont le fruit d'imaginations rêveuses , poétiques , guidées par la flatterie, sous l'influence d'idées populaires mêlées à des souvenirs mythologiques incompris.

Un seul homme avait consacré ses veilles à la recherche de la vérité; il avait sérieusement interrogé les ruines : la mort le surprit. L'antique cité , après avoir pleuré son studieux historien , ne fit rien pour sa mémoire. Il s'en fallait peu que deux siècles n'eussent passé sur sa tombe, sans qu'une main reconnaissante eût ramassé quelques feuillets échappés à une vieille imprimerie et des cahiers manuscrits livrés à l'infidélité des copistes.

La Société Eduenne encouragea le projet formé par plusieurs de ses membres de faire publier une Histoire inspirée par la vue des monuments encore debout, d'un écrit consciencieux, dégagé de toute influence, de toute préoccupation. On fit, en faveur de l'œuvre du chanoine Edme THOMAS, un appel aux archéologues et à toutes les personnes qui aiment à puiser dans les histoires locales des idées justes et saines pour l'histoire générale.

Hâtons- nous de témoigner notre vif sentiment de gratitude aux hommes éclairés qui ont entendu cet appel.

On a dit de plusieurs écrivains, dont l'existence ignorée ou peu mêlée aux événements remarquables n'avait point laissé de trace dans l'histoire, qu'il fallait étudier leur vie dans leur caractère, et leur caractère dans leurs ouvrages. Combien en est-il, et c'est le plus grand nombre, dont on chercherait vainement l'un et l'autre dans leurs écrits et dans le souvenir de leurs contemporains?

tJn nom, quelque date souvent incertaine, une (jeuvre laborieuse, patiente, tout impersonnelle , où l'homme disparaît derrière l'érudit , voilà ce qui est resté d'eux. Des circonstances favorables, la nouveauté de leur entreprise, la faiblesse de leurs devanciers, l'absence on la faiblesse aussi de leurs successeurs, leur sont venues en aide contre la modestie de leurs travaux, et cela a suffi à leur mémoire. Le reste a pu se recouvrir impunément du voile de l'oubli.

En présence d'une vie aussi nue et dépouillée , signalée seulement par une œuvre placée comme un point lumineux entre l'obscurité du commencement et celle de sa fin, le biographe , il faut l'avouer , se trouve dans une situation embarrassante. U doit se résigner à encourir forcément le reproche d'aridité et de sécheresse; en vain les voudrait-il chasser de son esprit, éloigner de sa plume , elles le dominent malgré lui , mais aussi l'absolvent, car elles sont dans le siget même.

La carrière d'Edme Thomas fut une de celles que nous venons d'indiquer. Elle s'écoula presque inconnue dans une retraite studieuse , au sein des loisirs que lui ménagèrent ses dignités ecclésiastiques. Né à Dyon le 9 février i 591 , il descendait par son père d'une honorable famille de robe *. Rien ne nous est connu des premières années de sa jeunesse , rien de ses études et des motifs qui le déterminèrent à entrer dans les ordres

< Voici ce que nous savons sur cette famiUe :

LiONABD Thomas, conseUler du roi et procureur général au Parlement de Dijon, par démission de Lazare Morin , fut pourru le 6 mars 1556.

Jean Thomas , seigneur de Varennes-sur-le-Doubs , Terrans et Charrettes , et conseiller laïque au Parlement.

Pour entrer en cette compa^^pie souveraine, il quitta ceUe de la Chambre des comptes où il était a?ocat général du roi. Jean Vêtus lui en fit TouTerture par la résignaUon de son office de conseiller dont il tai pourvu et reçu le 29 mai 1571.

Il portait d*aznr à une fasce d'or chargée en cœur d'une étoile de gueules, accompagnée en chef de deux quinte-feuiUes aussi d'or, et en pointe d'un croissant d'argent.

