‹ Histoire de l'antique cité d'AutunChapitre 31 sur 43 · TUS PRO · texte numérisé non relu

TUS PRO

CVL SVAVIS

^DVVS. [Apud Grutenim, p. 374, ix.]

Le père Sirmond, en ses notes sur Tépltre 21 du iv.* livre de Sidonius, a imprimé cette inscription en la manière suivante , différente de la première :

GENIO ARVERNORVM SEX. .ORGIVS SVAVIS

iEDVVS.

Ce marbre fut transporté en cette abbaye lorsqu'elle fut rétablie des ruines de Clermont, au rapport de M. Savaron, en son livre des Origines de cette ville, où il rapporte cette inscription différemment de celle que je donne et semble même contenir plus de paroles. Mais je la communique telle que Gabriel Siméon Ta fait imprimer à Lyon, en 1541 , longtemps avant Savaron qui n'a imprimé qu'en 1607; à quoi j'ajoute encore l'inscription de Moritasque que j'ai insérée au chapitre dernier de ce livre, où on lit : — Omnibus honoribus apud Mduos et Lingonas functHS, — et celle de Lyon, — Vercundaridubius Mdnus, rapportée au i/' livre.

De ces exemples aociens , il parait évidemment qaelle doit être l'orthographe du nom jEduus, coQtre les sentiments de ceux qui s'en écartent. Anciennement, les Français les nommaient Eduens, ou du nom de leur pays, comme les Champenois et les Auvei^nals, ou de la dénominatioa spéciale de leur ville Mdua, ainsi que les Parisiens le font de Paris, les Sénonais de Sens, et les Poitevins de Portiers.

Chaque cité avait ses signes ou armoiries , par lesquelles elle témoignait son origine ou sa religion. Dans les médailles des Athéniens, on voit des chouettes gravées pour marque de leur culte envers Pallas : Rome portait une aigle dans ses enseignes; Carthage, un cheval; et dans Autun, on voit un porc en relief qui était le symbole de l'origine de la cité , sur l'une des portes de laquelle il était posé, ainsi qu'il paraît par cette figure. '

' Peut-être les historieDs onl-ils donaé ù AutuD, pour premières armes, le porc, parce qu'il en exista longtemps ud sculpté en bas-relief dans la partie haute de la ville , et que cet animal est une branche essentielle du commerce de notre pays^ mais nous pensons que ce qu'on a pris pour un monument n'est autre chose que l'enseigne d'une auberge. Au moyen-^e, on trouve fréquemment des anbei^es sous l'enseigne du Porcelet

Milan, bâtie par les Gaulois-Eduens, fut ainsi nommée par la rencontre d'une truie ensoyée A moitié , trouvée en terre lorsqu'on jetait b fondements : Mediolanum a sue mediatim lanato , dont Claudian. au a.' Panégyrique de Stilicon, ét:ril :

Mœnia Gallis

Ctuidita lanigerj? suis osieatanlia pellem. (Al

Voilà (.e qu'on peut dire de plus assuré touchant ces armes, ei \e ne me suis engagé à parler des autres armes qu'on attribue aux Autuoois, que sur le seul témoignage de Chasseneuz qui . en son Catalogue, pan u €oncl. 57, donne aux anciens Autunois, pour armes, de gueules, à tras serpents d'argent ployés en cercle se mordant la queue, et au chef d'azur à deux télés de lion affrontées. '

J'estime néanmoins ces armes modernes, que je reçois par respecitif tradition ; mais à présent la ville d'Autun porte pour ses armes, depuis

' Quelques iinciens auteui-s oat i-assemblé un grand nombre d'emblèmes , dans k tm d'utuibuer au blasou une haute antiquité. Ils ont pris pour de véritables armoiries le

nos ducs, d'argent, à un lion rampant de gueules, au chef de Boui^ogne

figures d'animaux lepi-ésenlées sur les enseignes militaires , qui n'étaient que des signe» de ralliement, de commandement ou de terreur; bien que nous ne puissions Taire remonter l'art du blason à plus de sept ou huit cents ans , et que ta pratique des armoiries n'ait été bien réglée que sous nos rois de la troisième race.

Cependant, s'il nous était permis d'assigner auii Eduens un signe héraldique, les médailles nous engageraient à préférer le loup pour la partie montagneuse de ce pays.

L'église d'Autun porte de gueules, à la croix ancrée de sable bordée d'ai^eot.

Nous verrons plus tard qu'on a aussi donné des armes aux druides. Elles étaient d'azur, à un amas d'œufs de serpents d'argent à la couchée de serpents de même , avec une branche de guy en cher.

Il était facile de blasonner les druides; le guy devait de toute nécessité figurer sur leur écu. Quant aux serpents, on sait quelle vertu ils leur attribuaient. Celte tradition bizarre s'est perpétuée non-seulement dans nos contrées , mais encore partout où il y a des rochers et des précipices. Dans ces lieux ou peut être sîtr d'entendre raconter qu'il existe un grand serpent ailé dont la tête est chaînée d'un diamant , et que pour le ravir il faut attendre que le reptile le dépose , ce qu'il ne manque jamais de faire lorsqu'il boiL

Do naturel , esprit et courage des Autunois , et de leur fraternité arec le peaple

romain.

Ceux qui ont écrit des peuples, et qui en ont voulu marquer les inclinations , nous assurent qu'ils sont tous sujets à des vices qui leur sont propres : l'ivrognerie entache les uns, la chicane les autres. Tavarice, la vanité, la trahison et la fourberie sont le partage de plusieurs. Pour moi, je puis dire que les Autunois ne sont point entachés de ces défauts, et qu'ils ont soutenu sans interruption la réputation que les anciens Gaulois leurs prédécesseurs se sont acquise , de vaillants, de généreux et de francs, ainsi qu'il se justifie par le témoignage de César au livre i." de la guerre des Gaules, où il dit qu'ils tenaient le premier rang de tous les Celtes par leur propre vertu.

Mais je m'étonne que Tacite, au livre m/ de ses Annales, fasse paraître tant de haine contre les Eduens, que de mettre à la bouche de Silius, commandant les légions, pour exciter les soldats lors de la bataille , que c'était une honte au vainqueur des Germains que te Gaulois eussent la hardiesse de les attendre ; et que les Eduens étaient d'autant plus faibles et plus lâches qu'ils étaient voluptueux et opulents qu'ils n'avaient qu'à donner, et que l'ennemi n'aurait pas le couragede les soutenir. *

* Pudendum ipsis, quod Germaniarum victores adversum Gallos, tamquam in boâ<!*)' ducerentur ; una nuper cohoi^s rebellem Turonium ; una ala Treverum , paucae lwj«^ ipsius exercitus turmse profligavere Sequanos : quanto pecunîa dites et volupiaû** opulentos, lanto magis imbelles i€)duos, evincite, et fugientibus consulîte.

Lui qui, au livre xi/ des mêmes Annales, rapporte que les Eduens, après la harangue de l'empereur Claude, par un sénatus-consulte, eurent droit, les premiers de tous les peuples, de monter aux dignités du Sénat comme en étant jugés les plus dignes*. Si l'excès de leurs richesses les eût rendus mois et efféminés, on n'eût pas eu égard à leur fraternité avec le peuple romain, et les sénateurs qui s'opposèrent n'auraient pas manqué de leur reprocher. Ce qui va suivre détruira bien cette opinion, et fera voir, par leurs bonnes qualités, que ce reproche est un effet de l'envie et de la calomnie.

Ils étaient bienfaisants. César en fournit une preuve sans contredit : la première 2, lorsqu'il remarque que les Helvétiens et les Boïens, qui s'étaient joints ensemble, ayant été défaits, les Eduens obtinrent de César que les Boïens seraient conservés et feraient partie de leur état, les associant aux mêmes avantages et privilèges qu'eux, en sorte que les Boïens étant leurs voisins et alliés*, et ayant ravagé leur pays, ils pouvaient, par droit de la victoire, en prendre une vengeance signalée, aimant mieux leur pardonner que de profiter de leur disgrâce ; et la seconde preuve de leur inclination bienfaisante se lit au sujet des Sénonais, lesquels s'étant une fois révoltés contre César, sous Acco, chef

* Orationem prindpîs secuto patrum consulto ; primi JEdnî senatorum in Urbe jus adepti sunt : datum id fœderi antiquo , et quia soi! Gallorum fraternîtatis nomen cum populo romano usurpant.

*Boios, petentibus i^uis, quod egregia virtute erant cogniti, ut in finibus suis collocarent, concessit; quibus illi agros dederunt, quosque postea in parem juris libertatisque conditionem , atque îpsi erant, receperunt.

' Ici il y a erreur : les Boïens n'étaient alors ni voisins ni alliés des Eduens. Césiu* dit qu'ils étaient établis au-delà du Rhin quand ils se joignirent aux Helvétiens: c Persuadent Rauracis et Tulingis... Boiosque qui trans Rhenum incoluerant... receptos

ad se socios sîbi adsiscunt. >

de la coQJuration, qu'il fil mourir à connaissance de cause, les Eduens les excusèrent, et leur intercession les délivra du pareil traitement reçu par leur capitaine. [C^sar, de Belto gallico^ lib. vi. *]

Leur fidélité a été aussi recommandée par les anciens : César les en loue dans plusieurs endroits de ses Commentaires, au livre vu/

Je me contente d'en rapporter un exemple illustre qui la justifie. Le prince Litavic ayant fait défection et s'étant jeté dans Gergovie ou Clermont, pour la secourir, les Eduens désavouèrent sa rébellion, députèrent à César les principaux de leur cité et confisquèrent les biens de Litavic et de ses frères qui étaient ses complices. *

Et quoique Convictolitan, corrompu par les Arvernes, eût tenté de détruire les Romains, les Eduens demeurèrent fermes dans leur alliance, même dans les troubles qui arrivèrent depuis, ce qui était si avantageux aux Romains que Germanicus ratifia cette alliance. L'empereur Claode la recommanda par un décret authentique, et Vespasien s'attacha à eux comme aux seuls qui pouvaient le maintenir dans l'empire des Gaules. Enfin, le principe de toutes ces vertus est la liberté, dont ils étaient si jaloux et si amateurs qu'elle a servi de motif à tous les soulèvements dfô Eduens. César, livre v, rapporte que Dumnorix, pressé de le suivre en Angleterre, se sauva pour se retirer en son pays. Mais étant poursuivi pour l'obliger à retourner et ne pouvant résister à la violence, il se mit à crier — liberum se, liberœque civitatis esse. — Et bien que Dumnorix fôt

* In Senones proftciscitur.... Cognito ejus adventu , Acco, qui princeps ejos

concilU fuerat, jubet in oppida multitudinem convenire, conantibus, prius quam id effid posset,adesseRomanosnuntiatur: necessario sententia desistunt, legatosque deprecandi causa ad Caesarem mittunt : adeunt per .^uos, quorum antiquitus erat in fideOTtas. Libenter Caesar petentibus iEduis dat veniam , excusationemque accipit

' .... Concurrunt (^Edui) ad Aristîum : nihil publico factum consilio demonsUMi: qua^tionem de bonis direptis decernunt : Litavici fratrumque bona publicant

Eduen et qu'il fût d'une grande autorité parmi eux, ils ne pouvaient néanmoins souffrir qu'il en eût quelqu'une sur eux, étant troublé du discours qu'il avait tenu dans l'assemblée des Eduens, que César lui avait promis l'empire de la cité. * '

Et Convictolitan ne sollicita Litavic et ses frères, et ceux qui leur adhérèrent à la révolte , que par la représentation de leur liberté, laquelle lui était si chère, qu'il était ingrat envers César pour se la conserver, ainsi que César nous l'assure, livre vu. ch. 37. ^

Quant à l'esprit des Autunois, il est subtil et pénétrant. Ceux qui les fréquentent en peuvent porter ce témoignage sans flatterie. Je veux croire que la situation de la ville, élevée et proche des montagnes, leur fait respirer un air plus pur qui contribue à la délicatesse des organes; de même que les Auvergnats sont tous ingénieux, parce qu'ils sont nés et nourris dans les montagnes. Mais il faut avouer qu'ils succèdent en cela aux anciens Eduens qui avaient acquis dans toutes les Gaules la réputation d'être très savants; et c'est pour cela que, dans Autun, il y avait une fameuse académie ou université, de laquelle Tacite, livre iv de ses Annales, a écrit : — Augustodunum^ post Massiliam, vetustissima bonarum artium sedes. — Et le même, au livre in, racontant de quelle façon Sacrovir émut la sédition dans Autun, dit que, comme c'était l'école de la noblesse des Gaules qui y était instruite aux armes et aux exercices de la jeunesse, Sacrovir s'en saisit pour avoir un gage de l'affection de leurs

' ... In concilio i£duorum Dumnorix dixerat , sibî a Csesare regnum civitatis deferri , quod dictum JEAm graviter ferebant , neque recusandi aut deprecandî causa legatos ad Caesarem miuere audebant.

' .... Hortaturque eos, < ut se liberos et imperio natos meininerint.... esse nonnullo se Caesaris beneficio affectum , sic tamen , ut justîssimam apud eum causam obtinuerit ; sed plus commun! libertati tribuere : cur enim potius i£dui de suo jure et de legibus ad Csesarem disceptatorem , quam Romani ad i£duos veniant ? i

pères ^. Ce qui est une preuve que la réputation de cette académie causait le choix qu*on en faisait pour y envoyer les enfants de toutes parts. Le panégyriste, en son Discours pour le rétablissement des écoles, écrit : que leur réparation est celle du siège des arts libéraux , recommandable par la fréquentation nombreuse de la jeunesse *. 11 ajoute ensuite que les empereurs ont voulu pourvoir les écoles d'Âutun d'un modérateur pour la plus noble jeunesse des Gaules, de crainte qu'elle ne soit incapable des charges de la justice auxquelles on la voulait élever *, et postérieuremeni il nomme ces écoles : — Conventuset canciliabutum juventutis.

Désire-t-on un témoignage plus authentique de leur esprit et de leur industrie que celui de Pline, en son Histoire naturelle, livre xvin. ch. 8, lorsqu'il dit que les Eduens avaient trouvé le secret d'améliorer leurs terres avec de la chaux : — Iledui cake uberrimos agros fecere. - Encore qu'Eumène avoue que le terrain est tellement ingrat, — terra perfidia , — qu'il rend les habitants fainéants. Mais en même temps qu'il les blâme, il les excuse. *

' Augustodanum, caput gentis, armatis cohortibus Sacrovir occupaverat, nobilissmiaBi (iallîarum sobolem, liberalibus studiîs ibî operatam, ut eo pignore parentes, propinquosq** eonim ai^ungeret.

* Sedem illam liberalium litterarum velle reparari.cui frequentiam honestissiB»

uventutis, illustrato studiorum honore provideriot.

