‹ Histoire de l'antique cité d'AutunChapitre 32 sur 43 · MO · texte numérisé non relu

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il préférait néanmoiDS à sa reconnaissance ce qu'il devait à la liberté commune, car il n'y avait aucune raison pour que les Eduens fussent plus obligés à plaider de leurs droits et de leurs démêlés devant César, que les Romains devant les Eduens.

Nonobstant ce reproche de légèreté, César a considéré toujours et a eu beaucoup de déférence pour les Eduens, lesquels demeurèrent fermes pour lui après la défaite de Sabinus, puisqu'il n'y eut que leur état et celui des Rémois dont il n'eut pas sujet de soupçonner la fidélité. Voici en quels termes César en parle au livre iv : « César ordonna à ceux de Sens de lui envoyer tout leur Sénat, mais ils refusèrent d'obéir. Cette hardiesse fit un tel changement dans les esprits, que, excepté les Eduens et les Rémois que César estimait extrêmement, les uns à cause de leur ancienne et constante fidélité envers le peuple romain, les autres pour les nouveaux services qu'ils lui avaient rendus dans les dernières guerres, il n'y eut peut-être pas une nation qui ne dût être suspecte * : » Si on pèse bien ces mots ; — pro vetere ac perpétua erga poputum romanum fide , — on reconnaîtra l'injustice du reproche de César.

Au siège d'Alise, Vercingétorix, après une grande défaite, tient conseil; il représente qu'il n'a entrepris la guerre que pour la liberté commune, et qu'il s'offrait pour victime à César, puisqu'il fallait céder à la fortune.

Vercingétorix est livré, et tous remettent leurs armes. César donne un prisonnier à chaque soldat par forme de butin , à la réserve des Arvemes et des Eduens qu'il garde pour tâcher par ce moyen de regagner leurs états; puis il .marche conti^e les Eduens qui le reçoivent et donnent des otages, après quoi il leur rend leurs prisonniers au nombre de vingt

' .... Quum is oronem ad se senatum (Senonum) venire jussisset, dicto audientes non fuerunt... taotainque omnibus voliiotatum commutationem attulit, ui, praeter iEduos et Reroos, quos pnecipuo semper honore Caesar habuit, alteros pro vetere ac perpétua erga populum romanum fide, alteros pro recentibus gallici belli officiis, nuUa fere civitas fueril non suspecta nobis.

— âli —

mille. Gela achevé, il envoie Cicéron et Sulpitius à Gbalon et à Màcoo. Quant à lui, il résolut de passer l'hiver à Autun (Bibracte).

Si les Eduens eussent été légers et infidèles de leur nature, ne se fussent -ils révoltés ouvertement que cette fois? Et César se fût -il fié si librement à eux , et ne les eût-il pas traités avec autant de rigueur que les autres? Mais comme leur amitié lui était avantageuse et servait d'exemple aux autres cités, il la rechercha avec soin et la cultiva par des caresses extraordinaires.

Hirtius , qui a continué les Commentaires de César , remarque qu'en la neuvième année de son gouvernement il mit quatre légions dans le pays des Beauvoisiens et autant dans le pays Eduen , pour tenir en bride les Gaules, parce que les uns étaient plus belliqueux et les autres avaient le plus d'autorité.

De ces passages , on voit évidemment que les Eduens ne sont aucunement blâmables de légèreté , ni d'infidélité ; puisqu'il est encore constant, par Eumène, qu'ils ont ouvert le passage à César pour la conquête des Gaules. Et de vrai , il n'est point trouvé plus de foi et de probité que chez les Eduens, témoin Divitiac, auquel César avait une entière confiance et dont il ne fut jamais abandonné. Ce sont eux qui rallièrent aux Romains les Sénonais révoltés à la sollicitation d' Acco ; ce sont eux qui ont assisté César à la conquête de l'Angleterre, nonobstant la mort de Dumnorix, à la prise de Bourges et au siège de Gergovie, sous la conduite d'Eporédorix et de Viridomar ; ils ont fait tellement profession d'être fidèles, que Litavic ayant excité sédition parmi les Eduens, il en fut désavoué par sa cité. Il faut demeurer d'accord que César se contredit si souvent, qu'on juge bien que ses Commentaires sont ajustés en plusieurs endroits aux maximes de sa politique et de son avancement contre les règles de la vérité historique.

Toutes les personnes qui ont quelque savoir sont contraintes d'avouer avec ingénuité que Tite-Live, à toute occasion , se déclare ennemi des

Gaulois et qu'il n'y faut pas ajouter grande foi. Voici les témoignages de Pierre de La Ramée, conçus en ces termes : — Gallicus tumultus fréquenter a lÀvio, sed inimice et contumeliose , ut de Gallis loqui fere solet notus est. — Voici les témoignages des personnes doct^ : Scoppa en ses Collectanées, livre !.•% chap. 18, reprend Tite-Live d'être partial, et emploie contre lui le passage de Tranquillus en la vie de Caligula, par lequel le prince voulut faire ôter de toutes les bibliothèques les écrits de Tite-Live, parce qu'il n'était qu'un discoureur et un négligent historien. Glaréan, en la préface de ses Notes sur cet auteur , se plaint , — quod beUicosœ Gallorum gentis res gestas odiose tractet , virtutesque eorum maligne elucet.

— Barthius« au livre lx de ses Adversaires, chap. 6, écrit de Tite-Live :

— Quam frigide aliarum gentium prœconia prœterit cum fortiter fecerunt, Gallorum vero etiam dedita opéra non tam obscuravit quam obruit , et maledictis etiam extirpavit !

Après les sentiments de ces étrangers contre cet historien, je puis employer sans soupçon celui de Pierre de La Ramée, dont ci-dessus il est déjà fait mention.

Quant à Tacite, je ne sais comme il a osé avancer, au livre i." de ses Histoires, que les Eduens avaient accordé par crainte aux soldats de Vitellius ce que les Lyonnais avaient donné avec joie. Mais , pour détruire cette injuste objection, il me suffit de renvoyer les envieux aux témoignages et aux preuves authentiques que j'ai rapportées au chapitre précédent, qui établissent sans contredit leur courage et leur générosité; que ce fut un trait de prudence aux Eduens de ne point s'opposer à une armée de quarante mille hommes qui avait ravagé toutes les Gaules sans résistance. Elle cherchait querelle pour les détruire *, mais en vain; et pour se sauver, ils fournirent l'argent et les armes qu'on leur demandait :

' Frustra adversus JEduos quaesita bellî causa : Jussi pecuniam atque arma déferre, gratuitos insuper commeatus praebuere.

afin d'éloigner ces troupes victorieuses et insolentes , ils donnèrent des

vivres gratuitement.

Mais, afin que César souffre le reproche d'avoir été infidèle avec honte,

c'est une tache dont il ne se peut laver : Plutarque lui-même nous la

découvre. Après les louanges excessives qu'il lui donne, il ne peut être

suspect. 11 dit que les Usipètes et les Tencthères ayant passé le Rhin vers

les Gueldres, César fut à eux. Ils lui envoyèrent des ambassadeurs qui

firent une trêve de trois jours, pendant laquelle ils attaquèrent César

dans sa marche et lui défirent quelque cavalerie. Irrités de cette perfidie,

les principaux de ces peuples et les chefs de l'armée l'étant venu trouver

une seconde fois en ambassade pour excuser et désavouer ce qui s'était

passé, il les fit arrêter, estimant une folie de garder la foi à ceux qui lui

en avaient manqué, et en même temps il conduisit ses troupes contre les

ennemis qui, étant surpris d'une venue si inopinée en l'absence de leurs

chefs et se reposant sur la sûreté de la trêve , furent taillés en pièces et

la plupart noyés en voulant traverser le Rhin. Le Sénat romain, averti de

cette victoire, s'assembla pour décerner un sacrifice d'actions de grâces.

L'opinion de Caton en cette assemblée fut, au rapport de Canusius, qu'il

fallait livrer César aux Rarbares pour disculper la république, envers les

peuples, d'avoir connivé à ce qu'on violât le droit des gens, et qu'il était

juste que la peine de ce crime d'infidélité retombât sur celui qui en était

l'auteur.

Que pourraient dire les apologistes de César contre le témoignage de

Plutarque et l'avis de Caton, le plus sage, le plus insigne et le mieux

intentionné des Romains.

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— su

so^as^^^^s mi

Des illutlrei Aatunois païens et de MoriUsgus, dont on a troaré à Alise

(Ste-Reine) le tombeau arec inscription.

Les états ne sont pas moins considérés par les grands hommes qu'ils produisent que par leur étendue et leur pouvoir : c'est une proposition qui n'a pas besoin de raison pour l'appuyer, puisque tout le monde en demeure d'accord. Mais, comme le souvenir qu'on en a excite la vertu des présents et leur sert d'exemple et d'aiguillon à faire des actions illustres et vertueuses, j'ai jugé à propos d'en renouveler la mémoire aux Autunois d'aujourd'hui et, en effet, de les rapporter dans un chapitre séparé.

