LIVRE PREMIER
(âi])aii>97iâs 1.
Des rondaleurs de U cilé d'Aulun ; de mi silualiop et étendue ,. et ites divers iwuples républiqne des Eduens.
Tous ceux qui onl entrepris d'écrire l'histoire des villes, et qui ont voulu en rechercher l'origine et la fondation, ont é recourir à des auteurs supposés et réduits à débiter ( qu'il est de cette partie de l'histoire , de même que des et du principe des anciennes familles que les plus ci et ce que nous en lisons a si peu de fondement qu soi-même.
Cette considération m'avait persuadé de m'absteni vide qui ne peut être rempli que par des idées et des me suis néanmoins laissé emporter à l'exemple des auti la curiosité trop scrupuleuse de la plupart qui désirent ce pour satisfaire à leur désir, je rapporterai toutes les sujet.
Après la division des peuples par la confusion des langues en la lour de Babel , Japhel, fils de Noé, ayant eu l'Europe en partage, Samothès son fils conduisit une colonie chez les Celtes, changea le nom de la Gaule celtique en celui de Samothea, et bâtit Autun, si nous en croyons Berose, lequel a donné sujet à Barthélémy Chasseneuz d'écrire :
Quis tuos canet Hoduu triumphosy Quis tuumù Sumothc gf^iius?
[Ghria numdi, en la 12/ partie.]
Néanmoins il faut avouer que cette fondation est autant fabuleuse <|ue cette généalogie, désavouée par les textes de l'Ecriture, attendu qu'entre les sept fils qu'elle donne à Japhet, Samothès n'y est point «■ompris. Au contraire, il est certain que de ces sept fils de Japhet Il n'y en eut que deux qui vinrent en Europe, Thiras et Javan. dont ce dernier posséda la Grèce, l'Italie, les Gaules et l'Espagne.
(^ue si on consulte Joseph Ben-Gorion en son Histoire, nous
reconnaîtrons des opinions si éloignées, que cette variété opposée
diamétralement nous confirme qu'il y a peu ou point du tout d'assurance
en ces recherches, car cet auteur expliquant la suite des enfants de
sa soit l'origine des Boui^ignons qui habitent proche
!ux du Brabant.
gue anonyme qui vivait sous l'empereur Alexandre '.-G. 236, au traité de la division et génération des B les Celtes sont venus de Magog, fUs de Japhet. Flavius Joseph , lequel , au premier livre de ses es, chapitre 7, attribue à Gomer cette descendance, icurité , je ne puis souscrire à ceux qui prennent cette r, qui était fort exact à s'instruire de toutes les il a écrit, remarque au livre vi de ses Commentaires. |ue les Gaulois, par une tradition des Druides, se
disent descendus de Pluton * , et sur ce passage avancent que Dis est appelé par les Grecs Ai^coveuç, que Samothès et Dis est la même chose selon Berose, et que les Grecs, par une transmutation ordinaire, ont formé cfu mot Ai^wveuç, Ai^oueiî; et Ê^oueîç dont le nom leur est resté ; et enfin ils ajoutent que de cette dénomination conforme à celle des peuples de Trêves, de Nantes et de Berry, Treviri, JSanetes, Bituriges et autres , il faut conclure que le nom de la ville s'est communiqué à tout le peuple qui était sous sa domination.
Il y en a dont la rêverie est allée si loin, que de débiter que les Druides ont été autrefois appelés Samothei de Samothès. fondateur des Celtes, s' appuyant sur Tautorité de Diogène Laërce, qui, en sa préface, les quaUfie Gepoôeou; qu'il estime être le mot corrompu de aajjioô^oùç ; mais, certes, ceux-là se trompent comme les autres, ayant puisé à la même source, savoir, dans Berose. (a)
Ammien MarcelUn parait le plus raisonnable de tous ces écrivains , lorsqu'au Uvre xv de son Histoire , il les croit aborigènes ; remarquant que les anciens auteurs n'étant pas assez instruits de la première origine des Gaulois , en ont rendu la connaissance plus incertaine par la diversité des opinions qu'ils en ont rapportées, quoique, étant plus proche du temps de cette origine, ils eussent des lumières qui les devaient déterminer. Les uns les ont crus aborigènes , les autres les font descendre des Doriens qui, ayant accompagné Hercule dans ses voyages, s'étaient habitués vers les confins de l'Océan ; et enfin que les Druides enseignaient qu'une partie du peuple gaulois était indigène. Henri de Valois corrige en ce passage , pour Drasydœ y Drysidœ ou Druyadœ. 2
' Gain se omnes a Dite Pâtre prognatos prœdicant ; idque a Druidibus traditum dicunt.
* Âmbigentes super origine prima Gallonim veteres scriptores notitiam reliquere negotii semiplenam Aborigènes primos in his regionibus quidam visos esse firmarunt
Je maintiens donc qu'on ne connaît pas l'origine Jes Celtes ou Gaulois que les Grecs appellent élégamment auTÔxSove;, àp^^e'Yovaç. et qui ont habité ce pays depuis te déluge, tellement qu'on ne peut pas dire quels ont été les fondateurs d'Autun ni des autres villes, sinon eux-mêmes. *
J'embrasse volontiers ce sentiment . en conférant les passages de César et d'Ammien Mai>cellin, desquels il paraît que César attribue leur origine à Dis, c'est-à-dire Pluton , lequel ne signifie autre ohose qu'obscurité, ce qui a du rapport avec ce qu'écrit Ammien Marcellin. qui les qualifie Aborigènes, desquels l'origine est obscure. *
Tellement que si on considère les sentiments des historiens ciniessus . II faut nécessairement conclure qu'd se rencontre tant d'incidents difficiles à expliquer et à croire, qu'on peut dire avec Varron . rapporté par Consorin, que, dans l'intervalle de ces temps, tout est aÀï,iov et pôixÔM, et que in adelo, tout est obscur à cause de l'ignorant*' ; in mythico , tout est incertain à caustî des fables.
Passant donc ii ta situation de la ville d'Autun. il faut remarquer qu'elle est h&tie au pied des Monts-Cenis ' sur la rivière d'Arronx. entourée de coteaux et de bois, également distante de Sens et de Lvon; c'est pourquoi la Notice des provinces sous l'empereur Honorius et toutes les anciennes notices qui ont été faites ensuite, placent Autun ( Augustodunum ) dans ta province Lyonnaise première, en ces termes . Civilas Jiduorum.
mine alii Dorienses antiquioiem SPOulos Herculem Oceani Iikos inhahitasse
DnisyttEPinemorant, rêvera fuisse populi partem indigenam. [Ahji. MAR.lib. 15.]
uni sibi ipsi origines.
Igenes quoi-um obscura est origo.
idices Montium Cenesionim.
Quant à son importance, je ne puis la mieux faire concevoir qu'en empruntant sa description de Diodore, Sicilien, qui vivait du temps de César et jusque sous Auguste : il écrit au livre iv de sa Bibliothèque , qu'Hercule étant dans les Gaules, fonda une grande ville qu'il nomma Alise, et qui fut peuplée de quantité d'habitants; que les Celtes la respectaient comme ta reine et la métropole de toutes les Gaules, et qu'elle demeura libre, indépendante et souveraine jusqu'à Jules César qui kl soumit aux Romains.