* .... Qui nobilissimam islam indolem Galliarum suarum, interitu summi dociort orbatam , respîcere dignati , suo potîssimum judicio praeceptorem eî moderaioreiDqw tribuerunt.... ne H quos ad spem omnium tribunalium, aut interdum ad sùpenoa cognîtionum sacrarum , aut fortasse ad ipsa palatii magisteria provehi oporterel tel* repentino nubilo in mediis adolescentise fluctibus deprehensi incerta dicendi sig» sequerentur.

^ Quamquam quivis ignoscat cultoribus , quos piget laborare sine fruclu ; siqiû)^ ager qui numquam respondet impendiis , ex necessltate deserîtur.

Tous ces désordres de l'Autunois étaient une suite des guerres qui avaient réduit les paysans à une pauvreté si grande, qu'étant noyés de dettes, et ne pouvant ni couper les bois pour se rebâtir, ni les essarter pour les entretenir, ni conduire les eaux hors des champs pour les écouler, tous les fonds qui rendaient quelques revenus avaient été occupés de broussailles ou étaient devenus des marais ^. Il y en a même qui leur attribuent l'invention des vaisseaux et des barques; mais n'ayant aucune autorité qui appuie ou qui confirme celte pensée , je ne la pousse pas plus avant; je me contenterai, pour conclure ce point, d'alléguer l'expérience journalière qui nous persuade assez l'esprit des Autunois, qui en ont tous bien raisonnablement , et excellent en tout ce à quoi ils s'appliquent , ainsi que je le ferai voir au dernier chapitre de ce livre dans le dénombrement des hommes illustres aux sciences.

Leur courage et leur générosité , qui est le principe de leur bonté , ne peut être contredit par leurs envieux , si on veut se souvenir de leurs exploits militaires, de leurs actions héroïques et de leurs victoires. Mais auparavant de les expliquer, il faut poser pour fondement que les Eduens étaient les plus puissants des Gaules et en tenaient la principauté et la domination , même avant leur amitié avec les Romains , de l'aveu de César dans son discours à Arioviste lors de leur entrevue ^ [Hv. i]. Et si on considère le nombre des peuples qui étaient sous leur clientelle , on demeurera d'accord que César ne leur attribue pas à faux cette prééminence sur tous les Gaulois , d'où il faut conclure que quand les

* Inopia rusticanorum , quibu^ in aère alieno vacillantîbus, nec aquas deducere, nec silvas lîcuit excîdere, ita quîdquîd olim fuerat tolerabilis soli, aut corruptum est paludibus aut sentibus impeditum.

' Ut omnî tempore totius Gallise principatum .^ui tenuîssent, prius etîam,

quam nostram (Romanonim) amicitiam appetissent.

auteurs parlent des victoires ou des colonies des Gaulois, les Edaens, sous ce nom , y ont la meilleure part.

Je dirai donc que cette valeur étonnante des Eduens a paru daos les conquêtes qu'ils ont faites dans Tltalie, à laquelle ils s'ouvrirent passage par les Alpes, que jamais personne, de temps immémorial, n'avait osé traverser, et où ils bâtirent Milan, conquirent plusieurs villes et portèrent la terreur jusque dans Rome qu'ils prirent. Tite-Live, décade i.**, livrer. raconte que , sous le règne de Tarquinius Priscus , les Gaulois entrèrent en Italie sous la conduite de Bellovèse. Les peuples qui composaient leur armée étaient : les Bituriges, Arvernes, Sénonais, Eduens, Carnules, Ambarres et Aulerces *; lesquels après avoir défait les Toscans, proche le Tésin , ayant ouï dire que la contrée où ils étaient arrivés s'appelait le pays des Insubriens, du même nom qu'une bourgade du pays des Eduens, et prenant ce rapport des lieux pour un heureux présage, ils y bâtirent une ville qu'ils appelèrent Milan.

Il est à remarquer que tous ces peuples qui descendirent en Italie sous Bellovèse étaient sous la dépendance des Eduens. Personne ne contestera cette vérité , qui aura lu les Commentaires de César. Il n'y a qu'à T^ard des Camutes que l'on fait quelque difficulté, en ce qu'il n'y a pas on passage qui les déclare de la clien telle des Eduens. Il faut aussi reconnaître de bonne foi qu'il y en a de fortes conjectures, en ce que ces peuples étant enfermés dans les confins des Parisiens , des Aulerces et des Bituriges, qui tous étaient in fide Mduorum, il y a lieu de présumer avei fondement que le petit peuple a suivi l'exemple des plus puissants ses voisins , qui étaient sous la protection des Eduens.

' Prisco Tarquinio Romae régnante quod in împerio ejus Gallia adeo f roga»

hominumque fertîlis fuit, ut abundans multitudo vîx régi videretur posse.... Bellowsœ. quod ejus ex populis abundabat, Bituriges, Arvernos, Senones, Heduos , Ambar^ Camutes, Aulercos, excivit.... fusisque acie Thuscis haud procul Ticlno flumioe...-

Reste à répondre à l'objection que Sanson fait en ses Remarques sur la carte de l'ancienne Gaule, savoir : qu'au passage de César, livre vn, — Galli imperant Mduis, atque eorum cUentibus Segusianis^ Ambivareîis , Aulercis, Branrwvicibus y Brannovits^ miUia xxxv, — le mot Aulerci est superflu , parce qu'il n'y a aucune apparence que ce nom se doive trouver ailleurs que là où sont les peuples Cenomani ^ Diablintes^ et Eburovices, à quoi toute l'antiquité s'accorde, et non point parmi les clients des peuples jEduiy qui en sont fort éloignés; et j'infère de ce raisonnement * qu'il faut substituer Ambarri pour Aulerci^ César ayant estimé [au livre i de Bello gallico] Ambarri être les sujets des Eduens; au lieu qu'en cet endroit où il fait le dénombrement de tous les sujets et clients des Eduens, ces Ambarri ne s'y trouvant pas, il les faut placer en ce passage au lieu des Aulerci inconnus en ces quartiers et bien connus ailleurs. Voilà quelles sont les raisons de Sanson pour détruire l'autorité de César ; mais qu'on estimera trop faibles pour cela, et personne sans doute ne disconviendra que c'est un jugement bien hardi d'avancer que le mot Aulerci est superflu en ce passage. Car quant à sa première raison que Aulerci ne pouvant comprendre que les peuples du Perche, du Mans et d'Evreux, les Eduens en étaient trop éloignés pour les compter parmi leurs cUents, elle se réfute par plusieurs passages de César qui justiflent que les Beauvoisiens erant in fide civitatis Mduœ [liv. ii], — Que ceux de Sens et de Paris y étaient aussi [liv. vi], — comme ceux de Soissons,

' Le raisonnement d'Edme Thomas ne paraît pas concluant quand il s'agit d'un texte aussi formel que celui de César. Les expéditions des Aulerkes expliquent facilement leur présence sur le sol Eduen. D'ailleurs, la légende de saint Pèlerin d'Auxerre donne le nom A'Aulerkus au personnage qui avait fait construire le temple de Jupiter de la ville d'Entrain, Intaranvtm, au nord du pays Eduen. Les Aulerci Brannovices étaient selon beaucoup d'apparence les habitants de la partie méridionale de l'Auxerrois. Nous pensons qu'il faut enlever la virgule et lire Aulerm Brannovicibus,

qui avaient eu pour roi Diviliac, Ëduen [liv. iij; — et néanmoins les Beauvoisiens et les Soissonnais sont autant et même plus éloignés que les Aulerci. Personne pourtant ne dispute qu'ils ne fussent de la clienietle des Eduens, ce que les mots in fide démontrent, dont on peut voir te preuves dans les doctes observations des sieurs Rigaud , Bouillaud ei Henri de Valois : De poputis fundis.

La seconde objection est autant futile que la première, de prononcer la correction du passage de César et substituer, au lieu A'AuUrci, Ambarriy attendu qn'Jmbarri, amis et alliés des Eduens, — necessarii et consanguinei Mduorum , ne sont pas désignés au dénombrement de leurs clients. Cette correction est une échappatoire, comme si tous cm qui étaient de leur dépendance avaient dû être compris dans ce passage. puisqu'il eût fallu y mettre aussi les Beauvoisiens, les Sénonais, les Boïens, comme ceux de Soissons, les Berruyers et autres : tellemeni qu'il faut conserver aux Eduens les Àulerci , nonobstant les raisons qu'oppose Sanson, qui ne sont aucunement considérables.

Le bruit et la réputation des armes et des victoires des Eduens, tani contre les Auvergnats, les Suisses, Séquanais et les Allemands, les avaient fait déclarer, les premiers de tous les peuples, frères du peuple romain, par la recherche que les Romains firent de leur alliance. César en esi un témoin irréprochable , au livre i de la Guerre des Gaules, quand, après le discours de Divitiac au nom de tous les princes des cités des Gaules, et touché de leurs misères, il résolut d'y pourvoir principalement à cause de la servitude des Eduens, à qui l'on avait donné à Rome le titre de frères et d'alliés, par plusieurs décrets du Sénat.... —(fl^ Mdtu>s fratres consanguineosque sœpenumero ab Senatu appellatos..,.

Cette amitié pour les Eduens était à Rome en si grande considération. qu'en exécution de la résolution de les délivrer d'esclavage, César envoya dire à Arioviste qui lui avait refusé une entrevue, qu'il n'eût plus à faiï^ passer des Germains dans les Gaules , qu'il rendît aux Eduens leurs

Otages, sans plus faire la guerre ni à eux ni à leurs alliés, moyennant quoi il aurait toujours pour ami le peuple romain. Sinon, puisque le Sénat avait ordonné , sous le consulat de Messala et de Pison , que celui qui aurait le gouvernement des Gaules aurait aussi soin delà conservation des Eduens et du reste des alliés, il ne souffrirait pas qu'on leur fit injure. Arioviste ayant répondu arrogamment et avec mépris aux Eduens qui se plaignaient que ceux de Constance, nonobstant les otages qu'ils avaient livrés à Arioviste, faisaient des courses dans leur pays. César était allé chercher Arioviste pour le combattre : celui-ci lui envoya dire qu'il acceptait l'entrevue, en laquelle César lui représenta l'ancienne et juste alliance qui était entre les Romains et les Eduens; les fréquents et honorables décrets qui avaient été rendus en leur faveur, et que le peuple romain n'entendait pas que le pouvoir de ses alliés diminuât. ^

Nonobstant la réponse d' Arioviste, que, quant à l'alliance des Romains avec les Eduens, il n'y avait pas lieu d'y croire. Qu'il n'était pas si barbare ni si ignorant des affaires du monde, qu'il ne sût bien que les Eduens n'avaient pas aidé les Romains dans les guerres de Dauphiné et de Savoie, ni les Romains les Eduens dans celles qu'ils avaient eues contre lui et les Séquanais. — Strabon, livre iv de sa Géographie, appuie cet allégué de César, et remarque que les Eduens sont appelés frères des Romains, et ont, les premiers de tous les Gaulois, fait amitié et ligue offensive et défensive avec eux, qui est, ce que le texte grec exprime fort

bien, wpwTOiTÔv rauTri TrpodfiXOov irpoç nnv çiXiotv xal (JU(x.(iia)^iav , pour nouS

apprendre que cette amitié était entre égaux.

Tacite , au livre ix de ses Annales , raconte que , sous le consulat de A. Vitellius et L. Yipsanius, les principaux de la Gaule chevelue étant

* Quam veteres, quamque justse causae necessitudinis ipsîs cum i^uis intercédèrent; quae Senatus consulta, quotîes, quamque honorifica, in eis facta essent. [ De BeUo gallico, lib. I. ]

entrés déjà dans l'alliance des Romains et acquis dès longtemps ledroii de cité, demandèrent avec instance celui de pouvoir porter des charges et des magistratures. Il y eut un grand bruit sur cette proposition, et plusieurs s'opposèrent vers Claudius, lui représentant que l'Italie n était pas si épuisée qu'elle ne pût fournir à Rome des sénateurs, en ayant fourni autrefois à ses alliés; qu'il était assez honteux d'avoir admis an gouvernement les peuples de la Lombardie, sans remplir encore leSénai d'étrangers, comme dans une captivité, puisque, par ce moyen, il ne resterait rien aux anciennes familles pour se maintenir, si on souilraii que les riches remplissent le Sénat, dont les aïeux, chefs des nations ennemies, avaient défait leur armée et avaient assiégé César devant AUse. Qu'il leur devait suffire de jouir du titre de citoyens, sans qu'on leur prostituât les marques des patrices et les noms des magistrats. Ce prince, plus politique qu'eux, leur remontra par un discours fort et éloquent, dont Tacite a rapporté l'abrégé, et dont on lit une partie sur une table de cuivre qui est à Lyon , et que Juste Lipse a inséré dans ses Notes sur cet historien. — En voici la substance : « Que Rome, sous les rois, avait été gouvernée par des étrangers. Que sous les dictateurs et les consuls on avait vu de même. Que ses prédécesseurs, qui étaient Sabins d'origine, l'exhortaient, en suivant leurs conseils, de transférer à Rome tout ce qu'il y avait de plus excellent au monde. Que les plus illustres sénateois n'étaient point de Rome. Qu'ils ne se repentaient pas d'avoir eu les Ralbes d'Espagne et plusieurs personnages non moins illustres de la Gaule narbonnaise. Que les Gaulois avaient maintenu tellement la paix à son père Drusus , lorsqu'il conquêtait la Germanie , qu'étant mêlés aux Romains de mœurs , d'arts et d'affinités , il valait mieux qu'ik apportassent leur or et leurs richesses à Rome, que de les posséder séparément , et enfin que ce qu'il défendait aujourd'hui par des exempte passés, serait un jour au nombre des exemples. » Après la harangue de Claude, on fit un séna tus-consul te par lequel les Eduens obtinrent te

premiers le droit d'être sénateurs à Rome, ce qui fut accordé à Talliance ancienne, et aussi parce qu'ils étaient les seuls des Gaulois qui participaient au nom de fraternité avec le peuple romain.

Eumëne, en son Panégyrique à Constantin, ne dit-il pas : « Quelle nation dans toute la terre oserait prétendre la prérogative de l'amour du peuple romain par-dessus les Eduens, qui ont été appelés les premiers de tous les Gaulois, et par plusieurs sénatus-consultes, frères du peuple romain , et leur ont conservé leur amitié par leur consanguinité , dans un temps où tous les peuples qui habitent depuis le Rhône jusqu'au Rhin ne pouvaient espérer qu'une paix douteuse et suspecte? et il ajoute que cette qualité de frères n'a point été mendiée ni recherchée sur des origines fabuleuses ou de vaines imaginations, comme par ceux de Messine en Sicile et par les Troyens en Asie, ou par la crainte, comme les Sagontins qui s'allièrent aux Romains lorsque l'Espagne était prête à se révolter; ou comme les Marseillais qui s'avouèrent leurs amis, parce qu'ils trouvaient de l'avantage dans leur protection. Les Eduens ayant été les seuls qui, sans aucun sujet de crainte et sans flatterie, par un pur effet de leur simple, franche et bonne volonté, ont été estimés de tous frères des Romains.