Je commencerai par Divitiac, prince Eduen, dont César, tout jaloux qu'il est de la réputation des grands hommes, a fait l'éloge en divers endroits de ses Commentaires *. Il était aimé du peuple, amitié qu'il n'eût pas acquise si ses éminentes qualités ne lui eussent mérité cette approbation. César le considérait beaucoup à cause de son affection au peuple romain, de sa fidélité, sa justice et sa tempérance; il le chérissait à un tel point qu'il pardonna en sa faveur à Dumnorix, son frère, sa rébellion, tant par ces raisons que parce qu'il était si puissant en Gaule que le mécontentement de Divitiac eût altéré les esprits de toute la province. Ce fut lui qui, haranguant les princes de la Gaule, avoue modestement sa générosité à n'avoir pu se soumettre à Arioviste , tyran de son pays, quoiqu'il en fût le maître absolu, ayant exigé les principaux

' César , Guerre des Gaules , livre i , passim , et livre n , ch. 4.

de la cité pour otages et leur serment de ne jamais les redemander, ni solliciter le secours du peuple romain pour se soustraire à sa domination ; qu'il était le seul, lui Divitiac, qui n'avait pu se résoudre à faire ce serment, ni à donner des otages; qu'il en avait quitté le pays pour aller implorer le secours du Sénat, parce qu'il n'était retenu ni par l'une, ni par l'autre de ces considérations. Aussi César voulant aller combattre Ariovisle, dont ses soldats étaient détournés par la difficulté des chemins, il s'en enquit par le moyen de Divitiac , le seul des Gaulois dans lequel il avait le plus de confiance et à qui, plus tard, il déféra la conservation de ceux de Beauvais.

Divitiac avait été de tout temps très puissant et en crédit chez les Gaulois, avant même la venue de César et des Romains. Ceux de Reims informant César du nombre des peuples qui lui avaient déclaré la guerre et de leur puissance , lui racontaient que Divitiac , de leur temps le plus puissant des Gaulois, avait régné sur les Suessionais et avait tenu, avec une partie des états voisins, la couronne d'Angleterre.

Enfin, Divitiac excellait tant en guerre qu'en paix, si nous en croyons Cicéron en son premier livre de la Divination, qui dit que dans la Gaule, parmi les Druides, il a connu l'Eduen Divitiac, savant en physiologie et qui prédisait l'avenir par les augures et par conjectures. *

J'ai déjà tant discouru ci-devant de Dumnorix, que sa valeur n'est pas inconnue à ceux qui l'auront lu. J'ajouterai seulement que la raison pour laquelle César le voulut emmener à son expédition d'Angleterre ^, était

' .... Si quidem et in Gallia druidae suot, e quibus ipse Divitiacum .^uum.... cognovi; qui et naturse rationem, quam ptiysiologiam Grseci appellant, notaro esse sibi profitebatur, et partim auguriis, partim conjectura, quae essent futura , dicebat.

- Principesque omnibus ex civitatibus.... reliquos obsidum loco secum ducere

decreverat... Erat una cum cseteris Dumnorix iEduus.... Hune secum habere in primis

qu'il l'avait reconQu d uq naturel ambitieux et remuant, courageux au dernier point, et qu'il avait par là un grand crédit parmi les Gaulois.

Je n'oublierai pas Liscus, qui était vierg du temps de César, quoiqu'il découvrit la conspiration de Dumnorix.

Convictolitan était un jeune seigneur de grand crédit, auquel César adjugea la magistrature que l'élection et le choix des prêtres lui avaient déférée , et le maintint en cette charge contre Cotus , colonel de la cavalerie, dont la famille était ancienne et très puissante par les grandes alliances qu'elle avait. Convictolitan souleva les Eduens contre les Romains pour se mettre en liberté. Il dépêcha à Vercingétorix pour traiter alliance avec lui, et il fit en sorte que les Eduens, qui engageaient à la révolte tous les Gaulois par argent, par crédit et par supplices, appelèrent Vercingétorix pour faire la guerre ensemble et d'un commun accord. *

Eporédorix , qui avait été général de l'armée Eduenne contre les Séquanais avant l'arrivée de César en Gaule.

Cavatil , commandant de l'infanterie contre César.

Et Litavic et ses frères, les premiers de l'état par leur naissance, qui entreprirent la révolte contre les Romains pendant le siège de Gergovie, étaient des plus illustres parmi les Eduens.

César fait mention d'un autre Eporédorix, jeune seigneur de haute naissance et de grand crédit, qui était venu en l'armée de César avec la cavalerie de son pays, en compagnie de Viridomar qui l'égalait en âge et en autorité, mais non pas en noblesse, et que César avait élevé de bas lie.u à un rang éminent, à la prière de Divitiac qui le lui avait donné. Ces deux braves Eduens, charmés du recouvrement de leur liberté,

coDstituerat , quod eum cupidum rerum novarum, cupidum imperii, magni anîmi, magnae inter Gallos auctoritatis cognoverat.

* César, Guerre des Gavles , livre vu, passim.

abandonnèrent César pour servir leur patrie, se saisirent de Nevers, N oviodunum , où César avait enfermé les otages de toute la Gaule avec une grande partie de son bagage et de celui de son armée, outre les deniers publics, les provisions de blé et les chevaux qu'il avait achetés en Espagne et en Italie pour servir en cette guerre. Après avoir fait main-basse sur la garnison, ils envoyèrent tous les otages sous bonne escorte à Autun (Bibracte) pour les présenter au magistrat, enlevèrent sur des bateaux tout le blé qu'ils purent et jetèrent le reste dans la rivière. Mais comme la place était trop faible pour la garder, ils la brûlèrent en partant, firent de nouvelles levées, disposèrent des troupes le long de la Loire , répandant partout leur cavalerie pour intimider les peuples . coupèrent les vivres aux Romains, les obligèrent à se retirer et firent tout ce que de grands capitaines pouvaient faire pour abattre leurs ennemis.

Depuis, Yercingétorîx ayant emporté le commandement général aux états tenus à Bibracte par-dessus les Eduens qui y prétendaient, et eux se voyant déchus de la supériorité qu'ils avaient toujours tenue dans les Gaules, importèrent avec grande douleur ce changement. Eporédorix et Viridomar, jeune seigneur de grande espérance , obéissent à regret à Vercingétorix , quoique postérieurement ils furent choisis au nombre des quatre généraux de toute l'armée composée de 8 mille chevaux et 240 mille hommes de pieds, parce qu'ils ne pouvaient être assujétis à ceux qu'ils avaient commandés.

Je finirai heureusement par le discours de deux grands hommes : de Surus et de Sacrovir.

Quant à Surus, en un combat de la cavalerie, il tomba vif entre les

mains de Labiénus , à la défaite de ceux de Trêves chez qui il s'était retiré.

Il était d'une naissance et d'une noblesse illustres et d'un courage si grand qu'il était le seul de son pays qui n'eût pas encore quitté les armes contre les Romains; les victoires de César, ni la ruine de sa patrie ne l'ayant pas fait fléchir pendant sept ans que la guerre des Gaules a duré. Hirtius

[Comment, livre viii ] fait ainsi son éloge en peu de mots : — Labienus intérim in Treviris équestre prœlium secundum facit ,•.... solusque ex jEduis (Surus) ad id tempus permanserat in armis. — On a trouvé dans Autun Furne des cendres d'un si généreux capitaine ; elle est en terre cuite et d une grandeur considérable et se trouve dans le cabinet de M. Philibert Delamarre, conseiller au parlement de Dijon, dont la grande érudition est connue et auquel les bonnes lettres et l'antiquité doivent beaucoup pour le soin qu'il prend d'amasser nombre de manuscrits anciens et modernes et divers morceaux antiques qu'il communique libéralement pour l'instruction de ceux qui les lui demandent. Cette urne a sur son anse cette inscription : C. IVLI. SVRI, c'est-à-dire CineresJuli Suri.

Quant à Sacrovir, Tacite, au livre m de ses Annales, fait mention honorable de sa valeur, et j'ai déjà rapporté le détail de sa principale action, ce qui fait que je m'abstiendrai d'en dire davantage de crainte de me répéter.

Il me restera à faire part au public d'une inscription antique, conservée dans le fragment d'une pierre qui fait partie d'un portique dédié au dieu Moritasgus ; voici cette inscription :

TI. CL. PROFESSVS. NlCxER. OMNIBVS

HONORIBVS. APVD. iEDVOS. ET

LINGONAS. FVNCTVS. DEO. MORITASGO *

PORTICVM. TESTAMENTO. PONl.

IVSSIT. SVO. NOMINE. WLIE.

VIRGVLINiE. VXORIS. ET. FILIARVM. CLAVDl^.

PROFESSA. ET. IVLIAN^. VIRGVLINiE.

IVLIA. VIRGVLA. FILIA. MŒRENS. POSVIT.

' Voir là note de la page 231.