Il faut avouer que Diodore . Sicilien , s'est mépris et équivoque d'attribuer ces quaUtés à Alise et qu'il a écrit sur de faux mémoires; il a voulu assurément désigner Autun , à qui tous ces avantages conviennent particulièrement. César l'indiquant assez par des épithètes qu'il attribue h Bibracte, d'être la plus grande, la plus riche et la plus puissante des Eduens. [Livre [." et livre vu, chap. 55. *]
Les peuples dépendant de sa principauté (je puis ainsi nommer son territoire, puisque César parlant de Divitiacus, Kduen. dit qu'il tenah la principauté dans sa cité : < Qui eo tempore principatum in civitate obtinebat [Commentaires, livre i."], b et en un autre endroit, que des deux factions qui tenaient l'empire des Gaules, les Eduens avaient la principauté sur l'autre : «Gallia: totius factiones esse duas fmrnm alterhts principatum tenere Mduos ) confirment cette pensée. César les a indiqués au livre septième, chapitre 75, en ces mots : ^ ■ On demande aux Eduens de fournir de grandes troupes qu'ils levèrent tant sur eux que sur les
^ Bibracte oppidum .fkluorum longe maximum m: copiusissimuni. .
est oppidum apiid MAacs maxime auctoritalis Qui eo tempoi'
civitate obtinebat Gallise to^us factiones esse duas : harmn alu
tenere /filduos.
' Galli imperant .^uis, alque eomm clientibus, Segaâunh , Amb BrannmiiâbvLS , Bratmamt.
terres de leurs clients, les Lyonnais, les Forésiens, les Bressans et des peuples du Nivernais, du Maçonnais, de TAuxois, du CharoUais et de Chalon-sur-Saône. » Au livre premier , chapitre 2 , il dit « que les Ambarri y qui sont ceux de Chalon et de CharoUes, sont amis et aUiés des Eduens ^ ; » et au même livre , chapitre 28 , « César ayant défait les Helvétiens, ceux d'Autun le prièrent de leur laisser les Boïens, ou Bourbonnais, à cause de leur valeur et de leur réputation, |)our i^ placer dans leur pays, auxquels ils accordèrent depuis tous leurs droits et leurs privilèges 2. »
Il conste donc de ces passages que ceux du Lyonnais, du Beaujolais, de la Bresse et Bombes sont compris sous le nom de Segusiani ; ceux du Nivernais à! Ambivareli ; que ceux du Maçonnais sont appelés Brannovices; Brannovii ceux de Semur-en-Brionnais ; ceux du Chalonnais et Charollais, Ambarri; Mandubii ceux de l'Auxois; et ceux du Bourbonnais Botï, qui tous ensemble composaient la république ou principauté des Eduens, dont on représente l'étendue en la carte ci-jointe, (b)
' Sunt necessarii et consanguinei iEduorum.
* Boios^ petentibus i€!duis, quod egregia vinule eranl cogniti, ut in finibus suis collocarent, concessit; quibus ilH agros dedeinnt, quosque postea in parem juris libertatisque conditionem , atque ipsi erant , receperunt.
'(âcaas>D7QS m.
De l'étendue du terriloire Ëduen , de h
Le dénombrement des peuples sujets des Eduens découvre assez l'étendue du territoire sur lequel ils dominaient. Strabon, livre quatrième de sa Géographie, l'a renfermé entre le Doubs et la Saône : « Inter Dubim et Ararim £dui incolunt. » Et au même livre, il dit que la Saâne est le confin des Séquanais et des Eduens, tellement qu'il parait assez que son territoire s'étendait sur soixante-quinze lieues en longueur, et était large de soixante.
Son opulence se doit inférer de là , parce que non-seulement le pays est très fertile en vins, en blés, en bétail, en gibier, et abondant en mines de fer, de plomb, de cuivre et d'argent qui l'enrichissent encore à présent ; mais par le témoignage même de César, Bibracte est la plus riche de toutes les villes des Eduens. Il suffit pour preuve de cette explication d'employer un passage de Solin : •■ le terroir est chèvres sauvages. • Il est constant que toutes les Gaules éta que Manile a pris occasion de leur en donner l'épithète au liv de ses Astronomiques, Gallia dives , et que Plutarque, * César , marque comme un proverbe les richesses gaulois TÙMtiTti. GalHœ divitiee.
Sa puissance se démontre par les passages de César , au li sur la fm : > les peuples Eduens avaient la principale auto la Gaule . même auparavant qu'ils eussent recherché 1' Romains, — Omni tempore totiits GaUiœ principatum /Edi
prius etiam quam Romanorum amicitiam appetissent. » Au livre sixième , chapitre 12, lorsque César entra dans les Gaules, la faction des Eduens dominait, comme ayant exercé de tout temps la souveraine autorité qu'ils s'étaient conservée par le grand nombre de leurs clientelles *; et au livre deuxième, parlant des Beauvoisiens , il assure qu'ils avaient été de tout temps leurs fidèles vassaux 2. Au livre sixième, chapitre 5, les Sénonais révoltés recoururent aux Eduens pour les réconcilier avec César, parce qu'ils étaient sous leur domination ^; et au livre suivant, chapitre 5, ceux du Berry implorent le secours des Eduens sous la protection desquels ils étaient, et en reçoivent de la cavalerie et de Tinfanterie pour repousser avec plus de facilité les troupes des ennemis ^. — Les Gaulois même confessent la puissance des Eduens en racontant « comme Convictolitan , Eduen, solUcitait Litavicus à se soulever contre les Romains par la représentation de la liberté dans laquelle ils étaient nés , qu'il n'y avait plus que les Eduens qui retardassent l'indépendance des Gaules et qui retinssent les autres peuples par leur autorité , et que s'ils abandonnaient les Romains, ceux-ci seraient obligés de se retirer ^,
* Omnes civitates Galliae in duas partes divisas sunt. Quum Caesar in Galliam venit , aliorius factionis principes erant Mdià, alterius Sequanu Hiquumper se minus valerent, quod summa auctoritas antiquitus erat in ^Eduis, magnaeque eorum erant clientelap.
'^ Et tum statu res erat ut longe principes haberentur .^ui Bellovacos omni
tempore in fide atque amicitia civitatis iEduae fuisse.
^ Senones Caesarem adeunt per iEduos , quorum antiquitus erat in fide civitas.
^ Bituriges ad jEduos, quorum erant in fide, mittunt subsidium rogatum, quo facilius hostium copias sustinere possint. iEdui copias equitatus peditatusque subsidio Biturigibus mittunt.
' Convictolitanis ^Eduus Litavicum hortatur ut se liberos et imperio natos meminerint : unam esse ^Eduorum civitatem , quae certissimam Galliae victoriam destineat ; ejus auctoritate reliquas contineri;qua transducta,locum consistendi Romanis in Gallia non fore.
— César, livre septième, chapitre 41, les respectait et craignait si fort, qu'ayant obligé les soldats qui étaient avec Convictolitan et Litavicus dt» se rendre à lui, il dépêcha des courriers à la cité Eduenne pour informer de ce qui s'était passé, et représenter comme il avait conservé par amitié ceux qu'il pouvait perdre par le droit de la guerre * ; enfin , au livre huitième , il ne dissimule point que le sujet pourquoi il envoya deux légions en quartier d'hiver sur les terres des Eduens, fut parce que leur exemple pouvait retenir le reste des Gaules dans le devoir. ^
La puissance des Eduens se reconnaît encore par le nombre des troupes qu'eux et leurs clients fournirent aux Gaulois révoltés contre les Romains, savoir : trente -cinq mille hommes. — Imperant Mduis atque eorum clientibus millia xxxv. [Livre vu, ch. 75. ]
Il faut avouer que la grandeur des peuples dépend beaucoup des fleuves et des rivières qui les rendent opulents par le commerce. La principauté des Eduens était une des plus considérables par là , car elle avait la Loire qui la séparait du Berry, et la Saône entre elle et les Séquanais. La Loire coule dans le Bourbonnais où elle reçoit l'Arroux venant de la capitale des Eduens. Le Doubs se jette dans la Saône proche Verdun, comme l'Oze et l'Ozerain tombent dans la Brenne au-dessous d'Alise.