Ce nom de frères témoigne qu'il y avait entre ces deux peuples réciprocité d'affection et égalité de grandeur et de dignité ^. Aussi cette

* Quaenam igitur gens toto orbe terrarum in amore Romani nomînis JEàms se poslulet anteponi? Qui primi omnium inter illas immanes et barbaras Gallise gentes plurîmis Senatusconsultis fratres populi Romani appellati sunt, et cum a ceteris Rhodano ad Rhenum usque populis , ne pa\ quidem posset nisi suspecta sperari; solî et consanguinitatis nomine gloriati sunt....

Fuit olim Saguntus fœderata , sed cum jam tsedio Punici belH novare imperium

omnis cuperet Hispania; fuit amica Massilia: prot^i se majestate romana gratulabatur; imputavere se origine fabulosa in Sicilia Mamertini, in Asia llienses; soli Mànï non metu territi , non adulatione compulsi , sed ingenua et simplici charitate fratres populi Romani

fraternité a été le sujet de Tenvie des peuples voisins des Eduens, cpii. pour les opprimer , appelèrent les Germains et se soumirent i leur domination. Cette jonction de forces ayant réduit sous la serritude les Eduens, Divitiac, prince Autunois, fut à Rome, harangua le Sénat, appuyé sur son bouclier, refusant les honneurs de la séance qu'on lui offrait, et obtint le secours qu'il avait demandé. Mais ce secours ne fut pas aussi avantageux aux Eduens qu'il le fut aux Romains , puisque s'ils les délivrèrent de l'oppression, Divitiac ouvrit le premier le chemin à Tannée romaine et à César delà le Rhône, n'y en ayant point eu d'autres jusques à ce temps, que par les Alpes. Et non contents de ce, mirent sous la puissance du peuple romain tout ce qui est renfermé parle Rhin, l'Océan, les Pyrénées et toutes les Alpes, le recevant en quartiers d'hiver, lui fournissant des vivres et des armes, et le secourant de leurs troupes tani d'infanterie que de cavalerie; tellement que les Celtes et les Belges ayant été contraints de demander la paix, ils unirent ces peuples aux Romains en les enlevant aux Barbares. ^ Et lorsque Tetricus, tyran des Gaules, assiégea les Autunois, ik

rrediti sunt, appellarique meruerunt : quo nomîne, prseter cetera necessitudiouni vocabula , et communitas amoris apparet , et dîgaitatis aequalitas. [Eumèoe. ]

* Deinde cum finitimae natîones, ipsi ilH romanse fraternitati, non glori^ invidenies. et usque in pernidem sui odiîs incitatae, Gennanos sibi auxiliarîos dominos învocassent, princeps i£duus io senatum venit, rem docuit ; cura quidem oblato consessu, minus sibi vindicasset quam dabatur, sculo ionixus peroravit. impetrata ope , romanuna exerdtoiD. Caesaremque cis Rhodanum primus induxit. Semita eoim Gallise usque ad id tempons Transalpina Gallia nominabatur. Sed enim ^Edui totum istud quod Rheno, Oceano, Pyreiueis montibus cunctis Alpibus continetur romano imperio tradidenint , hibernis hospitaliter prsebitis, suppedîtatis largiter commeatibus, armis fabricandis, pedestribus eqaitnmque copiis auxiliantibus. ita in unam pacem sociatis omnibus Celtarum Belgarumque populis. eripuere barbaris quidquid junxere Romanis. [Eumène.]

exhortèrent seuls l'empereur Claude le Gothique de venir les délivrer, ayant soutenu le siège sept mois entiers , à la fin desquels ils furent pris par famine ; et si l'empereur leur eût envoyé le secours qu'ils lui avaient demandé pour châtier les rebelles qui les tenaient , sans ruiner les forces romaines, et épargnant la bataille de Chàlons (en Champagne), en laquelle l'empereur Aurélien défit Tetricus (b) , la fraternité des Eduens aurait donné promptement la paix aux provinces réconciliées aux Romains. C'est ce que dit Eumène en son Panégyrique à Constantin ^. Cette alliance ayant pour fondement la vertu, il ne faut pas s'étonner si elle s'est toujours conservée entre eux. J'en ai une preuve reçue par tradition des anciens Autunois, dignes de foi, gens savants et de probité, qui m'ont assuré avoir vu une consécration ou un renouvellement d'amitié des Eduens avec les Romains, par un vœu sacré et solennel représenté par une truie relevée sur une platine d'or , soutenue par les statues d'or d'Apollon, de Mercure et de Minerve, les dieux tutélairesde la cité d'Autun. La platine ornée au-dessous de la truie de cette inscription FRATERNITATI ROMANORUM. Le prix de la matière de ce monument antique si illustre en a dérobé là connaissance aux curieux , crainte qu'il n'attirât l'envie des grands d'en priver ceux qui le possédaient. Cette idole du temps m'a privé aussi de plusieurs pièces rares et antiques trouvées dans Autun , qui m'auraient instruit d'infinies particularités de sa grandeur et de sa majesté , et lesquelles ont été soustraites pour les

' .... Divum Claudium , parentem tuum ad recuperandas Gallias primi sollicîtaverunt : expectantesque ejus auxîlium, septem mensibus clausi, et omnia inopiae miseranda perpessi, tum demum irrumpendas rebellibus Gallicanis portas reliquerunt, cam fessi observare non possent. Quod si vobis, et conatibus ^Eduorum fortnna favisset, atque ille reipublicse restitutor implorantibus nobis subvenire potuisset , sine ullo detrimento romanarum virium , sine clade Catalaunica , compendium pacis reconciliatis provinciis attuHsset fraternitas iEduorum. [Eumène, Paneg,]

vendre, ou ont été fondues, dérobées et cachées par l'ignorance, la barbarie, l'ingratitude et l'avarice des hommes, qui les perdent encore tous les jours.

Diodore de Sicile, livre v de son Histoire, écrit : « Que la Gaule fêi habitée par plusieurs nations, différentes entre elles en autorité et en nombre d'hommes, dont l'une conserve jusques à présent une vieille amitié et consanguinité avec le peuple romain. » Et j'ajouterai à cela que ces marques d'alUance et de consanguinité se sont continuées de temps en temps, comme il conste par un écrit du 30 mars 1557, par lequel le Sénat de là ville de Rome accorde le titre de citoyen romain à Jean U Save, citoyen d'Autun, clerc de la nation française près le collège des cardinaux et notaire de la chambre apostolique , et ce en considération de l'antique alliance qui exista jadis entre les Eduens et les Romains, (c

11 y aurait lieu de s'étonner que les Autunois négligent maintenant de renouveler une alliance si glorieuse , si deux choses ne les empêchaient : la première qu'étant dans la sujétion et dépendance, ils n'oseraient l'entreprendre sans pouvoir du roi ; et l'autre que leur ville étant ruinée. ils ne peuvent dire ce qu'Eumène disait au nom des Autunois à l'empereur Constance : Nunc sibi redditum vêtus illtul romanœ fraternitatis rumen existimat , cum te rursus habeat conditorem.

(dona^^^^s m^

De l'état de la république, principauté et gourernement de la cité d*Aulun. Des lois, de la

police et du langage des anciens Autunois.

Les Romains ayant été appelés aux Gaules par les Eduens, lorsque Divitiac, pour les délivrer de la tyrannie d'Arioviste, fut à Rome demander secours au Sénat, il faut reconnaître de bonne foi que César, qui a toujours marché sous leur conduite, n'a pris connaissance de l'état général de toute la Gaule que sur celui qu'il avait du gouvernement de la république des Eduens, sur laquelle il a formé et confondu la description de celle de tous les Gaulois; vu que le premier rang qu'elle tenait parmi les cités la rendait l'exemple et le modèle des autres.

Cela prémis et supposé pour une vérité constante, le livre vi de la Guerre des Gaules nous apprend que l'ancienne république des Eduens était composée de trois ordres, deux desquels étaient en considération , crédit et honneur, savoir : celui des Druides et celui de la noblesse nommé chevaliers ^. Le peuple était comme les serfs et n'avait aucun pouvoir dans l'état ni voix aux délibérations publiques, et la plupart même étaient tellement chargés de dettes et d'impôts , ou opprimés par la domination des plus puissants, ils s'engageaient si absolument au service des nobles, qu'ils dépendaient d'eux comme les esclaves de leurs maîtres. ^

* In omni Gallia eorum hominum , qui aliquo sunt numéro atque honore , gênera sunt duo .c... Sed de his dnobus generibus alterum est Druidum , alterum equitum.

* .... Nam plebs paene servorum habetur loco, quae per se nihil audet, et nullo adhibetur consilio. Plerique , cum aut aère alieno , aut magnitudine tributorum , aut

Je remets à traiter des Druides et de leurs fonctions au livre suivant

Quant à la noblesse que César indique sous le nom de chevaliers, etirnin, leur emploi était d'être toujours sous les armes lorsqu'il y avait guerre. ou que la nécessité le requérait, soit pour venger leurs injures, soit pour en faire, ou attaquer leurs ennemis.

La grandeur de la naissance d'un homme et de ses richesses ne se reconnaissait parmi eux que par la suite nombreuse de ceux qui étaient de leur dépendance *. Cela se justifle clairement par les entreprises de Dumnorix et de Litavic , dont le premier tenta d'usurper la principauié des Eduens, se confiant en ses seules forces. Voici comme César nous l'assure lui-même dans le récit de son entreprise : Orgétorix, le premier des Helvétiens en biens et en naissance , ayant envie de se faire roi de son pays , gagne la noblesse et débauche le peuple , engage dans sa ligne Castic, fils de Catamantalède, Séquanais, et Dumnorix, frère de Divitiac. prince Eduen, leur persuadant qu'il leur serait facile de se faire rois de leurs états à l'aide de ses troupes et de son crédit. *

Comme , pour l'exécution de ce grand dessein , les Helvétiens furent contraints de passer par le pays des Séquanais, ils dépêchèrent â Dumnorix qui avait grand pouvoir vers eux tant par ses bienfaits que par ses largesses, et parce qu'il embrassait avec chaleur les occasions d'obliger des nations puissantes qui pussent servir l'ambition qu'il avaii de régner. ^

César ayant découvert cette conspiration, s'en plaint à Divitiac et i

injuria poteuUorum premuntur, sese in servitutem dicant nobilibus : in hoseademomoâ sunt jura , quse dominis in servos.

* Atque eorum ut quisque est génère copiisque amplissimus, ita plurimos circ«i

se ambactos clientesque habent. Hanc unam graliam potentiamque noverunt

* Guerre des Gaules , livre i , chap. 5. — ^ Chap. 9.

Liscus , vergobret , lequel adroitement insinua qu'il y en avait dans la cité dont l'autorité était grande sur le peuple , lesquels , quoique particuliers, pouvaient plus que les magistrats. César jugeant bien par ce discours qu'on indiquait Dumnorix , frère de Divitiac , prit résolution d'y pourvoir, principalement après qu'il fut confirmé dans cette créance par d'autres, et qu'il eut appris que Dumnorix était un bomme hardi et entreprenant, qui avait gagné l'affection du peuple par ses libéralités, ayant acquis de si grandes richesses en tenant à grand marché toutes les fermes de la république , que personne n'osait enchérir sur lui, qu'il entretenait à ses frais et à sa suite grand nombre de cavalerie, tellement qu'il n'était pas seulement puissant dans le pays, mais encore dans les états voisins. *

Quant à Litavic, voici quelle fut son entreprise : César, après avoir rafraîchi son armée à Bourges, comme il voulut décamper pour aller combattre Vercingétorix retiré à Gergovle , les principaux Eduens le vinrent prier d'interposer son autorité sur les différends des prétendants à la magistrature; et après que César les eut terminés par la confirmation de Convictolitan dans la charge de vergobret, il demanda aux Eduens toute leur cavalerie et dix mille hommes de pied , afin de les disposer dans les forts pour la sûreté des vivres.

Pendant le siège de Gergovie , Convictolitan , établi magistrat des Eduens par César, s'étant laissé séduire par l'argent des Auvergnats, s'adresse à quelqu'un de la jeunesse et entre autres à Litavic qui était de grande naissance et le premier de tous; il le débauche et ses frères aussi avec tant d'artifice, qu'ils abandonnent le parti des Romains et s'offrent à être les chefs de la rébellion. Mais parce qu'il n'y avait point d'apparence que l'état Eduen voulût rompre de gaîlé de cœur avec les Romains, ils résolurent que Litavic prendrait la conduite des dix mille hommes qu'on

' Guerre des Gaules , livre i , chap. i8.

devait mener à César, et qu'avant leur arrivée au camp, ses frères s y rendraient pour exécuter ce qu'on avait arrêté. — Litavic, approchant de Clermont de sept ou huit lieues , assemble tumultueusement ses troupes et leur dit en pleurant que toute leur noblesse et toute leur cavalerie était défaite ; qu'Eporédorix et Viridomar, les plus illustra de la jeunesse, avaient été massacrés sous prétexte de trahison, sans avoir été ouïs dans leur défense, et qu'après le meurtre de tons se$ parents et de ses frères, la douleur lui fermait la bouche. Cette fausse nouvelle ayant été confirmée par des gens apostés, les Eduens s'écrieni qu'il pourvoie à leur salut. Il les exhorte à se joindre aux Auvergnais. et ensuite il défait un grand convoi qui venait à César sous leur escorte: il envoie par tout le pays des Eduens pour les exciter, sous le même prétexte, à prendre vengeance des Romains. * — 11 faut présumer que cette nouvelle fut portée suivant la coutume des Gaulois, indiquée par César au livre vu , qui est que lorsqu'il arrivait quelque chose d'extraordinaire, ils s'entr'avertissaient par des cris redoublés, quisf portent de l'un à l'autre, ainsi qu'on le pratiqua à la révolte générale des Gaules; ce qui avait été fait à Orléans, au lever du soleil, ayant été su à huit heures du soir en Auvergne, à quarante lieues de là. *

César, informé de cette fourbe de Litavic par Eporédorix, fait marcher toutes ses troupes contre lui , à la réserve de celles destinées à la ga»* du camp. Il le rencontre à six lieues. Les soldats Eduens ayant reconnu Eporédorix et Viridomar parmi la cavalerie, jettent les armes et ^

• Guerre des Gaules, livre vu, chap. 32 et suiv.

* Celeriter ad omnes Gallise civitates fama prsefertur ( nam ubi major atque iUus^ior incidit res , clamore per agros regionesque sîgnîficant ; hune alii deinceps excipiffl^ et proximis tradunt; ut tum accidit); nam , quae Genabi oriente sole gfôta essenijni^ primam confectam vigiliam in finibus Arvernorum audita suot ; quod spatium <^ mîllium passum circiler clx.

rendent. Et Lilavic se retire à Gergovie avec ceux de sa suite, à qui c'est un crime par la coutume des Gaulois d'abandonner leur maître en quelque danger que ce soit.