Elle fut trouvée , le 10 décembre 1652, au vieux cimetière d'Alise, au mont d'Auxois, au tombeau des prédécesseurs du sieur de Radier, bailli de Flavigny, et qui se voit à présent incrustée dans la muraille proche la porte du couvent des cordeliers d'Alise. Elle est de Moritasgus, frère de Cavarin, roi de Sens, que César, livre v de ses Commentaires, dit avoir tenu à sa venue la couronne des Sénonais. *

La pierre où cette inscription est gravée a cinq pieds de long, un pied et demi de large, et deux de hauteur, encore qu'il y ait apparence que cette pierre était plus haute , des lettres coupées ou rompues se trouvant au-dessous de l'inscription.

Si les Eduens se sont rendus illustres par les armes, ils n'ont pas moins excellé dans les sciences. Personne ne conteste qu'Eumène ne fût Autunois : il appelle si souvent Autun sa patrie, qu'on n'en peut douter. Son éloquence se reconnaît dans les quatre Panégyriques que nous en avons. Parler facilement est une perfection qui s'est transmise aux Autunois. L'aïeul d'Eumène avait enseigné à Autun. 11 était né à Athènes. Il avait paru à Rome> et préféra les fameuses écoles d' Autun à ces éminentes académies de toute la terre , par l'inclination et l'amour que ces peuples avaient pour les sciences, et où il professa étant âgé de plus de quatre-vingts ans. ^

Ausone, dont la Guyenne fait son plus grand ornement, était fils d'une Autunoise, ainsi qu'il le témoigne lui-même en son épttre à Syagrius : Gens Mdua inatri de pâtre. Elle s'appelait JSmilia iËonia.

Proxima tu genitrix Aeonîa , sanguine mixto Tarbellae mairis , patris et Heducii. [ Ausone, av. 2. Parent. ]

* .... Moritasgus, adventu in Galliam Caesaris, ciijiisque ni^gores regnum obtinuerant.

* .... Illicavum meum quondaro jdocuisse audio, hominem Athenis ortum, Romae diu celebrem , mox in ista urbe perspecto et probato hominuoi amore doctrinse, atque hijgus ipsius operis veneratione detentum. [Pro restaurandis Scholis. ]

Son aïeul maternel était Caecilius Argicius Arborius, Autunois d*une famille fort ancienne, féconde en noblesse par plusieurs alliances, dans l'état Eduen, dans la province Lyonnaise et dans le Dauphiné, lequel Caecilius étant proscrit avec le père d'Ausone, sous le règne de Victorin et de Tetricus. fut contraint de se retirer à Acqs. 11 était très savant dans l'astrologie judiciaire et avait prévu par les horoscopes toute la fortune de sa famille, décrite en ces vers :

Officiosa pium ne desere pagina munus :

Maternum post hos cominemoremus avum Arborium, Heduico ductum de steromate nomen,

Complexum multas nobilitate domus.

Qua Lugdunensis provîncia, quaque potentes

Hedues Alpino, quaque Vienna jugo.

Invida sed niroium générique, opibusque superbis

Aerumna incubuit : namque avus, et genitor Proscripti , regnum quum Victorinus haberet

Victor : et in tetricos decidit imperium : Tum profugum in terris, per quas erumpil Aturrus,

Tarbellique furor perstrepit Oceani

Tu cœli numéros, et conscia sidéra fati

Callebas, studium dissimulanter agens.

Non ignota tibi nostrae quoque formula vitœ ,

Signatis quam tu condideras tabulis. [Ausone, av. car. 4. Parent.]

.^milius Magnus Arborius, oncle d'Ausone, était aussi Autunois. 11 fut l'un des premiers orateurs de Toulouse, dont l'éloquence parut en la Gaule narbonnaise en Espagne et à Constantinople où il mourut. Voici son panégyrique : •

Te sibi Palladise antetulit toga docta Tolosse :

Te Narbonensis Gallia praeposuit.

Ornasti cujus Latio sermone Tribunal,

Rt fora Hiberorum , quœque Novempopulis»

Hinc tenus Europam , fama crescente , perito

CoQSlantînopolis rhetore te vîguit.

Tu per mille modos, per mille oracula fandi

Doctus, facrundus, tum celer alque memor. [Ausone, car. 4 Parent.]

Dans les éloges des habiles hommes, Ausone fait encore mention de son oncle en ces termes :

Inter cognatos jam fletus, avuncule , Mânes : Inter Rhetoricos nunc memorandus eris.

Stemma tibi patris Hedui

dorous et schola cultâe

Principum amicitise contigerunt juveni.

Dum Constantini fratres opulenta Tolosa

Exilii specie sepositos cohibet :

Bysantj inde arcem, Thressœque Propontidis urbem

Constantinopolim fama tui pepuHt. '

lllic dîves opum , doctoque ibi Gaesare honorus

Occumbis patribus Magne superstitibus. [Ausone, car. 17 Professor.]

Voilà ce que j'ai pu recueillir des anciens hommes illustres Autunois. Je serai ravi que la connaissance des hommes de lettres m'en fournisse en plus grand nombre, je les y ajouterai volontiers pour témoigner ma gratitude à Autun , que je puis appeler ma seconde patrie.

(dona^^^^s mwi

Des honimes illuitret de la rille et*cîté d'Autun depuis le Christianisme.

Depuis que Tbistoire a parlé des Eduens elle a fait en même temps réloge de leur générosité, de leur esprit. Et si l'éclat de ces illustres

qualités a contraint leurs envieux de rendre à leur mérite ce témoignage avantageux, j'ose dire qu'on ne traitera pas mon discours de -flatterie si j'avance qu'ils possèdent encore aujourd'hui cette valeur des anciens Gaulois qui a été la terreur et l'épouvante de toutes les nations, et une vivacité d'esprit qui leur donne une merveilleuse disposition pour prétendre à la souveraine possession des sciences.

HoNORius, prêtre d'Autun, a donné des marques très éclatantes de son esprit. L'Eglise eu a reçu une grande utilité et sa patrie beaucoup de gloire. H vivait en 1120 sous l'empereur Henri V; lui-même le témoigne à la fin de son traité de Luminaribus Ecclesiœ, et avoue au livre ii de son Abrégé, chap. 93, qu'il écrivit en cette année l'ouvrage de l'Image du Monde, tellement que l'abbé Trithême, Bellarmin et ceux qui l'ont suivi se sont équivoques de l'avoir rangé à un siècle plus tard. Il a laissé à la postérité des commentaires excellents sur les cantiques, sur les psaumes et sur les évangiles.

On lit encore de lui divers traités du Corps de Dieu, de l'Ame, du Pape et de l'Empereur , let on peut dire qu'il n'y a point de science qu'il n'ait illustrée par ses écrits. Le Dialogue des opuscules de saint Augustin, l'Ouvrage de six Jours, le Miroir de l'Eglise, les divers Degrés des Visions

et le grand œuvre des Chroniques, en sont des preuves hors d'envie et de contredit.

HuMBERT d'Autun, qui parut Tan 1245, de Tordre de St. -Dominique, fut professeur en philosophie à Paris et était très savant eu droit canon et en théologie ; mais sa vertu autant que son érudition l'ayant fait élever au généralat de son ordre , il employa tous les moments de loisir que les grandes occupations de sa charge lui laissaient libres, à écrire un Commentaire sur la règle de saint Augustin et divers opuscules desT sept DeguSs de la Contemplation, des trois Vœux essentiels de la Religion et un traité d'éloquence des Prédicateurs, dans lequel les règles certaines de la conduite de chaque condition se trouvent si parfaitement établies qu'il a mérité le nom de Bibliothèque universelle , quoique cet éloge lui

soH donné par un religieux de son ordre , Ferdinandus Castilus , au livre II de l'Histoire des Prêcheurs, chap. 47. Ceux qui liront les ouvrages de Humbert d'Autun avoueront qu'on ne lui a pas accordé ce titre sans justice.

La famille des Montholon a pris origine dans Autun , et son nom de la terre qui est proche. Comme elle a été féconde en grands hommes, elle a cru en devoir fournir à la capitale du royaume comme à la Bourgogne.

Nicole I/' de Montholon, petit-fils de Jean, seigneur de la terre

de ce nom, fut lieutenant général au bailliage d'Autun et ensuite avocat

« général au parlement de Dijon, en 1493, où son intégrité reçut autant

* de bénédictions que sa piofonde science d'applaudissements. Il eut deux

ils, Lazare et Guillaume. L'un fut d^bord avocat du roi au bailliage de

Chalon-sur-Saône, puis en 1524 conseiller au parlement de Dijon, où il

mourut le 18 novembre 15M. L'autre fut pourvu par le roi, le

5 février 1635, de la charge d'avocat général à Dijon, de laquelle il

s'acquitta avec beaucoup d'honneur et à la satisfaction du public.