* Caesar, nunciisad civîtatem iEduorum mîssis, qui suo beneficio conservatos docerent, quos jure belli interficere potuisset.
* Csesar duas legiones in ^Eduos misît , quorum in omni Gallia summam esse auctoritatem sciebat.
(d^a^^iîââ m
Que Bibracte est le nom ancien de la cité d'Autun , et les divers noms
qa'oQ lai donne.
Les géographes ont été aussi peu soigneux que les historiens à donner les connaissances nécessaires des villes dont ils parlaient, tellement qu'il est difficile d'appliquer certainement aujourd'hui les noms anciens à ceux qui les désignent à présent; et il y a lieu de s'étonner que de tant doctes personnes qui ont écrit sur les Commentaires de César, pas une n'ait entrepris de démêler la difficulté où on est de savoir si réellement Bibracte est Âutun. Nous voyons la variété des opinions pour savoir si Qermont est la Gergovia de César, si Cœsaromagus ou Brantuspantium est Beauvais, et plusieurs autres que j'omets.
Cette même difficulté est arrivée touchant Bibracte, car Vigenèse et Oronce Finée en sa carte de la Gaule, l'attribuent à Beaune ; et Marlien, en sa Description des anciens lieux et peuples des Gaules , à Beuvray ; nom qu'il croit provenir de Bibracte et qu'il place au bas d'une monts^e peu éloignée d' Autun, — in radicibus montis non longe ab jEdua civiUUe positum^ nomen retinet, — insinuant par là que c'est Beuvray ; en quoi il a été suivi par Ortellius en son Trésor géographique, par Dominicus-Marius Niger et par Volaterran.
Mais ils se sont tous équivoques : car si on considère Beaune en l'état
qu'elle est, il y a lieu de s'étonner comment on a pu prendre cette
• pensée ; les autres se sont laissés surprendre à l'annomination qui semble
être entre Bibracte et Beuvray. Cette opinion se détruit aussi facilement que la première, si Ton examine la situation de Beuvray, qui est en un sommet de montagne si peu capable, qu'à peine peut- il tenir une bicoque. Car il est constant que le lieu de Beuvray où on voudrait placer Bibracte, est tellement resserré, qu'il n'a de diamètre que 750 pas, et de circuit 2250 , espace qui ne peut avoir du rapport avec celui que Bibracte devait occuper au temps de César, lequel la qualifie ville de très grande autorité, — oppidum' tnaxinue auctoritatis [livre i."], — et qu'il assigna aux Gaulois pour le lieu d'une diète générale de toutes leurs provinces. Cet allégué se justifiera sans contredit par l'examen du plan visuel de la partie de la montagne de Beuvray, où on découvre encore des vestiges de constructions antiques, (c)
Si Beuvray était l'antique Bibracte , ne devrait-on pas y retrouver les traces de sa grandeur; des ruines de temples, de palais, de théâtres, de portiques, de pyramides, de sépulcres, de colonnes, de statues, d'aqueducs? Mais non : ce qui parait parmi les buissons et broussailles ne consiste qu'en quelques débris de murailles et les restes d'un bâtiment moderne qui fut quelque temps habité par des religieux, et rien qui puisse obliger de croire que Bibracte Mduorum ait été placée sur ce petit désert qu'on appelle Beuvray. D'avancer aussi qu'elle ait souffert la même destinée que Troie la grande, et qu'ainsi on lui peut appliquer le vers du poète :
* Et nunc seges ubi Bibracte fuit,
c'est une moquerie; car dans toute l'histoire on ne lit point que d'autres que les Barbares aient détruit Bibracte , dont les ruines ont donné sujet au Panégyrique d'Eumène à l'empereur Constantin , devant qui il fut récité à Trêves. Mais il est naturel d'ajuster la suite de ces incidents à Autun , qualifiée justement grande , peuplée et riche , même au sentiment de Tacite , au livre troisième de ses Annales , dvitas apulentior.
Les ruines qui restent sont une preuve de sa grandeur passée, d'où le panégyriste prend sujet de solliciter l'empereur de la rétablir , ainsi qu'il avait fait des autres villes; d'où il faut coUiger que l'empereur Claude ou son fils n'auraient pas pris soin de réparer Autun , s'il n'eût été Bibracte JEdtwrum. Cela est si vrai qu'Eumène , en son remerciement, dit u que les anciens services des Eduens, et ceux qu'ils rendaient pour lors, avaient obligé le père de l'empereur de la rétablir non-seulement, mais encore de l'embellir de monuments et de si grands pri\iléges, qu'elle mérita d'être la mère des autres provinces, puisque son amitié et son autorité avaient rendu romaines les autres provinces de la Gaule. *
D'ailleurs , il est certain que Bibracte est appelée oppidum maximum , ce qui convient fort bien à l'étendue qu'occupait Augustodunum ; et l'Eduen Convictolitan parlant à Litavicus, prince de la jeunesse des Eduens dans Bibracte, leur répète le nom de civitas^ « que la seule cité d' Autun est celle qui arrête la victoire certaine de César ^ , » ce qui est si vrai que Dumnorix mit sur pied quarante mille hommes dans Bibracte, après les avoir rendus complices de sa rébellion. Et au même livre des Commentaires, Bibracte est appelée oppidum copiosissimum , qui est à dire très peuplée ; et c'est pour cette raison que Bibracte est désignée sous le titre de civitas en plusieurs endroits par César. Après avoir dit au livre premier qu'Orgétorix , le plus puissant parmi les Helvétiens, les avait persuadés de prendre les armes contre les Romains, il ajoute : civitati persuasit , pour nous insinuer que ce mot civitas comprend sous soi toute la république , et c'est en ce sens qu'il le faut
*■ Ob haec igitur mérita et prisca , divus pater tuus civitatem i£duoruin voluit jacentem
erigere perditamque recreare Et ut esset illa civitas provinciarum velut una mater
quse reliquas urbes quodam modo romanas fecisset.
^ Unam esse cîvitatem Jlduorum quse certissimam Galliae victoriam destineat.
[ Commentcdres , livre vn , ch. 37. ]
entendre en tous les endroits où César l'a employé , au seatiment de tous les doctes ; quoique le nom de civitas signifie, selon Verrius Flaccus, chez Aulugelle, liv. xviii, chap. 17, tantôt une certaine étendue de pays, une ville , un droit commun à tout un peuple , ou une multitude d'hommes vivant sous les mêmes lois : — Civttate pro loco, oppido et pro jure quogue omnium etpro hominum mtUtitudine dxci. — Si bien que quand Duronorix , qui demeurait dans Bibracte , est indiqué avoir la principauté dans la cité, il faut entendre qu'il était le premier dans l'Etat Eduen *-: et plus bas, au chap. 9,'Duranorix avait un très grand crédit parmi les Séquanais, par le moyen de ses libéralités, et était ami des Helvétiens. parce qu'il avait pris en mariage dans cette cité la fille d'Orgétorix ^ : et c'est en ce sens que Divitiac, Eduen, portant la parole pour tous les princesdes cités des Gaules [livre I.*', chap. 31], en sa harangue *, dit. comme l'assure César, < qu'il est le seul de toute la cité des Eduens qu'on n'a pu engager par sermeut à un esclavage perpétuel, et à livrer ses enfants pour otages de sa foi; en sorte qu'il fut contraint d'abandonner sa patrie et de chercher une retraite à Rome pour demander secours au sénat. *
Ce n'est pas qu'il n'y ait des exemples et des raisons pour soutenir l'opinion que civitas signifie la ville même et non pas la république, parce que cette ville étant la capitale et la plus considérable, t sous sa domination toutes les autres; d'où il faut croire
' Oi^etorix Dumnorigi JEAmo, fratri Divitiaci, qui eo tempore priDcîpa sua obtinebat. [ Commentiâret , livre i.", cb
* Dumnorix gratîa et lai^tioae apud Sequanos plnrimum poterat, e amicus , quod ex ea civitate Oi^etorigis flliam in matrimonium duserat.