Cimier : — une tête de lion d'or. ^ Devise : NON EST MORTALE QUOD OPTO.

ecclésiastiques. Il est probable qu'il était prêtre depuis plusieurs années , lorsque , à Tâge de 58 ans » il fut pourvu du doyenné de la Chapelle-au-Riche. C'était le premier et le meilleur bénéfice de Dgon après celui de la Sainte-Chapelle.

En 4658, il échangea cette dignité contre un canonicat de l'église d'Autun. Il mourut en cette ville le ^8 octobre 4660, âgé de 69 ans, et fut enterré dans la nef de la cathédrale. Avant que la mode des restaurations eût fait détruire, vers le milieu du siècle dernier, l'ancien pavé de cette église *, si curieux par son zodiaque en mosaïque et ses dalles

Jagqub Thomas, seigneur de Varenaes-sur-le-Doubs et de Frontenar, conseiUer au Parlement après avoir été conseiller laïque. Il fut pourvu du premier office par la résignation de Jean Thomas , son père, le 27 juin 1586, et reçu le 28 novembre suivant; et du second par la permutation qu*il fit avec Claude Le Compasseur, le 10 avril 1626. Il y fut reçu le 9 juillet même année.

11 portait comme son père, — cimier de même. — Devise : GRBSCAT FLOS DEBITUS ASTRIS.

De son mariage avec Jeanne Chasot , sont issus deux fils :

1.* Bdmi THOMAS, né à Dijon le 9 février 1591 , mort à Autun le 28 octobre 1660 ;

2.*> François Tbomas, reçu conseiUer laïque au Parlement le 4 mai 1675, sur la résignation de Pierre ' Dumay.

Nicolas Thomas, reçu conseiUer laïque au Parlement le 20 mars 1710, sur la résignaUon de Georges de Berbisey.

Loois Thomas, chevaUer de Saint-Louis, capitaine de cavalerie, seigneur de La Vesvre, près Autun.

Hspou Thomas, auditeur au conseU d'Etat en 181 1, mort à Paris en 1830, dernier rejeton de cette famille.

* Le procès- verbal dressé en 1728 par M. de Montcley, évéque d* Autun, montre quel prix on attachait alors aux monuments renfermés dans l'église cathédrale. Les sarcasmes des philosophes de la régence, les prétentions de Pécole d'architecture alors en faveur , les idées des économistes du temps, des innoraUons liturgiques entreprises dans de bonnes vues , mais sous une influence dont on ne se déliait pas assez, amenèrent peu à peu des idées différentes. On crut qu'une exacte symétrie devait remplacer les nombreux monuments des vieux âges par des lignes plus simples, moins heurtées. L'incrédulité avait tourné en ridicule le symbolisme chrétien, on crut faire œuvre pie en sacrifiant les vieilles images. Les meiUeurs esprit se laissaient prendre à ce piège. Ils ne savaient pas que les mêmes philosophes, qui hâtaient la destruction du témoignage lié à l'iconographie symbolique du moyen âge , tiraient le plus grand parU des tradiUons symboliques du paganisme et du gnosticisme pour propager dans les sociétés secrètes les idées naturalistes à l'aide desquelles ils espéraient renverser le ChrisUanisme. Les adeptes de ces sociétés étaient loin de partager tous cette idée, mais si l'on ménageait leur foi , si l'on exploitait leur dévouement et leurs instincts généreux sous le prétexte d'une sage liberté et d'une charitable bienfaisance , on savait peu à peu diminuer leur estime pour les usages catholiques ; et ces mêmes hommes , qui ne craignaient pas de se prêter au cérémonial étrange des sociétés secrètes ,

tumiilaires, on pouvait tire , à cdté des épitaphes des Rolîn , des Montholon, des CEugiiy, celle de l'historien d'Autun :

Edniundu» Thoruis , canlor canonicus ,

Ofllcialii et cleri sjndicus , reauiTectionem

Hic expecUL Banc epigraphen ,

CariMimi aTimculi tabjlii teitamentariis

ExaraUra, beoencioruin memor nepos

luicribi cararit bddd ifltio.