Son nis. comme lui nommé Guillaume, obtint la survivance de son père en 1548, faveur que Henri II, étant à Dijon, lui accorda en considération des grands services rendus par son père et son aïeul. Il n'entra toutefois en exercice qu'en 1565, et fut ensuite promu président en 1581 : il décéda deux ans après.

NicoLB II DE MoisTHOLON, fîls du précédent, fut aussi avocat-général en 1566, puis élevé à la charge de président en 1584- Il avait une parfaite connaissance du droit, instruit dans les belles - lettres et savant dans les langues grecque et latine. Ses discours au barreau étaient accompagnés de tant d'éloquence et d'érudition, que la France ne fut pas seule qui connut son mérite. La renommée avait porté sa réputation jusque chez les nations étrangères et les plus éloignées.

Les princes d'Allemagne eurent recours à ses conseils, et le duc de Wirtemberg vint des extrémités de la Lithuanie le consulter comme un oracle dont l'esprit pénétrant démêlerait parfaitement les intérêts de sa

personne et de son état.

Il a fait les fonctions d'avocat-général vingt années consécutives, et a porté la dignité de président à mortier, pendant dix-sept ans, avec tant de splendeur et de gloire que la Bourgogne l'a toujours respecté comme une image vivante du véritable magistrat. Son humeur était austère et son esprit inébranlable : il méprisait les injures qu'il recevait dans la défense des droits du roi ou des privilèges de sa patrie, tellement que cette austérité lui avait acquis l'amour et la vénération de ses compatriotes, si bien que sur la fui de la Lig\ie il fut le princ^al instrument de la paix en Bourgogne, par son adresse et sa conduite admirables. Il mourut en 1603.

Ses héritiers possèdent deux illustres monuments de son esprit, deux excellents livres qu'il a composés ; l'un desquels contient les arrêts les plus célèbres prononcés par le parlement de Bourgogne sur ses plaidoyers

en qualité d'avocat du roi , et l'autre est un ouvrage couché en langue latine purement et simplement, dans lequel il explique les questions les plus abstruses et difficiles du droit romain, dont la lecture mérita cette approbation du grand chancelier Michel de Lhospital, qu'il souhaita qu'il parût au public sous les auspices de son nom.

Encore que Jean de Montholon, docteur en droit et chanoine de

• * St. -Victor de Paris, n'ait exercé aucune magistrature, on ne doit pas

toutefois le moins considérer, puisqu'il s'est rendu digne de ce rang par

le livre incomparable, Promptuarium juHs utriusque divini el humani,

Pontifidi et Cœsaris , qui lui a acquis parmi les doctes une réputation

singulière.

Françqis, l'un des quatre frères de Jean auquel il dédia ce travail^ fut le premier de la branche 'de l'aîné des Montholon qui s'établit à Paris, où en peu de temps il acquit tant d'estime par son éloquence, qu'en 1522 ou 1523 Charles de Bourbon, con^étable de France, le choisît entre tant de fameux avocats du barreau de Paris pour la défense de ses droits contre Louise de Savoie, mèçe de François I."

Il s'acquitta si dignement de cette cause que le roi, qui l'avait ouï en cachette, le gratifia de la charge d'avocat général, en 1632, après la mort de M^Jean Aligres, et depuis le nomma successeur de mesaire Charles Guillard en la charge de président à mortier qu'il lui avait résignée en 1534.

Les grands services qu'il rendit à la France dans ices deux charges méritaient une haute récompense. La justice du roi s'en acquitta en l'élevant à la dignité de garde des sceaux après la disgrâce du chancelier Poyet, par lettres du 9 août 15ù2, dont il prêta serment entre les mains du cardinal de Toumon, le roi étant allé en son voyage d'Italie. La mort le ravit à la France le 15 juin 1543.

François II de Montholon son fils, après avoir exercé avec éclat la profession d'avocat et porté les charges d'intendant d'Elisabeth, douairière de France, et celle de procureur général de la reine, Charles IX étant décédé, il fut héritier des vertus et de la dignité de son père, qui est un avantage si particulier que cette illustre famille peut se vanter d'être la seule qui l'ait obtenu depuis l'établissement de la monarchie, ayant été appelé à cette gloire en la ville de Blois par Henri III, messire Philippe Huraut, comte de Chiverny, alors chancelier, s'étant retiré de la cour et des affaires. Les lettres lui en furent expédiées le 6 septembre 1588, et il hai^ngua en qualité de garde des sceaux au Ut de justice que tint le roi à Tours, le 23 mars 1589, lorsqu'il y établit le parlement après la journée des Barricades. Peu de temps après, et le 2 août de la même année, le roi ayant été assassiné, il remit les sceaux volontairement au cardinal de Vendôme, qui se trouva chef du[ conseil a Tours, et mourut en 1590.

Enfin, Jagqoës db Montholon, avocat, a donné au public un recueil

des arrêts prononcés au parlement de Paris en robes rouges, et son fils,

qui vît encore, soutint avec tant d'éclat la gloire de ses ancêtres, par ses

doctes plaidoyers, qu'on peut dire sans flatterie que l'éloquence leur est

ftaturelle, et pour ainsi dire le partage de leur maison. Toutes les louanges qu'on leur saurait donner sont au-dessous de ce^ui leur est dô, et il suffit de faire part de l'épitaphe qui est à Paris, en l'église St.-André-des-Arts, pour satisfaire aux obligations que leur a le public.

c Montholonea gens « vetusta et nobilis a Castro in JEôuîs cognomine , ducentis annîs illustrium capitum ferax , Francise innoluit ; sacri sigilii custodes , senatum praesides , Rhodiae militise équités , sanctions consistorii consiliarios , regum ad exteras gentes legatos, fisci ac privalorum patronos célèbres tulit. >

Les MosTBOLON portaieni d'azur à un mouton d'or, et en fhef trois quinte-reuilles d'argent. Quelquefois ils ont brisé d'une étoile d'or en pointe.

BARTeéLEMi DE Chassenkuz , fils d'Artus de Chasseneuz, fut un prodige d'esprit en son temps. Il étudia en France et en Italie, où il obtint des étrangers, par ses mérites , des fonctions relevées dans la magistrature , et, pendant son séjour, fut employé par Charles d'Amboise. lieut^pant général pour le roi en Italie, en des négociations très importantes. A son retour de ses grands voyages pour se perfectionner, il se retira dans Autun où il épousa Pierrette Languet, veuTedeM. PjerreSeurre, avocat du roi aux bailliages d' Autun et de Montcenis, décédé en 1506. Un an après son mariage, savoir en 1508, sur la résignation simple faite en sa faveur par M. Guy de Morcau promu à la charge de président au parlement 4e Dijon, Bartbélemi de Chasseneuz 'fut pourvu, de l'office d'avocat du roi à Autun. Cet office n'était pas si peu considérable qu'il ne portât immunités et exemptions, ainsi qi^ll le témoigne lui-même en ses Commentaires sur la coutume de Bourgogne.

Depuis, en 15âl, leSaoût, François 1." passant à Autun fut tellement satisfait de la docte harangue que Cha^neuz lui fit, qu'il le nomma à une charge de conseiller au parlement de Paris. Mais comme sa capacité portait tous les jours sa renommé,e partout , -il reçut au mois d'août i 532 ses provisions de président au parlement de Provence, lorsqu'il st-

disposait à faire le voyage de Paris pour y exercer la charge de conseiller dont le roi Tavait gratifié.

Les ouvrages qu'il a laissés sont : les Commentaires sur ta coutume de Bourgogne, le Catalogus gloriœ mundi, Consilia. Nous n'avons pas son travail sur les ordonnances, ni son traité de Clausutis et de Maledictione creaturarum irrationabilium , qu'il assure, dans ses Commentaires, avoir composé.

Ghasseneuz portait d'azur coupé d'or, au lion sur le tout de l'un en l'autre. — Devise : omnia sine fraude.

Je sais qu'il y a de la témérité d'entreprendre d'écrire sur les Gdijon après ce que M. Philibert de la Mare , conseiller au parlement de Dijon , en a donné au public. Toutes les louanges que je leur décernerais auraient une expression faible et au-dessous des avantages que l'éloquence de sa phime leur a acquise. Il suffirait d'y renvoyer le lecteur, mais la langue en laquelle il les a immortalisés étant différente de celle en laquelle mon histoire est couchée, je suis contraint d'en parler; mais je me contenterai de donaer une copie en raccourci du grand et parfait original qu'il en a tracé. J'aurai réussi si je l'imite un peu.