' Uauin se esse ex omni civitate .^duonim , qui adduci non potuerit , saos liberoe obsides daret. Ob eam rem se ex civitate proftigisse , et Rom: venisse auxilium postulatum.
— Ik —
César se sert de ce terme civitas JEduorum , il a entendu nommer Bibracte, Autun. De même que par ce mot, oppidum, il désigne la ville la plus puissante, ce qui se prouve par plusieurs autorités tirées de ses Commentaires. Au livre premier, chap. 38, il écrit que Besançon est la plus puissante des Séquanais, Fesontionem guod est oppidum maaimum Sequanorum. Au livre deuxième, chap. 12, que ceux de Soissons s'enfuirent la nuit à Noyon, qui était la principale ville des Belges, oppidum Noviodunum in Belgis ; et finalement au livre septième , Bourges est indiquée sous le mot oppidum comme capitale des Bituriges. ^
Mais afin d'apporter des preuves sans contredit que Bibracte est Autun, \ je me servirai du passage d'Eumène en son Panégyrique à l'empereur
Constantin , prononcé l'année 306 , Flaviensium nomine , c'est-à-dire au nom des Autunois , lequel il conclut par ces paroles remarquables : « Quoique vous soyez le maître et le seigneur de toutes les villes et de » toutes les nations , nous avons voulu néanmoins témoigner que nous » sommes plus particulièrement à vous que les autres en prenant votre » nom , et nous pourrons dire que l'ancienne Bibracte , qui a été jusqu'ici » appelée Julia, Pollia, Florentia, est à présent honorée de votre n nom Flavia , et est la cité des Eduens *. • Il faut lire ce passage avec l'interponctuation selon Yalens Acedalius ^ » ou bien , si on aime mieux ,
' Omnis ex fuga Suessonum multitudo in oppidum proxima nocte convenit Quibns
rébus confectîs Csesar, ad oppidum Avaricum, quod erat maximum munitissimumque in finibus Biturigum , profectus est; quod eo oppido recepto, civitatem Bituri^m se in potestatem redacturum confidebat.
' Omnium scîlicet Dominus urbium , omnium nationum , nos tamen etiam nomen accepimus tuum : jam antiquitus Bibracte quidem hue usque dicta est, JvlÀa, PolUa, Florentia, sed Flavia est civitas iEduorum.
^ Nomen accepimus tuum antiquum Bibracte quod hue usque dicta est Julia , PolUa , Florentiaj sed Flavia est civitas ^Eduorum.
suivant la variante de Schonovins, tirée des anciens manuscrits, et donnée au public par M. Dupuy; mais certes il faut avouer que M. Dupuy, conseiller au parlement de Paris, en ses Notes sur les Panégyriques, a mieux rencontré que les autres par cette division *. Tant il y a, que de quelque façon qu'on lise ce lieu , il foril^e le sens suivant lequel nous l'avons expliqué.
Personne ne disconvient qu'Eumène ne fût Autunois, maître des écoles et interprète à la cour de l'empereur Constantin , — sacrœ memoriœ magister^ — et qu'il ne parla de la cité des Eduens qui était Bibracte, en son Panégyrique qu'il n'a intitulé Flaviensium y que pour attirer la bienveillance de Constantin en le flattant Que les Autunois, qu'il nommait FUvienseSy étaient devenus siens : l'ancienne Bibracte ayant changé son nom en celui de Flavia^ il ne reste donc qu'à démontrer que Flavia est Âutun , pour établir avec certitude que Bibracte est Âutun. Car encore qu'il soit difficile de justifier que Bibracte a été appelée Julia, Pollia, Ftorentia^ ainsi que le panégyriste l'écrit, il ne faut pas toutefois, pour ce défaut, rejeter ces paroles, ni accuser d'ineptie les suivantes, que Flavia est la cité des Eduens , — sed Flavia est civitas Mduorum , — puisque l'on a fait voir qu'elles forment un sens raisonnable. Quoique s'il est permis d'user de conjectures, je dis qu' Autun prit le nom de Julia de Jules César, celui de Pollia de son fils Césarion, auquel une médaille grecque rapportée par pctavius de Strada, à Rosberg, antiquaire de l'empereur Rodolphe, donne le nom de KA12APÉftN IlilAAfQN , et celui de. Florentia de quelque président des Gaules qui avait eu soin d'exécuter le rétablissement de la cité Eduenne. (d)
Je passe donc à la preuve que Flavia est Autun, et pour cela j'anpelle à garant Eumène en son Panégyrique à l'empereur Constantin, où
* Nos tamen etiam nomen accepimus tuum jam, nam antiquum Bibracte quo hue usque dicta est Julta, PoUia, Florentia, Flavia est civitas iEduonim.
après avoir expliqué les restaurations qu'il avait procurées , ajoute « qu'il est de son devoir de le remercier au nom de la ville d'Autun, de lui avoir envoyé , de la défaite des Bretons , quantité d'excellents ouvriers dont leur île abondait *. » Il est évident qu'Eumène a entendu parler de Bibracte par civitas Mduarum, laquelle fut appelée Flavia sous Constantin le Grand qui lui continua les bienfaits qu'elle avait reçus de Constantius son père ; et que Bibracte est Flavia dans la lettre de Constantius à Eumène , rapportée dans sa harangue , pour le rétablissement des écoles, désignée sous Augusîodunensium oppidum, (*'est-à-dire la capitale des Eduens : « Nos Gaulois ont mérité que notre prévoyance s'étende jusqu'à l'éducation de leurs enfants, dont « la vie en reçoit les préceptes dans la ville des Autunois. » *
Les Autunois doivent cette reconnaissance à Juste Lipse de leur avoir conservé cette gloire par des arguments solides contre l'entreprise téméraire de Bhenanus qui, en l'édition qu'il a procurée au public des Panégyriques anciens, l'a voulu transférer à ceux de Clèves, ayant fait imprimer Augusto-Cliviensium au lieu d'Augustodunensium. C'est à ses Commentaires sur le livre troisième des Annales de Tacite, que je renvoie le lecteur curieux.
Après cette petite digression que ma gratitude n'a pu retenir , et cela permis, je me sers encore de la Notice des provinces de la Gaule, dressée sous l'empereur Honorius, qui régnait en 395 ^ quatre-vingt-douze an$ après Constantius , et soixante ans après Constantin , en laquelle sous la
* Quin etiam illa ci\jus nomine mihi peculiariter gratulandum devotissima vobis civitas iEduorum , ex bac Britannica facultate Victoria plurimos , quibus Ube provinciae redunaabant, accepit artifices.
^ Pro restauramUs scholis. — Merentur et Galli nostri ut eorum liberis quorum vîta in Augustodunensium oppido ingenuis artibus eruditur, ut eorum indoli consulere cupiamus.
première Lyonnaise est mise la cité des Autunois * ; duquel passage il s'ensuit, que ce que les anciens ont appelé civitas Mduorumj c'est Augustodunum qui, du consentement de tous, est Autun. Or, non-seulement Autun a été appelée civitas Mduorum par les auteurs, mais encore civitas Mdua : ce qui se prouve par deux citations de César : la première est au livre deuxième de la Guerre des Gaules , en parlant des Beauvoisiens , où il dit : — Bellovacos omni tempore in fide atque amifitia civitatis Mdu€e fuisse; — et la seconde , au livre cinquième , où César averti des révoltes auxquelles les Eduens se préparaient, se résolut de les divertir par toute sorte de moyens, sachant bien que leur dignité , grandeur et autorité dans les Gaules étaient d'un poids et d'une conséquence très considérables. 2
Et afin de montrer que l'ancienne Bibracte convient parfaitement à Autun, Tacite, livre troisième de ses Annales, décrivant comme Sacrovir se révolta, remarque que le plus important soulèvement dans les Gaules se fit chez les Eduens, d'autant que leur cité était la plus puissante de toutes, et que les troupes pour le réprimer étaient éloignées. Sacrovir s'était emparé d' Autun, la capitale de la nation, et y avait mis bonne garnison. Il avait même séduit la plus illustre noblesse de toutes les Gaules qui y étudiait aux belles-lettres, et leur avait fait prendre les armes, afin d'engager les pères, par ces otages, à se joindre à lui et à favoriser ses entreprises *. Tacite vivait sous Vespasien , l'an 81 après
' Civitas iEduorum hoc est Augustodunum.
