‹ Histoire de l'antique cité d'AutunChapitre 13 sur 43 · Caves Juliol · texte numérisé non relu

Caves Juliol

m. Les Acquéducs.

UW (husco- Jobard d Dijon.

remplissent l'espace qui les sépare. Cette construction , qui garde une , juste symétrie dans la disposition des rangs de pierres et de poutres*, non-seulement n'est pas désagréable à l'aspect , mais est encore d'une très grande utilité poar la défense des villes ; car les pierres protègent le mur contre l'incendie et le bois contre le bélier.

Hottoman, en ses Notes sur César, en a baillé un portrait, auquel, si l'on considère les murailles d'Autun, on découvrira d'abord qu'elles ont un parfait rapport ensemble, excepté qu'elles sont entièrement de petites pierres carrées. Elles sont d'une hauteur extraordinaire, d'une épaisseur étonnante, d'une solidité que les années n'ont pu ébranler, et d'un ordre merveilleux. Les pierres sont recherchées et choisies, taillées en carrés, égales en grain, en largeur, épaisseur et grandeur, ayant environ un demi - pied en carré , posées de même assiette et d'un même ordre , à la réserve toutefois des angles ( éçarries ) , dont les pierres sont plus larges et plus épaisses pour en soutenir la liaison qui est si juste et forme une structure si unie , que les murailles paraissent n'être qu'une seule pierre ; en sorte que le bélier n'avait

' Mûris autem omnibus gallicis baec fere forma est. Trabes directae , perpetuae in longitudinem , paribus intervallis distantes inter se binos pedes, in solo collocantur : hae revinciuntur întrorsus, et multo aggere vestiuntur. Ea autem, quae diximus, intervalla grandibus in fronte saxis efikrciuntur. His collocatis et coagmentatis, alius insuper ordo a4jicitur, ut idem illud intervallum servetur, neque inter se contingant trabes, sed paribus intermissse spatiis, singute singulis saxis inteijectis, arte contineantur. Sic deînceps omne opus contexitur , dum justa mûri altitudo expleatur.

Hoc cum in speciem varietatemque opus déforme non est , alternis trabibus ac saxis , quae rectis lineis suos ordines servant; tum ad utilitatem etdefensionem urbîum summam habet opportunitatem ; quod et ab incendio lapis, et ab ariete materia défendit, quae perpetuis trabibus pedes quadragenos plerumque introrsus revincta , neque perrumpi , neque dislrahi potest.

[ De Bello gaUico, lib. vi , cap. 23.]

aucune prise pour les ertfonpcr, ainsi qu'on peut reconnaître de cette repi'ésentalion. *

Ceux du pays appellent ces pierres des pâtureaux, sans que j'aie pu découvrir la raison de cette dénomination, quelque soin que j'aie pris de m'en informer.

Ces murailles sont accompagnées de trente-sept tours , de deux cents qu'on y comptait autrefois; les unes carrées, les autres octc^ones, et

' Nous donnons ici la vue de la tour du château de Riveau dont la base est romaine. Ce monument remarquable était encore inédit.

les autres rondes ^, disposées de l'une à l'autre dans une distance égale de cinquante pas, et toutes de même ordre et composition que les murailles; d'où il faut conclure que c'est avec raison que César a qualifié Autun sous le nom de Bibracte, oppidum maximum ^ les anciennes villes de la Gaule ayant entre elles une parfaite ressemblance pour leur bâtisse aussi bien que pour leur situation , le château étant

l)lacé sur une éminence qui commande à toute la ville basse, selon la

façon des Gaulois qui choisissaient des lieux élevés pour y bâtir leurs villes; de laquelle coutume la place où 1,'église cathédrale est çituée a retenu le nom de Terreau , qui signifie un lieu rehaussé (g) .

Le château était séparé du reste de la ville par une muraille, dont les vestiges se voient encore , en sorte qu'il faisait comme une ville distincte, attendu qu'on y entrait par de»x portes , comme par quatre dans la ville. Les fondements de l'une de ces portes se découvrirent il y a quelque temps auprès de la porte qu'on appelle des Bancs; l'autre porte était placée entre deux grandes tours en un lieu appelé Riveau ; et ce château n'est pas si peu considérable que son circuit ne fût de 2250 pas, d'une situation forte par la nature et par l'art; ce qui a donné à Strabon, livre quatrième de sa Géographie, d'appeler Autun ^poupiov BiêpoxTa, castrum Bibracte.

Ces marques sont sensibles pour établir la magnificenôe d' Autun et lui acquérir sans contredit le titre de Bibracte ; on en sera mieux encore persuadé par ce qui suit des portes de la ville qui servaient d'ornements aux quatre entrées. Eumène, en son Panégyrique, dit qu'il y en avait plusieurs, sans toutefois en spécifier le nombre, lorsqu'il décrit

* A en juger par les tours qui sont encore debout , et par les vestiges de celles qui ont été détruites , on reconnaît aisément qu'il n'y avait que des tours rondes , et que celles ayant une autre forme sont de construction moderne , ce que l'auteur n'avait pas cherché à approfondir.

Textrémité en laquelle les Autiinois furent réduits, étant assiégés par les Bagaudes qui les contraignirent par famine d'abandonner leurs portes , lesquelles furent brisées et renversées par ces barbares. Je tâcherai cependant d'en remarquer les ruines.

La première, posée à l'orient d'hiver, est dite vulgairement la porte des Marbres, à cause qu'elle en est ornée magnifiquement. La quantité de piliers, colonnes et corniches qui y ont été déterrés et transportés dans les maisons de M. l'abbé Jeannin en sont une conjecture pressante, qui est secondée par la tradition des anciens Autunois, continuée jusqu'à nous, que les ruines de cette porte ont fourni les matériaux dont on a bâti le parvis de l'église de Saint-Lazare, qui est encore appelé les Marbres.

La structure en était superbe, accompagnée de deux tours formées en demi-lune qui en défendaient l'entrée, ainsi qu'on l'a reconnu par la découverte de leurs fondements qui répondent à l'aspect vers la montagne de Montjeu, que le panégyriste remarque : tellement qu'il la faut présupposer pour être très magnifique , si on considère les grands chemins qui y conduisent de Chalon à Autun, qu'elle servait d'avenue à

l'Italie , par laquelle les consuls , les présidents de province et les empereurs, et entre autres Constantin, firent leur entrée ^.De quelques fragments ramassés on a bâti une nouvelle porte des Marbres, dont

* Cette entrée principale d' Autun , qu'on devait appeler porte Impériale ou de Rome , conduisait à celle de Sens par une large rue en ligne droite , pavée d'énormes et épais blocs de granit, qui, malgré leur coupe constamment irrégulière, s'assemblaient parfaitement. Cette rue, longue d'environ 1575 mètres, était bordée de ootîàirs répondant aux portelles latérales des grandes portes. On voit encore à dé<*dbvert, à l'extrémité de la rue des Marbres , une partie bien conservée de ce grossier mode de pavement celtique qu'on ne retrouve qu'à Autun , et les fouilles effectuées à diverses époques en ont fait reconnaître d'autres portions sur la même ligne droite.

On voit encore les pieds droits de cette porte dans la maison du jardinier construite

j'ai cm devoir donner le crayon, parce qu'il y a quelques antiquités

La seconde porte qui regarde l'orient d'été est appelée la porte St-André, à cause que de l'une des tours qui la flanquaient, et qui servait de temple aux païens, les Chrétiens ont fait une église dédiée à saint André. *

près de l'épaulement du basUou de la Jambe-de-bcûs, et ce bastion a été élevé avec les débris de cette porte.

Au reste , cette issue devenait inutile , lorsqu'au milieu du siècle dernier on ouvrit la route du Pont-l'Evéque. La porte que nous connaissions sous le nom de porte des Marbres et qui vient de di^raltre, ne datait que de cette époque.

Un des comptes de la ville de 1636 montre que l'ancienne porte de ce nom était fennée par un ponl-levis.

* Celle des tours antiques dont Edme Thomas f^it mention et qui existe encore , se prolonge en arrière en un bâtiment carré assez étendu , qui devait être destiné au logement des troupes on à servir de magasins.

La porte St.-André s'ouvrait sur la vole romaine tiraot à Besançon, d'où, à cinq kilomètres d'Autun , bifurquât celle conduisant à Alise et Langres.