Jean Guuon, de noble famille, naquit à Saulieu, et fut instruit dans

la connaissance des lettres et des exercices nécessaires à un gentilhomme

acconipli qui veut suivre la profession des armes. Dans l'incertitude néanmoins s'il prendrait la robe ou l'épée , il entreprit le voyage d'Orient avec son frère -Philippe, pendant 4equel ayant découvert le dessein de Soliman , empereur des Turcs, d'enlever Rhodes aux Chrétiens, il en avertit Philippe de Villiers dfe TIsle-Adam, grand-mattre, et lui offrit sa personne et celle de son frère pour la défense de cette, tle. Philippe fut reçu chevalier, et Jean servit comme volontaire et à ses frais pendant tout le siège, où il reçut un coup de mousquet au pied gauche, dont il

demeura boiteux le reste de ses jours. II fit une relation exacte de l'histoire de ce siège , que ses héritiers conswvent précieusement ; après quoi il retourna en France où il rapporta un manuscrit .grec du Nouveau Testament, dont Phihppe de Villiers lui avait fait présent. Etant de retour à Autun, oi^ s*étant adonné pendant trois ans à l'étude de la médecine , comme le grand Jules César Scaliger , il en fit sa profession par après, et épousa Cécile Rolet, qu'on peut sans flatterie comparer à la mère des Gracques dans l'éducation de ses quatre fils que Jean laissa jeunes sous sa conduite.

« Jacques Guijon, l'atné des quatre, naquit à Autun en 15/i2. Il eut son

père pour précepteur dans les langues grecque et latine, et donna des

preuves publiques des progrès qu'il y faisait à t'âge de treize ans, par le

discours annuel qu'il prononça le jeudi saint en l'église de St. -Lazare.

Depuis, s'étant instruit de la philosophie et des mathématiques, U vint

à Paris, où il fut* disciple d'Aurat et de Turnèbe, sous lesquels ayant

étudié trois ans, il enseigna la rhétorique au collège de Navarre, à l'âge

de vingt ans, avec tant d'applaudissements et d'admiration qu'on le

considérait comme le plus savant professeur qu'on eût vu occuper la

chaire de l'éloquence.

Cependant son père qui le destinait au barreau l'ayant obligé de quitter les belles - lettres , il alla à Cahors et de là à Toulouse où il apprit la jurisprudence. Ensuite de quoi il fit le voyage d'Italie et d'Allemagne où il fut professeur d'un prince, et^apprit tellement la langue de ce pays que les naturels l'en croyaient originaire..

A son retour à Paris, Charles IX rempht la place de Denis Lambin, professeur A^ K&ttres grecques, décédé, de la personne de Jacques Guijon, qui n'eutd'autre recommandation, pour être nommé à cette chaire, que de sa seule vertu et de la- réputation de sa science qu'il accrut par les Jeçons qu'il y fit.

La tendresse qu'il avait pour sa mère extrêmement caduque par l'âge, et Tamour de sa patrie le rappelèrent à Autun en 1574. II accepta la charge de lieutenant au bailliage de Montcenis qu'on lui donna sans l'avoir recherchée, laquelle il quitta^ après l'avoir exercée douze ans, pour remplir l'oflBce de lieutenant criminel à Autun , auquel le roi l'avait nommé en 1586, ayant séparé en sa faveur cette charge qui avait été unie jusqu'à ce temps à celle de lieutenant général du bailliage.

Ses proches," pour l'arrêter et conserver à son pays un si di^ne ornement, l'engagèrent au mariage d'Anne Saumaise, veuve de Jean de Ganay, avocat du roi au même bailliage. Il n'en eut qu'une fille, dont ayant prévu la conduite honteuse et la fin malheureuse", par les règles de rastronoitfie, il voulut prévenir l'arrêt des influences des astres par une exécution imaginaire, car il porta sa fille ne faisant que de naître au

b et lui attacha une corde innocente au cou, entre les mains dd la

sage-femme, afin d'éluder ou d'accomplir la destinée fatale. Mais certes . il fut trompé dans sa prédiction par le décès prématuré de cette enfant qui ne vécut pas quatorze ans.

Il fut royaliste pendant la Ligue. M. d'Aumont n'ayant pu prendre Autun , et M. de Nemours y étant entré chassa tous ceux qu'il soupçonna du parti contraire, entre lesquels les Guijon furent contraints de se • retirer à Luçenay, et de là à Moulins-Engilbert, où le roi transféra le' siège du bailliage. Pendant cet ostracisme,* sa maiton ayant été pillée et sa bibliothèque dissipée par l'insolence des soldats , Jacques Guijon en supporta la perte avec un sensible déplaisir, parce qu'elle excellait plus dans le choix des livres, qu'il avait amassés avec grand soin et dépense, que dans le nombre.

La paix étant faite et pubUée , il fut élu avec joie , par tons les ordres de la ville, vierg d' Autun, dont il s'acquitta avec tant d'intégrité, de prudence et de douceur, qu'il rétablit l'union dans les esprits de ceux que les guerres civiles avaient divisés. Le roi, pour récompense des

services qu'il rendit à Tétat pendant sa magistrature , l'annoblit avec son

frère Jean ; les lettres en furent enregistrées au parlement, au rapport de

M. de la Grange, sans contradiction. Et depuis, M. Jeannin, président

à Dijon, lui ayant procuré, sans son assentiipent, un brevet de conseiller

d'état, il refusa, autant par modestie que par générosité, étant satisfait

* que sa vertu méritât les charges sans les posséder.

Tous ces avantages sont peu considérables en comparaison de la gloire qu*îl a acquise d'avoir donné les premières teintures des lettres à feu M. ^ Claude de Saumaise , qui a été le plus docte de son siècle et qui servira de modèle et de maître aux siècles à venir , pour l'encyclopédie des sciences.

Il quitta la charge de lieutenant criminel, âgé de soixante ans, pour se donner tout entier à l'étude. Mais Jean son frère, avocat du roi, étant décédé , il préféra à son repos de s'engager dans l'embarras des affaires ^ pour conserver à Jacques son neveu , fils de Jean , qui était impubère , la charge de procureur du roi, laquelle il lui restitua après treize ans de service avec le tiers de ses fonds qu'il partagea entre lui , André et Hugues Guijon ses frères. ■

Il passa les six dprnières années de sa vie à la lecture d'Aristote et de jses interprètes, s'étant privé tout-à-fait des visites de ses proches et de ses amis, afin de ne perdre aucun moment qu'il pût employer à l'étude, dont la grande contention lui dissipa tellement les esprits, qu'il mourut au. commencement d'octobre 1625, à l'âge de quatre-vingt-trois ans, regretté de tous ses concitoyens , mais principalement des personnes de probité et de science.

Il avait plusieurs amis et entre autres MM. Poupon de Vintimille. Saumaise et Milletot , conseillers au parlement de Dijon , plus connus par leur haute capacité que par leurs dignités; Jean de Lacume, lieutenant criminel d'Arnay-le-Duc, très savant; Joseph de l'Escale, MM. Cujas et Casaubon, qui, ayant appris l'interprétation d'un passage très difficile

d'A.ristote, par M. Claude Saumaîse, qui le tenait de Jacques Guijon, lui écrivit, en 1606, une lettre latine qui justifie comme il savait, outre le ^rec, rhébrtu, Tarabe et l'éthiopien ; s'étant fait une grammaire arabe lorsque cette langue était entièrement inconnue en Europe , et^ avant que 4es voyages des Hollandais en Orient l'eussent rendue plus connue comme elle l'est aujourd'hui.

Il a laissé plusieurs ouvrages que M. le conseiller Philibert de la Mare a fait imprimer à Dijon chez Chavance, en 1658, in-ft.*" Il y en a beaucoup qui se sont perdus , soit par la négligence de ceux qui les possédaient , soit par l'injure des temps et là négligence des héritiers de cet homme célèbre.

Jean Guijon naquit à Autun, en 15/i&, et fit ui^ tel progrès dans les sciences qu'il fut évoqué à l'université de Paris à l'âge de vingt-deux ans. Il y professa les lettres humaines pendant quatre années au collège de Navarre, dont il fut choisi procureur en 1570. S'étant acquitté de cet emploi très dignement, il alla à Bordeaux où, sur la recommandation de

Michel de Montaigne, il fut admis au collège de Guyenne et y enseigna la rhétorique de 1573 à 1576/ Pendant ce temps, il eût pour collègues Georges Buchanan, Nicolas Gruchius, Elle Vinet et Antoine Govea, qui tous ont été le foyer des lumières de leur siècle et la gloire de leur collège, à laquelle Jean Guijon né contribua pas peu par ses travaux.

On découvrit en ce temps la fameuse épitaphe grecque de Lucile , dame bordelaise , qui occupait les esprits de tous les doctes. Jean Guijon rencontra le mieux de tous dans l'interprétation qu'il en fit , au témoignage de Vinet, qui a rapporté cette épitaphe dans ses Commentaires sur Ausone.

M. François de Foix de Caudale , évoque d'Aire , connu par toute l'Europe, autant par sa grande érudition dans toutes les sciences, et principalement dans les mathématiques et là philosophie ^ que par la

noblesse de sa famille , le chérissait uniquement , et communiquait souvent de ses études avec Jean Guijon , parce que non-seulement il excellait dans les sciences abstraites, mais encore à tracer artistiquement les figures qui y sont nécessaires. On voit encore dans les bibliothèques de M. le conseiller Bouhier et dans celle de l'avocat de Chevasner quelques pièces de sa façon. Mais je puis assurer que dans la mienne tout s'y rencontre par l'achat que j*ai fait, ayant hérité pour ainsi dire de tous les Instruments astronomiques, astrolabes, sphères, cartes géographiques et hydrographiques ' dont il se servait, et qu'il a travaillés de sa main avec tant de propreté qu'oç n'y saurait rien désfrer.