^ Hsec a compluribus ad Csesarem deferebantur. Qua re cognlta , Gaesar, quod tantum civitati iflduse dlgnitatis tribuerat , coercendum atque deterrendum, quibuscumque rébus posset, statuit. ^
^ Apud iEduos msgor moles exorta , quanto civitas opulentior et comprimendi procul praesidium. Augustodunum , caput gentis , armatis cohortibus Sacrovir occupaverat , nobilissimam Galliarum sobolem liberalibus studiis ibi operatam , ut eo pignore parentes
propinquosque eorum a^jungeret.
J.-C. , et a écrit sous Nerva 100 ans après, et ainsi 122 ans après César; de sorte que cette fameuse ville de Bibracte, sous cet empereur, n'aurait pas été éteinte entièrement, si ce n'était qu'elle avait pris le nom À ugustodunum , d'Auguste qui la rétablit.
Le moine Aymoln , qui a écrit en 8/i5 , faisant la division des Gaules . au livre i.", chap. 5, dit qu'Autun et Sens ont eu de tout temps grande autorité et pouvoir parmi les Gaulois, en sorte qu'Autun, que César nomme ^dua ^ appuyé de l'alliance des Romains, a commandé presque toute la Gaule ^. Or, il faut remarquer qu'Aymoin, par Julius, entend Jules César.
11 résulte encore une prjeuve concluante que Bibracte est Autun , de son rétablissement, pour lequel Eumène fit tant de discours dans lesquels il ne parle que de temples, d'aqueducs, de capitole et des écoles solennelles; ce qui ne peut être appliqué qu'à Autun, et dont Ammien Marcellin , qui écrivait sous les empereurs Valentinien le Jeune et Théodose, décrivant les Gaules au livre quinzième, dit que l'on voit encore l'étendue et le circuit des murailles d' Autun , qui est magnifique et antique, — mœnium Augustoduni magnitudo vetusîa, — et a du rapport au temps d' Ammien Marcellin qui les qualifiait antiques , ce qui ne se trouve point à Beuvray.
Cet historien, au livre seizième, publie la grande antiquité d' Autun sous Julien , lorsqu'il raconte < que cet empereur séjournant pendant l'hiver à Vienne, reçut nouvelle que les Barbares avaient attaqué 4utun, et en avaient même ébranlé les murailles, lesquelles étant d'une grande étendue , n'avaient point été soigneusement réparées. » De ces passages
* Heduse qua; et Augustidunus. Hanim Angustidunus et Senonis magnae antiquitus apud Gallos fùere auctoritatis atque potentide, adeo ut una earum , id est Augustidunus quam Jtdïm iEduam nominat , amicitiam populi romani amplectendo toti pêne Galliae eorum ni\a favore , principata sit.
il se coUige qu'Autun était appelé âié antique, et que ses murailles étaient presque ruinées par leur antiquité * , dont il ne se trouve aucune marque dans Beuvray, non plus que de leur rétablissement, dont il resterait des vestiges.
J'ajouterai k toutes ces preuves conjecturales deux autorités, desquelles j'estime qu'on peut recevoir grand éclaircissement pour confirmer ce que j'ai entrepris de démontrer que Bibracte est Âutun, par les inductions que j'en tirerai.
Voici comme César déduit son histoire qu'il est nécessaire d'étendre au long :
" Les Helvétiens, après la mort d'Orgétorix, à la sollicitation duquel ils avaient enO^pris d'usurper , s'attribuer et conquérir l'empire des Gaules, ayant associé à leurs ligues les peuples voisins, aujourd'hui de Bâte, de Slulingen, de Brisgaw et de Bavière, — Rauracos, Tulingos, jMtobriges , Boiosgue qui trans Rhenum incoluerant ^, — il y avait deux chemins pour faire leurs invasions : l'un par les Séquanais . étroit et difficile, entre le mont Jura et le Rhône, où à peine un charriot peut passer au-dessous d'une montagne très haute, de laquelle le passage pouvait être défendu par peu de soldats; l'autre par la province des Bomains, voie facile et prompte à cause du Rhône qui sépare les Helvétiens et les Allobroges, et qu'on peut passer au j endroits. Genève, la dernière ville des Allobroges, sur Helvétiens, a un pont qui appartient à ceux-ci qui persuader h leurs voisins nouvellement pacifiés, et
' Agens (Caesar) n^tiosam hiemem apud oppidum anie dictuir rumores quse volîtabant asâdui , comperit Augustoduni cÎTitatis anti qiiidem ambitus , sed carie velustatis invalidos , BaiiKirorum impetu
[Ahh. M
' De Belto gailko, lib. i.
ressentiment contre les Romains, de leur donner passage par leurs confins ou de les forcer à le leur accorder. Le jour pris pour se trouver sur le bord du Rhône, César en étant averti, vint à grandes journées en la Gaule ultérieure. Arrivé à Genève, il fait couper le pont : les Helvétiens, avertis de sa venue, lui députent les principaux d'entre eux pour lui remontrer qu'ils n'avaient d*autre dessein que de passer par sa province et le prier de consentir qu'ils le pussent faire. César demande temps pour y délibérer et assigne le jour de sa réponse aux ides d'avril. Cependant avec la légion qu'il avait et les soldats par lui levés dans la province, il fait construire, depuis le lac Léman jusqu'au mont Jura qui sépare les Séquanais des-Helvétiens, une muraille de dix-neuf mille pas de longueur et de seize pieds de haut , bien fossoyée. 11 y met des gardes, munit les forts, afin d'empêcher aux Helvétiens le passage s'ils l'entreprenaient malgré lui.
» Le jour arrivé que les Suisses devaient recevoir réponse. César dit à leurs ambassadeurs que le peuple romain n'avait pas coutume de permettre le passage à qui que ce soit par sa province, qu'il n'y en avait point d'exemple, et que s'ils le tentaient de force, il s'y opposerait. Les Helvétiens, déçus de leur espérance, s'efforcèrent de traverser le fleuve, les uns avec des bateaux joints ensemble, les autres au gué, tantôt la nuit, tantôt le jour; mais ayant été repoussés, ils abandonnèrent cette entreprise. Il ne leur restait plus que d'entrer dans le pays des Séquanais; mais il y avait du péril de le tenter s'ils ne l'accordaient de gré. Aussi ils l'obtinrent par l'entremise de Dumnorix, Eduen, qui avait dessein d'empiéter.