L'ouvrage est ionique à doubles arcades, garni de deux grandes portes et de deux moindres à côté, embelli de pilastres et de fenêtres (en travées) percées au premier et au second étage, bâti de grandes pierres liées de crampons de fer, lesquels ayant quitté par le temps, l'ouvrage se soutient par son poids et sa pesanteur. La figure que j'en donne satisfera pleinement le lecteur. *

La troisième porte, placée directement à l'opposite de celle de St. -André, est entre le midi et l'occident d'hiver et s'appelait la porte

' On peut remarquer que cette porte n'a jamais été achevée dans ses détails. Sa plus grande dégradation provient d'un incendie et de l'éclat de la foudre.

des Druides ^ , parce qu'elle conduisait à la montagne dite Montdru ; elle a souffert des effets de la barbarie, de même que la porte des Marbres. Il en reste seulement des pierres des grands chemins qui y aboutissaient, et les vestiges d'une tour demi-ronde, enceinte d'une autre tour fort haute et carrée 2, entr'ouverte de deux grands arcs extérieurs. Dans l'une et l'autre de ces tours, il s'est trouvé plusieurs niches à mettre des idoles, d'où l'on présume que c'était un temple, comme la tour qui accompagne la porte de Saint- André , consacré

* Cette dénomination de porte des Druides vient du nom de Mont-Dru , donné on ne sait depuis quelle époque , à une montagne voisine. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'à cette issue de la ville existait une porte antique correspondant à la porte St.-André ou de Langres. £lle conduisait à la Loire et au centre des Gaules par les voies romaines passant à Toulon ou à Bourbon , indiquées dans les itinéraires. Aujourd'hui on nomme cette issue porte de Parpas. Le monument est détruit depuis longtemps ; mais M. Desplaces de Martigny a fait pratiquer des fouilles qui ont amené la découverte de ses fondations. Ce que dit ensuite Edme Thomas s'applique à une autre porte située à l'entrée de la voie qui conduisait à l'amphithéâtre. Cette voie a été reconnue par la Commission des antiquités en 1842.

* On donne à cette construction gallo-romaine encore debout le nom de tour de Minerve; mais cette dénomination , quoique traditionnelle , n'est appuyée sur aucun fait ; car les chartes anciennes ou modernes , donnant des détails sur ce qui intéressait le monastère de St.-Andoche , gardent le plus profond silence sur l'existence de ce monument curieux. La seule considération qui pourrait faire admettre que là , ainsi que l'indique Edme Thomas, il y eut un temple, c'est qu'en général les emplacements ayant servi au culte des faux Dieux , étant restés dans le domaine public , ont été abandonnés aux Chrétiens pour y établir les églises ou les monastères. — C'est ainsi que les couvents de St.-Martin , de St.-Jean-le-Grand et de St.-Andoche ont dû remplacer des temples païens à Autuu.

On a des raisons de croire que la maison à gauche en entrant à St.-Andoche est celle où naquit saint Symphorien , glorieux martyr d'Autun.

ensuite par les Chrétiens à SL-Andoche, autrement la tour de Minerve. dont voici la représentation, (b)

La quatrième porte entre la bise et l'occident a pris son nom du voisinage de la rivière d'Arroux et se nomme la porte d'Arroux. Elle est antique et assez entière , d'ordre corinthien ; les pierres qui la composent sont d'une grosseur prodigieuse; les bases en paraissent quatre pieds hors de terre. Le second étage est relevé de huit colonnes, restantes de douze qui rerabelUssaient. Elles sont en forme de pilastres cannelés, revêtues de leurs chapiteaux et de leurs plinthes, comme dans les voûtes les feuilles d'acanthe, astragales et autres ornements d'architecture sont nettement et artistement travaillés.

Cette porte est à double rang : entre les deux étages paraissent les corniches, les frises, les architraves et les modillons. Entre les arcades des deux rangs, dans le plat, il y a une galerie pour la commodité de ceux qui levaient ou baissaient les grilles des portes. Le troisième étage , qui est le couronnement de l'œuvre, se présume très magnifique par sept colonnes voûtées en arcades et percées à jour en forme de balustre, le temps et les Barbares ayant enlevé le reste à la postérité. Mais on jugera mieux de ce que c'est par le portrait.

Après cela il n'y a qu'à observer que ces quatre portes divisent également la ville en quatre parties, étant tirées k lignes droites, à des aspects et distances égales : tellement que le portail des Marbres conduit A celui d'Arroux par un chemin de grandes pierres qui servent de pavé, et celui de St. -André regarde le portail de St.-Andoche.

Toui ce qu'on peut désirer pour l'eiubeUissement et la commodité d'une grande ville se rencontre dans Autun : les fontaines y sont encore en abondance, qui arrosent tous Jes quartiers de la ville et la rendent

nette par leurs eaux argentines et très bonnes à la santé. Elles restent au nombre de huit, dont celle qui est au-devant de l'église cathédrale

est magnifique, jetant l'eau à gros bouillons par sept tuyaux qui font une cascade agréable.

II y avait autrefois beaucoup d'autres fontaines outre ces huit, mais elles se sont perdues par la négligence des magistrats. Cela se justifie par les divers aqueducs qui se découvrent tous les jours en fouillant la terre, lesquels sont d'une admirable composition; ils sont d'une brique aussi dure que la pierre et portés l'un sur l'autre par un artifice surprenant.

Entre tous ces aqueducs, il s'en est trouvé un très superbe du côté de la porte St.-Andoche, composé de grandes pierres d'une grosseur et longueur extraordinaires, et supporté par des colonnes, qui conduisait les eaux dans le quartier de la cité qui est en bas, à comparaison du reste, et qui devait venir des montagnes voisines éloignées de plus d'une lieue. Cet aqueduc s'est trouvé couvert sous terre , ce qui peut faire

(lire d'Autun comme de Rome, qu'il a été enseveli dans ses ruines plusieurs fois (i).

On trouva proche de ces aqueducs une louve de pierre blanche allaitant deux enfants, qui fut brisée en la tirant de terre, et qui, par les trous dont elle est percée au milieu, fait connaître qu'elle a servi à quelque portique. Voici le crayon des fragments qui en restent :

Je ne puis encore retenir ici les transports de mon indignation contre les magistrats d'Autun qui ont souffert la dissipation de ce rare monument de l'antiquité, en l'appliquant â leur usage et utilité particulière O temporal o mores 1

âODIii>P^?â3 ^^

Des temples qui sont dedans et dehors la cité d'Aulun.

La grandeur des villes n'est connue à la poslérilé que par les marques anciennes qu'elles conservent. Leurs ruines sont vénérables et leur acquièrent plus d'estime et d'admiration qu'à celles dont la nouveauté donne de l'agrément. Autun, entre les villes de France, est la plus renommée, principalement pour les temples, dont les ruines subsistent à présent.

Dans la cité, il y avait, au rapport d'Eumène, en sa Harangue pour la restauration des écoles, plusieurs beaux temples, — Fana longe omnium in hac urbe pulcherrima, — et entre autres celui dédié à Apollon, qu'il place presque au milieu de la ville en parlant du temple d'Hercule :

— Opus istud redditur illustrius, quod prœcipuo est loco positum j quasi inter ipsos oculos civitatisy nimirum inter ApoUinis templum atque capitolium.

— Cette désignation nous conduit en la grande rue tirant de la porte des Marbres à celle d'Arroux, dans laquelle se trouvent de grandes ruines d'un édifice de forme ronde, dont l'entrée était vers l'occident. Il est resté un pan de muraille d'environ trente pieds de haut, dans lequel on voit une niche d'une vaste et haute continence , où était posée vraisemblablement la statue d'Apollon, laquelle se taillait de marbre blanc et d'une grandeur au-delà de l'ordinaire. Cela se peut coUiger d'une grosse tête de marbre blanc fort chevelue et de la moitié d'une main plus grande que le commun des hommes, qui a été découverte dans les ruines de ce temple, avec plusieurs fragments de colonnes, de

chapiteaux et de bases, qui ne pouvaient être employés qu'à un temple magnifique, tel que devait être celui d'Apollon, respecté particulièrement par. les Autunois.

Et s'il est permis de former des conjectures sur les paroles d'Eumène , j'estime que ce fut en ce temple d'Apollon que Constantin victorieux d'avoir étouffé la guerre excîtéeen Provence par Maximien son beau-père, retourna à Autun d'où il était parti, pour rendre ses vœux et ses offrandes à Apollon pour qui il avait une vénération singulière; ce qui se prouve par les médailles qu'il fil frapper en ce temps, dans le revers

desquelles on voit un Apollon avec cette inscription : SOLI INVICTO COMITI , comme attribuant à lui seul le succès de la bataille. ^

Les maisons qu'on a bâties pour la commodité des habitants, sont cause que dans la cité on aurait peine à trouver les vestiges des temples qui existaient, sans le secours d'Eumène, qui nous apprend que le temple d'Hercule était proche de celui d'Apollon, — inter ApoUinis temptum et capitoHum , — lequel fut réparé par l'empereur Maximien ; et entre ce temple et celui d'Apollon se voit le grand pavé ou la maltresse rue, celle des Marbres (j).

Le panégyriste continuant à décrire les temples d'Autun, place au capitole ceux de Jupiter, de Junon et de Pallas, les uns proche les autres : — Hic ante aras suas Jovios Herculeosque prœdicari audiant Jupiter Pater j et Minerva soda et Juno ptacata. — Cette situation me donne sujet de croire que les masures qui se trouvent dans un verger sur le chemin du temple d'Apollon à l'Arroux, sont les ruines du temple de Minerve. Les fondements sont de figure ronde, revêtus d'une seconde muraille séparée du temple de huit à neuf pieds, auprès de laquelle sont plusieurs restes d'un grand édifice.