Il quitta Bordeaux pour visiter toute la Guyenne, des antiquités de laquelle, et de tout ce qui s'y voit de rare, il a dressé des remarques très curieuses et très utiles à l'histoire. Il rencontra en ce voyage Jacques-Auguste de Thou, avec lequel il renolivela l'amitié qu'ils avaient contractée dès longtemps. Et pour parque que l'absence ni l'éloignement ne l'avaient point altérée, il composa des vers élégants sur le décès de M. Christophe de Thou, premier président au parlement de Paris, arrivé peu de temps avant leur rencontre, dont il profita pour accompagner son ami à Paris, où il retournait poiir rendre compte des affaires qu'il avait conduites en Guyenne pour le service du roi. Il croyait s'y établir et y vivre avec tranquillité et douceur, lorsque Henri III, qui connaissait le mérite de Guijon par le mémoire qu'il avait dressé des plus illustres personnes de lettres et d'épée de §on royaume, le pourvut, en 1583, de l'office' de procureur du roi à Autun, vacant par la mort d'Antoine de Ganay.

Il était très savant dans l'histoire romaine et française. La lecture de son traité des magistrats du bailliage et chancellerie d'Autun et de leur juridiction ne dément pas ce sentiment. Il possédait à fond les ma^ématiques et l'astronomie, suivant les règles de laquelle il avait préditisa mq^t et celle de ses frères. 11 avait aussi une entière connaissance

des plantes dont il a laissé un savant commentaire. Enfin il possédait tant de perfections,- de modération et de prudence que M. le président Jeanoin , l'exemple de tous les siècles , le proposa pour être le précepteur de Louis XIII , dont il eut eu la conduite, si feu M. le prince de Condé n'eût obtenu par ses sollicitations empressées que Nicolas Lefebvre qui avait été son précepteur le fût aussi du Dauphin. Jean Guijon mourut de- dyssenterîe le 26 novembre 1605^ âgé de

soixante-onze ans. Tout le clergé 4'Autun lui rendit p^rrfaitement les honneurs funèbres, et le parlement de Dijon, en mémoire de son mérite, reçut Jacques son fils unique, en 1619, à la charge d'avocat du roi à Âutun, sans examen, ce qui est un avantage dont personne hors lui ne se peut vanter.

Que les astres président à la naissauce et que leur influence forme les bonnes ou les mauvaises inclinations, je laisse aux philosophes et aux astronomes â déihéler cette question ; mais je puis assurer par l'expérience , fondée sur plusieurs exemples , que quand la naissance arrive à des jours consacrés à quelques saints, ils pronostiquent souvent la vie et la conduite de celui qui naît. Sans rechercher dans l'histoire ecclésiastique des preuves de cette vérité, j'en trouve une certaine dans celle d'iNDR^ GuiJON. Le premier de novembre 1548 le vit naître. Ce jour dédié à tous les saints l'adopta dans le moment au nombre des siens. Cécile Rolet, sa mère, eut un présage comme évident de sa sainteté : pendant sa grossesse elle crut avoir enfanté une colombe, laquelle sortant de son sein avait porté son vol dans des pays fort éloignés. Sa vie aussi qu'il a passée dans des actes continuels de piété, sa candeur, la simplicité de ses mœurs et sa chasteté admirable ont un parfait rapport avec la colombe qui en avait été la figure.

Il fut appelé à Paris par Jacques et Jean, ses frères, qui y paraissaient en grande réputation de doctrine. Il y recommença la philosophie qu'il

avait étudiée à Autun, et, après avoir enseigné à la jeunesse les principes

des belles-lettres, il fut élu proviseur de Navarre en 1576. Ensuite il enseigna la rhétorique et la philosophie avec tant d'éloquence et d'élégance, que jamais on n'avait vu un si grand concours d'auditeurs, entre lesquels était considérable Charles cardinal de Vendôtaie, qui depuis

le respecta toujours pour sa piété et sa science. Trois ans après, il fut

choisi pour gouverneur de François et Henri de Joyeuse, et comme il

séjournait à Mont-d'Or, qui est un château situé en Touraine, il prit en ce temps de désordres la résolution de se vouer à l'Eglise, exoîté d'ailleurs par l'exemple d'Isabelle de Savoie, aïeule maternelle de ses disciples, dont la vertu était montée au plus suprême dégfé.

Henri de Joyeuse embrassa la vie de capucin ; François fut archevêque de Narbonue : il reçut le bonnet de cardinal de Grégoire XIII , à la recommandation de Henri III. Il avait résolu d'aller à Rome recevoir le chapeau des mains de ce pape; mais les guerres civiles ayant bouleversé toute la France, il fut contraint de différer son voyage. Mais il exécuta ce dessein sous Sixte V, qui caressa André Guijon lorsqu'il lui fut baiser les pieds et fut fii satisfait des éclaircissements qu'il lui donna touchant la religion en France, qu'il le témoigna à M. le cardinal de Joyeuse.

A son retour, il prit le bonnet de docteur en théologie de la faculté de Paris, en 1586, et obtint par les soins du cardinal, son élève, le prieuré dç *St. -Sauveur dont il dépensa les revenus suivant les canons. M. de Joyeuse ayant été transféré de l'archevêché de Narbonne à celui de Rouen par Henri lY, André Guijon refusa celui de Narbonne que M. de Joyeuse lui offrit avec la permission qu'il en avait du roi ; mais il le refusa avec tant d'abaissement et de fermeté, qu'il ravit d'admiration celui qui lui faisait des offres si éclatantes. Voilà une preuve illustre de sa modération. Mais comme il était exempt d'ambition, il fuyait le faste et la vaine gloire qui accompagnent ordinairement ceux qui possèdent les grandes dignités dans l'Eglise, car il accepta volontiers la charge modeste de grand-vicaire

du diocèse de Rouen, où il avait beaucoup de peine et de travail qui étaient heureusenient récompensés par le grand profit qull faisait en la conversion des âmes. Avssi peut-on dire que. pendant ses fonctions, il changea en mieux le clergé par ses prédications, ses instructions particulières, ses livrets, et par la pratique de ce qu'il prêchait.

M. le cardinal de Joyeuse étant mort, il retourna à Autun, en 1615 : il y fut choisi théologal et grand-vicaire. Dans ses emplois, son éloquence, son innocence et son austérité furent merveilleuses. Enfin il mourut le 10 septembre 1631 , en opinion de sainteté. Il est enterré en Téglise cathédrale de St. -Lazare,- proche le tombeau de Hugues d'Arcy, évêque d'Autun, réputé saint, auprès duquel personne n'a été inhumé que lui. J'ai fait un anagramme qui convient parfhitemeAt à sa vie et à sa science: (andré guijon, — organe divin.) Quoiqu'on fasse peu d'estime de telle pièce, j'ai cru devoir communiquer celle^i au public pour marque de la vénération que j'ai pour sa mémoirç. Outre ce qui a été imprimé par M. le conseiller de la Mare,- André Guijon a prononcé la harangue funèbre de M. Pierre Jeannin, surintendant des finances, dont nous avons parlé ci-devant ; de plus il a composé plusieurs ouvrages dont on ne m'a point fait part, mais entre autres divers sermons manuscrits que M. de la Mare a conserva en sa bibliothèque.

Hugues Guuon, quoique le dernier des quatre 'frères, n'a pas été moins bien partagé d'esprit qu'eux. Il vit le jour en 4552, et avait à peine dix-sept ans qu'il fi^ au barreau de. Paris des jaloux de la gloire qu'il y acquit par son bien-dire. Sa réputation était telle, qu'il était en possession d'obtenir tout ce qu'il désirait persuader. Le§ effets en parurent lorsqu'il plaida contre Pierre-Yictor Palma de Gayette une chaire de droit canon, puisqu'après plusieurs disputes et récitations solennelles.il fut déclaré

professeur par le suffrage de tous les juges. Claude Minot, Dijonnais, doyen de cette faculté, l'en mit en possession en 1597, et il occupa cette

^mmm

chaire jusqu'en 1612 , que M. Jeannin ayant procuré l'établissement d'une nouvelle chaire de droit canon à laquelle on avait attribué la moitié des gages de Georçes Criton, professeur royal en langue grecque, il en fut pouiTU et prêta serment au roi entre les mains de M. le cardinal du Perron , grand aumônier de France.