Un peintre contemporain d'Edme Thomas nous a laissé, à la date de 1638, un [tutli-ait de cet historien. On retrouve dans ce tableau, que possède le musée de la ville, une fermeté de touche et une sévérité de dessin qui ne messiéent pas, ce semble, au caiMCtère du modèle. C'est en effet ime figure dont les lignes ari^tées et le l'egai-d hardi annoncent uae grande force de volonté, figure ouverte, intelligente, l^rement railleuse, pbyaonomie plutôt militaire qa'ecclésiastique. Par côté est placé l'écusson de sa famille.

D'azur à une fasce d'or chargée de trois étoiles de gueules, accompagnée en chef de deux quinte-fenillee aussi d'or , et en pointe d'un croissant d'argent.

rcfardaienl les pratique) religieiues comme des usage* peu important» eldoal un bomme grave poiitail w dispenser HDSobttacle. L'homme, quoi qu'on faue, a l>esoio de rites et d'images. On arail diminué dans la société chrétienne l'enseignement affecUf des anciens Iges. Une partie de cette société se jel* dans le* rites «ecreli du naturalisme, qn'eipliquaient de pompeui commentaires proportionnés aux conricUon* des adepte*.

Sa devise était la même que celle de son père; devise de poète, de métaphysicien» devise d'un esprit hantant les hautes régions de la pensée plutôt que d'un magistrat ou d'un énidit, plus ambitieuse qu'il ne convenait à l'humilité du prêtre, au rôle modeste de l'archéologue.

Ce fut durant son canonicat qu'Edme Thomas conçut le dessein d'une Histoire de sa patrie adoptive. Il lui fut suggéré par la vue de ses anciens monuments , par celle de ces débris si nombreux qui donnaient encore à l'Âutun de ce temps un aspect insolite, et rappelaient à chaque carrefour, à chaque coin de rue de la cité, une époque de gloire et de civilisation si différente du présent. De ces fragments, de ces sculptures, de ces objets d'art de toute espèce, épars à la surface du sol ou exhumés de son sein, Edme Thomas, il nous l'apprend lui-même , en avait recueilli un très grand nombre. 11 possédait une collection dont il se plaît à parler en plusieurs lieux de son Histoire avec l'amour paternel de l'antiquaire. C'était, dit-il, c un des plus considérables amas de médailles et objets d'art qui fût en France, > desquels il promettait un discours qui découvrirait aux historiens et aux antiquaires plusieurs curiosités inconnues.

Qu'est devenu ce musée si précieux pour notre histoire? Il est difficile de le savoir aigourd'hui. Transmis aux héritiers d'Edme Thomas , il aura été dispersé en une foule de collections particulières , ou peut-être détruit en partie, car nous n'avons pu même retrouver la trace des morceaux les plus importants.

Ce qui en est resté , ce n'en est pas assurément la partie la plus r^^eltable et la plus précieuse. C'est un petit ouvrage sur Autun faisant partie des manuscrits assemblés par Edme Thomas, ouvrage qu'il publia comme une sorte d'introduction à la grande Histoire qu'il préparait lui-même, c Je m'enhardis, dit-il, en l'année 4650, à donner au public un petit ouvrage latin sous ce titre : De anttqvu Bibracte seu Augustodum Monumentis (Uheïhu extractus e museo venerabilu magtstri Edmundi Thomas , cantariê canonici et officialU ecclesiœ Augustodunensiê, 1 vol. »^8.*', 42 gravtares. Lugdunt, G. Barbier , i650j. J'ai été invité et sollicité de traiter plus amplement le même siyet en français et d'en former une histoire complète. > La modestie d'Edme Thomas n'avait pas besoin assurément de cette excuse préliminaire, et dans cette publication il y avait moins de hardiesse que d'à propos. L'opuscule sur les Monuments d' Autun ne pouvait servir qu'à faire valoir par comparaison le grand travail dont s'occupait l'éditeur. Ce petit livre, qui n'a pas laissé que d'être un sujet de discussion pour les bibliographes, a été attribué par eux à différentes mains. Il paraît légitimement appartenir à Jacques

