Parmi hîs restes asscv. nombreux de la littérature du
Moyen T^mpirc (|ui sont parvenus juscju'à nous, nous avtms
déjà mentionné phisieurs ouvrages, par exemi)le le conte
du roi des serptuits, l'histoire du paysan, les aventures de
Sinouhet,les instructions (rAmeneudu't l", les instructions
de Touaouf. Il v a encore d'autres manuels chî savoir-vivre
(jui a[)parliennent à celle épocjue, ainsi (|ue [)lusieurs chants,
par (exemple celui du harpiste penchmt le festin : on nous y
exhorte à jouir de la vie et de tous ses biens pendant qu'il
en est encore temps; car u les dieux ^c'est-à-dire les rois) du
temps jadis repos(uit à j)résent (huis leurs pyramides, et les
autres défunts pareillement; où sont huhotep raucienSage,
S^230) et Tetefhor ^le sage fils ch^Chéops), dont les sentences
sont encore dans tant débouches? Leurs demeures n'existent
plus, ou sont comme si elles n'avaient jamais existé, et nul
ART ET LITTÉRATURE — ï< 295
n'en revient pour nous din^ ce qu'ils sont devenus. » Dans les contes et les chants populaires, le Ion est simph* ol familier; par contre, dans les (Piivres d'une tenue littéraire plus relevée, le style est maniéré, Tauteur recherche les pointes, la préciosité, les allitérations et assonances, Tesprit ei les jeux de im)ts; plus une expression est affectée, contraire au naturel, plus elle plait et plus son inventeur est fier de son ingéniosité. Ces défauts sont communs, aussi bien aux hymnes sur le roi ou les dieux qu'aux comptes rendus des conseils de la couronne (ceux par exemple où le Pharaon statue sur la construction d'un nouveau temple), ou aux insci-if)tions funéraires racontant h^ rang et la carrière des hauts fonctionnaires; on les retrouve même dans les décrets de Sesostris Ifl ou sur les stèles qu'il fit ériger aux frontières. C'est ce qui explique le paiti pris d'éviter autant cpron le peut toutes les données précises (jui pourraient dessiner les faits dans leur réalité triviale, ou nous faire saisir un événement historique dans ses |)artieularités; ou ne nous les fait connaître cpie par allusions voilées; aussi nous heurtonsnous à de grandes difficult(''s lorsqu'il s'agit d'utiliser ces textes pour l'histoire. Ce style maniéré a toujours passé pour classique aux yeux des Égyptiens, et c'est pour(|uoi ces textes ont été si souvent recopiés sous le Nouvel Empire; il nous montre (doquemmeut l'abime (jui s'est creusé entr l'homme cultivé qui a jKisse par toutes les élapes de l'ecol des scribes et qui a appris à se mouvoir dans les sphères distinguc'es, et l'homme du commun.
T.a plupart des texte?; doid nous avons parlé ont été étndiés par KuMAx, \t'<jyiU('n, clinp. \\ ; plusieurs autres, dans son ouvrage \us tU-u J*ni,ynfs //^^s- Kgl. Xfiisrrn ; pour les chards <lu liarpisfe (( de la maison du bienheureux roi Antef », ci". .M \si.i;h(), j':tudr>; rfiypl., I. 177 sq. et W. M.Miii.LKiL \i'iiyi>t. f.irhrspo^'sic. Les contes du papyrus de Cheops [^ U9) appartifMinent juissi à la fin du Moyen Kinpirr. Les papyrus de Kalioun, publiés et commentés pnr (imi i nu, nous ouvrent drs vues irdéressantes sur la littérature domestique ; ce sont: un hymne au roi
i,:.''î*fV».W. "des^W»!*»
LE MOYEN EMPIRE
(§ 287), un texte magique et mythologique, un conte, un livre sur les maladies des femmes et un autre sur les maladies des animaux, un livre sur la signilication botuie ou mauvaise des trente jours du mois, un manuel de comptabilité et un grand nomhn' d'cxlraits épislolaires provenant des archives de temples; puis encore des lettres, des comi)tes, des recensements de maisons (^ -i8t), des testaments.