Il y avait deux ans qu'il avait été élu doyen de cette faculté et avait mérité infiniment dans cette charge de l'université de Paris, s'étant opposé avec vigueur aux fourbes et entreprises dommageables de ceux qui, s'étant laissé corrompre par argent, voulaient vendre à. vil prix à la reine Marguerite de Valois, sœur du roi, le Pré aux Clercs qui est le principal fonds de l'université. Il fit plusieurs discours au parlement à ce sujet, mais il n'y en eut point qui égalât celui qu'il prononça pour la défense des théologiens et canonistes contre les maltres-ès-arts. Il mourut âgé de soixante-dix ans , en 1622, et fut enterré en l'église de St.-Etienne-du-Mont, ses funérailles ayant été faites aux frais de M. Jeannin.

Guijon portait d'or à trois tourteaux de gueules.

Jean Lalamant, ou Lallbmant, Âutunois, était autant savant dans les langues, en histoire et en antiquité qu'en médecine, dont il faisait profession. Je n'ai point de preuves particulières du détail de ses études, et les preuves publiques qu'il a lui-même données me fournissent ce que j'en écris. Il a traduit les tragédies de Sophocle en vers latins très élégants, qu'il a dédiées à Pierre de Marcilly-Cypierre de Mortemar. Cette traduction fut imprimée en 1555. Il communiqua ensuite ses ouvrages de médecine qui sont : Claudii Galeni Pergameni, de diebus decretoriis libri très, recens latine facti, et Commentariis illustrati. Lugduni, apud Guillel. Rouillium, in-4.% 1559. — Cet ouvrage est rempli d'une grande variété de doctrine. Il rend raison des mois lunaires et solaires , des années égyptiennes, arabiques, persiennes, hébraïques, grecques,

romaines, en sorte que de l'examen qu'il en fait et du rapport des mois grecs et des principales nations avec ceux des Romains, on juge facilement du temps que l'enfant demeure dans le ventre de sa mère. ^ H a laissé un ouvrage incomparable sur Galien, qui a pour titre : Operum Cl. Galeni Pergameni tam gracorum guam latine versarum accurata emendatio et dispuncUo, authore Joanne Lalatnanto Mduo. — M. Durand , maréchal des logis de M. le duc d'Anjou , en a le manuscrit dont il m'a fait part libéralement et généreusement en faveur du public, qui lui a l'obligation, ainsi que sa patrie, d'avoir rendu une seconde vie à ses doctes enfants, en les tirant de l'oubli où ils étaient. J'en parlerai incontinent après Lallemant , lequel ayant communiqué les premiers cahiers de cet ouvrage à Jacques Guijon, en a reçu l'approbation qui n'a point été imprimée avec ses ouvrages et ceux de ses frères. '

' Hyppocrates de hominis aetate, et extremo fine librî de carnîbtis, de septimestri item et octimestri partu libelli latinî facti , et scholiis adornati. Genevse , apud Samuelem Crispinum, 1574, iii-8.^ — De Ptisana sut temporis libellus : additiis est ad Cl. Galen. I. De optima corporis nostri constilutione. 2. De pleniore habitu. 5. De inaequali temperie. 4. Quomodo simulantes morbum sint deprehendendi. 5. De Ptisana opuscula a se emendata infinitis locîs versione latina et ad haec littera graeca ad lîbrorum calcem restituta. .^use, 4578, în-8.^ Papillon, p. 567, dît que cette édition est la même que Ton indique : Lyon, 1578, in-i.^

- Voici cette lettre : « Perlegi libellum tuum et graeco etiam codice adhibito multos locos conluli. Quid quaeris? In summa lectionis pravitate tantam reslitutîonis felicitatem, interpretationis fidem, orationis elegantiam admiratus sum, ut quae vix singula constant aliis , hic tu solus omnia implevisse videare. Itaque si Galeni caetera ad hoc spécimen accurare potuisti,non dubitoquin tibi totius operis summa magnae laudi aliquando futura sit. Cujus te spei velut aurae cijgusdam laetioris et secundioris aflOatu ad eum portum judieo sensim provehi , in quo post magnos studiorum labores senectus tua suaviter ut aequuni est et molliter acquiesçât. Bene vale. >

Guillaume le Lièvre, Autunois, dont je n'ai aucune instruction ni mémoire , n'en ayant eu connaissance que par le rapport de Chasseneuz, lequel, en sa préface sur Catalogua gloriœ mundi, cite le chapitre Otium du livre iv du Traité de l'art de mémoire , — Tractatus artis menun'ativœ.

Il portait un aigle el une fasce en devise brochant sur le tout. *

Jean Quintin, Autunois, a été chevalier servant de Tordre de Malte, prenant lui-même le titre de hospitalis militiœ frater et sodalis , en presque tous les livres qu'il a composés et que j'ai vus depuis 1539. Il avait de grandes connaissances de la ^philosophie, des mathématiques et de l'histoire; mais il excellait principalement dans l'histoire ecclésiastique, la plupart de ses ouvrages étant des illustrations de quelques parties de ce grand corps. Il était doué d'une piété singulière et d'une humilité si grande que, bien qu'il ait mis au jour plusieurs livres très estimés*, il en parle en ses préfaces avec tant de mépris qu'il rebute presque les studieux de leur lecture. Une grande preuve de cette humilité est une lettre manuscrite qui est au-devant de l'exemplaire de Christianœ civitatis aristocratia , qu'il envoya à Michel Potier, son précepteur, et comme cet exemplaire m'est tombé entre les mains, je fais part au public de cette lettre dans la note ci-dessous. ^

' On en trouve l'indication au parlement de Bourgogne, mais sans mention de couleurs.

* c Observando praeceptori suo D. Michaeli Poterio S. Multum petebas ( honorande mihi praeceptor) aristocratiam noslram îmo tuam, nam dedistî argumentum, habes quod petebas sed non habes quod sperabas. Grande expectabas a Quîntino tuo, parvum accipies, aut veriu$ nihil a Quîntino tuo; cui vicissira tuum non denegabis judicium, si tamen vacat in re tam nihili nonnuHas opéras tuas ludere, si vacant excutere singulatim quaeque, lum demum judîcabo singula te l^sse. Obsecro per sacra praeceptorum in discipulos, hune

Il était professeur en droit canon et prêtre , ainsi qu'il le déclare en Tavant- propos de son traité intitulé Spéculum SacerdoHi^ et tellement amateur de l'austérité et de l'ancienne discipline de l'Eglise, parmi le clergé principalement, que la plupart de ses livres n'ont point d'autre but, ayant procuré à cet effet, en 1588, l'édition des Commentaires de Zonare sur les canons des apôtres, et imprimé en 1560 des Commentaires sur le concile de Gangres, à la fin desquels il y a cette prière digne de la ferveur des premiers Pères : J. Quintinus JEduus, hospiialis militiœ frater et sodalis, Ecclesiœ Christi viros et mores istos a Christo suppliciter efflagttaL

Il combattit aussi les hérétiques, excitant les prélats et les personnes vertueuses à s'opposer chrétiennement et avec vigueur à leurs progrès ; son mérite était tellement reconnu et considéré, qu'il fut député en 1560 aux états d'Orléans, auxquels il fit une harangue au nom du clergé, pour la réformation des mœurs ecclésiastiques, tellement pathétique et pleine de piété qu'on n'en saurait dire davantage. Aussi eut-elle une approbation générale. Enfin il tâchait de persuader la vertu par ses écrits et ses prédications, et la pratique de ses conseils produisait des effets merveilleux. Il est mort en avril 1561 et enterré à St.-Jean-de-Latran. Voici l'indice des ouvrages que nous avons de lui, lesquels feront juger de l'étendue de son esprit. ^

mihi laborem ne deneges alterum quoque ad le libellum dedi, ut hic unus pênes te inaneat. Bene vale,observaDde praeceptor. Luteliœ in aedibus nostris l^teranensibus, primo die maii anno Christi nati 1 541 , ex animo tous Quintinus. Potuit Unceium nostrum a^jungi libelle qui vilioris est quam uncia. >

' Joannis Quintini ^Edui Insulae Melitse DescripUo. Lugduni, apud Gryphium, i556, et Parisiis, apud Wechel, in-8/ — Tractatus de ventis et buxula nautica ventorum indice. Parisiis, apud Wechel, in-S.** — Ex^esis concilîi ciyusdam generalis in uno beneficiorum multitudinem vetantis ad caput xxviii, tit. y, lib. m decretalium. Parisiis, ex olïïcina Christiani Wechel, 1559, in-4.* — Christianae civitatis Âristocratia seu pontificii et regii