L'ambition de la magistrature avait excité ces troubles dans Autun , et les prétentions de Convictolitan et de Cotus avaient fait naître une guerre civile : tout le pays était en armes. Le Sénat était divisé et le peuple était rangé sous la faction qu'il suivait. — Le mot de faction ou parti est exprimé dans César par celui de clientela, pour montrer que la suite des grands était la source des divisions. *

Et lorsque Dumnorix, ayant fait dessein de quitter César et de se retirer avec la cavalerie Eduenne , prit son temps pendant l'embarquement des troupes pour la guerre d'Angleterre , il fut suivi par toute la cavalerie de César avec ordre de le tuer s'il résistait. Voyant qu'on le voulait emmener par force, il mit l'épée à la main, et criant qu'il était né libre et citoyen d'une république qui ne relevait de personne, il excitait la fidélité des siens à son secours. ^

Que si ces exemples particuliers ne suffisent pas, ceux des peuples voisins le persuaderont peut-être. Je me contenterai entre tous de celui qu'Orgétorix fournit, lequel, après avoir excité les Helvétiens à la guerre pour se rendre maître des Gaules, engagea aussi dans son parti et dans cette ligue Dumnorix et Castic, dans l'espérance d'usurper tous trois la domination de leur pays. Les Helvétiens, avertis de leur dessein , se saisissent d'Orgétorix et le contraignent, selon leurs mœurs, d'entrer en prison pour se justifier du crime dont on l'accusait, et dont le feu

' .... Honim esse alterum Convictolitanem.... altenim Cotum.... Givitatem omnem esse in armis, divisum senalum, divisum populum , suas cijgusque eorum clientelas.

^ llle euim revocatus resistere , ac se manu defendere, suorumque fidem implorare coepît , saepe clamitans libenim se , Hberaeque civitatîs esse. ( Il faut observer que le mot de morum se doit entendre de clteniium,)

devait être la peine. Le jour venu , il assemble les siens jusqu'à dix mille et un grand nombre de vassaux et de dépendants de lui pour dettes ou autrement, et par leur moyen il s'exempte de répondre. ^

Vercingétorix ayant su la révolte générale des Gaules, assembla tous ses vassaux et les disposa à la guerre, et quoiqu'il fût chassé de Gergovie, il y rentra, ayant ramassé les pauvres et les débauchés *. Le même se lit dans Tacite au livre m de ses Annales, décrivant la conjuration de Sacrovir , — aliud vutgus obœratorum atU clientium arma cepit.

Pour savoir toutefois quelles étaient ces clientelles, voici comme César les décrit au vi.* livre de la Guerre des Gaules ^. Non-seulement dans les états, dans les cités et les villes, mais presque dans toutes les familles ,

' Ea res ut est Helvetiis per indicium enunciata , moribus suis Orgetorigem ex vinculis causam dicere coegeruot : damnatum pœnam sequi oportebal , ut igni cremaretur. Die consUtuta causaedictionis, Orgetorix ad judicium omnem suam familiam , ad hominum millia decem, uodique ooegit et omnes clientes obaeratosque suos, quorum magoum numeruffi habebat , eodem cooduxit : per eos , ne causam diceret , se eripuit. — Ces ohœrati cultivaient autrefois les champs de ceux auxquels ils étaient obligés , au rapport de Varron, eie Re Rmtica, lib. i, cap. 17 : Omnes agri coluntur hominibus servis aut liberis; liberis aut cum ipsi colunt, aut mercenariis cum couductitiis liberorum operis, res majores ut vindemias et saevisiiia administrant iis quos obœratos vocitarunt.

'* Vercingétorix.... convocatis suis clientibus, facile eos incendit expellitur ex

oppido Gergovia : non destitit tamen > atque in agris habet dilectum egentium ac perditorum. Hac coactà manu.... adversarios suos.... expellit ex civitate.

^ in Gallia , non soium in omnibus civitatibus , atque in omnibus pagis partibusque , sed pêne etiam in singulis domibus factiones sunt : earumque factionum principes sunt , qui summam auctoritatem eorum judicio habere existimantur , quorum ad arbitrium judiciumque summa omnium rerum consiliorumque redeat. Idque ejus rei causa anliquitus institutum videtur, ne quis ex plèbe contra potentiorem auxilii egeret : suos enim quisque opprimi et circumveniri non patitur, neque, aliter si faciant , uUam inter suos habent auctoritatem.

il y a deux factions, dont ceux-là sont les chefs qui ont à leur jugement le plus d'autorité, par le conseil et par la volonté desquels tout se gouverne ; et il semble que cela ait été établi anciennement pour la défense du peuple contre l'oppression des grands : chacun ayant soin de protéger vigoureusement ceux de son parti , de crainte de perdre son crédit et son autorité.

Voilà donc la source et l'origine des clientelles particulières qui oni donné aussi sujet aux clientelles des états, par lesquelles les inférieurs se soumettaient au commandement des supérieurs et s'obligeaient à leur payer tribut, pourvu qu'ils les défendissent eux et leurs biens contre les ennemis qui les attaquaient.

11 faut encore remarquer que les peuples qui étaient sous la clientelle d'un autre peuple, étaient de sa domination : ce qui résulte des passages de César qui emploie les mots — in fide , in clientela et sub imperio esse — pour la même chose , et ce dans le livre vi, ch. 4. Les Sénonais qui s'étaient révoltés avec Acco , font rechercher d'accord César par l'entremise des Eduens, — quorum antiquiius erat in fide civitas^ — et ceux de Chartres, qui étaient complices du même soulèvement, obtiennent leur pardon par ceux de Reims, — quorum erant in clientela; — et, ch, 10 du même livre, César ayant reconnu que les Suèves avaient envoyé du secours à ceux de Trêves, se dispose à les châtier. Comme il est prêt à marcher contre eux, il apprend qu'ils assemblaient des troupes et avaient enjoint à leurs vassaux de les venir secourir : — Fit ab Ubiis certior, Suevos. . . . iis nationibus, quœ sub eorum sint imperio ^ denuntiare, uti auxilia peditatus eqmtatusque mittant. — Ces passages justiûent suffisamment que ces termes, — in fide, in clientela, et sub imperio esse, — sont équivalents.

Le gouvernement de l'état des Eduens tenait de la république aristocratique, puisque César nous assure qu'il y avait parmi eux un souverain magistrat nommé Vergobret, qui présidait à leur justice. — Avant néanmoins d'en déduire les lois, j'estime à propos de faire

remarquer quelle signification les auteurs donnent à ce mot vergobret ; c'est-à-dire qu'ils s'accordent tous à l'interpréter supremus executor , ce qui convient fort bien au pouvoir qu'il avait dans la cité. Il s'élisait publiquement, en un lieu et au temps prescrits pour cette cérémonie, par les prêtres qui étaient les Druides et qui avaient droit de le choisir, la magistrature étant vacante. II n'y avait qu'une personne qui la pût porter, ne pouvant être partagée en deux : la prétention de Convictolitan et de Cotus d'avoir été tous deux élus selon les lois, ayant causé la division dans l'état. Le vergobret sortant de charge n'y pouvait nommer son successeur, et les lois défendaient expressément que deux personnes de même famille, du vivant l'une de l'autre, exerçassent non-seulement cette magistrature, mais même fussent sénateurs.

Le vergobret avait une puissance royale de vie et de mort sur tous les citoyens, et il était tellement attaché et engagé au pays, qu'il ne lui était pas pm-mis d'en sortir pendant l'année de sa magistrature.

Voici les preuves de ces maximes tirées de César, lorsqu'au livre i.", ch. 16, il se plaint que les Eduens ne lui fournissaient pas le blé qu'ils avaient promis , il s'adresse à Liscus, — qui summo magistralu prœerat , quem vergobretum JEdui, qui creatur annuus, et vitœ necisque in suos habel potestatem.

Et au livre vii.% lorsque les divisions de Convictolitan et de Cotus obligèrent les grands seigneurs Eduens de recourir à César pour prévenir une guerre civile , ils lui représentèrent que leurs lois étaient violées par les disputes et les prétentions de ces compétiteurs, ce à quoi César mit fin en confirmant le premier et obligeant l'autre à se démettre. *

Encore aujourd'hui (1660), les Autunois ont perpétué le souvenir de

* .... Quum singuli magistratus antiquitus creari , atque regiam potestatem annuam obtinere consuessent, duo magistratum gérant, et se uterque eorum legibus creatum esse dicat.... [voyez César, chap. 32 et 35. ]

ce magistral en appelant leur maire vierg ^, nom qu'on peut dire avoir quelque rapport au latin vergobretus.

L'empressement que les Eduens témoignèrent pour l'observation de leurs lois contre ceux qui les enfreignaient et qui blessaient leurs privilèges, nous oblige de croire que leur république était du nombre des mieux policées de la Gaule; d'où il s'ensuit, selon César, livre vi, ch. 20, que par leurs lois celui qui apprenait quelque chose qui regardait la république, soit par les peuples voisins, soit par bruit commun, ou par le récit des passants, en devait avertir le magistrat seul, sans oser le communiquer à d'autres; parce que le peuple, sur de faux bruits, prend l'épouvante facilement et se porte à des actions criminelles et précipitées dans les choses de grande importance. Après cela le magistrat découvrait au peuple ce qu'il jugeait à propos, et on ne traitait d'affaires d'état que dans l'assemblée de ceux à qui on en avait confié le soin ; attendu principalement que les Eduens étaient jalousés de tous l^s peuples de la Gaule, et par conséquent obligés, pour leur conservation, de garder cette police. 2

La république était gouvernée per le vergobret assisté de conseillers qui composaient le sénat. César le déclare en plusieurs lieux , quand il rapporte les divisions au sujet de la magistrature entre Convictolitan et Cotus. Ainsi il dit que le sénat était divisé entre ces deux partis : —

* Nous avons dit que , selon notre opinion , vterg venait de vïgenns,

^ QuaB civitates commodius suam rempublicam administrare e\istimantur ; habent legibus sanctum, si quis quid de republica a finitimis rumore ac fama acceperit, uti ad magistratum déférât , neve cum quo alio communicet ; quod sœpe homines temerarios atque imperitos falsis rumoribus terreri, et ad facinus impelli, et de summis rébus consilium capere cognitum est. Magistratus , quse visa sunt , occultant : quseque esse ex usu judicaverint , multitudini produnt : de republica , nisi per condlium , loqui non conceditur.

divisum Senatum. — César étant entré chez les Eduens pour apaiser ces troubles et ces désordres, il appela tout le Sénat à Decise : — Senatum omnem ad se Decetiam evocavit, — Je fais remarquer ce mot , — omnem Senatum , — dont César se sert, pour nous insinuer par le terme omnis que c'étaient ceux qui gouvernaient l'état qui assistèrent à cette convocation. Cette conjecture est appuyée de ce qu'il écrit ensuite : — Quum prape omnis civitas eo convenisseL — Ces mots ne se peuvent prendre pour tous ceux de la ville : César n'employant pas ce mot de civitas pour signifier une ville, aussi faut-il l'entendre pour les chefs de l'état qui étaient renfermés dans le Sénat, auquel on n'admettait point deux personnes d'une même famille par une politique de justice et de prudence dont la pratique serait à souhaiter au siècle où nous sommes : — Quum.leges duo ex una familia , vivo utroque,. . . in senatu esse prohibèrent.

Mais pour établir et justifier sans contredit que civitas en cet endroit signifie le Sénat composé des principaux de l'état , je me servirai d'un autre passage de César, livre i/' * — César ayant avéré la rébellion et conjuration de Dumnorix, qu'il avait procuré aux Helvétiens le passage par le pays Séquanais, dont il avait fait donner des otages non-seulement sans ordre de la république et de César, mais même à leur insu, jugea qu'étant accusé par son magistrat, il y avait assez sujet de le punir, ou d'en remettre le châtiment à l'état, et lorsqu'il déclare la conjuration de Dumnorix à Divitiac son frère , il le prie de trouver bon ou que lui , ou que la république en fissent la punition.

On ne peut pas dire que pour condamner quelqu'un à la mort ou

* .... Quod per fines Sequaoonim Helvetioe traduxisset , quod obsides înter eos dandos curasset , quod ea omnia non modo injussu suo et civitatis , sed etiam inscientibus ipsis fecisset, quod a magistratu .4!kiuorum accusaretur : salis esse causse arbitrabatur, quare

in eum aut ipse animadverteret, aut civitatem animadvertere juberet ut ipse de e<)

causa cognita , statuât , vel civitatem statuere jubeat.

assemblât tout Tétat; mais il est probable qu'il y était pourvu par le Sénat qui avait en dépôt toute l'autorité du pays, et qui est indiqué en cet endroit sous le mot civitas, comme le corps le plus illustre qui le représentait.

Ce passage me donne occasion d'observer qu'assurément le supplice de ceux qui étaient déclarés perfides à leur pays était le feu , parce qu'en Gaule les peines étaient uniformes; et je fonde mon observation sur ce que César écrit d'Orgétorix : — Damnatum pcenam sequi oportebat , ut igni cremaretur.

Que si on désire connaître quelle était Fimportance du Sénat Eduen , la narration de l'entreprise de Litavic en est un exemple et une preuve certaine. Litavic ayant soulevé la jeunesse des Eduens, et présumant trop de la défaite d'un convoi, excita et irrita tellement, sous de faux avis, les Eduens que, sans faire une sérieuse réflexion sur la vérité de cette nouvelle, ils exercèrent toutes sortes d'actes d'hostilité envers les Romains. Mais ayant appris que les troupes que commandait Litavic s'étaient rendues à César, ils recoururent à l'entremise du tribun Aristius, qu'ils avaient forcé de sortir de Chalon-sur-Saône, et dépêchèrent à César pour se justifier et lui représenter que tout ce qui. avait été fait, tant au siège de Gergovie que dans l'état Eduen, n'avait point été exécuté par la résolution du conseil public , — qui est ce qu'en d'autres endroits César appelle le Sénat ; — et à cet effet , pour appuyer ce désaveu , ils ordonnèrent qu'on informerait du pillage des biens des Romains, condamnèrent Litavic et ses frères comme complices et confisquèrent tous leurs biens. Ce qui démontre la souveraine autorité du Sénat contre Litavic, quoiqu'il fût soutenu par Convictolitan , souverain magistrat. Aussi César, ayant bien reçu les députés des Eduens, leur dit qu'il n'imputait rien à l'état de la faute et de la légèreté de la populace, et qu'il ne diminuait point pour cela l'affection qu'il leur portait : — Nihil propter inscientiam levitatemqae vulgigravius de civitate judicare.