1, mort vers l'année 1583 '. Quelques vagues considérations sur

d'Autan , sur la salubrité de son atmosphère et de ses eaux , un

rision de la ville du xvi.' siècle mis en parallèle avec la division

que , de nombreuses et stériles digres»0DS envahissant les deux

les gravures grossières et inexactes de nos monuments, qui œit

trompé depuis plusieurs antiquaires , justifient assez mal le titre de fameux qu'il a plu

à l'éditeur de donner à Leauté. L'absence de documents positifs et d'études historiques

rendent cet opuscule descriptif comme non avenu dans la série trop courte des travaux

que nous ont transmis, sur l'iùstoire d'Autun , des écrivains compatriotes.

Ce fut après bien des années d'attente et de sollicîutioii qu'Edme Thomas se décida à publier le résultat de ses investigations personnelles. Sa patience persévérante d'érudit etsa curiosité enthousiaste d'antiquaire se trouvèrent enfin d'accord à ne pas difiërer plus longtemps l'accomplissement d'une promesse dont le résultat était vivement attendu et préparé de longue main. < Antun, dit-il, a fourni à mes études, pendant trente années, une occupation autant agréable qu'utile, dont le fruit a été que j'ai soigneusement ramassé le crayon de tous les monuments antiques conservés de l'injure du temps et de la rage des barbares; que j'ai recneilli toutes les inscriptions qui s'y trouvent, et dont M. Perrin, chanoine en l'église d'Autun, M.* Pierre Ladone, avocat, Aubery et Leauté, médecins fameux, avaient laissé des mémoires. >

Vers 1660, parut à Antun, chez Biaise ^monnot, une introduction à l'histoire de Thomas , sous ce titre : Dessein de l'Histoire de l'antique cité d'Autun , divisé en deux parties, la première enrichie de représentations de monuments antiques qui restait , et des raretés qui ont été trouvées dans ses mines, et la secondejustifiée par titres, chartes, donations, testaments et histoires manuscrites , 8 pages in-4.* Cet exposé , que l'on trouve quelquefois réuni à des exemplaires de la grande Histoire , renferme une préfoce, des gravures et une table des matières *. C'était comme le prospectus et le spécimen destiné A

< DuiB ane lettre adreMée à H. P. de Bartote, M. Victor Damay, maire de Dijon , constate que , sur l'enniplafre de cet oarrage qai loi ■ tiA communiqué , on lit I* note luiTuite écrite de la main même de Papillon : Hojiulibrl aatlior Jac. I.eatiiu ureLeanUus, medlcDiifidoensIs, mort, clrca 4581.

* Nom reprodnirona la table de 1« première partie , celle de la wconde ttant Inutile, poiiqa'oa n'a rien rcIronTé de l'biMoire rellKleuM. Quelques personne* ont pensé qu'elle serrlt de base à l'Anton chrétien de Saunier.

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faire connattre cette œuvre et à en assurer le succès. C'était aussi un appel aux curieux qui possédaient des documents pour qu'ils voulussent bien les communiquer à l'auteur et lui venir en aide dans un travail qu'il regardait comme impossible de pouvoir compléter lui seul.