Je fonde cette opinion sur deux conjectures : la première tirée de cette forme de double rond en laquelle les anciens temples de Minerve se bâtissaient, ainsi qu'on en voit un semblable à Flavigny, dédié à cette divinité ; ma seconde conjecture est appuyée sur un passage de Cicéron, en son Oraison, devant qu'il allât en exil, qui justifie qu'il y avait quelques motifs de religion de bâtir ces temples les uns proche des autres, ainsi qu'il s'observait à Rome où les temples de ces divinités sont placés au capitole. — Jupiter oplitne maxime , cujus nutu ac ditione sola terrarum gubernantur; teque particeps connubiiy socia regni regia Juno ;

* En effet, les médailles de Constantin avec ce revers sont très fréquemment rencontrées en fouillant les terrains autunois.

teque TriUmia armipotens Gorgonia Patios Minerva , qui excellenti tumulo civitatis, sedem capitolii in saxo incolitis constitutam.

On soupçonne que dans une rue appelée encore vulgairement Chaulchien, il y avait autrefois un temple dédié à Anubis, comme si cette rue eût pris son nom de cette idole, Chaulchien, ou tête de chien, caput canis *. Mais on ne trouve aucune marque de ce temple. Ce n'est pas que pour fortifier cette créance il ne faille considérer que cette divinité a été très chère aux Autunois, puisqu'il y a eu des lieux qui en ont pris le nom ; comme Montcenis, Mons Canis , et Château-Chinon, au territoire des Eduens, Castrum Caninum.

Personne ne révoque en doute la vénération qu'ont eue les Gaulois pour Mercure, sous le nom de Theutatès. Les Eduens l'avaient en un culte particulier, si vrai, qu'on trouva dans Autun, il y a 150 ans, deux autels consacrés à ce Dieu , et deux statues en bronze • dont l'une porte une couronne d'olivier sur la tête, tenant en la main droite une bourse et étendant l'index de la gauche vers la terre ; et l'autre représente Mercure, les pieds ailés, attaché de l'extrémité du pied gauche à la base, semblant s'élancer en l'air. Or, il faut présumer que ces autels n'ont pas été sans temples, et que les Autunois, adonnés de tout temps aux lettres et à l'éloquence, n'avaient pas oublié de lui en bâtir un. Il suflSt du témoignage du panégyriste Eumène, pour établir cette vérité, lorsque parlant d' Autun en son discours. De restaurandis Scholis, il l'appelle

* Les anciens habitants d* Autun étaient sans doute moins enclins que leurs successeurs à trouver des étymolc^ies historiques aux noms des localités. — Ainsi, relativement à la rue Chauchien , on voit par un acte du i .^ août 1296 , — g. vïam publicam per quod ilicr

de rua Chaucechien ad — En 1380, elle est désignée rue Chaulcecf^en. — En 1585,

compte du Chapitre , — Pro domo que fuit Joannt d'Espoisics in vico Canino sita , vocata la Maison du forestier, — En 1 585 , et pendant les deux siècles suivants , celte rue est uommée rue ChaussecMen , ce qui n'a rien de mythologique.

Tancien siège des lettres, — singularem erga titteras dignatianem, in antiqua litterarum sede celebremus. — César explique fort bien ces statues lorsqu'il écrit des Gaulois, livre vi de BeltogalL, ch, 17: — Deum maxime Mercurium colunt. Hujtis sunt plurima simutacra : hune omnium inventarem arlium ferunt ^ hune viarum atque itinerum dueem, hune ad quœstus peeuniœ mereaturasque habere vim maximam arbitrantur.

On trouva encore au même lieu d'où ces autels furent déterrés, une bague d'or dont le chaton est un jaspe gravé de la figure de Mercure assis sur un autel carré de tous sens, le chapeau ailé en tête, le caducée à la droite et la bourse à la gauche. Si l'on désire l'explication mystique de cette statue, le sieur Tristan, en ses Commentaires historiques sur l'empereur Marc-Aurèle, page 632 et suivantes, la fournit docte et ample.

La tradition, qui s'est conservée dans le vulgaire, semble encore indiquer un temple consacré à Jupiter, car allant de la porte St. -André à la porte St.-Andoche, on rencontre un demi-rond élevé que le peuple nomme Jouere^ comme s'il y eût eu là un temple de Jupiter; mais certes il n'y en a aucune apparence, et j'estime que c'est plutôt un amphithéâtre pour les raisons que je déduirai au chapitre suivant (k).

Il y a des personnes qui croient que la tour qui est proche cette porte de St. -André, et qui fait partie de l'église de ce saint, était un temple du Dieu tutélaire de la cité d' Autun ^, à Pexemple des anciennes villes d'Italie qui ont de pareils temples à l'entrée des portes. Mais on ignore qui était

*■ Cette opinion d'Edme Thomas n'est peut-être pas très fondée. Les tours qui flanquaient chacune des portes d'Autun , et les constructions a la suite du côté de la ville» étaient incontestablement, comme il a été avancé noie *, page 57 , des casernes, corps-de-garde , magasin ou fabrique d'armes. — Il est toutefois à remarquer qu'on a trouvé récemment (i844) près de la porte St.-André une figurine en bronze coiflëe de la couronne murale. Nous l'avons prise pour celle du Dieu tutélaire de la cité , mais une semblable découverte a été faite à la même époque dans le village de Melin (Côte-d'Or).

ce Dieu tutélaire d'Âutun. Le sieur Ladone, fameux avocat Autunois et bon poète, qui en a décrit les antiquités en vers, attribue ce temple à Hercule, que les Autunois ont révéré comme un de leurs fondateurs.

Et quant à la tour appelée de St,-Andoche à cause de l'église dédiée à ce saint qui Tavoisine , et nommée la tour de Minerve par le peuple . elle était véritablement un temple, lequel se voit encore presque tout entier , ainsi qu'il est représenté au chapitre iv ci-dessus ; et afin qu'on ne doute point de cet allégué, tous les anciens titres de l'abbaye de St.-Andoche indiquent cet ouvrage antique sous le nom de tour de Minerve. *

Sans s'arrêter davantage à l'examen de ces choses presque incertaines, cherchons hors la ville les temples qui y restent.

Celui qui s'offre le plus considérable pour sa structure , et parce qu'il est le plus ancien, est celui de Janus qu'on nomme par corruption Jenetoie , Jani tectum (l) ; il est bâti à trois cents pas de la cité , au-delà de la rivière d'Arroux, comme à Rome le Janicule était au-delà du Tibre. Sa construction est antique , il est revêtu de petits pâtureaux carrés (pierres de grès) si bien polis et dans un ordre si beau que l'ouvrage semble de marqueterie. Sa figure est carrée, pareille à celle de tous les temples élevés à Janus , ainsi qu'il paraît des médailles de Néron.

Il est absolument ruiné du côté d'orient et de septentrion , mais les faces qui regardent l'occident et le midi sont encore presque tout entières. A la face du sud il y a une grande porte et par dedans quatre niches de six à sept pieds de hauteur. A celle d'occident il y a deux grandes portes à l'entre -deux desquelles en dedans est une grande niche haute de huit à neuf pieds , enduite et peinte dans tout le renfondrement ; et au-dessus de ces portes, dans l'une et l'autre face, il y a trois grandes fenêtres bandées en arcades qui se touchent. Au

* Voir la note (j).

milieu de ce temple on remarque un grand piédestal ou un autel sur lequel, aux cérémonies, on posait l'idole. Son pavement est en mosaïque en dedans, et dehors des pans de murailles qu'on voit, il y a plusieurs niches pour recevoir les offrandes. Si bien qu'il faut présumer par ce qui reste que le temple de Janus était ouvert aux quatre façades, dans une

même symétrie , par une seule porte au midi et au septentrion , et par deux à l'orient et à l'occident , conformément au rapport que les anciens ont attribué à Janus avec le soleil , lequel était reçu pendant tout le jour par ces quatre portes et fenêtres. La représentation, au reste, satisfera plus que la description.

Joignant ce lempte il y a un puiLs très profond qui servait aux aspersions de ceux qui y entraient pour sacrifier, et à l'enlour plusieurs ruines de grands bâtiments , comme du parvis et des logements des prêtres et des sacrificateurs.

Il y a encore un temple hors la cité, qu'on dit être de Pluton, posé au milieu de deux rivières, l'Arroux et le Tamin, qui forment une péninsule; mais ce temple est si proche du bord de la première, que lorsqu'elle déborde elle l'inonde souvent , quoiqu'il soit élevé sur un tertre auquel on monte par un ancien escalier qui a plusieurs marches.

La forme de ce temple est ronde; il est semblable à celui de Rome dédié A Pluton. Il a de circuit environ cinquante pas. Maïs il est presque tout ruiné du côté de la rivière qui a découvert ses fondements et son entrée , aux deux côtés de laquelle il y a des chambres voûtées et entr'ouvertes à demi qui étaient adita sacrificulorum. Ce lieu était fort propre à rendre les

oracles : les prêtres païens se servant du murmure et des chutes de la rivière pour abuser les peuples qui les consultaient.

Proche ce temple il y a aussi un puits très profond, découvert depuis peu par la rivière, à l'usage des sacrificateurs pour les lustrations.

On abordait à ce temple par un pont de bois dressé vis à vis de son entrée , dont , il y a vingt ans, on voyait les restes de pilotis et une grande levée de la porte d'Arroux au temple qui devenait inaccessible pendant les inondations de l'hiver (m).

A cinquante pas de ce monument, du cûté du septentrion, on voit les vestiges d'une petite tour ronde, dont la moitié parait hors de l'eau, l'autre en est couverte, que quelques-uns estiment être le temple de

Proserpine, d'autres la cellule (sacellum) du Dieu de la rivière d'Arroux; voici le crayon de ce temple.