Et après qu'Eporédorix et Viridomar eurent quitté César après sa retraite de devant Gergovie, s'étant informés de la situation de la cité, ils apprirent que Litavic avait été bien reçu à Bibracte, et que Convictoiitan, premier magistrat, Tétait allé trouver avec la plus grande partie des sénateurs *. — Ce qui me donne occasion de croire que le Sénat était composé du vergobret comme chef des Druides, qui étaient appelés au jugement de tous les différends publics et particuliers , des seigneurs et chevaliers plus anciens en noblesse et de quelques personnes savantes et expérimentées , lesquels assistaient tous aux assemblées indites par le vergobret, et y décidaient toutes sortes d'affaires qui s'y proposaient ; même aux assemblées générales de Tétat, auxquelles ils comparaissaient en armes, selon la coutume des Gaulois rapportée par César, au livre v.% parlant de la révolte d'Indutiomarus.

Le Sénat et le corps de la noblesse faisaient la plus illustre et la plus importante partie de l'état. Cela est si vrai , que lorsque Divitiac, au nom de tous les princes de la Gaule , expose la misère à laquelle leurs ennemis les ont réduits , il dit qu'ils ont perdu toute leur noblesse et tout leur Sénat. Et en un autre endroit, César, décrivant la Gaule comme elle était à son arrivée , dit que toute la noblesse des Eduens avait péri dans les guerres contre les Séquanais et contre Arioviste , — Omnem nobilitatem, omnem senatum amisisse , — pour marquer la désolation de l'état; et il faut avouer que la noblesse Eduenne faisait si bien la grandeur du pays , qu'Eumène, en son Panégyrique à Constantin, loue Autun de son ancienne noblesse. ^

* Eo quum Eporedorix Viridomarusque venissent , et de statu civitatis cognovissent ,

Litavicum Bibracte ab induis receptum Ck)nvictolitanem magislratum , magnainque

partem Senatus ad eum convenisse.

' Cujus civitatis antiqua nobilitas, et quondam fratemo populi romani nomine gloriata, openi tuae majestati expectat.

Quant à la police particulière des Eduens, il y a lieu d'avancer, et même sans témérité, que dans Autun il y avait des corps de métiers parmi la populace. Nous avons pour garant de cet allégué Eumène, lequel racontant à Constantin l'entrée que les Autunois lui avaient faite , dit : « Nous avons orné les rues de tentures, quoique pauvres ; nous avons fait paraître tous les étendards de nos collèges, nous avons produit les images de tous nos Dieux et employé le peu d'instruments que nous avions pour exprimer notre réjouissance. On nous croirait riches à qui jugerait de la vérité par notre affection. Mais notre pauvreté, quoique bien dissimulée, n'a pu être cachée à votre prévoyance, et vous avez bien connu que notre vanité était une vanité de pauvres mais officieuse et honnête. » *

Chaque collège d'artisans avait son drapeau, ainsi que M. Saumaise, le plus docte de notre siècle, le remarque sur Trebellius PoUion, dans la description de la pompe que l'empereur Gallien se fit à Rome , au sujet de la défaite des soldats mutinés à Constantinople , qu'il avait fait égoi^er étant désarmés. *

Et Vopiscus écrit qu'au triomphe d'Aurélien sur le tyran Tetricus et Zénobie , reine de Palmyre , les enseignes des collèges et des châteaux en faisaient le plus éclatant ornement : — Jam papulus ipse romamis , jam vexilla coUegiorum atque castrarum multum pompœ addiderunt.

* Exornavîmus vias quibus in palatium pervenîtur paupere quidem supellectile: sed omnium signa collegiorum, omnium deorum nostrorum simulacra protulimus, paucissima claronim instrumenta modulorum , per compendium ssepius tibi occursum protulimus. Divites nos crederet, qui veritatem studio sestimaret. Sedenim providentiam tuam latere non potuit, quamvis bene dissimulata paupertas, inteilexisti ofBciosam et honestam inopum vanitatem.

' Hastae auratœ altrinsecus quingense, vexilla centena et prseterea quae coll^iorum erant, dracones et signa templorum omniumque legionum ibant.

Les AutuQois avaient un trésor public. Un marbre ancien, trouvé dans les ruines d'une muraille antique proche la rue Ghauchien , en fait foi par son inscription : rAZO<I>YAÂ(LION, et dans la place appelée à présent Champ St. -Ladre, il s'est trouvé chez M. Dupasquier, avocat, en bâtissant sa maison, une triple tour ronde, dans la première enceinte de laquelle il y avait une pierre gravée de ce mol : iERARIUM. Après ces pierres il est superflu de rechercher des autorités pour prouver qu'il y avait un trésor public à Autun. ^

Ce trésor se remplissait des deniers provenant des revenus de la république qui consistaient principalement en péages. César, livre i/\ remarque que Dumnorix les ayant tenus longtemps à bon marché , en avait acquis de si grandes richesses, qu'il espérait, par leur moyen, * envahir la royauté *; et les Eduens n'eurent point d'autre cau3e de leurs démêlés et de leurs guerres avec les Séquanais que la prétention réciproque qu'ils avaient sur les péages de la Saône. Strabon nous en assure [livre iv]. ^

Il serait à souhaiter que nous eussions des monnaies que nous puissions dire être certainement des Eduens. Mais s'il faut assurer qu'il y en a quelqu'une, ce doit être de celles que l'on rencontre tous les jours dans les ruines d' Autun, desquelles on tire quantité de pièces d'argent et quelques-unes de cuivre qui ne sont aucunement romaines; d'où il s'ensuit que leur singularité les doit faire estimer la monnaie des Eduens.

* Voir page 155.

* .... Complures annos portoria reliquaque omnia /Ëduorum vectigalia parvo pretio redempta habere... His rébus et suam rem familiarem auxisse, et facilitâtes ad largiendum magnas comparasse.

' iEdui jnimteos fecît de Arari contentio , qui ipsos distinguit ; utraque gente eum et vectigalia sibi vindicante.

Elles portent toutes d'un côté une tête d'homme armé à la gauloise, et de l'autre un cheval avec quelques caractères romains; et même on peut soutenir, sans trop de crédulité, que cette monnaie des Ëduens était marquée à l'image et à la devise du souverain magistrat qui changeait tous les ans , et qu'elle avait tel prix et valeur que lui et le Sénat y mettaient. Entre un grand nombre de celles que je possède, j'en estime une très rare, de la largeur d'un double rouge français, mais trois fois aussi épaisse, ayant d'une face une tête d'homme casquée, et au milieu du revers un rond semblable à l'éminence qui parait au milieu des vieux boucliers appelés umbones^ et d'où cette monnaie a pris le nom d'umbilicus au rapport de Cicéron. (d)

Il reste à traiter du langage des Eduens. César ne nous en instruit pas en particulier, et je me persuade qu'il était pareil à celui de tous les autres Gaulois, composé de quelques mots hébreux et phéniciens, mais d'un idiome particulier que César ne pouvait comprendre sans trucheman; ce qui se coUige de l'entretien qu'il eut avec Divitiac, en présence de Valerius Procillus qui lui servait d'interprète, lorsqu'il lui découvrit la conjuration de Dumnorix. Je prends volontiers ce sentiment, en suivant celui de M. Bochard, le plus savant de ce siècle en toutes sortes de langues, lequel justifie au livre i.", chap. 43, de Coloniis et Sermofie Phœnicum , par les exemples qu'il y apporte des noms des Dieux , des magistrats, des dignités et des termes de la guerre et autres, que le langage des Gaulois était phénicien. Or, de savoir précisément quelle est la langue gauloise,. c'est une chose si abstruse et si incertaine, que j'en laisse la disquisition aux doctes : Meibomius, en ses Origines gauloises qui la croit scythique; à Goscelin, en son Histoire des anciens Gaulois, et à Pierre de La Ramée, dont les uns la tiennent anglaise, d'autres qu'elle était grecque. Mais je ne puis souscrire à ces derniers : car encore que César, livre i.", raconte que le rôle des Helvétiens portant armes et qui étaient sortis de leur pays pour conquérir les Gaules était écrit en lettres

grecques *; et quoique, au livre vi , il remarque que les Druides, dans les affaires publiques se servaient de caractères grecs, il ne s'ensuit pas néanmoins que le langage fût grec, puisque César, lorsqu'il envoya dans le Hainaut avertir Gicéron de son secours, lui écrit sa dépêche en grec, afin, dit-il, qu'elle ne fût pas comprise par l'ennemi *. La langue grecque n'était donc pas usitée dans les Gaules ; d'où il suit que les Gaulois en avaient une particulière. César en fournit la preuve au livre i." ^, quand il dit qu'Arioviste ayant demandé une seconde entrevue avec lui ou avec un de ses lieutenants, il choisit Valerius Procillus, jeune homme plein d'honneur et de vertu, et qui, par sa connaissance de la langue gauloise, pouvait traiter aisément avec Arioviste, langue qu'il avait apprise par le long séjour qu'il avait fait dans les Gaules. — De ce passage de César, il se reconnaît un dialecte singulier de la Gaule, et qui était différent de l'allemand, quoiqu'on ait retenu beaucoup de mots qui se sont glissés et autorisés par la proximité et fréquentation de ces peuples. Et pour moi j'estime que le texte de César est corrompu et qu'il y faut lire, au lieu de grœcis litteris^ cœvis litteris, c'est-à-dire en lettres que nous appelons aujourd'hui chiffrées, ou bien versis litteris , lettres retournées, selon la correction d'un nommé Fêvre, dont M. de

' In castris Helvetiorum tabulae repertde suât, litteris gr^ecîs confect^ et ad Gaesarem relata, quibus in tabuHs Dominatim ratio oonfecta erat, qui numerus domo exisset eoruro , qui arma ferre possent.

* Csesar.... cuidam ex equitibus gallis magnis praemiis persuadet, uti ad Ciceronem epistolam deferat. Haac graecis conscriptam litteris mittit, ne intercepta epistola, nostra ab hostibus consilia cognoscantur.

' Commodissimum visum est, G. Valerium Procillum.... summa virtute et humanitate adolescentem,.... et propter linguae gallic» scientiam, qua niulta jam Ariovistus longinqua consuetudine utebatur,.... ad eum mittere.

l'Escale loue l'industrie en son épître 4, de celles que Gasaubon a données au public après sa mort.

Enfin, après avoir fait réflexion sur divers passages de César, pour découvrir le mieux qu'il me serait possible le gouvernement de l'état des Eduens, il m'a semblé à propos de faire part au public de mes conjectures, invitant ceux qui auront quelques autres lumières de me les communiquer avec bonté, comme je proteste de reconnaître mes défauts avec ingénuité. Je découvre donc par plusieurs endroits de César que leur gouvernement dépendait des grands, et que leur république avait beaucoup de conformité avec celle des Vénitiens; à Autun, le vergobret tenait la place du doge, et les grands celle des nobles de Venise. Ce qui me confirme en cette pensée est un passage du i." livre de César, où il dit qu'étant pressé de distribuer à ses soldats du blé , et les Eduens remettant de jour à autre de lui en fournir comme ils l'avaient promis , il assembla les princes des Eduens qui étaient en grand nombre dans son armée. Mais aussi voici des considérations qui m'arrêtent et qui m'ébranlent à changer d'opinion : il est constant que lorsque Orgétorix entreprit d'usurper la domination de son pays, il y engagea Dumnorix par un même dessein d'ambition sur le sien, et Dumnorix était frère de Divitiac, qui tenait pour lors la principauté de son pays, — qui eo tempère principatum in sua civitate obtinebaty — et pour marque de cette principauté, même sur le vergobret, lorsque César se plaint du retard que les Eduens apportaient à lui livrer du blé, il s'adresse à Divitiac par-dessus tous les princes des Eduens, que j'ai remarqué avoir été en grand nombre au camp, et à Liscus, souverain magistrat, qu'il nomme néanmoins en second lieu , ce qu'il n'eût pas fait si Divitiac n'eût tenu rang et autorité dans l'état plus considérable que Liscus *. Pour mieux établir

' Diem ex die ducere ^Edui.... Ubi se diutius duci intellexit, et dîem instare , quo die frumentum militibiis nietiri oporteret , convocatîs eonim principibus , quorum roagnam

encore cette principaoté , il faot observer que la guerre des Uelvétiens étant achevée, les princes des cités de la Gaule vinrent féliciter César, et ayant obtenu permission d'assembler leurs états-généraux, les princes des cités retournèrent demander une audience secrète pour traiter de leur salut et de celui de Tétat. L*Eduen Divitiac, porta la parole en cette rencontre. *

De ce que dit César à ce sujet au livre i/% il s'ensuit que parmi les princes des Celtes, Divitiac était le plus puissant et le plus considéré, non-seulement par sa personne, mais par Tétat auquel il commandait, puisqu'il eut le discours par préférence à tous les autres princes des cités. Cela se collige de la réponse de Divitiac à César qu'il priait de pardonner à son frère, lequel, quoique élevé par sa grande autorité et son grand pouvoir en son pays et dans toute la Gaule, s'employait à sa ruine. ^

Or, afin d'en venir au détail et démêler l'obscurité qui peut former des doutes, je remarque que César se sert indifféremment du mot de principatus et de regnum pour signifier la même chose.

Quand Oi^étorix eut persuadé à Dumnorix d'usurper le règne de son pays, comme lui le voulait faire du sien , il l'assure de lui conquérir par l'aide de ses troupes le royaume de sa cité, — se suis copiis suofue

copiam in castris habebat , in bis DiviUaco et Lîsco, qui sammo magistraiu praeerat.... graviter eos accusai.

* Bello Helvetiorum confecto , totius fere Galliae legati, principes dvitaUim , ad Caesarem gratulatuni conveneruni.... uû sibi conciiinm totius Galliae in diem certam indicere.... liceret. Ea re permissa.... Eo consilio dimisso, iidem principes civitatum, qui ante fuerant ad Gaesarem , revertenint , petieruntque , uti sibi secreto in occulto de sua omniumque sainte cum eo agere liceret.... Locutus est pro bis Divitîacus .flduus*

* .... Quum ipse gratia plurimum domi, atque in reliqua Gallia possel.

exercitu illis régna conciliaturum confirmai. — Un peu auparavant , il dit que Divitiac — principatum in civitate obtinebaty — qui vaut autant que regnum. Si vrai que Liscus rapportant le discours séditieux que tenait au peuple Dumnorix, il le conçoit en ces termes : que si les Eduens ne pouvaient être maîtres des Gaules, il valait mieux qu'ils souffrissent la domination des Gaulois que celle des Romains ^ ; et il ajoute ensuite que Dumnorix haïssait César et les Romains pour son intérêt particulier, parce que par leur arrivée sa puissance avait été diminuée et son frère rétabli dans celle qu'il possédait auparavant ; que si les Romains étaient défaits, il avait espérance de se faire roi de son pays â la faveur des Helvétiens , et que par l'empire des Romains il perdait l'espérance du trône et de se conserver le crédit qu'il avait ^ . Or , quel peut être l'honneur et l'autorité en laquelle Divitiac était rétabli, sinon celle de la principauté qu'il obtenait sur tous les autres princes de l'état des Eduens, qui étaient en grand nombre, ainsi qu'il est remarqué au livre i.", savoir les Sénonais, Suessionais et Beauvoisiens; et lorsque Vercingétorix [livre vu] fut choisi pour général de l'armée gauloise, il tint un conseil de guerre avec les princes des cités; et au livre i/% ch. 31, les princes des Gaules retournèrent à César pour conférer avec lui secrètement. En ces deux endroits, Planudes, traducteur des Commentaires de César sur la Guerre des Gaules, rend toujours principes par ap^^ovreç.