» César, informé que les Helvétiens voulaient aller chez les Santons, voisins des Tolosates, et que cette marche pourrait détruire la province romaine , laisse la garde du retranchement qu'il avait fait élever à Labienus , s'en va à grandes journées en Italie, retourne avec cinq légions par les Alpes , et les peuples de la Tarentaise . Centrones , du val de
Maurienne, Garocelliy et d'Embrun, Caturiges, qui s'étaient saisis des éminences pour l'arrêter, ayant été repoussés de plusieurs endroits, depuis Exilles, Ocellum^ qui est la ville la plus proche de la Gaule citérieure , il arrive le septième jour sur les terres des Dauphinois . Vocontii , d'où étant entré chez les Allobroges, il conduit son armée chez les Ségusiens, en Bresse. Les Helvétiens avaient déjà passé par la Franche-Comté et étaient entrés sur les terres des Eduens, dont ils ravageaient le plat pays ; lorsque les Eduens ayant envoyé des ambassadeurs à César pour avoir des secours, les Chalonnais, Ambarriy y joignirent leurs plaintes, et les Allobroges, qui possédaient des biens au-delà du Rhône , se sauvèrent vers César ; lequel ayant appris par ses espions que les trois-quarts des Helvétiens avaient passé la Saône, et que la quatrième partie était encore au-delà de cette rivière, il part sur la troisième veille avec trois légions , surprend eeux de Zurich , les défait , les dissipe , et les réduit dans les forêts.
» Après cette attaque. César, afin de joindre plus facilement et avec plus de promptitude, le gros des troupes des Helvétiens, fait dresser un pont sur la Saône , et leur met son armée à dos. Les Suisses , surpris de cette arrivée si imprévue, ayant passé en un jour la Saône qu'ils avaient eu de la peine à traverser en vingt, lui députent Divicon, chef de la légation, pour traiter. César l'accepte, pourvu qu'ils donnent des otages, réparent les dommages causés aux Eduens et à leurs alliés, et qu'ils satisfassent les Allobroges. Divicon, ayant refusé ces conditions, se retire.
»Le lendemain, les Helvétiens changent leur camp. César les suit et envoie quatre mille chevaux levés dans toute la province et chez les Eduens, pour reconnaître le chemin que ses ennemis prendraient. Cette troupe s'étant trop avancée et ayant poursuivi le dernier escadron avec trop d'ardeur, fut battue par la cavalerie des Helvétiens, lesquels enflés de ce succès faisaient ferme souvent et escarmouchaient avec les
Romains. César les retenait et se contentait d'ôter aux ennemis le moyen de ravager. Les deux armées marchèrent ainsi quinze jours environ, en sorte qu'entre le dernier bataillon des Helvétiens et le premier des Romains il n'y avait que cinq ou six mille pas.
» Cependant, César demandait tous les jours aux Eduens le blé qu'ils avaient promis de fournir. La saison était si peu avancée, que les grains n'étaient pas encore mûrs , les champs ne fournissaient pas de fourrage suffisamment, et il ne pouvait se servir du blé qu'il avait dans ses bateaux sur la Saône , parce qu'il ne voulait point abandonner les Helvétiens qui en avaient éloigné leur marche. Sur les diverses remises des Eduens de fournir les convois promis, il s'en plaint aux principaux d'entre eux qu'il assemble, et découvre par le discours de Liscus, leur vierg *, que Dumnorix, ffère de Divitiacus, en était cause, et qu'il avait résolu de détruire les Romains par la famine. César fait connaître à Divitiacus que Dumnorix méritait la mort pour sa trahison; il lui pardonne néanmoins à la prière et à la considération de Divitiacus. — Le même jour, les coureurs rapportent que l'ennemi était campé auprès d'une montagne , à huit mille pas du camp de César. Il fait reconnaître cette montagne qu'on lui dit être de facile accès; il commande à Labienus d'en occuper le sommet, ce qu'il fait à la pointe du jour sans être découvert et se porte à cinq mille pas des ennemis. Considius , envoyé pour reconnaître l'état des choses, vint à toute bride dire à César que les Helvétiens s^étaient saisis de la montagne que Labienus devait occuper. César se retire sur une colline prochaine et met son armée en bataille. Labienus l'attendait toujours pour combattre suivant ses ordres, lorsque le jour étant levé on reconnut que les Romains étaient maîtres
* C'était une opinion reçue au xvii.' siècle que le mot vierg , qui servait à désigner le maire de la ville, n'était qu'une modification du mot vergobretus, employé par César pour signifier le premier magistrat des Eduens.
de la montagne, et que Tennemi avait décampé. 11 le suit et campe à deux mille pas de lui.
» Le lendemain , comme il n'y avait plus que deux jours et qu'il fallait livrer du blé aux soldats, et qu'il n'était éloigné de Bibracte environ que de dix-huit mille pas, pour pourvoir à la subsistance de son armée , il change de route, quitte les Suisses et va droit à Bibracte, — oppidum lange maximum ac copiosissimum.
» Les Helvétiens informés de cette nouvelle par des fugitifs, croyant , ou que la peur tenait les Romains , ou que la faim les contraignait à la retraite , tournèrent face et commencèrent à les harceler. César se retire sur une colline , dispose ses troupes et les attend. La bataille est baillée , les Suisses défaits, qui marchèrent toute la nuit sans se reposer, et arrivèrent sur les terres des Lingons le quatrième jour après la bataille. »
J'ai cru être obligé de déduire au long tout ce voyage, afin de montrer que Bibracte est Autun par sa situation. Car du lieu de la bataiUe de César avec les Suisses *, il n'y avait jusqu'à Bibracte que dix-huit mille pas, qui font en tout six lieues, si on donne trois mille pas à la lieue, et douze lieues gauloises si on la met de quinze cents pas. — Suivant Ammien Marcellin, livre seizième 2, parlant de l'empereur Julien, conquérant des Gaules, on comptait du lieu où les aigles romaines partirent, jusqu'au retranchement des Barbares, quatorze lieues qui veulent dire vingt et un mille pas, d'où on suppute la lieue à quinze cents pas. — Mais Jornandès, qui vivait sous Justinien, lève tout le doute,
^ Voir à la fin de Touvrage de nouveaux éclaircissements , destinés à fixer le lieu où fut livrée cette grande bataille , tirés des Mémoires de la Commission d'antiquités de la Côte-d'Or , tome i , page 231 . (e)
* Â loco unde romana promota sunt signa , adusque vallum Barbaricum , quarta leuca signabatur , et décima , id est , unum et viginti millia passuum.
îl
lorsqu'au chap. 16, de Reb. Goth. ad Castalium, il écrit que la lieue gauloise est de quinze cents pas. *
Mais certes il faut entendre ces passages suivant les temps auxquels ils ont été écrits; car l'expérience nous apprend qu'il faut compter les lieues à trois mille pas ^ ; et cela supposé , il faut dire que lorsque César quitta la poursuite des Suisses et qu'il n'était éloigné de Bibracte que de dix-huit mille pas, qu'il était à Moulins ou à Nevers, les dix-huit mille pas ne pouvant faire qu'une journée de marche jusqu'à Autun. Si on fait réflexion sur l'avis que donne Vegèce, de Re milit. lib. i, cap. 9, comme il faut exercer les soldats nouvellement enrôlés à la marche militaire; qu'il les faut accoutumer par un exercice assidu à marcher promptement et d'un pas égal , en sorte que, dans la marche ordinaire de l'armée, ils puissent faire vingt mille pas en cinq heures d'été, et vingt-quatre mille pas en autant d'heures lorsqu'il faut doubler le pas ; puisque ces milles ne doivent être estimés que six lieues qu*on devait fiûre en cinq heures, quoique, selon Ulpien qui vivait sous les empereurs Sévère , et Bassianus en la loi première , — -^t quis cautionib. judic. sist. caus. fact. non obtemp.^ — la journée d'un homme qui doit comparaître à une assignation est estimée par les jurisconsultes à vingt mille pas. — Tant il y a que les dix-huit mille pas du temps de César, les vingt mille du temps de Vegèce et d'Ulpien, ne faisaient qu'une journée, dans laquelle César devait arriver à Bibracte pour y distribuer le blé aux soldats ; tellement que , soit qu'on prenne les dix-huit mille pas pour six lieues ou pour neuf, il faut conclure que César ne pouvait être que chez les Boïens, c'est-à-dire vers le Bourbonnais qui est le plus court pour aller en Xaintonge , où les Suisses destinaient de s'établir. Ce qui ne peut
^ Leuca gallica mille et quingentorum passuum quantitate metitur.