Pour moi je ne crains point, pour finir ce chapitre, de communiquer mon opinion touchant ce temple, posé au bord de la rivière d*Arroux ^ qui est qu'Auguste étant mort, le sénat romain lui décerna des honneurs divins et lui consacra des temples; les Gaulois lui en dressèrent un à Lyon au confluent du Rhône et de la Saône, qui fut dédié, suivant Strabon, livre quatrième de sa Géographie , par la princesse cité des Gaules , qui était Autun. Je me persuade que cet honneur fut déféré aux Eduens par les autres Gaulois, tant parce que les Eduens, entre les peuples des Gaules, étaient les seuls qui fussent frères des Romains, que parce que Lyon était dans leur dépendance selon Ptolomée. Ce qui se confirme par l'autorité de Tite-Live au livre 137 , qui nous apprend que le prêtre qui fut établi pour les sacrifices de cet autel fut un Eduen : — Ara Cœsari Augusto,ad confluentem Araris et Rhodani , dedicaia est, sacerdosque creatus C. Julius FercondaridubiusMduus. Non contents de cette ovation, les Eduens bâtirent aussi un temple à Auguste dans leur cité, sur le rivage de TArroux. La preuve de cette conjecture résulte d'une grande quantité de médailles trouvées dans les ruines de ce temple, auxquelles d'un côté l'image d'Auguste est représentée avec cette inscription : — Cœsar Augustus divi F. pater patriœ, — et au revers, il y a un autel avec cette légende : — Romœ et Auguste. ^

' Les vestiges de cette construction antique qui , au temps où écrivait Edme Thomas , semblent avoir été encore fort apparents, sont tellement effacés aujourd'hui (1844) qu'on n'en aperçoit pas même la trace.

' Le rapprochement des médailles d'Auguste citées par Edme Thomas , avec le moUf de l'érection du temple votif de l'Arroux , n'est pas concluant , en ce que ce n'est pas à l'honneur seul d'Auguste que de semblables médailles ont été frappées, mais aussi principalement à Tibère , etc.

Des lieux publics, du Capitole, du Palais, du Marché, des Ecoles

et du ThéAtre.

Les lieux publics ornent merveilleusement toutes les grandes villes : Autun, qui de tout temps a été mis dans ce rang, en a eu plusieurs, et entre autres un capitole , comme à Rome , à l'instar de laquelle il semble qu'il se soit moulé, ce qui, selon mon avis, a occasionné de donner cet attribut à Autun, soror et œmula Romœ. Or, le capitole n'occupait pas, comme plusieurs se l'imaginent, ce qui est appelé aujourd'hui le Château, parce que le capitole étant arx civitatisy et l'assiette du Château étant haute et relevée, distincte du corps de la cité et ayant ses fortifications particulières, on présume que là était le lieu et la situation du capitole. Mais Eumène , en sa Harangue au président des Gaules, pour la restauration des écoles, répugne à cette opinion , car il met le temple d'Hercule entre celui d'Apollon et le capitole, d'où il est aisé de conclure que le capitole était dans la grande rue tendant de la porte des Marbres * à celle d'Arroux , par laquelle Constantin le Grand fit son entrée dans Autun et fut conduit au palais, ce qui se confirme par les ruines d'une grande et forte muraille qui commençait vers le temple d'Apollon et

* Cette porte des Marbres est celle qui avait été élevée sur les vestiges des portes romaines, ainsi qu'il a été dit dans une note précédente, et non la porte moderne de re nom qui a été démolie , il y a peu d'années, comme inutile.

tirait fort bas vers le portail d'Arroux, enfermant le capitole et le palais, qui avaient leur entrée sur la grande rue.

La muraille de la tour du capitole qui reste, est épaisse de 2& pieds et a de circuit 200 pas. Dans cette tour est une autre muraille large de 12 pieds, qui a 80 pas de circonférence. Proche ce lieu on a trouvé des simulacres en pierre d'un cheval, d'un bœuf et d'un bouc ; des statues de Mars, de Vénus et d'un Cupidon ailé; deux effigies d'hommes ayant le pallium ; et les degrés mêmes du capitole ont été déterrés en ce lieu. De tous lesquels fragments la nouvelle porte des Marbres a été construite à ce qu'on dit.

A l'entour de cette muraille on a découvert plusieurs galeries qui servaient de halles pour le marché, qui est tout ce que j'ai pu apprendre de ce lieu public.

Plus bas que le capitole, le palais était placé, comprenant un grand espace fermé par une bonne muraille dont on suit les vestiges jusqu'à la ville dite de Marchand. Eumëne, en son Panégyrique, nous en assure: — exomavimus vias ^ quibus in paiatium pervenitur; nous avons orné et embelli les rues qui conduisent au palais ; — ce qui témoigne que cet édifice était situé sur cette route, outre que les corniches, entablements, frises , architraves , colonnes , bases et chapiteaux de marbre , des pierres de porphyre enchâssées parmi du charbon, des fragments de statues , des pierres d'une grandeur extraordinaire et de grands pavements, qui ont été tirés de ce lieu, servent d'une conjecture pressante que c'était là le palais, attendu que l'ordre et la structure ont du rapport avec les mêmes bâtiments anciens.

* L'erreur dans laquelle sont tombées toutes les personnes qui ont voulu déterminer remplacement des édifices , vient de ce qu'eUes n'ont pas réfléchi au pluriel de ce mot vias ; autrement elles ne les auraient point cherchés dans la rue de Rome , par laquelle Constantin fit son entrée, puisqu'il fallait en traverser au moins deux pour arriver au palais.

De ces ruines on a retiré une pyramide d'une seule pierre blanche, de la hauteur de 2& pieds, que je me persuade avoir été un trophée gaulois, attendu que cette pierre est enrichie de taises et rondelles, de fers de javelines, de haches et autres attributs militaires, taillés de reUef dans la pierre ; laquelle est à présent au château de la Boulaye.

De cette représentation il faut présumer que cette pierre était un monument insigne de quelque grand exploit de guerre, et dont nous n'avons aucune connaissance ; selon l'ancienne façon des Eduens , qui ne laissaient i la postérité aucune marque par écrit de leurs actions belUqueuses, se contentant de marquer leurs victoires par la gravure de leurs armes.

La réputation des écoles Méniennes de la cité d'Autun est cause que les auteurs en ont conservé la mémoire , et presque rien aujourd'hui ne peut les rappeler. Eumène nous en indique la situation au lieu le plus éminent, le plus fréquenté et le plus découvert de la cité, entre le capitole, les temples d'Apollon, d'Hercule et de Minerve, situation qui les exposait à la vue de ceux qui descendaient par la grande rue allant de la porte des Marbres à celle d'Ârroux. Voici les paroles du panégyriste : ( Quelle situation plus favorable , en effet, que celle des écoles Méniennes établies sur le passage de nos invincibles princes, lorsqu'ils viennent embellir nos murs! S'ils se montrent si flattés de voir accourir au-devant d'eux cette jeunesse qui célèbre leur Ubéralité et leur amour pour les lettres dans lesquelles ils me chaînent de la former, combien seraient-ils plus satisfaits de voir ce lieu d'études rétabli dans son premier lustre! Ce qui rend cet établissement plus remarquable, ce qui le fait tout-à-coup apercevoir de nos princes et de tous les citoyens.

c'est qu'il est placé dans le lieu le plus apparent , comme entre les yeux mêmes de la cité , entre le temple d'Apollon et le capitole. Ce siège des études reçoit un avantage infini de sa position : il en est en quelque sorte plus respectable et plus sacré. Les deux divinités qui l'avoisinent semblent satisfaites de ne rien voir au milieu d'elles qui déforme la beauté de leurs temples, les plus magnifiques de la cité. Je ne serais pas étonné que l'architecte des écoles Méniennes eût afiecté de les placer ainsi, pour qu'elles fussent pressées, si j'ose parler ainsi, entre deux divinités voisines et amies, et que l'auguste asile des lettres fût sans cesse sous les yeux de la sage Minerve et d'Apollon qui se plaît au milieu des Muses, etc. * r

Pour justifier aussi que le temple d'Hercule était proche des écoles, j'emploierai encore un passage d'Eumène en son discours : « Qu'il est nécessaire de rétablir cette sainte demeure et l'orner par des réparations superbes 2, afin qu'elle mérite à juste titre d'être appelée le séjour

* Quid autem magis la fade vultuque istius civitatis situm est, quam haec eadem

Mœniana , la ipso transitu adveaientiuin hue invictissimorum priacîpuro coastituta ?

Ad hoc, opus istud reddit illustrius, et cum îpsorum Cœsaruin, tum etiam omnium hominum aspectui promptius, qiiod praecipuo est loco positum , quasi inter ipsos oculos civitatis, inter Apollinis templum atque Capitolium.... prsesertim cum mihi videatur ipse iile qui Mœniana hâec primus extruxit , idcirco ea illic potissimum collocasse , ut veluti cognato vicinorum sibi numinum tenerentur amplexu.... Igitur ibi maxime, et oportet, et fas est, exerceri juventutis ingénia, ubi tam propinqua sunt numina arnica doctrinae, ubi ex proximo juvat mens divina sapientiam et carminum Deus vocem, et verecundiam virgo perpétua, et providentiam prsescius futurorum.