Enfin, lorsque Eporédorix et Viridomar étaient en jalousie et en dispute entre eux, ce n'était pour autre chose que pour la principauté : — His

* Si jam principatum Galliae obtinere non possint , Gallorum , quam Romanorum , imperia pei Terre satius esse.

* Odisse suo nomine Csasarem et Romanos, quod eorum adventu potentia ejus dimiauta, et Divitiacus frater ia aatiquum loeum gratiae atque bonoiis sit restitutiis. Si quid accidat Romanis, summam in spem regni per Helvetios obtinendi venire; imperio populi i*omani non modo de regno, sed etiam de ea , quam bat)eat , gralia desperare.

eral tnler se de principatu contentio : jcepi -nt è^xartitti. Or, si Djvitiac — principalum in civitate habebat, — et que civUas soit tout l'état et tout le pays, il faut demeurer d'accord, conséquemment . que celui qui avait la principauté de la cité était plus que les rois, qui étaient dépendants de la cité, comme l'état Eduén, dans lequel Âmbiorix et CaLivulcus, rois de ceux d'Evreux [livre vu], Cavarinus, roi des Sénonais [id. ch. f)h], et Galba, roi des Suessionais [livre ii], étaient ïn fide £duorum.

De la milice des Eduens, leurs armes, habillements de g^aerre et autres ornements;

leurs exploits militaires.

Les Eduens ont eu plusieurs guerres avec les Arvernes et les Séquanais, lesquels, enviant leur alliance avec le peuple romain et jalousant leur grandeur, avaient appelé les Germains à leur secours, au nombre de six vingt mille hommes, pour les opprimer. Ce nombre, toutefois, n'avait pas abattu leur courage, et avec leurs clients ils leur avaient livré deux batailles dans lesquelles ils avaient été entièrement défaits, plus par la multitude des ennemis que par faiblesse; en sorte qu'au lieu du premier rang qu'ils tenaient dans les Gaules par leur valeur, ils avaient été contraints de donner des otages et de se soumettre à une misérable servitude. ^

' Galliâe totiiis factiones esse duas : harum alterius principatum tenere iflduos, alterius Arvernos. Hi quum tantopere de potentatu inter se multos annos contenderenl , factum esse, utiab Arvernis Sequanisque Germani mercede arcesserentur. Horum primo circiter millia xv Rhenum transisse : posteaquam agros et cultum et copias Gallorum homines feri ac barbari adamassent , traductos plures : nunc esse in Gallia ad c et xx aiillîum numerum : cum his ^Eduos , eorumque clientes semel atque itenim armis contendisse ; magnam calamitatem pulsos accepisse , omnem nobilitatem , omnem senatum , omnem equitatum amisisse. Quibus prseliis calamitatibusqiie fractos, qui et sua virtute et populi romani hospitio atque amicitia plurimum ante in Gallia potuissent, coactos esse Sequanis obsides dare nobilissimos civitatis , et jurejurando civitatem obstringere , sese neque obsides repetituros, neque auxilium a populo romano imploraturos , neque recusaturos, quo minus perpetuo sub illorum ditione atque imperio essent.

Ils ojit eu aussi des guerres avec les Helvétiens lorsqu'ils passèrent sur leurs terres pour s'emparer de la Gaule , au nombre de 368 mille hommes, auxquels ils s'opposèrent bien; mais n'y ayant pu résister, ils furent contraints de recourir à César.

Ces grandes guerres contre de si puissants ennemis sont une preuve que les Eduens étaient belliqueux et entendaient très bien la guerre , s'y étant toujours adonnés; cela est si vrai, qu'il conste par la Notice de l'Empire romain dressée sous Honorius et Arcadius qu'y ayant plusieurs fabriques dans les Gaules sous la disposition d'un maître des ouvriers , celle de cuirasses était établie à Autun comme celle de flèches à Mâcon. *

De même, sous l'autorité du gouverneur de Mayence, le colonel des Sarmates gardait Autun, et l'amiral des vaisseaux de la Saône faisait sa demeure à Chalon ^. Chalon et Mâcon étaient de l'état des Eduens.

Leurs armées étaient composées de cavalerie et d'infanterie : la cavalerie se formait de la noblesse et de l'éUte des enfants de bonne maison, comme étant la principale force de l'état; et c'est de là, à ce que je crois, que la noblesse gauloise est appelée par César équités.

Dans le corps de l'infanterie étaient toute sorte de personnes , et principalement les clients et les vassaux des plus riches de l'état, ainsi que je l'ai fait remarquer en parlant de Dumnorix ; ce que je puis encore confirmer , par César , livre v , comme une chose ordinaire à tous les Gaulois : César ayant résolu de marcher contre ceux de Trêves partagés en deux factions, dont les chefs étaient Induliomare et Cingétorix, celui-ci n'eut pas plutôt appris la venue de César et de ses légions, qu'il

' Sub dispositione vîri illustris magîstri officiorum, fabricae in Galliis, Augustodunensis loricaria, Maiisconensîs sagittaria.

* Sub dispositione viri spectabilis ducis Maguntiacensis, in provincia Lugdunensi prima prsefectus classis Araricse , Cabaloduno , in Gallia prsefectus Sarmatarum gentilium , Augustodunum.

le vint trouver et l'assura que ceux de son parti n'abandonneraient point Falliance de$ Romains. ^

L'armée était commandée par un général. Eporédorix l'avait été dans la guerre des Eduens contre les Séquanais et les Germains, au témoignage de César, livre vu, puisqu'il nomme les principaux qui furent pris à l'attaque que Vercingétorix leur fit, entre lesquels fut Eporédorix. 2

En la guerre contre les Helvétiens, Dumnorix conduisait la cavalerie*; et, au livre v, César voulant partir pour l'expédition d'Angleterre, et désirant ôter les occasions de révolte aux Gaulois pendant son absence, il voulut emmener Dumnorix à cause de son naturel ambitieux et remuant. Mais celui-ci voyant qu'il ne pouvait obtenir de rester en Gaule, se retira à la dérobée de l'armée avec la cavalerie Eduenne, laquelle, après sa mort, retourna au camp de César. ^

Après la mort de Dumnorix, Cotus succéda à sa charge et était colonel de la cavalerie des Eduens en la bataille que Vercingétorix livra à César allant au siège d'Alise : — Cotus ^prœfectus equitum, lib. vn, ch. 67.

Et enfin le soulèvement de la Gaule contre les Romains ayant été résolu sous la conduite de Vercingétorix , ce chef donna le commandement au frère d'Eporédorix de dix mille hommes de pied ^ et huit cents

' Cingetorix, simul atque de Csesaris legionumque adventu cognitum est, ad eum venit; se suosque omnes in officio futuros, neque ab amicitia populi romani defecturos confirmavit.

* .... Quo duce ante adventum CsBsaris ^ui cum Sequanis bello contenderant.

' Nam equitatu, quem auxilio CsBsari i£dui miserant, Dumnorix prseerat.

^ . . . . Dumnorix cum equitibus iEduorum a castris , insciente Caesare , domum discedere cœpit. (Quo inierfecto) i£dui équités ad Caesarem omnes revertuntur.

^ His constîtutis rébus , ^Eduis Segusianisque , qui sunt finitimi Provincial, x millia peditum imperat : bue addit équités dccc. His prseficit fratrem Eporedorigis, bellumque inferre Allobrogibus.

chevaux , pour porter la guerre dans la province romaine par le pays des Aliobroges. Ces troupes avaient été levées chez les Eduens et les Ségusiens leurs clients.

L'infanterie avait aussi son chef particulier. Litavic se reconnaît pour en avoir été un lorsqu'il mena dix mille hommes que les Eduens envoyaient à César, au siège de Gergovie * ; et Cavarillus, après la défection de Litavic, commanda l'infanterie dans l'attaque donnée pendant la marche de César allant assiéger Alise. *

Les Eduens étaient puissants en cavalerie, si vrai, que César, étant pressé par les Helvétiens, envoya pour les reconnaître sa cavalerie composée de quatre mille chevaux levés dans la Gaule narbonnaise et dans le pays Eduen. Leur infanterie était si considérable que, Vercingétorix étant allé attaquer ceux du Berry, ces peuples ne s'adressèrent qu'aux Eduens pour les secourir, auxquels ils envoyèrent de la cavalerie et de l'infanterie. ^

Or, ces corps avaient leurs cornettes et leurs enseignes, pour distinguer les compagnies, lesquelles ils portaient à la guerre, aux fêtes et aux solennités publiques. La défaite de l'armée gauloise devant Alise fut si grande, qu'on porta à César 74 drapeaux conquis sur elle, entre lesquels il ne faut point douter que ceux des Eduens ne fussent mêlés, puisqu'ils faisaient la principale partie des troupes. ^

' Placuit, uti Litavicus decem illis mîllibus, quâe Csesari ad bellum roitterentur praeficeretur.

- .... Et Cavarillus, qui post defectionem Litavici, pedestribus copiis praefuerat.

^ Ejus adventu Bituriges ad ^Eduos, quorum eraut in fide, iegatos mittunt subsidîum rogatum.... ^Edui.... copias equitatus peditatusque subsidio Biturigibus mittunt.

* Signa militaria lxxiv ad Caesarem referuntur : pauci ex tanto numéro (savoir cinquante-cinq mille hommes) se incolumes in castra recipiunt.

La coutume des Gaulois était, lorsqu'ils traitaient de quelques ligues ofiFensives et défensives, de se donner des otages; mais comme après la mort d'Acco, exécuté par ordre de César, les princes de la Gaule, s'étant assemblés, s'excitèrent à se mettre en liberté et à secouer le joug des Romains, ceux de Chartres s'étant offerts de commencer la révolte, et n'osant s'entre - donner des otages de crainte d'éventer l'affaire , ils demandèrent que par l'approche des étendarts , qui est parmi eux un serment très solennel , on jurât de ne les point abandonner. *

C'était aussi parmi eux une coutume militaire lorsqu'ils voulaient exécuter quelque grande entreprise , laquelle s'achevait d'ordinaire par la cavalerie, de s'obliger par serment. Nous en lisons un exemple illustre au livre vu. Lorsque Vercingétorix , après avoir assemblé les colonels de la cavalerie, les exhorta à jouir de la victoire sur les Romains qui fuyaient, en les attaquant dans leur marche, ils s'écrièrent qu'il fallait obliger chaque cavalier par serment de percer deux fois la bataille des Romains, sans quoi il serait infâme et privé pour jamais de la vue de ses parents et de sa patrie ; et tous jurèrent de le faire. ^

Je me persuade facilement que les coutumes importantes de la Gaule étaient générales, et principalement celles de la conduite des enfants qu'ils élevaient tous à la guerre. Au rapport de César, livre vi, les enfants

* .... Principesque (Carnutes) ex omnibus bellum facturos pollicentur; et, quoniam in praesentia obsidibus cavere inter se non possint, ne res efleratur ut jurejurando ac Me sanciatur, petunt, collatis militaribus signis, quo more eorum gravîssimae cserimoniae continentur.

* Vercingétorix.... conyocatisadconciliumpraefectisequitum,c venisse tempus victoriae demonstrat : fugere in Provinciam Romanos, Galliaque excedere > . .. . Gonclamant équités, c sanctissimo jurejurando confirmari oportere , ne tecto recipiatur, ne ad liberos , ne ad parentes, ne ad uxorem aditum habeat, qui non bis per agmen hostium perequitarit. » Probata re, atque omnibus ad jusjurandum adactis....

ne paraissaient point en public devant leurs pères qu'ils ne fussent en âge de porter les armes et servir la république; estimant que c'était une chose mal séante de les souffrir en leur présence aux assemblées avant ce temps , tant ils méprisaient la fainéantise et les persoilnes inutiles. *

C'était une coutume militaire des Gaulois de jeter de grands cris pour exciter le courage de leurs soldats. Ambiorix , prince des Liégeois , Eburones, ayant attaqué Sabinus et Gotta, commandant une légion et cinq cohortes, et Sabinus se sentant pressé et étant venu à un pourparler, lui et ses gens sont environnés et taillés en pièces : alors les Gaulois commencèrent à crier victoire, selon leur coutume, et enfoncèrent les bataillons^. Le même arriva au siège d'Alise où le secours leur étant venu, les Gaulois ayant mêlé parmi la cavalerie des gens de trait et des soldats armés à la légère, et ayant eu d'abord de l'avantage, comme assurés de la victoire ^, ils animaient leurs soldats par leurs cris ^. Ces cris n'étaient pas inutiles, puisqu'ils étonnèrent les Romains qui les entendaient derrière eux, croyant par le signai ordinaire aux Gaulois que la victoire leur était acquise ^. Lorsque les soldats étaient campés, ils s'asseyaient sur des fascines et des bottes de paille, au rapport d'Hirtius, livre viii de

* .... Suos liberos,.nisi quum adoleverint, ut munus militîae sustinere possint, palam ad se adiré non patiuntur; filiumque puerili aetate in publico, in conspectu patris, assistera turpe ducunt.

"^ Tum vero suo more (Galli) victoriam conclamant, atque ululatum toUunt, impetuque in nostros facto, ordines perturbant.

^ Ici finit la partie imprimée lorsque arriva la mort de l'auteur.

* Galli inter équités raros sagittarios expeditosque levis armaturae interjecerant

Quum suos pugnse superiores esse Galli confiderent , et nostros premi multitudine vidèrent clamore et ululatu suorum animos confirmabant.

^ Multum ad terrendos nostros valuit clamor, qui post tergum pugnantibus exstitit.

la Gueire des Gaules ^. C'était aussi une marque de dédition de tendre les. mains à Tennemi. Nous en lisons deux exemples dans César ^ au livre VII 2. Lorsque la fourbe de Litavic étant découverte par la vue d'Eporédorix et de Viridomar, qu'on supposait avoir été assassinés par les Romains, tandis qu'ils étaient parmi les troupes de César^ les'-Eduens révoltés tendirent les mains en jetant leurs armes et demapdèrent quartier.