* Suivant Dànville , — Notice de l'ancienne Gaule , 1 766 , page 9 , — les mille pas romains équivalaient à 756 toises ou i 500 kilomètres.
être appliqué à Beuvray qui est éloigné d'Autun de quatre lieues, tirant du côté de Nevers, et qui, par conséquent, aurait été à vingt-sept mille pas du lieu d'où César retournait.
Il est encore à remarquer que , supposé que Beuvray fût Bibracte , il s'ensuivrait que Augmtodunum^ Autun, aurait succédé à la ruine de Bibracte, et que les historiens, qui sont fréquents en ce temps, n'auraient pas manqué de nous apprendre à quel empereur elle devrait sa naissance : les itinéraires , même celui d'Antonin , auraient conservé le nom ancien de Bibracte en quelques endroits , puisque les grands chemins qui y auraient «conduit, subsisteraient, comme ils subsistent encore vers Autun.
Ce silence des historiens et des itinéraires est (me preuve presque concluante qu'Autun est véritablement l'ancienne Bibracte. Si on considère que l'Itinéraire d'Antonin * marquant le chemin de Rome dans
• A LUGDUNO LYON M. P.
Assa Paulini Anse xv.
Lunna * . ! Belleville xv.
Matiscone ....... Mâcon xv.
Tinurlium Tournus xix.
Cabillono Chalon-s. -Saône , xxi.
Augustodunum Autun xxxiu.
Sidolocum Saulieu xxvn.
Aballone Avallon xxxmi.
Autesiodonim Auxerre xxxni.
Eburobrica Brinon xvm.
Tricasis Troyes xxxni.
^ La Téritable posiUon de ce lieu vient d*ètre détenninée par M. d*Aigueperse (Recherches sur l'emplacement de Lunna, et sur deuxToies romaines trayersant la partie nord du département du Rhône. ^ Lyon, 1844. )
la Gaule, et désignant les villes les plus célèbres, marque de Chalon à Autun, Cabillono, Augustodunum , 22 lieues, la table de Peutinger, 21 lieues, il faut entendre cette supputation des lieues gauloises, c'est-à-dire chacune de demi -lieue d'à présent, tellement qu'elles reviendront à dix lieues, qui est la même distance que nous comptons d' Autun à Chalon, ce qui ne peut convenir à Beuvray, qui en est distant de plus de 13 Ueues.
Dans le même Itinéraire d'Antonin, il y a uù titre : de Aquitania in Gallias, où il marque le chemin de Bordeaux à Autun, Jugustodunum ^, trois cent soixante-quatorze mille pas, et d' Autun à Paris, ab Augustoduno Lutetia Parisiorum , cent quatre-vingt-sept mille pas ; ce qui se rapporte parfaitement bien en ce que dans le grand chemin de Bordeaux à Autun , il met de Bourges à Sancoins , de Sancoins à Decize , de Decize à Luzy, qu'il appelle Jlisincum, et de Luzy à Autun, quatorze mille pas, ce qui
ITER A BURDIGAUA AUGUSTODUNUM m. p. cclxxiv .... sic.
Blavio Blaye xvnu.
Tamnum . Talmon , suivant d'AnviUe . . \vi.
Novioregum Royan , suivant d'Anville . . . xu.
Mediolanum Santonum . . . Saintes xv.
Aunedonnacum Aunay xvi.
Rauranum Rom xx.
Limonum Postea Pictavi, Poitiers . . . xxi.
Fines Heins , suivant d'Anville . . . xxi.
Ârgantomago . . . • . . Argenton xxi.
Ernodorum St.-Ambroise-8ur-Arnon . . . xxvu.
Avaricum Bourges xui.
Tinconcium Sancoins xx.
Deccidâe Decise-sur-Loire xxu.
AUsincum Anizi , peut-être St. -Honoré . . xiv.
Augustodunum Autun xxii.
revient à 7 lieues un quart d'à présent, qui est la distance que nous y comptons. *
Mais ce qui confirme davantage cette opinion , c'est qu'elle est suivie par tous les gens doctes : Monsieur de Thou, liv. 102 de son Histoire, Papirius. Masson, en sa Description de la France par Fleuves ; Cuspinien, en l'édition des Panégyriques qu'il a donnée au public à Vienne, en 1518, et plusieurs autres , attribuent constamment à Autun la Bibracte de Jules César.
Les villes souffrent bien souvent des changements dans leur nom comme dans leur existence : Autun qu'il est constant , par les passages d'Eumène et d'Ammien Marcellin, avoir été ruiné plusieurs fois, a eu divers noms. Dans César, Bibracte est appelée Civitas Mdua; « les Beauvoisiens ont toujours été dans la fidèle alliance et amitié avec la cité d' Autun. » 2 .
Eumène l'a dénommée Julia^ Pollia^ FlorenUa et Flavia.
Au premier concile d'Arles tenu en 314, sous Constantin, dans les souscriptions, l'évêque Rhétice, avec Amandus et Philomusius, souscrivent de Civitate Avgustodunensium.
* AB AUGUSTODUNO LUTICIA PARISIORUM m. p. clxxxvxi . . . sic.
Alisiûcum Anisy xxii.
Decetia Decise-sur-Loire xxmi.
Nevirnum Nevers xvi.
Condate Cosne xxiv.
Brivodurum Briare xvi.
Belca Bouzi xv.
Genabum Orléans xxii.
Saliodita Saclas xxim.
Luticia Paris xxrai.
* Bellovacos omni tempore in fide atque amicitia civitatis iEduae, fuisse [lib. 2 De
BéUo gaUxco,']
Aymoin , livre premier, chapitre 5 , cite Autun que Jules César nomme MduUs — Jugustidunus qtiam JtUius ^duam nominal, — et dans l'Histoire ecclésiastique d'Hugues de Sainte-Marie, moine de St.-Benolt-sur-Loire, MdtMy qui est Autun, est dans le dénombrement des villes opulentes de la province Lyonnaise *; et au Chronique de Fontenelle, ad ann. 852, la flotte de Sidroc et Geofifroy, chef des Danois , entra chez les Séquanais et vint jusqu'à Autun. ^
Dans la vie de saint Eloy, évêque de Noyon, écrite par Audoinus, archevêque de Rouen sous Clovis II, on raconte comment un hérétique d'outremer, chassé de son pays, étant venu es Gaules, se transporta en la cité des Eduens, qu'on appelle aujourd'hui Autun. ^
Dans la Chronique de Robert, moine de St. -Martin d'Auxerre , — Civitas JEdua qtuB Augustodunum , ' — et Sidonius, liv. 5 , en son Epltre 18, témoigne sa joie à Attalus de ce qu'il a été choisi comte d' Autun.
Elle est aussi nommée Jugtistidunum dans les Capitulaires de Charlemagne, ann. 2, — Inde vero ad Augustidunum. — La vie de saint Léger nous apprend ses occupations à instruire son peuple dans Autun. ^
Outre ce passage, voici une preuve sensible du nom à' Augustidunum ; c'est une monnaie chrétienne qui est d'or, et que j'ai en mon cabinet, où je conserve un des plus considérables amas de médailles antiques
* Urbes in provincia Lugdunensi multae et opulents, iEdua quse et Augustidunus.
* Classis Sidroc et Godefridi , ducum Danorum , i id. octobris Sequanam ingreditur et usque Augustodunum accidit,
^ Quidam haereticus, pulsus a partibus transmarinis in Gallias venit,niox se conferens ad civitatem quae olim iEdua autem Augustidunum vocatur.