* Necesse est etiam sedem propriam cupiat reformari, ut cum ad antiquam firmitateDi cultumque reparata sit, multo hic justius et venus nuncupetur aedes Hereulis atque Musarum.

d'Hercule et des Muses. » Il est facile de juger par ce passage que les écoles occupaient le couvent des Cordeliers et la maison de la Croix d'or, puisque dans leur verger et dans le jardin de l'hôtellerie se trouvent les fondements des classes, des portiques et des salles ; qu'on découvre aussi de grands pavements à la mosaïque , plusieurs pièces de colonnes , chapiteaux , corniches et statues de marbre et de porphyre qui se voient au couvent des Cordeliers.

Eumène, en son Discours qu'il entreprit pour la restauration des écoles, devant Virus, préfet des Gaules, honoré du perfectissimat dont parle la loi unique, C. de perfectissimatus dignitate, nous apprend que « les écoles Méniennes ont été de tous temps célèbres, lorsqu'il invite toutes personnes à contribuer à leur rétablissement ^. L'empereur Constantius en prit un soin particulier suivant le même témoignage d'Eumène \ qui avait tellement à cœur cet édifice , dans les salles duquel son éloquence devait triompher, qu'il déclare deux fois à Virus et à son auditoire qu'il destine son salaire de six mille écus d'or à sa restauration. ^ »

Enfin le panégyriste qualifie les écoles Méniennes — conciliabulum

* .... Omnes potius quibus divina principum Uberalitas, quibus urbis istius restitutio, quibus optimaruin artium celebratio grata atque jucunda est, summo gaudio et favore suscîpiant, ut Mœnianseilldescholae, quondam pulcherrimo opère, et studiorum frequentia célèbres et illustres, juxta caetera quae instaurantur opéra , ac templa reparentur.

' Divina illa mens Gœsaris, quae tanto studio prseceptorem huic conventui ju ventutis

elegit , etiam locum exercitiis illius dedicatum illustrari atque exomari velit

^ Salarium in sexenis millibus nummum , quantum ad honorem pertinet, adoratum accipio, et in accepti ratione prescribo : sed expensum referre patriae mese cupio, et ad

restitutionem hujus operis quoad usus poposcerit destinare Quamobrem , ut dixi,

sexena illa , quantum ad bonorem spectat , accipi oportere censeo , atque usum delego patriae et ipsi potissimum operi , in quo studia nostra celebranda sunt*

juventutis , sedem liberalium litterarum. — Afin d'éclaircir tout ce qui le peut être en cet ouvrage, la raison pour laquelle j'ai dit que cette harangue fut prononcée devant Virus, président des Gaules, au lieu que toutes les éditions portent vir perfectissime , est que Virus est un nona propre , ce qui se vérifie par l'adresse de la Constitution de l'empereur Valentinien, ad Virum PP., c'est-à-dire Praefectum Praetorio, — de accusai, eptsc. — donnée au public par le père Sirmond, en son Appendice du code Théodosien, page 57; et Grégoire de Tours, liv. ii de ses Histoires, ch. 26, fait mention de Virus, évêque de Tours; au liv. 10, ch. dernier, de Virus, évêque de Vienne; et au livre viii, ch. 29, de Virus, neveu du comte Eulalius : tellement que par tout ce Panégyrique il faut lire Fire perfectissime , et non pas vir perfectissime. *

Il est difficile de dire certainement pourquoi ces écoles s'appelaient Mœniana? Dans une question aussi obscure tout éclaircissement est reçu. C'est pourquoi je ne craindrai point de soumettre au jugement et à la censure des doctes le sentiment que j'en ai.

Je crois donc que ce nom de Méniennes leur a été donné à cause de la façon de leur structure qui était avancée par des corbeaux, modillons et poutres poussées hors des murailles , . sur lesquelles avances on pratiquait de grands planchers et de vastes galeries pour se promener et conférer, soit à couvert, soit à découvert ^\ d'où, comme d'un théâtre, on voyait tout ce qui se faisait à l'entour, et le nom de cette fabrique est venu de Menius, censeur romain, lequel fut le premier qui entreprit

' L'opinion de Tauteur sur la véritable leçon de vir perfectissime est une erreur évidente que les éditeurs doivent signaler, tout en conservant l'exactitude du texte. Du reste , le préfet des Gaules, dont Edme Thomas veut retrouver ici le nom, ne s'appelait pas Fina, mais Rictius Varrus.

' Mœniana, — d'après Vitruve, sont des terrasses sur les maisons, des galeries autour des bâtiments , des balcons.

-Gide poser sur des colonnes de grandes avances en forme de plancher , d'où on découvrait ce qui se passait en la place publique , selon Sextus Pompeius Nonius et Porphirion ; et de là tous les édifices bâtis sur ce modèle furent nommés Ménianes du nom de leur inventeur.

Dans la ruine d'un vieux mur, proche la rue Chauchien, on a trouvé un marbre gravé de ce mot : rAZO*ïAÂKIUN (trésorier), qui est une preuve qu'en cet endroit le trésor était gardé.

Autun a toutes les marques de grandeur, ayant des amphithéâtres et des théâtres. En effet, vers l'orient, proche les anciennes murailles, je découvre les vestiges d'un amphithéâtre, caché par les ronces, lesépines et la terre, mais dont on voit sans grande peine les sièges. 11 ressemble à celui de Vérone, excepté que ce dernier est bâti de grandes et lourdes pierres de taille, et celui-ci de briquetage en grès, liés d'un ciment si

ferme, que rien ne peut le dissoudre ni en détacher les pierres. J'en donne le plan (n).

Au couchant , non loin des murailles modernes allant du portail de St.-iUidré à celui de St.-Andoche, il y a un autre théâtre qui n'est pas d'une capacité si grande que le monument qui vient d*être cité , appelé par le vulgaire Jouêre. Les vestiges qui en restent marquent une figure demi- ronde sur un petit tertre accompagné de plusieurs fondements et ruines de murailles et pierres d'une grandeur et grosseur excessives, avec plusieurs chambres voûtées jointes les unes aux autres, et des canaux souterrains. Cette forme demi -ronde, les grottes qui sont sous son massif, et les caves pour les bétes qu'on produisait sur l'arène, sont les indices certains d'un théâtre que j'estime avoir été appelé Jouêre , parce qu'il était sous la protection de Jupiter. *

Auparavant que de passer au théâtre, je me sens obligé de réfuter l'erreur de ceux qui veulent faire accroire que les édifices destinés aux divertissements ont été construits par Jules César pendant son séjour dans les Gaules. Mais certes cela n'a pas beaucoup d'apparence , attendu qu'il est presque impossible que ce grand capitaine se soit amusé à bâtir des théâtres, qui sont l'emploi d'une personne oisive et dans la paix , ayant de si grands desseins dans l'esprit et des guerres si fâcheuses à démêler. Outre que , si César eût procuré des embellissements de cette importance à la cité d'Autun, il était trop avide de gloire et de louange pour avoir négligé et enseveli dans l'oubli, en écrivant ses Commentaires, ces illustres monuments; mais il faut plutôt présumer que ces jeux publics ont été l'entreprise des seigneurs Autunois, comme de Divitiacus, qui avait le plus d'autorité et de richesse parmi les Eduens.

Le théâtre n'était pas éloigné du capitole 2. H est spacieux , de forme

* C'était plutôt un temple consacré à ce dieu, comme on le verra à la note (k).

^ Cette indication n'est pas exacte» mais comme le monument n'a pas changé de forme , il est impossible de se tromper sur sa véritable position.

semblable à celui de Balbus et de Marcellus. L'ouvrage en est antique , merveilleux en son étendue et hauteur, d'une structure non pareille, tissu de petites pierres de grès, taillées en carré et soutenues par un ciment aussi blanc que lorsqu'on l'appliqua, mais qui en rend la liaison si solide, que l'industrie des hommes n'y peut atteindre. II est ouvert du côté du septentrion, relevé et appuyé à un monticule du côté du midi. Il avait deux ouvertures semblables et des portiques aux deux flancs , comme celui de Bordeaux en a , et dont on voit le portrait dans tes noies d'EUe Vinet sur Ausone. Les murailles sont fort hautes par dedans, rases par dehors, dont tes deux extrémités se courbaient en demi-cercle

et embrassaient la scène. Toute la circonférence est entr'ouverte de plusieurs chambres voûtées, de sept h huit pieds de largeur, appelées par les anciens caveœ, et même aujourd'hui ce monument est appelé par les Âutunois Caves Juliot, ce qui me donne occasion de croire qu'il

» été bâti par JuUus Sacrovir dont elles ont retenu le nom, comme si on (lisait Caveœ Jttlii (o).