Le second exemple est lorsque César faisant retraite devant Gergovie, il y eut des soldats qui, s'étant emportés jusqu'aux murailles de la ville et approchés des portes, mirent une telle épouvante parmi les habitants, qu'il s'y fit un grand cri. Les femmes jetaient leurs habillements et leur argent par-dessus la muraille, implorant la miséricorde des Romains, les bras étendus et la gorge découverte ^. Comme aussi le secours étant venu à Gergovie , ces femmes qui auparavant tendaient les bras aux Romains paraissent échevelées, selon leur coutume, en montrant leurs enfants à leurs maris, les encourageant à se défendre. ^

* Fasces,ubi consederant (namque in acte sedere Gallos consuesse.... declaratum est) stramentorum ac virgultorum , quorum summa erat in castris copia , per manus inter se iraditos , ante aciem coUocaverunl.

* Litavid fraude perspecta, ^Edui manus lendere, et deditionem significare, et projectis armis mortem deprecari incipiunt.... Ex. omnibus urbis partibus orto clamore, qui longius aberant, repentino tumultu perterriti, quum hostem intra portas esse existimarent sese ex oppido ejecerunt. Matresfamiliae de muro vestem argentumque jactabant , et pectoris fine prominentes, passis manibus obtestabantur Romanos, ul sibi parcerent. [liv. vu, ch. 40 et 47.]

' Matresfamilise, quae paulo ante Romanis de muro manus tendebant, suos

obtestari, et more gallico passum capillum ostentare, liberosque in conspectum proferre cœperunt.

^ Jubet (Cœsar) arma tradi, principes produci. Ipse in munitione pro castris consedit : eo duces producuntur. Vercingetorix deditur, arma projiciuntur.

Jeter ses armes était aussi la forme de demander quartier; nous l'avons déjà annoté en la révolte de Litavic qui, lorsque les Eduens, — prqjectis artnis , mortem deprecati sunt , — et , je le remarque encore , lorsque Vercingétorix , à la bataille d'Alise , fut livré et les armes aussi. — Chàteau-Landon , Vellaunodunum , au territoire de Sens , se rendant à César, livra armes et chevaux. *

Je ne puis omettre une autre coutume militaire , lorsque l'armée approuvait la résolution des chefs. Vercingétorix, après s'être justifié de la trahison dont on l'accusait, de s'être éloigné sur l'approche des Romains avec toute la cavalerie, ils s'écrièrent tous qu'on ne pouvait pas mieux faire la guerre, l'appelant grand capitaine, et font bruire leurs armes en signe d'applaudissements. ^

Reste à parler de l'habillement de guerre des Eduens et des armes dont ils se servaient II faut demeurer d'accord qu'ils en avaient de particulières et semblables toutefois à celles des autres Gaulois : ce qui se remarque par un passage du livre ii *. Lorsque César ayant confié la conduite des coureurs à Considius, pour découvrir l'état de l'armée helvétienne, il revint à toute bride dire que les ennemis étaient maîtres de la montagne, ce qu'il avait aisément connu à leurs drapeaux et à leurs armes. Et pour justifier que leur habillement de guerre était semblable à ceux des autres Gaulois, c'est qu'au siège de Gergovie, César ayant fait monter les Eduens d'un autre côté de la montagne pour amuser les ennemis, et ayant paru tout d'un coup, ils étonnèrent les Romains par

^ .... Tertio die missis ex oppido Isatis de deditione, arma proferri, jumenta produci, m: obsides dari jubet.

' Conclaroat omnis multitudo, et suo more armis concrepat; quod facere in eo consuevenint , cujus orationem approbant.

^ .... Id se a Gallicis armis atque iusignibus cognovisse.

la ressemblance de leurs armes avec celles des Barbares . quoiqu'ils parussent le bras droit découvert , ce qui est parmi eux le signe de la paix. ^

Parmi leurs soldats ils avaient des sagittaires , ainsi que je l'ai montré par le passage tiré du livre vn. Ils se servaient de javelots. César, au même livre, le dit nettement, lorsqu'au siège d'Alise il posa son cajnp de sorte que les ennemis ne pouvaient blesser les travailleurs de leurs javelines 2. Leurs traits étaient appelés ^^^/i^ et pour faire mieux connaître quelle était leur figure , j'ai dans mon cabinet une médaille de la Gaule, trouvée à Autun, où on voit représenté le javelot gaulois et qui fait connaître parfaitement leur forme et façon. Leurs casques étaient d'airain, ornés de figures d'animaux « de cornes, de crêtes ou de pointes qui avançaient pour heurter l'ennemi en l'affrontant au combat, et même d'aigrettes ou panaches ressemblant à des huppes d'alouettes , dont la légion composée de Gaulois, élevée par César, avait pris le nom d'alatuta^ ainsi qu'il se voit en divers habillements de tête représentés sur diverses médailles trouvées à Autun. Us portaient une saie et étaient habillés à la légère , — expeditos levis armaturœ , — et se servaient du bouclier et de la jayeline, comme il se voit en une onyx antique trouvée aux bains de Bourbon-Lancy , que les héritiers de M. Aubens, fameux médecin à Moulins , conservent avec plusieurs autres morceaux. Outre qu'il est constant que le bouclier leur était tellement propre, qu'Eumène, en son Panégyrique à Constantin, dit que Divitiac harangua au Sénat, appuyé sur son bouclier.

' Subito sunt Mdm visi , ab latere noslris aperto» quos CsBsar ab dextra parte alio ascensu, manus distinendse causa, miserat. Hi similîtudine ariDorum vehementer noslros perterruerunt : ac, tametsi dextris humeris exsertis aniiuadvertebantur, quod insigne pacatum esse consuerat.

* .... Ne inlerdiu tela in nostros, operi destinâtes, conjicere possent.

Enfin, pour savoir quelle était leur milice et les habillements du temps de Tibère, j'emploierai Tacite, livre m de ses Annales, lorsqu'il décrit en ces termes la révolte de Sacrovir : t Les villes de la Gaule, accablées d'impôts, prirent occasion de se révolter. Julius Florus fut un puissant

auteur de la révolte à Trêves, comme Julius Sacrovir à Autun. Ils étaient nobles tous deux , de maisons illustres et qui par leurs belles actions avaient mérité le droit de citoyens romains en un temps où on ne l'accordait que rarement et par récompense à la vertu. Florus suscita les Belges, et Sacrovir les Eduens : semant divers propos dans les compagnies et dans les assemblées touchant la rigueur des tributs et impôts qui continuait, il blâmait la cruauté, l'orgueil du gouvernement, et représentait que l'occasion ne se retrouverait jamais de recouvrer la liberté. La sédition fut étouffée dans Angers et dans Trêves par Visellius Varon , secouru des grands du pays qui cachaient leur rébellion pour la faire établir en meilleur temps. Sacrovir y parut combattant pour les Romains, la tête nue pour être reconnu par les Gaulois et n'être point blessé par les siens dans le combat. La révolte fut grande à Autun à cause que l'état était le plus puissant et le moyen de l'étouffer plus éloigné qu'à Trêves. Comme çlle était la capitale de l'état Eduen et l'école de la noblesse des Gaules qui y étudiait, Sacrovir se saisit des jeunes hommes comme un gage de l'affection de leurs pères, et leur mit entre les mains des armes qu'il avait fait forger secrètement. Ses troupes montaient à quarante mille hommes, dont la cinquième partie fut armée à la romaine, le reste d'épieux, de coutelas et d'autres équipages de chasseurs. Les esclaves même destinés à la gladiature furent équipés à la façon du pays d'une armure toute d'une pièce, fort bonne pour la défense, mais mal à propos pour l'attaque. Ils appellent crupellaires, crupellarii, ceux qui sont ainsi armés, (e)

Silius marche à grandes journées contre les ennemis et ravage en passant les terres des Séquanais leurs voisins et leurs alliés. Sacrovir

s'avance à douze milles d'Autun , range son armée en bataille dans une rase campagne et met les cuirassés à la tête, sur les ailes, en arrière des cohortes et derrière les plus mal armés. Pour lui, monté sur un superbe cheval, il allait par les rangs, accompagné des principaux de son camp, et faisait souvenir les Gaulois des glorieux exploits de leurs ancêtres, et de ce qu'ils avaient fait autrefois contre l'empire romain. Combien la liberté était honorable au vainqueur, le danger qu'il y avait de retomber dans une plus grande servitude que celle qu'ils supportaient. Silius, d'autre côté, criait à ses soldats emportés par l'ardeur de vaincre, que c'était une honte aux vainqueurs de la Germanie de combattre contre les Gaulois comme contre un ennemi; qu'une cohorte avait dompté ceux de Tours, un régiment de cavalerie avait remis dans le devoir ceux de Trêves; que les Séquanais avaient été abattus par quelques troupes de son armée; que les Eduens étaient d'autant plus faibles qu'ils étaient plus riches et plus voluptueux ; qu'il n'y avait qu'à les vaincre et les poursuivre dans leur fuite.

L'armée jette de grands cris, la cavalerie fond sur les ailes, l'înïanterie attaque la bataille ; ceux qui étaient sur les flancs plièrent d'ab9r4 ^ les cuirassés soutinrent quelque temps par la bonté de leurs armés avec l'épée et le javelot; mais les Romains, outrés de leur résistance, ayant saisi la hache et la cognée, comme s'ils eussent démoli un mur, coupaient

les couvertures de leurs armes, tronquaient les corps ou les renversaient à coups de fourches et de levierjs, sans qu'ils pussent se relever, comme s'ils eussent été morts. Sacrovir s'enfuit avec les siens dans Autun , mais craignant d'être livré aux ennemis et désespérant de se relever de sa défaite, il se retira dans un château voisin où il se tua, et ceux qui l'avaient suivi s'entre-donnèrent la mort à son exemple. Enfin, ce château ayant été brûlé, il les ensevelit tous dans un même tombeau.

doi)a^^?âS ^.

De l'entrée de Jule» César au pays des Eduens et du siège d*Alise.

L'oppression aveugle ordinairement ceux qui la souffrent, et pour s'en délivrer on invoque souvent le secours d'amis qui, se prévalant de la faiblesse de l'opprimé, deviennent ses plus cruels ennemis, et au lieu de l'affranchir de la domination étrangère l'asservissent sous la leur. Les Eduens sont un exemple illustre de cette proposition , lorsque voyant que les Helvétiens passant du pays des Séquanais sur leurs terres les avaient ravagées, et n'étant pas assez forts pour s'y opposer, députent à César et lui représentent qu'ayant toujours été très affectionnés au service du peuple romain, c'était une honte qu'on saccageât leur pays à la vue d'une armée romaine. *

Voilà le commencement de la subjectîon des Eduens, quoique César ne contribue que peu à venger leurs injures même avec leur aide. Mais ils n'eurent pas plutôt appelé les Romains qu'ils reconnurent leur faute et en témoignèrent leur repentir par les moyens qu'ils recherchèrent pour la réparer, prévoyant bien qu'ils travaillaient eux-mêmes à leur servitude. Alors et pour cela ils différaient de livrer du blé à l'armée de César, afin qu'elle pérît par famine, d'après le conseil de Dumnorix,

' Helvetii jam per angustias et fines Sequanonim suas copias traduxerant, et in ."Eduorum fines pervenerant, eorumque agros populabantur. ^Edui, quum se suaque ab iis defendere non possent , l^atos ad Caesarem mittunt rogatum auxillum : c Ita se omnî tempore de populo romano meritos esse, ut pêne in conspectu exercitus nostri, agri vastari, liberi eorum in servitutem abduci, oppida expugnari non debuerint. >

lequel par sa fuite avait donné lieu à celle des autres et causé la défaite d'un corps de cavalerie, et qui leur représentait qu'il ne fallait pas douter que les Romains victorieux ne leur ôtassent la liberté aussi bien qu'aux autres ; mais cet effort de leur liberté eut un succès contraire à leur dessein, et César ayant remporté la victoire sur les Helvétiens, les Eduens prirent occasion de s'engager davantage sous sa dépendance, et croyant secouer entièrement le joug de leurs ennemis, retournèrent une seconde fois à lui pour se délivrer de la tyrannie d'Arioviste. Ils jugèrent bien pourtant de la suite et des conséquences de cet engagement, et néanmoins le mal présent leur était tellement insupportable, qu'ils hasardaient à souffrir l'avenir en espérance de quelques changements à leurs infortunes.

César ayant cependant préoccupé les esprits des Eduens qu'il augmentait leur grandeur en les conservant, il les détruisait petit à petit sous des prétextes apparents , car il feint dans ses Commentaires , livre v * . qu'il fit tuer Dumnorix pour le regard de ceux d'Autun qu'il consid^ait extrêmement. Mais à la vérité pour se rendre maître d'un pçnple, faisant mourir ceux qui pouvaient par leur autorité lui faire obstacle , et pour mieux les surprendre, il avait soin de les gratifier en toute occasion.

A cet effet, lorsque ceux de Sens se révoltèrent sous Acco, et qu'ils eurent obtenu la paix par l'entremise des Eduens , César confia à* leur garde . cent otages que les Sénonais livrèrent par son ordre pour assurance de leur fidélité K Et parce qu'il n'ignorait pas les justes sujets que les Eduens avaient de se plaindre de ses usurpations , ayant appris à Rome la révolte générale des Gaules, il se rend sans s'arrêter î^ Langres, traversant le pays des Eduens, afin de les prévenir s'ils avaient quelque mauvais dessein contre lui. Comme Vercingétorix délibéra d'attaquer Moulins

* .... Quod tantum civitati iEduse dignitatis tribuerat.

* Obsidibus imperatis centum , hos ^uis custodiendos tradit.

(Gergovia Boiarum), où César avait établi les Boïens, après la défaite des Helvétiens, sous la juridiction des Eduens. Cela lui donna de Tinquiétude pour en empêcher la prise, de crainte qu'un tributaire des Eduens étant subjugué, toute la Gaule ne l'abandonnât, si ses plus fidèles amis ne recevaient aucun appui de lui. C'est pourquoi il exhorta les Eduens à fournir des vivres, les Boïens à rester fermes et à soutenir vigoureusement Tattaque des ennemis, sur l'assurance d'un prompt secours; et à cet effet, il fit mettre le siège devant Bourges (Avaricum), et quoiqu'il sollicitât les Eduens et les Boïens de lui envoyer des vivres , il ne pouvait en recevoir beaucoup à cause de la négligence des uns et de la pauvreté des autres.

Mais quoique César semblât les favoriser , pardonnant aux soldats qui avaient suivi Litavic , lesquels il pouvait perdre par le droit des armes , ainsi qu'il leur fit savoir, ils résolurent cependant de se préparer à la guerre par crainte du châtiment, qu'ils jugeaient n'être différé par César, que parce qu'il appréhendait d'être enveloppé de toutes parts dans une révolte générale , et sans doute la défection des Eduens fut la cause de la guerre.et du siège d'Alise.

Les Beauvoisiens , sur cette nouvelle, lèvent des troupes. La guerre s'allume, ils y engagent toutes les Gaules et appellent Vercingétorix qui, après un combat où il eut du pire, se retire vers Alise où César le suit et l'assiège.