La publication de ce dernier suivit immédiatement. Cette même année 1660 il fut mis sous presse à Lyon, chez l'imprimeur Barbier, sous le format in-folio. L'impression était à peine arrivée au tiers du manuscrit (i 04 pages), lorsque l'auteur mourut à Autun le 28 octobre 1660. Ses héritiers la firent immédiatement suspendre et refusèrent de livrer le reste de la copie. On la déposa provisoirement dans la bibliothèque de Jacques-Auguste de Chevannes, lieutenant de la chancellerie de Dijon et ami de l'auteur, qui, s'étant occupé de l'histoire de sa ville natale , avait aidé Thomas d'un grand nombre de documents. Voyant rester imparfaite une œuvre à laquelle il s*était associé , conservant peut-être l'espoir de la reprendre en la soumettant à une nouvelle révision, il refusa aux instances réitérées de l'imprimeur d'en communiquer les feuilles originales.

Le projet de Jacques-Auguste de Chevannes ne s'étant pas réalisé , le manuscrit fut remis entre les mains du neveu et héritier d'Edme Thomas, Nicolas Thomas , conseiller au Parlement de Bourgogne. Celui-ci n'apporta point la même sévérité dans la garde du manuscrit et permit à quelques personnes d'en prendre des copies. Grâces à cette concession , plusieurs exemplaires se sont conservés, et on a sauvé de la destruction ce qui n'avait pu voir le jour avant la mort de l'auteur.

Edme Thomas est le premier qui ait justement mérité le titre d'historien d' Autun. Le premier il a compris dans un plan vaste et méthodique tout ce qui se rattachait au passé de cette ville. S'il lui avait été donné de remplir ce plan en entier avec une critique plus sûre , avec plus d'ordre et de liaison, il eût laissé peu de chose à faire à ses successeurs et dépassé de beaucoup ses prédécesseurs. Parmi eux, Chasseneuz, St.-Julien deBalleure, Perrin, Ladone, Gugon, n'avaient esquissé que des parties détachées de ce vaste ensemble. Leurs études, bornées à quelques points spéciaux , étaient mêlées d'ailleurs de trop de citations et trop surchargées de discussions étrangères au sujet pour ne pas faire sentir, à l'écrivain qui recueillerait leur héritage et se proposerait de l'agrandir, la nécessité d'un contrôle plus sévère sur la valeur des sources historiques et sur le discernement avec lequel il fallait s'en servir. Aussi bien ce rôle de critique, que les progrès de la science rendaient chaque jour plus facile , n'échappa pas entièrement à la sagacité d'Edme Thomas.

st UDe protestation contre la hardiesse aventureuse

it cette protestation fut souvent mise en oubli et ii

l'il avait signalés aux autres. Comment eût-il pu

tradition historique en accusait partout les traces

ippuyant sur cet amour de l'extraordinaire qui ne

le, mais ne foit que changer d'objets et de formes.

On sait avec quelle adresse un esprit qui n'était pas ordinaire organisa, vers la lin du

xvi.° siècle , )a supercherie littéraire la plus hardie et la plus vaste que l'on puisse

im^ner dans les annales de l'esprit humain. S'appuyant d'un cdté sur cette tendance à

ruDité que le moyen âge avait imprimée à sa pensée philosophique , de l'autre sur

l'avidité avec laquelle on se portait vers l'étude renaissante de l'antiquité et la recherche

des manuscrits, un dominicain de Viterbe, Jean Annius, chercha à reconstruire un

tableau complet de l'origine et de la filiation historique des peuples, en fabriquant ave<;

habileté des textes produits sous le sceau de l'antiquité la plus reculée.