Les ruines des sièges arrangés par étage paraissent encore aujourd'hui (1650) par dedans le théâtre , de bas en haut, et les ruines de la muraille qui le fermait d'un bout â l'autre et fournissait l'orchestre pour les places des personnes plus relevées et éminentes en dignité et en naissance. *

Il y avait aussi des caves â l'amphithéâtre dont j'ai parlé plus haut. Ces caves servaient à deux usages : l'un pour l'entrée et retraite des

' Il est probable qu'ici se trouve une lacune, cardans l'édilion originale rien n'indlqtie à quelle partie du théâtre appartenait le dessin que nous reproduisons. Cependant si l'on examine atlentivement la vue générale de la ville en 1 600 , on croit être autorisé par la ressemblance de ce monument avec celui marqué l sur le des«n , à regarder cette porte comme l'entrée principale, située sur la partie de l'enceinte traversée par l'axe du théâtre.

acteurs qui étaient souvent des gladiateurs Gaulois appelés Mirmltones et par Tacite Crupellarii * ,■ l'autre pour le passage des animaux destinés

' On ne verra pas ici sans intérêt un groupe de ci'upellaires en bronze , pliiqué en ai^nt, découvert en 1839 sous les murs de l'hospice, près rembranchement de la rue de Rome avec celle qui conduisait aux grands édifices. Ces combattants ont , comme le

aux spectacles publics, ou pour le divertissement de la course, des combats ou du supplice des criminels.

Pour preuve de la destination et usage des amphithéâtres à servir à la condamnation des criminels, il y a plusieurs exemples dans l'histoire : j'en rapporterai un particulier à Autun, tiré de Tacite, livre deuxième de ses Histoires, lorsque Maricus, Boien, ayant voulu usurper l'empire, et ayant été pris à la bataille par Vitellius, fut exposé dans l'amphithéâtre d' Autun et déchiré par les bêtes. *

La seconde preuve qu'on y faisait des combats, est qu'il est d'une connaissance notoire et publique , et qui m'a été attestée par un homme de foi et d'honneur , qu'il avait trouvé dans une des caves de l'amphithéâtre le squelette d'une tête de lion qui avait vraisemblablement été tué par un gladiateur.

A cinquante pas de ces lieux de spectacle , il y a des ruines de plusieurs

l^ionnaire romain , la tête couverte d'un casque d'airain attaché sous le menton par des jugulaires d'écaillés de même métal. Ils portent le garde-cœur fixé sur la poitrine à l'aide de courroies; Vocréa (sorte de bottine de fer) destinée à couvrir la jambe droite dans les combats de main. L'un d'eux a le bouclier demi-cylindrique échancré, fixé sur l'épaule gauche. Ils ont de plus les bras et les cuisses couverts de lames de fer , le corps ceint d'une large courroie soutenant une plaque de cuir sur les reins et attachant un caleçon très court. Dans leur main droite ils tiennent d'énormes glaives. Ils étaient fixés sur un piédestal comme l'indiquent les tenons qui sont sous leurs pieds , mais le choc qui les en a détachés a relevé l'un d'eux. Le dessin est exact et donne une idée de leur conservation qui laisserait quelque chose à désirer. Néanmoins ce précieux morceau d'antiquité figure avec honneur au musée de la ville d'Âutun.

* Inter magnorum virorum discrimina ( pudendum dictu ) Maricus quidam , e plèbe Boiorum , inserere sese fortunae , et provocare arma Romana simulatione numinum ausus est. Jamque assertor Galliarum , et Deus , nomen id sibi indiderat , concitis octo millibus bominum, proximos jEduorum pagos trahebat; quum gravissima civitas,electa juventute, adjectis a Yitellio cobortibus , fanaticam multitudinem disjecit. Captus in eo prselio

voûtes souterraines où on nourrissait les bêtes féroces qui de là étaient conduites à l'amphithéâtre. — Auprès de ces grottes, tirant au portail St. -André, ou trouve des ruines garnies de plusieurs niches différentes en forme * ; ce champ est appelé le champ Crovola ou Volucre , d'où on conjecture que c'était le collège des Augures et le lieu où ils nourrissaient les oiseaux dont ils se servaient pour les divinations.

Maricus , ac mox feris objectus , quia oon laDÎabatur , stolidum vulgus inviolabilem credebat, dooec spectante Vitellio interfectus est.

— Edme Thomas , ainsi qu'on peut le voir par celte citation , ne complète pas exactement le récit de la fin de ce Gaulois enthousiaste et patriote , qui prenait le titre de Dieu unique et de libérateur des Gaules; amené captir devant l'empereur, Marions fut exposé aux bétes dans le cirque. Les lions refusèrent obstinément de le dévorer. Déjà la multitude s'écriait que comme Dieu it était invulnérable ; aussitôt Vitetlius, effrayé des dispositions populaires, le fit massacrer sous ses yeux par ses licteurs.

' Les voAles et niches que l'auteur regarde comme isolées, dépendaient de l'amphithéâtre qui n'était séparé du théâtre que par la lai^ur d'une me. — Voir pour le théâtre et l'amphithéâtre la note (p).

Des places publiques hors de la cité, du Champ-de-Mars, du cimetière où est la pyramide

de Couhard, des montaf^nes de Mon^eu, de Philiouse, etc.

Les erreurs s'établissent avec peine parmi les honnêtes gens; mais dès lors que leur corruption a gagné le populaire, elles s'autorisent insensiblement et ne se peuvent à la fin détruire que difficilement, lorsque la négligence ou la barbarie des siècles nous a envié des historiens pour nous détromper, et c'est principalement lorsque la conformité des noms soutient ces erreurs , puisque c'est un moyen qui surprend d'abord les esprits. — On reconnaît cette vérité à l'égard des places publiques de la ville d'Autun, lesquelles, quoique célèbres par leur destination, sont aujourd'hui presque inconnues.

Il y en a qui s'imaginent que le Champ-de-Mars est ce qu'on appelle aujourd'hui Marchant , se fondant sur la ressemblance des noms ( Mars Champ ) et sur la situation du lieu qui était le milieu de la cité , aboutissant aux quatre grandes rues, et le placent par cette opinion dans l'enclos de la ville. Les autres, que c'est le champ St. -Lazare, sans aucune apparence de raison , sinon que c'est une place vaste, à laquelle l'état des choses présentes semble convenir , et plusieurs enfin pensent que le Champ-de-Mars était hors de la cité, depuis la Genetoie jusqu'au bord de la rivière d'Arroux.

J'estime qu'en cette diversité l'on peut donner quelque chose à la dénomination de Marchant, et croire que ce lieu qui est bâti aujourd'hui

a été le Champ-de-Mars ; cet ancien nom de Marchant, qui en langue celtique signifie Cbamp-de-Mars, s'étant conservé jusqu'à nous.

Mais il faut avouer que l'opinion la plus vraisemblable est que le Champ-de-Mars était hors de la cité, dans cette grande plaine qui s'étend depuis la Genetoie, vers le midi, jusqu'à la rivière d'Arroux, et du côté d'orient jusqu'à celle du Tarnin , qui séparait autrefois cette plaine du temple de Pluton.

La preuve de cela se collige du rapport de ce qui se pratiquait chez les Gaulois et les Romains, du nom que cette plaine a retenu de sa situation propre à un tel usage , et des vestiges qu'on y découvre tous les jours.

Ainsi, aux villes capitales de la Gaule, les citoyens tenaient leurs assemblées et faisaient leurs montres dans de grandes places qu'ils appelaient champs de Mars : Clovis, roi des premiers Français, fit faire la revue à son armée au Champ-de-Mars que les historiens mettent aux portes de la ville de Soissons. Chez les Romains, le Champ-de-Mars était hors de Rome, au-delà du Tibre, où on s'assemblait pour l'élection des magistrats et l'exercice des soldats; et il était situé entre le Tibre et le Janicule, si nous en croyons Tite-Live et les historiens Romains.

En effet, où nous plaçons le Champ-de-Mars Eduen, il est entre le temple de Janus et le fleuve d'Arroux. C'est une grande place, commode à de grandes assemblées , telles que César décrit qu'on en fit à Bibracte lorsque la plupart des cités de la Gaule se liguèrent pour revendiquer leur liberté, que la tyrannie de César leur avait ravie, par la cérémonie la plus solennelle et la plus sacrée qui fût parmi eux , qui est par l'approche des étendards et enseignes militaires. Ce fut en cette cité que dans les seconds soulèvements des Gaules Vercingétorix , Auvergnat, fut élu par suffrage chef de la guerre, dont les Eduens furent indignés de se voir enlever chez eux la principauté des Gaules qu'ils avaient toujoui*s tenue, qu'ils avaient reprise à l'aide de César

après la défaite d'Arioviste, et qu'ils avaient conservée jusqu'à cette ligue. Ce fut en cette plaine, sous Bibracte, où les provinces Gauloises étant convoquées, Vercingétorix reçut les otages, et où ceux des autres cités envoyèrent les leurs au magistrat, ainsi que l'indique César au livre septième de ses Commentaires. *

Le nom de Chaumar que cette plaine a retenu y convient fort bien ,

' Indictis inler se principes Galliae conciliis silvestribus ac remotis locis , queninuir de Acconis morte; hune casum ad ipsos recidere posse demonstrant; miserantur communem Galliae forlunam ; omnibus pollicitationibus ac prœmiis deposcunt , qui belli

initium faciant, et sui capitis periculo Galliam in libertatem vindicent His rébus

agitatis, profitentur Carnutes, se nullum periculum communis salutis causa recusare; principèsque ex omnibus bellum facturos pollicentur ; et, quoniam in praesentia obsidibus cavere inter se non possint , ne res efferatur , ut jurejurando ac fide sanciatur , petunt , collatis militaribus signis (quo more eorum gravissimae caerimoniae continentur), ne, facto initio belli , ab reliquiis deserantur. Tum , collaudatis Camutibus, dato jurejurando

ab omnibus, qui aderant tempore ejus rei constituto, ab concilio disceditur Eo

quum Eporedorix Viridomarusque venissent , et de statu civitatis cognovissent, Litavicum

Bibracte ab iEduis receptum Convictolitanem magistratum magnamque partem

senatus ad eum convenisse , legatos ad Vercingetorigem de pace et amicitia concilienda

publiée misses.... obsides civitatem Bibracte ad magistratum deducendos totius

Galliae concilium Bibracte indicitur. Ëodem conveniunt undique fréquentes. Multitudinis suffragiis res permittitur : ad unum omnes Vercingetorigem probant imperatorem.... Magno dolore ^Edui fuerunt se dejectos principatu.