Ce siège est si fameux et forme une si belle partie de l'histoire d'Autun , que j'ai cru devoir en faire une relation en gros.

Alise, si nous en croyons Diodore de Sicile, livre v, fut bâtie par Hercule, et était la métropole de toutes lès Gaules, libre, indépendante jusqu'au temps de César qui la prit et la soumit au pouvoir du peuple romain. Son nom se trouve écrit diflfèremment dans les auteurs. Dans Diodore, Plutarque et César, c'est Jlesia. Planude la traduit ÀXeÇia que Velléius Paterculus a suivi ; Strabon l'écrit AXXedia , et Orose Jlosia. Mais enfin tous conviennent, avec César, que c'est Alise, ville des

Mandubiens. Elle était bâtie sur le faite d'une haute montagne au pied de laquelle coulaient deux rivières qui la baignaient de part et d'autre. Au-devant de la ville il y avait une plaine de quelque trois quarts de lieues d'étendue, le reste étant environné de collines de semblable hauteur, à peu de distance de la place. La circonvallation des Romains avait près de quatre lieues de tour et était défendue par vingt-trois forts où l'on faisait garde jour et nuit, et par plusieurs tours à 80 pieds l'une de l'autre , puis par cinq fossés et cinq rangs de ceps ( abattis , branches entrelacées), huit rangs de lys (palissades) et un rang d'aiguillons (chausses-trappes). Outre cela, César fit tirer une autre circonvallation ou ligne retranchée de cinq lieues de circuit contre les secours qu'on pouvait amener. La place renfermait pour sa défense 80 mille hommes

d'élite qui, n'étant pas estimés suffisants par Vercingétorix , il renvoya tous ses cavaliers en leur pays pour en ramener tous les hommes en état de porter les armes; en exécution duquel ordre, les états de la Gaule assemblés pour éviter le désordre et la confusion , et crainte d'une disette (par défaut de culture) se contentèrent seulement de choisir un certain nombre dans tous les peuples, dont la revue générale s'étant faite dans l'état Eduen, elle se trouva monter à 8 mille chevaux et à quelque 2/iO mille hommes de pied sous le commandement de quatre chefs, Eporédorix et Viridomar , Eduens , l' Artébate Comm et Yergasillaunus l'Arveme; ils marchèrent au secours d'Alise qui songeait à se rendre sans la généreuse résistance de Gritognat qui chassa les habitants dé leur ville parce qu'ils criaient au pain , et que César refusa de recevoir dans son camp. Le secours paraît, les escadrons de cavalerie courent la plaine, l'infanterie se place sur des collines, on se range en bataille sous les murailles, on comble les fossés encombrés de haies et de fascines, on attaque les lignes , le combat dure depuis midi jusqu'au soir. Les Gaulois plient devant un gros escadron de Germains et les gens de trait sont taillés en pièces.

Deux jours après, les Gaulois retournent à la charge vers minuit pour forcer les retranchements. Vercingétorix en même temps fait une sortie et les attaque sur un autre point ; mais n'ayant pu enfoncer les Romains, le jour étant venu, ils se retirèrent. Se voyant ainsi repoussés avec perte , ils tiennent conseil où ils avaient appelé ceux qui avaient connaissance du pays, et ils en apprennent qu'il y avait une montagne que Cé.sar n'avait pu enfermer dans ses lignes qui avaient été tirées sur la pente avec beaucoup de désavantage. Vergasillaunus a ordre d'attaquer par là les Romains avec 60 mille hommes ; il le fait sur le midi, pendant que de son côté Vercingétorix sort de la place avec toutes ses troupes et tous les préparatifs pour donner un assaut général. Là les Gaulois s'animent à faire un dernier effort pour recouvrer leur liberté , et les Romains pour recueillir le fruit de leurs travaux. La bataille est opiniâtrée des deux parts : Jies Gaulois y font merveille , les Romains résistent au-delà de leurs forces. César, après avoir envoyé des troupes de rafraîchissement à plusieurs fois, y accourt lui-même; les retranchements sont forcés par les (xaulois, mais par un coup de désespoir, les Romains ayant rallié toutes leurs forces, chargent ensemble, font lâcher pied aux Gaulois dont ils font un grand carnage. Ceux d'Alise se retirent en la ville et le lendemain se rendent à César.

Enfin , pour conclure le siège, Plutarque remarque que César n'a jamais témoigné tant de courage, de hardiesse et de force que dans cette occasion , dont Patercule étant surpris s'écrie : Circa Alesiam vero tatUœ res gestœ, quantas audere vix hominis, perficere pêne nullius, nisi dei fuerit. Voilà une insigne flatterie, et je ne doute pas que si les Gaulois avaient décrit ce siège on ne diminuât infiniment de l'éclat et de l'estime que César a donnés de cette conquête.

(âoiia^Qiîâs m^

Défense des Eduens contre Taccusation de César, qui les taxe de légèreté

et d'infidélité ; de Tite-Liye , qui blâme en toute rencontre

les Gaulois, et de Tacite, qui les appelle lâches.

Il est facile à un ennemi qui écrit son histoire de blâmer ceux qu'il combat pour relever sa gloire. César en a usé de la sorte à l'égard des Eduens, lesquels il accuse de colère et de légèreté naturelle pour avoir pris les armes et massacré les Romains, sur les dépêches de Litayic qui leur avait mandé que César avait fait mourir les principaux de leur cité, Eporédorix et Vîridomar. Il est à propos de transcrire le passage tout au long du livre vn des Commentaires , pour répondre à cette injuste accusation : «Les Eduens, sur les premiers avis qu'ils reçoivent de Litavic, ne se donnent point le temps d'examiner : les uns par avarice , les autres par emportement et sans réflexion , ce qui est naturel à ceux qui prennent souvent un faux bruit pour chose vraie, pillent les Romains établis chez eux, les tuent ou les mettent en prison. Convictolitan excitait ces fureurs, afin que le peuple, une fois engagé dans le crime, eût honte de rentrer dans le devoir *. » Et plus bas, il les qualifie ouvertement de perfides, au sujet de ce qu'ayant passé la rivière d'Allier, Eporédorix et

* Dum haec ad Gergoviam geruntur, .^Edui, primis nuniiis a Litavico accepUs, nullum sibi ad cc^oscendum spatium relinquunt. Impellit alios avaritia , alios iracnndia et temeritas , quae maxime illi hominum generi est innata , ut levem auditionem habeant pro re comperta. Bona civium romanorum dîripîunt , caedes faciunt , in servitulem abstrahunt. Âdjuvat rem proclinatam Conviclolitanis, plebemque ad furorem împellit, ut, facinore admisso, ad sanitatem pudeat reverti.

Viridomar lui demandèrent leur congé pour prévenir Litavic et rassurer leur pays. Quoique César eût plusieurs preuves de la perfidie des Eduens, et qu'il fût persuadé que leur départ ne ferait que hâter la révolte, il ne jugea pas à propos de les retenir, de peur de faire croire à cette nation qu'il la craignait. ^

Je suis contraint, pour justifier les Eduens, d'emprunter les titres en cette justification de ceux qui n'ont rien oublié pour la supprimer. Si on examine donc les passages de César, on rejettera sur lui les reproches dont il veut les noircir, et on jugera que c'est par colère qu'il lésa blâmés; car les Eduens devaient- ils demeurer sans ressentiment de la cruauté commise ou de la tyrannie exercée contre leurs parents? N'étaient-ils pas obligés d'en prendre vengeance sur les parents des auteurs de l'homicide? Litavic, personnage estimé et de grand crédit parmi les Eduens, avait eu la conduite de dix mille hommes envoyés au secours de César; il écrit le traitement que ceux qui étaient déjà dans l'armée avaient reçu, et les exhorta à secouer le joug de tant de violence. Convictolitan , premier magistrat d' Autun , confirma la nouvelle donnée par Litavic et excita le peuple. Les apparences de ce soulèvement ne sont-elles pas justes et légitimes? Les plus prudents n'auraient -ils pas ajouté créance à ce discours? César informé de la vérité, il avoue que c'était un mouvement du peuple; et quoique, pour se faire valoir, il feigne de dissimuler qu'il connaissait autre chose que ce qu'il écrit, il veut toutefois persuadera la postérité que par prudence il impute ce soulèvement à la populace.

Mais, certes, outre cette justification prise des paroles mêmes de César, en voici une qui a pour fondement le principe naturel de la liberté, laquelle donne droit à chacun de s'y maintenir par toutes les voies qu'il peut : on ne peut retrancher des écrits de César cette obligation qu'il a

* Etsi multis jani rébus perfidiam^^uorum Ca;sar perspectam habebal, alque horum discessu admaturari defectîonein civkatis existimabat.

aux Eduens de l'avoir toujours appuyé et maintenu dans ses victoires, qu'on peut dire, qu'il a toutes remportées par leur aide et par leurs moyens. Au siège de Gergovie, ils le servirent utilement en ce que, au livre II, sur l'avis qu'il reçut des Rémois du grand nombre de troupes que chaque peuple de Belgique avait promis de fournir dans l'assemblée . entre autres que les Beauvoisiens, comme les plus belliqueux et les plus puissants , avaient offert soixante mille hommes d'élite et pouvaient mettre sur pied cent mille soldats , et avaient demandé le généralat de l'armée. César, craignant d'être accablé et de ne pouvoir résister à- tant de monde, recourt à l'Eduen Divitiac : il lui représente le péril où il était et combien il importait à la république et au sa^ut commun de faire diversion , afin de n'avoir pas à combattre en même temps toute la puissance des Gaules. Il lui indique le seul moyen d'éviter les rencontres, et le prie de retourner en son pays et d'entrer avec les forces des Eduens dans l'état des Beauvoisiens. Gela marque la puissance des Autunois, qu'il oppose seuls aux Beauvoisiens qui pouvaient mettre sur pied cent mille hommes.

Les Gaulois n'ayant pu alors rien exécuter de considérable sur César, tinrent conseil et résolurent de se retirer chacun chez eux, avec .ordre de courir de toutes parts au secours de celui qu'oti attaquerait le premier. Mais ceux de Beauvais contribuèrent entièrement à faire prendre cette résolution, parce qu'on ne put jamais leur persuader de demeurer dès qu'ils eurent nouvelle que Divitiac s'approchait de leur état avec les forces

Eduennes. Depuis, César étant délivré de tant de troupes, par leur départ volontaire , marcha contre les Beauvoisierfç , auxquels les Eduens témoignèrent une générosité signalée; car, comme César fut à cinq quarts de lieue de Beauvais, les vieillards vinrent au devant de lui et, lui tendant les bras , criaient qu'ils se rendaient. Les femmes et les enfants . à l'approche de la ville , étendaient les mains pour lui demander la paix. Divitiac qui, après la retraite des Belges et le renvoi de ses troupes, était

venu trouver César, s'entremit pour les Beauvoisiens et représenta qu'ils avaient été de tout temps dans l'alliance et sous la protection des Eduens; que les grands les avaient excités à prendre les armes, leur ayant fait accroire que les Eduens eux-mêmes étaient réduits en une misérable servitude; qu'il le prie d'user de clémence envers un peuple pour lequel les Eduens intercédaient, et que cette faveur augmenterait leur crédit parmi les Belges, du secours desquels ils se servaient dans leurs nécessités. César donc, en considération des Eduens, promit de les contenter.

Ce passage des Commentaires marque bien que la bonne ou mauvaise fortune des Eduens faisait le destin de toutes les Gaules. La liberté a des prérogatives qui rendent excusables toutes les actions qu'on entreprend pour .la posséder ou pour s'y maintenir, et qu'on blâme pour d'autres sujets, et je n'hésiterai point à dire que tout est permis pour la reprendre lorsqu'on nous la ravit, et que l'ingratitude en cette rencontre cesse d'être au nombre des défauts. Encore que César, au livre vu, eût insinué ce reproche à Eporédorix et Viridomar, en les faisant souvenir des obligations que les Eduens lui avaient , en ce que les ayant trouvés dépouillés d'une partie de leur état, renfermés dans les plus privés de tous leurs vassaux et leurs alliés, payant tribut à leur ennemi et fournissant des otages avec ignominie, il les avait rétablis en leur première grandeur et avait augmenté leur pouvoir et leur dignité.

Tous les peuples naissant avec cette forte inclination d'être libres, il faut moins s'étonnw que les Eduens en aient été jaloux, puisqu'ils avaient joui de la suprématie sur les Gaules, si vrai que le généralat de l'armée ayant été déféré à Vercingétorix , ils en furent affligés. Aussi, dans les Commentaires de César , nous ne lisons point d'autre motif de leur soulèvement que leur liberté qu'ils se voyaient enlever tous les jours.

Dumnorix, au livre i.", représente au peuple qu'il ne devait point douter que les Romains, victorieux des Helvétiens, ne leur ôtassent la

liberté aussi bien qu'aux autres peuples ^ César avoue lui-même que la liberté était due aux Eduens , répondant au reproche que lui faisait Arioviste, qu'il était injuste de les chasser d'un pays où ils étaient établis avant les Romains ; car il dit que , s'il fallait remonter plus haut , il se trouverait que les Romains avaient de plus justes prétentions que lui, Arioviste, sur les Gaules, et que, s'il fallait s'arrêter au jugement du Sénat, il leur fallait laisser la liberté qu'il leur avait conservée après sa victoire. ^

En toutes occasions les Eduens ont réclamé leur liberté. Dumnorix se trouve-t-il enveloppé par les soldats de César, il crie qu'il est né libre et citoyen d'une république ne relevant de personne. Aussi ce fut une injustice et une violence de César de faire assassiner Dumnorix. L'état Eduen n'était point réduit en province romaine pour en asservir les habitants : il n'avait aucun droit sur eux. Il en devait user comme il fit à l'égard d'Eporédorix et Vîridomar * , en laissant à Dumnorix, comme à eux, la liberté de demeurer ou de retourner dans leurs maisons. La différence de ce procédé condamne entièrement César, puisqu'il laisse jouir les uns de leur liberté et punit les autres qui en veulent user.

Si Convictolitan [ liv. vu, ch. 37, ] échauffe Litavic et ses frères à chasser les Romains, quel discours emploie-t-il ? Qu'étant nés pour commander et dans un pays libre, il leur était honteux de servir; que les Eduens seuls retardaient la liberté des Gaulois, retenant les autres par leur autorité; et bien qu'il eût obligation à César de sa nomination à la magistrature.

* .... Neque dubitare debere , quin , si Helvetios superaverint Romani , una cum reliqua Gallia iEduis libertatem sint erepturi.

* .... Liberam debere esse Galliam, quam bello vîctam suis legibus uti voluisset.

' Atque horum discessu admaturari defectionem civitatis existimabat , tamen

retinendos eos non censuit, ne aut inferre i^juriam videretur....

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