* iEduse civitati te praesidere cœpisse iibens atque cum gaudio accepi. — Leodegarius instaurandae plebi suœ intra urbem suam ^uam sive Augustidunum intentus erat.
qui soit en France , des plus rares desquelles et des pierres précieuses qui sont gravées je ferai part au public dans peu , en un discours qui découvrira aux historiens et aux antiquaires plusieurs curiosités inconnues.
Cette monnaie d'or représente d'un côté une tête ornée d'une coiffure et que j'estime être celle du monétaire Iphidorus qui avait fait frapper cette monnaie. A l'entour de cette tête on lit ces mots : AVGVSTIDVNO FIT, et au revers : IPHIDORVS MONET.
J'ai une pareille preuve à celle-là , qui signifie qu'Autun a aussi été appelé Augustedunum. La monnaie d'or représente également une tête coiffée d'un bonnet gothique, à l'entour de laquelle est écrit AVGVSTEDVNO ; au revers il y a une croix , et de chaque côté une lettre solitaire qui est A de l'un, et C de l'autre; que sans conjectures ni divination on peut dire être une imitation du CONOB des médailles du Bas -Empire et signifier AVGVSTODVNI CVSA S et au circuit de la médaille, MAGNOALDVS M. ( monetarius. )
De savoir en quel temps et de quel prince ces monnaies sont, c'est ce que j'ignore et que je tiens impossible pouvoir être découvert. Il me suffit de remarquer qu'il résulte de ces pièces qu'il y a eu à Autun une monnaie en laquelle l'argent et le cuivre aussi bien que l'or étaient frappés pour le commerce des Autunois.
Frédégaire , en sa Chronique ^ qui finit à 761 , écrit que fVaifarius , Gai fer, ayant soulevé contre Pépin plusieurs comtes, fit marcher
' Ou plutôt GiYiTAS. Voir la suite des monnaies d' Autun à la note (f).
' Clam hostiliter omnem exercitum suum transmisit, et totam regionem JHam, id est Augustidunensium , usque ad Cavalioneni cremavit.
— so —
secrèteraent son armée du côté de TAutunois, et ravagea tout le pays jusqu'à Chalon.
r^ vie de saint Austregesile , archevêque de Bourges, nous apprend que Varnier, homme très cruel, ayant fait à Bourges de grandes exactions au nom du roi Thierri II, se résolut d'aller à Autun pour en perdre l'évoque ; — et celle de saint Golomban porte que ce saint passa par Besançon et Autun pour aller au château de Chalon. *
L'histoire, sous Childéric II, parlant de saint Prix, — de sancto Prejecto,
— remarque que les évoques furent contraints par le roi de s'assembler en la ville des Eduens 2. — Enfin, saint Hiérosme VaipipelleJugustodunum,
— et les actes de l'empereur Louis le Pieux, ramassés par un anonyme, ad ann. 834, disent de même. — Lothaire son fils prit son chemin de Chalon à Autun qui est le nom qu'on lui donne constamment aujourd'hui^. Tellement que de tous ces passages il résulte qu' Autun, Jugustodunum ^ indiqué par Mdua Civitas, par les auteurs, de siècle en siècle, comme par César, est véritablement l'ancienne Bibracte.
Il y en a qui croient qu' Autun a été appelé Aurelianum, de l'empereur Aurélien, qui, selon Vopiscus et Victor, traversa toutes les Gaules et bâtit Dijon, selon Grégoire de Tours, liv. 3, chap. 19. Il rétablit aus^ Autun qui avait souffert de grandes disgrâces et calamités au temps approchant l'empereur Gallien. Quelques-uns le croient ainsi, appuyés sur les passages de Petrus Equilinus , livre 8 , chap. 16 , par lesquels il est dit que les saints Andoche , Thyrse et Félix souffrirent le martyre à
' Augustodunum ire instituit, ut ejus ioci episcopum perderet. —
Per urbem Bisuntionum Augustudunumque ad Cavallonem castrum perveoit.
* Pontifices vel sacerdotes in iEduorum urbe, ob regiam potestatem conglobati fuerunt.
' Lotharius ejus filius a Cabillono iter suscepit ad Augustodunum.
Orléans, que constamment le martyrologe de Bède, d'Osuard et Adon marquent Jugmtoduno et Pierre le Vénérable. *
Et sur ce que Aymoin, liv. 4, chap. 39, écrit qu'Aurelanios était la capitale de la Bourgogne, — Augustodunum , caput gentisj — de même que Tacite, au liv. 5 de ses Histoires, avait dit qu'Autun était la capitale du pays.
Elle a été décorée de plusieurs titres 'avantageux. Pomponius Mêla, liv. 3, chap. 2, parlant de la Gaule chevelue, compte Autun chez les Eduens pour une ville très opulente, et la met à la suite de Trêves, — Urbs apulentissima y in Treviris AugustUy in Mduis Augustodunum. — Henri, moine d'Auxerre, qui vivait Tan 880, sous Charles le Gros, liv. 1 de la Vie de saint Germain, décrivant Autun comme l'émule de la gloire et de la grandeur de Rome, l'honore du titre de Rome celtique :
< Geltica Roma dehinc voluit meruitque vocari. »
Guillaume le Breton, en son poëme intitulé Philippis, liv. 1, qui est un ouvrage abrégé de Rigordus, des gestes de Philippe - Auguste , racontant comme ce roi dompta Hugues, duc de Bourgogne, et rétablit l'immunité des églises qu'il opprimait, dit que ce duc s'opposa au roi avec une armée composée de vaillants soldats qui étaient Autunois :
Belligerisque viris, quos Divio nobiie castrum, JSAmà quos mittit , urbs antiquissima , plena Divitiis, multisque tumens legionibus oiim.
Et enfin elle a toujours été considérée tellement , que Botero , en ses relations, rapporte que François I.*' l'appelait la Rome française.
' Andochius , Thyrsus et Félix martyres apud Aurelianum passi sunt. Tractatu contra Pitrobrusiaaos bsereticos , contra quod dicunt basilicas vel altaria fieri non debere. .ixiuae Andochius
QaapaîQa m.
ReprMeuUUoQ de U cilé d'Autun , Uol «ncieDiie que moderne , de la structure de* muriillec, toun el porte», ronUines et ■quednci.
Des descriptions ci-dessus il est facile de conjecturer quelle était la grandeur et l'étendue de la ville d'Autun. Néanmoins , comme les choses qui se soumettent aux sens se connaissent avec plus de certitude et de satisfaction, j'ai donné deux plans de la ville d'Autun : le premier, de l'ancienne, tracé sur les conjectures qui résultent des auteurs*, et celui de la moderne, sur un dessin fait il y a prés de soixante ans.
Quant à la structure des murailles, elle est propre et particulière aux grandes villes des Gaules, et prouve non - seulement l'antiquité d'Autun, mais encore que Bibracte est Autun, puisque César, en ses Commentaires, décrivant les murailles de Bourges, dit que celles des
villes des Gaules sont composées de poutres posées droites et dans une distance égale, et qui se soutiennent par des quartiers de pierre qui
' Ce plan n'a pas été retrouvé.
. "ît."
^^^y,^^ 2 Hôpitaux Pancrace.
A Chdiidilux
S2 ;SKIâude.
23 Les Capucins.
24L'Evè(ié.
25 ChâUdu de Ri veau.
26 Champ S^ Ladre
27 Le Boulevard.
28 Rivière d'Arroux.
29ÎonH'AiTOUX.
soPenl 5*Andoche.
31 PorleMalron.
32ForledesLdncs.
ANTIPITES.
a. Pyramide de Coahard.
b. Temple de Minerve.
c. Temple dApoIlon.
d. Temple de Plulon • c. Temple de Janus .
f. Temple de Proserpine .
fi.PorUil dArroux.
fi.Porldil S! André, i. Amphilhédlre .