Plusieurs passages de Grégoire de Tours et des chartes , comparés avec ce que l*on sait des usages du moyen âge par les Gapitulaires et les autres monuments de la législature franque , nous montrent, pendant plus de six cents ans , l'existence de deux assemblées générales des grands du duché de Bourgogne , Tune vers le printemps , l'autre vers l'automne ; celle de l'automne se tenait plus ordinairement à Autun vers la (in du mois d'août.

c'est-à-dire Champ-de-Mars * , ainsi dénommé à cause du temple dédié à Mars qui était voisin , lequel on conjecture par les grandes ruines qu'on y déterre , et les vestiges d'une tour ronde dans le circuit des murailles, dont il était fermé depuis la Genetoye jusqu'à la rivière d'Arroux. Feu M. l'abbé Jeannin ayant fait tirer sur le bord de l'eau quatre ou cinq rangs de pierres de taille semblables à celles du portique d'Arroux, assises les unes sous les autres à double rang, liées de pattes de fer avec le plomb, ce qui confirme davantage que cette plaine était réellement le Champ-de-Mars des Autunois. Tellement que de ce qui a été déduit ci-dessus, il faut conclure que le Champ-de-Mars était hors de la cité.

La pyramide appelée Couhard est hors de l'enceinte d'Autun. C'est une masse de maçonnerie de pierre étonnante par son épaisseur et sa hauteur, distante de la ville de six stades, sur la pente d'une colline à l'orient d'hiver et qui peut être comparée aux anciennes pyramides d'Egypte. Sa base est carrée et extraordinaire. Elle s'élève par quatre angles droits que les vents, les pluies et le temps ont rongés et non eflfacés, et qui terminent l'ouvrage en pointe, mais dont la ruine ne rend pas difforme à l'œil la proportion. On montait au sommet par un

* Des recherches assez suivies dans les archives autunoises n'ont montré que deux fois à M. C. Lavirotte le nom de Champmart et le nom de Chaumart. — i394 , rente due au chapitre, c prato de Gmmpmart. » — 1579, autre rente sur c le pré Champmard, » situé entre les ponts d'Arroui et de St.-Andoche. Ainsi le nom de Champmard conservé à cette plaine doit faire penser que c*était là où se tenaient les assemblées du Champ-de-Mars. — Cette opinion était celle de Thistorien de l'Eglise d'Autun , Gagnare, comme on le peut voir à la page 488 de son ouvrage. Il cite un Utre du xv.® siècle, dans lequel la prairie de l'Arroux est dite in Campo Martis. Le nom de Champ-de-Mars fut donné dans la suite à la place principale de la ville , lorsque les assemblées des citoyens y furent fixées. — Le Champ-de-Mars de Rome n'était point entre le Janicule et le Tibre , comme le prétend Edme Thomas.

escalier tournoyaot; les vestiges s'en voient encore distinctement. Enfin, ta symétrie en est étonnante et égale les ouvrages romains, ainsi que la vue le remarquera mieux dans sa représentation.

masse a été fabriquée pour servir de phare ou fanal par les torches qu'on y allujDiait la nuit, à cause de la difficulté des deux grands chemins qui abordaient à la cité de ce côté-là *. Car il est constant que les chemins y sont très fâcheux et autant précipités qu'ils sont élevés, très difficiles, et tellement serrés entre deux montagnes que des^ demi-charriots ont peine à y passer. C'est ce qu'Eumène insinue , lorsqu'il dit : « qu'on a des obligations immortelles à l'empereur Constantin d'avoir voulu visiter Autun, quoiqu'il sût qu'il fût d'un abord rude et fâcheux » : Quo majores agi debere gratias imperatori Conslantino , qui cum sciret itinerum regionis nostrœ aditum et aspectum îam fœdum atque asperum ^ tamen illo defkctere^ et urbem illam sola opis suœ eoopectatione viventem, illustrare dignatus sit. — Ces paroles d'Eumène ne peuvent être appliquées qu'aux deux chemins qui conduisent de Lyon et de Chalon à Âutun par les précipices des montagnes, ce qui se rapporte parfaitement à la situation de Couhard qui était une forêt avant qu'elle fût essartée; ce que le panégyriste confirme en expliquant comme il reçut l'empereur de ce côté-là : — Miratus es, Imperator, unde sese tibi obviam tanta effunderet multitudo, cum solitudinem ex vicino monte vidisses.

D'autres estiment que cette pyramide ( admirable en sa structure et en ses dimensions, pareille en structure à tous les ouvrages de la cité, de pierres carrées si bien disposées que le tout paraît être un rocher taillé et uni) est un mausolée ou sépulcre; c'est la plus commune opinion et à laquelle je m'attache par les raisons suivantes :

Il est certain que les Gaulois enterraient leurs morts dehors de la cité, selon la religion des Druides, et d'ordinaire plaçaient leurs cimetières ou polyandres sur des éminences, d'où le mot tumulus, qui signifie un tertre, a été usurpé pour un tombeau. Le nom même de Couhard, que cette pyramide a retenu , semble être dérivé du mot hébreu kauar , qui signifie un sépulcre, ou du mot latin caverna, qui se lit chez les bons auteurs au même sens.

J'emploie outre cela les indices certains pour reconnaître un cimetière, qui est la découverte de plusieurs urnes de verre et de terre qu'on a trouvées remplies de cendres, lesquelles ont fait dénommer le lieu qui entoure cette pyramide, le Champ des Urnes. Je donnerai la représentation de quelques-unes de ces urnes, avec plusieurs épitaphes, au chapitre ix où je les réserve.

Il est donc acquis par ces marques que ce Ueu était un cimetière , et qu'il faut de nécessité que cette pyramide ait été un monument de quelque illustre personnage. Mais comme il n'y a aucune inscription qui nous en apprenne le nom, quelques-uns ont cru que c'était un cénotaphe, un sépulcre honoraire dressé à la mémoire de quelque grand seigneur Edûen ; de même que la ville de Mayence érigea une pyramide à Drusus auquel elle sacrifiait tous les ans, et la Gaule une à la mémoire d'Alexandre Sévère.

Pour moi, je crois que cette pyramide était le tombeau de Divitiacus, le plus puissant de toute la Gaule et roi de Soissons. Ce qui me fait prendre cette pensée, est qu'on a trouvé en terre, il y a vingt ans, au circuit de cette pyramide, une médaille d'or représentant d'un côté une tête armée d'un casque dont l'inscription était effacée, et au revers l'eflfigie d'un homme vêtu d'une robe qui lui battait sur les talons, avec ces mots : GLORIA ^DV. DRVIDQVE, qui est à dire Gloria Mduorum Druidumquej qualité qu'il faut rapporter à Divitiacus, qui était du nombre des Druides, et auquel ce superbe éloge appartient entre tous les Eduens. A quoi j'ajoute que cet escalier tournoyant, dont les degrés sont rongés, pour monter de la base à la pointe, n'a point été mis ni pratiqué avec tant d'art inutilement, si ce n'était pour placer au-dessus de la pyramide l'urne des cendres de Divitiacus, laquelle aura été brisée comme plusieurs autres dans le désordre et le ravage des Barbares et des guerres (q).

Il y avait encore deux cimetières antiques hors de la cité d'Autun ,

savoir: un au-delà de la porte de Langres (St. -André) au chemin du môme nom, appelé à présent St-Pierre-l'Estrier, — a viastrata, — dont je parlerai en la seconde partie de cette histoire ; il n'en faut point d'autre preuve que les fréquentes inscriptions sépulcrales qui s'y voient, et la quantité de tombes en pierre avec leurs couvercles qu'on découvre partout où on remue la terre.

Au chemin de Sens tirant au septentrion , proche le temple de Plu ton, il y a encore un autre cimetière, duquel j'ai vu tirer plusieurs arches sépulcrales en plomb.

A côté de la porte Saint-Biaise , il y a la montagne de Montjeu qu'on peut dire avoir été dédiée à Jupiter, comme tous les bois et les montagnes voisines de la ville étaient consacrés à quelque divinité : par exemple la colline de Philiouse était consacrée à Jupiter Philien, c'est-à-dire Dieu

de l'hospitalité, ce mot étant corrompu et dérivé du grec $iXioç, hospitalis, c'est pourquoi Virgile, livre dixième de l'Enéide, écrit :

Jupiter hospitibus , nam te dare jura loquuntur.