Par ses prétendus fragments retrouvés de Manéthon, Bérose, Mégasthènes et autres ', ■1 introduisit dans la science historique du xv.< siècle une dérivation qui l'eût ramenée aux fables du moyen âge, si un pareil retour en arrière eîtt été pos«ble. Cette immense supercherie produisit une illusion presque universelle; on comptait par milliers des esprits, et des meilleurs, qui s'y laissèrent prendre. Elle dura un siècle, jusqu'à ce que Casaubon, Mariana, Maffd et d'autres encore, chacun dans la ligne de leurs propres investigations, en eurent fait une éclatante jusdce , et réduinrent ù néant ces origines aventureuses, en vertu desquelles chaque nation , chaque ville, chaque famille, croyait reconnaître son fondateur dans un des héros de la guerre de Troie ou dans l'un des engints de Noé. Que l'on retrouve dans Edme Thomas plusieurs traces de ces filiations supposées, de ces généalogies merveilleuses et doublement mythologiques, il n'y a pas lieu de s'en étonner. Ce n'est pas une critique irréprochable, si rare du temps de notre

• Li tendance ■ ■Itacher let originel dei peuples du moyea ige lux peuple* le* plut connus de l'antiquité eiibtait irant Anniui de Viterbe, et la faute de cet écTiraln e«l peut-ttre moins d'sToir pouué à de* tradition* uouTelles que d'aroir inTenlé de* preuTe* pour auloriier les tradtlioni exiatantes. La lettre de certaine* tradition* historiques du luojen âge peut o'aToir pal l'ialorilé MiIB*tnle, elle peut Être même erronée; mail eit-oa bien aûr que Vtipril de cet traditions el la nature de* fait* auiqael* elles le rattachent ail élé anei approfoudi par la science moderne P

historien, qu'il faut chercher dans ses écrits; ce n'est pas non plus un travail définitif et complet , mais une base précieuse pour grouper des observations et des découvertes postérieures. Cette édition comprendra la paitie imprimée avant la mort de l'auteur, la partie manuscrite revue sur les meilleures copies; le tout augmenté de notes destinées à édaircir le sens ou à rectifier quelques erreurs. Un supplément donnera de nouveaux

aperçus, contiendra des notes d'une grande étendue et sera, pour ainsi dire, le résumé des idées nouvelles des archéologues Autunois, basées sur les découvertes les plus récentes.

Ces notes ont un double caractère. Elles renferment des faits positifs en assez grand nombre , constatés par des découvertes dues aux fouilles et aux investigations récentes. On y trouve aussi quelques essais * d'un système d'archéologie fondé sur l'observation des usages propres aux sociétés mystérieuses qui ont le plus influé sur certaines formes du langage et sur la construction des édifices.

Cette partie des sciences traditionnelles mystérieuses se nomme la gématrie ou la

géométrie. Elle a pour but d'étudier les rapports qui naissent des nombres fournis par

les noms, parce que dans l'alphabet hébi^eu, type des autres alphabets usitée dans l'ouest

de l'Asie et de l'Europe, chaque lettre représente un nombre.

Voici un tableau qui peut montrer par quelle ^ïe les kabbalistes anciens et modernes

déterminaient ou déterminent les nombres des noms.

t M. Deyoucoux, auteur de ces essais, en prend toute la responsabilité. Ayant cru reconnaître un système général dans Tensemble des monanients qa*il étudiait, il s*est livré à un pénible travail pour tenter de retrouver queUes idées sociales ou reUgienses se trouvaient inscrites dans les mesures des édifices anUques de la cité. Autant qu*il Ta pu, il a interrogé toutes les tradiUons, comparé tous les symboles. Dix ans d'un travail opiniâtre auraient à peine suffi pour remplir une pareiUe tâche : il a fallu néanmoins livrer ces notes à l'impression , souvent avant d'avoir pu les relire. Ce genre de considéraUons surprendra sans doute plus d'un lecteur. Cependant comme Tart chréUen se trouve entre nous et l'art antique, nous ne pouvions aUer jusqu'à celui-ci qu'après aroir étudié celui-là. Puis il était nécessaire d'étudier les formules antiques ou du moyen âge dans les formules des sociétés dites maçonniques, parce qu'elles sont une réaction de la philosophie des anciens présentée sous le voile symbolique de l'art des constructions. Ce que le Christianisme avait ramené dans l'art au spiritualisme , le système hermétique l'a ramené au naturalisme.

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