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Pierre Turrel, Autunois, était très habile en toutes sortes de sciences, et en cette considération fut appelé par les magistrats de Dijon pour y être recteur des écoles. Mais il excellait surtout en astronomie. La plupart des ouvrages qu'il a composés traitent de cette matière. Il a imprimé Computus novus pedestri oratione contextus, dies festos ab operosis uno digito disterminans omnibus maxime ecclesiasticis vins per quam necessarius, a magistro Petro Turrello , Augustodunensi astrophilo , Divionensis Gymnasii moderatore primario. Lugduni, apud Petrum Principem, 1539; ainsi que le Période, ou fatale et dernière Destinée du monde, contre les luthériens et scorpionnistes, dédié à Messire Girard de Vienne ,

imperii Descriptio brevis. Parisiis, apud Christian. Wechel, 1541 , in-4." — Juris analecta in lit. de verborum significatione libri y decretaliuin Greg. IX. Parisiis, apud R^inaldum Chaudière, 1544, iu-4.'* Il les dédia à Gabriel Damour, œnseiller au grand conseil. — Speeglum Sacerdotii. Parisiis, apud Ândream Wechel, 1556, in-4.'' — Zouai*a; Commentarii in canones apostolonim opéra el industria Joannis Quintini, 1558. La préface qui est très grande a été réimprimée en l'édition de Zonare faite à Paris en 1 61 8, qui est la dernière et la plus complète. — Synodus Gangrensis explicata commentariolis Joannis Quintini. Parisiis, apud Ândream Wechel, 1560, in-4.'' — Haereticorum catalogus et historia. Paris, 1560, in-4.'' — TertuUiani liber adversus hœreticos scholiis elucidatus a Joanne Quintino ^uo. Paiis, Wechel, 1561, in-4.*' — Remontrance du clergé faite par Jean Quintin, professeur en droit canon à Paris , au roi Charles IX, en 1560, aux états tenus à Orléans, imprimée à Paris chez Pierre Gueau, 1588, in-S."* — Joannis Quintini Sermones morales super totius anni Evangelia dominicalia. Colonise, apud Joannem Crithium , 1608 , in-8.^

On peut voir pour cet auteur, comme pour ceux dont parle Thomas, ce qu'en dit Papillon dans sa Bibliothèque des auteurs de Bourgogne. Il eût fallu copier les articles entiers de ce biographe pour suppléer aux lacunes de l'ouvrage que nous éditons.

Bayle n'a pas traité favorablement Quintin. Il avait à ses yeux le tort de s'être déclaré contre la réforme.

chevalier de Tordre du roi, chevalier d'honneur de la reine, seigneur de Ruffey et de Commarain, et baron d'Antigny et St. -Aubin. L'original manuscrit de cette pièce est chez M. Philibert de la Mare, à Dijon. *

Philibert Colin, natif de Chailly-en-Auxois, diocèse d'Autun , fut reçu conseiller au parlement de Dijon en 1537. Il était habile homme et bien versé dans les lettres humaines, ce que ses épigrammes, pubUéessous le titre Semlia, témoignent suffisamment par l'adresse qu'il en fait à divers grands personnages de son siècle et entre autres à Claude Minot ou Mignot. professeur de l'université de Paris, qui l'exhorta, par une

Voici répitaphe de cet illustre Aulunois, telle qu'on la lisait sur sa tombe , à l'entrée de réglise de St.-Jean-de-Latran à Paris.

Quintinus doctor« Ubrorum helluo suiumus. Dam nuUa daph alterius tentatur orexi , Dumque fidem , pro qua calamo pugnaTÎl et ore , Fortiter affligi fidet acrius et dolet, ei hoc Orbe infitis, non inritus migrât amicis. Obiit nona aprilis 1561.

Le docteur Quintin , grand consommateur de lirres , N'eut d*appétit pour aucun autre aliment ; AflDigé des attaques de plus en plus rires

Portées à la foi, qu'il défendit par sa plume et par ses discours. Il quitta la terre sans regret, mais ses amis le regrettèrent. Il mourut le 9 arril 1561.

* Il faut lire l'article de Papillon sur cet auteur, et lire la vie de Pierre Chastelain , grand aumônier de France, publiée par Baluze, 4674. On y trouve un discours composé par Pierre Chastelain , pour défendre Pierre Turrel de l'accusation de magie.

Voir dans la Remàe de la Côte^*Or un excellent article sur un manuscrit de 4551 , par Pierre Turrel , d'Âutun , astrologue.

lettre latine, datée de 1557, à les faire imprimer. Ceux qui Usent ces épigrammes y découvrent une meiTcilleuse vivacité d'esprit, qu'il a conservée jusqu'à sa mort. Il exerça son office pendant 37 ans, ayant été contraint de le résigner par la perte de sa vue. '

Il portait d'azur à trois colonnes d'or mises en fasce.

La famille des (jAIGnb est Autunoise : elle a donné au parlement de Dijon Barthélbui G\ignb, procureur général en 1516, auquel son Hls succéda en 1545, par la libéralité de François I."

Il portait d'azur au chevron d'or, accompagné de trçis molettes de même, celle de la pointe surmontant un croissant d'argent.

Lazare Broichot, docteur en théologie en la maison de Sorbonne. fut député pour l'Eglise au concile de Trente par Charles IX, dont il était confesseur ainsi que de la reine Isabelle d'Autriche.

< Le recueil complet des épigrammes de Coliu existait manuscrit chez H. le président Legoux. Une seule fut imprimée chez Desplanches à D|ioa , 1571. Cet imprimeur édiU iiussi le Paradoxon de morosoptâa et MpimU iluiltlîa. Voir Palliot et Papillon.

François Pbrrin , chanoine en Téglise cathédrale, était merveilleusement versé en l'antiquité. Il avait composé un livre sous ce titre : Véritables Recherches de l'antiquité de la cité d'Autun. Mais je n'en ai pu jamais recouvrer le manuscrit. Il était aussi bon poète français, ce qu'on peut juger sur une pièce manuscrite que j'ai eue de lui , intitulée : Regrets sur tes ruines de la cité d\4utun. Il mourut en 1606. *

Jean de la Vbsvre, Autunois, excellait en poésie latine. Ses ouvrages sont imprimés au S." volume des Délices des poètes français. Il vivait sous François I.", père et restaurateur des lettres. *

Autun ne tire pas un petit avantage d'avoir vu naître dans son enceinte Denis Poillot, que son savoir émin^nt et son intelligence dans toutes les affaires élevèrent aux plus grandes dignités de la robe. Il postula longtemps avocat au grand conseil, avec tant de réputation qu'il y eut rang parmi les conseillers.

François I." qui savait autant connaître le mérite des personnes illustres que le bien récompenser, l'employa en diverses négociations, desquelles il s'acquitta si dignement, que ce roi, à son avènement, l'honora de la charge de procureur général au parlement de Dijon, vacante par la mort de Jean Arbelot. Sa Majesté l'ayant rappelé près de sa personne, en 1516, pour être une seconde fois conseiller au grand conseil, il se démit de la place de procureur général, mais il obtint, en 1517, des lettres pour avoir voix délibérative au parlement de Paris, tant aux audiences qu'au conseil, en considération des services importants

* Papillon cite d'autres ouvrages imprimés à Paris et à Lyon.

* Jean de la Vesvre était hébraïsant et composa le Carmen hebrceo latinum que l'on trouve dans le Thésaurus linguœ latinœ de Sanctis, Paguin , édition de 1648. Il traduisit aussi un ouvrage grec de Philon.

qu'il avait rendus à l'état en diverses ambassades. La plus célèbre fut celle d'Angleterre, en 1521, afin de traiter avec le roi Henri VIII.

Le roi créa pour lui un office de maître des requêtes ordinaire de son hôteh Sur le refus que le parlement fit de vérifier cet édit , S. M. lui en écrivit par Louis de la Trémouille, son chambellan. Cette lettre est un éloge de Poillot et une histoire de ses emplois. La cour y obéit et vérifia redit en 1522. Enfin, en 1526, il fut promu à la dignité de président à mortier au parlement de Dijon, en la place de Thibaut Baillet décédé, et mourut le 19 décembre 1534, plein de gloire et d'années. *

Il portait d'argent à sept larmes de sable, posées 4, 2 et 1.

* Od conserve à la Bibliothèque du roi un manuscrit ayant pour titre : Mémoires servant à la vie de Denys Poillot , avec les lettres de son ambassade. Cet illustre Âutunois avait sa sépulture dans une admirable chapelle de la renaissance qu'il avait fait construire à l'église collégiale de Notre-Dame-du-Château. Cette chapelle avait été combinée de manière à s'harmoniser avec la charmante fontaine de St.-Lazare. Quelques précieux restes de sculpture , tirés des ruines de ce beau monument, existent au musée de la ville. Denis Poillot avait fait graver sur la frise le distique suivant , qui témoigne du

sentiment qu'inspirent aux grandes âmes les souvenirs du pays qui les vit naître.

Nescio qua natale solum dulcedine cunclos Ducil, et imniemores non sinit esse sui.

Kdme Thomas a passé sous silence plusieurs auteurs fournis par la ville tl'Autun après rétablissement du Christianisme , et depuis qu'il a écrit son histoire, de pouveaû\ noms ont été signalés par des productions littéraires. La Société tkluenne fi publié dans son premier volume la nomenclature de ces écrivt^ns. Son intention est de compléter plus tard ce premier travail , que Ton peut consulte^ afin de suppléer aux lacunes que nous indiquons. On peut aussi lire ce qu'en disant Saunier et Ragnare dans leurs productions relatives à Thistoire de TEglise d'Autun.

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