Et il faut croire qu'en ce lieu il y avait un temple de Jupiter auquel les Autunois étaient particulièrement affectionnés. Aussi trouve-t-on plusieurs vestiges d'un ancien édifice qui font présumer qu'il y avait un temple et des sacrificateurs dont les logements sont ensevelis sous ces ruines.

La plupart des collines voisines de la cité n'étaient pas seulement consacrées, mais aussi dénommées de la déité qui y était adorée : Fleury, de la déesse Flore; Marmagne, du grand dieu Mars, Mars magnus ^^ et plusieurs autres dont je n'ai pu retrouver aucun mémoire pour satisfaire les curieux qui se contenteront de ces observations.

* L'étymologie donnée ici au nom de Fleury est certaine ; mais celle de Marmagne est fausse. Les chartes donnent aux lieux ainsi nommés le nom de Marcomanka, qui en fait une station de Markomam, peuple placé sur le territoire éduen, comme les Suèves , les Sarmates et les Burgondes.

(ds^aip^^âs mm

Des chemins militaires qui sortent de la cité d*Aatun.

Encore que le sieur Bergier, en son Histoire des grands chemins de l'empire romain , semble avoir épuisé tout ce qui se peut dire sur ce sujet, il semble néanmoins, ou qu'il n'a pas été informé de ceux d'Autun, ou qu'il les a oubliés.

Auparavant que d'expliquer ces grands chemins, je crois être obligé de remarquer qu'aux grandes villes des Gaulois il y avait deux sortes de grands chemins, les uns souterrains et les autres à découvert.

Les souterrains étaient pour la sûreté et défense de la ville. Il s'en trouve plusieurs à l'entour d'Autun , capables de contenir deux hommes de front, et hauts de plus de huit à neuf pieds, par lesquels les assises faisaient des sorties inopinées sur les ennemis : celui qui tire droit du pont St.-Andoche à Beuvray qui est de 4 lieues; et celui du portail d'Arroux par lequel coulent des eaux argentines, sont merveilleux , et ce dernier s'étend jusqu'à cinq ou six lieues , ce qui confirme l'opinion que j'ai proposée *. Je trouve même des mémoires de nos prédécesseurs Autunois qui nous assurent qu'il y avait des chemins voûtés ^ et pavés de

' Cette assertion n'a été confirmée par aucun fait.

' Comnoent se fait - il que de nos jours on n'ait reçu aucune tradition et pas le moindre souvenir précis concernant l'existence de ces voies souterraines , pas plus que de la direction qu'elles avaient tenue dans la campagne? Comment en exploitant et

grosses et larges pierres par lesquels on allait aux temples et au capitole , et même il y en a quantité qui sortaient de la cité, conduisant si loin , qu'on n'en a pu trouver les issues que par les ruines qui les ont entr'ouvertes.

César reconnaît les chemins souterrains au siège de Marseille , livre deuxième de la Guerre civile , par le moyen desquels les Gaulois surprenaient les batteries à l'imprévu , et après les avoir rendues inutiles, ils disparaissaient. — Les caves de Bourges, que le vulgaire attribue à Jacques Cœur, sont d'anciens chemins sous terre, bâtis par les Bituriges, étant d'une profondeur et d'une étendue extraordinaire. — Ceux de Bourbon-Lancy appuient bien cette créance, dont l'un sort du château et l'autre de la ville près d'une grosse tour et sert de correspondance à Autun. J'en ai vu le passage entre deux murs.

Les chemins à découvert étaient pour la commodité de la cité , pour y faciliter le commerce et procurer l'abondance des vivres ,. de sorte qu'ils

labourant les terres » en creusant des fossés , des fondations de bâtiments , n'a-t-on pas rencontré quelque part, et signalé , sur d'aussi grandes étendues de terrain , les vestiges de ces galeries souterraines qui avaient dû exiger de grands travaux , même extérieurs , pour les rendre viables et les mettre en garde contre les eaux ? — Et cependant Edme Thomas, écrivain consciencieux, élablit l'existence de ces souterrains, comme ferait un témoin oculaire. — Si la grande tranchée qui longe la grande route d' Autun à Château-Chinon , et sur laquelle cet historien garde le silence , n'était pas , selon toute apparence, un antique canal de dérivation , on pourrait jusqu'à un certain point supposer que les vestiges existants sont ceux de l'un des chemins souterrains d'Autun , ruinés , mis â découvert , dépouillés ou des pièces de bois qui les formaient , ou de la maçonnerie qui les constituait , ne laissant plus que de loin en loin les traces de la tranchée qui ouvrait ces galeries ; mais ce qui s'oppose à cette supposition , c'est que la direction de cette tranchée , au lieu de conduire à Beuvray qui est à l'ouest , est tout-à-coup portée au nord. En résultat , on ne trouve plus rien pour indiquer les chemins souterrains hors d'Autun.

maintenaient la grandeur de la cité par leur nombre , leur structure et leur étendue, qui, par ses départements infinis, se continue jusqu'en Flandre. — Il y en a quatre principaux qui prennent leur origine des quatre portes de la cité.

Le premier est celui dont le pavé sort par la porte de Chalon, autrement des Marbres. Proche de la cité il se détourne vers Torient, et à trois cents pas se divise en deux branches, dont Tune, interrompue, oblique et réfléchie à cause des montagnes, conduit , par les monts Cenis, à Mâcon et à Lyon. On en voit encore le pavé une Ueue durant dans les bois du Roi, tirant vers St.-Semin-du-Bois et de là au Mont-St. -Vincent qui est le chemin le plus droit d'Autun à Mâcon , et par le Charollais, le Maçonnais et la Bresse, à Lyon ^. L'autre branche tire à Chalon par un chemin droit (passant près Couches ) pour la commodité des voitures de blé à Âutun dont Chalon était le magasin.

Le second sort de la porte d'Arroux, dite Janualis, à cause du temple de Janus qui est prochain, et se partage assez près en deux, dont l'un à l'occident tourne vers le Charollais, et de celui-là il en naît un autre qui va au Bourbonnais et au Berry. Le second à deux mille pas se sépare encore en deux : à gauche est le chemin de Sens , où , par Saulieu , on allait par des coteaux à Auxerre, à Sens et à Paris et chez les Beauvoisiens qui étaient sous la clientelle des Eduens ; — à droite on passe par un vallon vers le bourg de Bamay et delà vers Alise.

Il y a encore un autre grand pavé qui commence à la même porte et tire vers Ouroux en Nivernais par les montagnes, et delà à Clamecy, St. - Amand , Arquien et jusqu'à Briare , par la campagne de Bammy , tirant à Orléans.

* Le chemin qui gravit la montagne par la forêt de Salvar , se partageait , près des étangs de Montjeu , en deux branches : l'une , dont la chaussée divise les deux étangs, tendait à Mâcon , par le Mont-St. -Vincent; l'autre , celle qui passait près de St.-Semin, tendait à Toumus.

Le troisième grand chemin pavé sort de la porte Saint -André ou de Langres, et tire droit à la ville d' Arnay - le - Duc , et là il se fourche en deux chemins, dont l'un conduisait à Langres et Tautre à Verdun-sur-le-Doubs et Besançon.

Le quatrième, de la porte près Saint-Ândoche vers l'occident d'hiver, mène au mont des Druides, Mont-Dru *, et ce chemin est appelé via Aulercica, de ce que passant par le village d'Arbres et de Brion, per pagum Arebrignum \ il s'étendait jusqu'au territoire des Aulerd (ceux de Roanne) , sujets à la puissance des Eduens, dont on trouve les chemins pavés entièrement dans les forêts.

On voit aussi au-delà de la rivière du Tarnin le chemin de Berri qui est pavé jusqu'à Nevers et delà jusqu'à Bourges ^; auquel il faut ajouter celui d'Autun à Bourbon-Lancy, que je crois devoir être nommé Alenci pour la plus grande correspondance de l'Itinéraire d' Antonin à Alisincum; il est de douze lieues et se retrouve en plusieurs endroits dans les bois , les montagnes et les marais.

De tant de chemins qui donnent communication à Autun avec tant de provinces éloignées , il faut conclure et assurer sa grandeur, puisqu'ils facilitaient l'occasion aux villes voisines d'envoyer du secours à la capitale des Gaules (r).

* Nous donnerons une autre étymologie de ce nom.

' Le pagus Arebrignus placé ici au sud-ouest d'Autun aurait été au contraire , d'après d'Anville , situé du côté opposé , aux environs d'Arnay-le-Duc et de Bligny-sur-Ouche.

' Ce chemin ne fait-il pas un double emploi avec celui désigné plus haut sortant par la porte d'Arroux?

(dc[)(i\^97â3 m.

Des Antiquitési profanes qui restent en la cité d'Autun et aux environs, ayec Texplication

de plusieurs curiosités qui y ont été découyertes.

J'ai cru devoir faire un amas des antiquités qiû restent, pour donner à connaître quelle indignation mérite la barbarie et Tépouvantable avarice des magistrats et des particuliers qui ont détruit les monuments publics antiques pour les employer à leurs bâtiments particuliers.

Je commencerai par les inscriptions : la première dont je fais mention s'est trouvée dans une grande pierre proche la pyramide de Couhard , laquelle se voit encore aujourd'hui dans les jardins de M. Jeannin, au fauboui^ Saint-Biaise , à une portée de mousquet de la ville.

C A EMILI

VICTORIS

Page 1