290. Tant au point de vue de la forme que du fond, ceUo littérature, prise dans son ensemble, s'aliiuente tout comme larl plastique au trésor de la tradition : ce sont toujours les mêmes tournures, les mêmes [)rocédes que l'on reprend sans cesse. Il en est de même des livres technico-scientiliques, tels (pie les uianuels de médecine, de géométrie et d'arithmétique, et des hymnes religieuses, des textes funéraires ci. S 271). Aucune oeuvre ne porte la marque indépendante d'une personnalité littéraire, elles l>gy|)lieus n'ont jamais connu une littérature qui fût liée spécialement à des noms d^iuteurs. Cependant, la forme de rautohiographie est en grande faveur hisloirc^s de Sinouhet, du roi des Serpents, instructions d'Amenend.iet) ; encore cette forme n'estelle à vrai dire, qu'une fiction littéraire : mais nouspouvons y voir le premier elYort pour dégager ce qu'il y a de personnel dans le sentiment; subjectivité (jui se fait jour aussi, par exemple, dans la poésie des aèdes grecs, dans les récits autobiographiques d'Odysseus et d'autres héros. D'autre part, cette époque a produit aussi quebiues œuvres indépendantes ou sont exposés les résultats de réflexions personnelles, où des problèmes nouveaux sont posés et discutés. Telle est la dernière partie conservée crun poème du Moyen Empire, qui, toujours sous la forme de l'autobiographie, nous rend un diah)gue entre un homme poursuivi par le malheur et abandonné de tous ses amis, et sa propre àme [ichon). Ijui. il aspire à mourir pour échappera sa misère et il choisit la mort par le l'eu ; mais son àme se révolte avec horreur ; elle se refuse à le suivre et ne veut pas accéder à sa prière de prendre soin de sa sépulture : enterrer un homme
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est lugubre, les somptueux tombeaux ne lui servent de rien et les tables d'offrandes sont vides; il devrait, bien plutôt, jouir de la vie. A la lin j)ourtant, lorsque ce blnsé lui a décrit à nouveau sa détresse, sou désespoii", sa soif de la mort, elle se soumet; elle consent à s'en aller avec Tui dans i'Occidenl. — 11 va de soi que, dans un(» tcdle (euvre,beauc(nip de choses restent pour nous incompréhensibles, mais nous voyons clairement (ju'on y agite les problèmes les plus difficiles de la destinée de riioinme et cette question de savoir comment il peut se d(divrer de la misère de vivre. L'auteui* a inventé pour sa démonstration un cas typique, où son imagination se donne libre cours, comme chez le poète de J(dj, mais naturellement son récit est pénétré des idées traditionnelles de l'Egypte sur les relations entre l'homme et l'aine, sur rimportance des coutumes et des formules à observer lors des funérailles, dont nul ne peut se passer, s'il veut subir dans l'Occident le jugement de Thout et entendre Rê' parler par sa bouche. A coté de ces sentiments, il est significatif de constater qu'ici, comme dans le chant du harpiste (5i295), une autre idée se fait jour: c'est qu'au fond tous ces efforts en vue d'une sépulture et d'un culte funèbre restent stériles, ne servent de rien aux hommes. Nous voyons combien, en dépit de toutes les formules magicpies persistantes dans le Livre des Morts, celte époque avait dépassé le matérialisme naïf de l'Ancien Empire.
KiiMAN, Gesprdcii eines Lehcnsinndcn mil sciiier Série, Abh. lierl. Ak.,
297. Une autre veine littéraire que nous rencontrons à cette époque, ce soûl les prophétiessur l'avenir de ri]gy[)te. 11 est possible que ce genre littéraire soit de beaucou[) antérieur à c(^ moment ; il s'est continué ensuite à travers toute riiistoire d(» l'I-^gypte jusqu'à l'époque grecque et à l'époque romaine, mais le hasard ne nous en a conservé (|ue quehjues fragments. La fiction est toujours celle-ci : à
LE MOYEN EMPIRE
l'occasion de quelque événement déterminé, voici qu'un Sage vioMit dé[)eindre au roi une catastroplic au cours de lacjuelle lej$ peuples étrangers intesteront et dévasteront Tl^gyple, pilleront les dieux et les temples, poursuivront leurs serviteurs, infligeront niill«^ misères aux habitanls et bouleverseront lout; mais ensuite surviendra un souverain aimé des dieux qui vaincra les barbares, restaurera le culte et Tordre social pendant un règne de longue prospérité. Le thème est exactement le m(Wne (jiie celui employé plus tard |)ar les pi()j)liètes hébreux : d'abord la terrible catastrophe, puis le royaume uiessianicpie. (^Jiez les deux peuples, c'est une tradition constante (jui se maintient telle quelle depuis des Ages ; pour chaque cas, le seul trait particulier est rap|)lication à un événemenl liistori(jue tiétei'miné. Mais si ce genre littéraire a reçu, aux mains des grands prophètes hébreux, plus de profoncUMN c,[ de développement, il n'y a nulle trace d'un progrès semblable en Egypte : rindividualité crtialrice a fait encore une fois défaut dans ce domaine. Nous avons conservé dans un manuel de littcM'ature du Nouvel l']mpiie un texte prophéli(jue,les « avertissements d'A|)où-ouér »,qui, (raj)rès la langue et le style, doivent avoir été rt'digés sous le Moyen l^iinpire. Ce texte, autant (pTon a [)u Tinterpréter jusqu'ici, ne semble* guère présenter d'allusion à des événements contemporains précis, encore qu'il y soit question d'une invasion du Dcdla par les Asiatiques, et en même temps de dévastations causées j)ar les Libyens, les Nègres et les Mazoi. Ces traits pourraient se rapporter aux trou])les de l'c^poque héiakleopolitaine et de la XL' dynastie ainsi qu'aux luttes d'alors contre les Asiatiques ; pourtant il est à présumer que ce sont bien les désordres de la Xlll" dvnastie et de Lépoque des llyksos dont on retrouve l'écho dans cette fable.
H. O. Lwiai, l*nti)lir:t'iiin(ifii einca HfgyittUrlwh \\ri)>rii, lier Itrrl. \/,-., |î>OM, ()0I sq. Depuis, A. (iviM»L\K.H, Thr (uhiumilions of an lùiyplinii Stnie,
iîi09, a fait une étiido approfondie de ce texte et nous n ])ermis (ie mieux saisir i>eaiicoup do points de détail. Néanmoins, la rompréliension de lensemide reste encore très incertaine. (rxuniMu rejette l'iiderprétation donnée par Langk de la deuxième j)artie du texte, qui dépeiid le réginuMd«''al d'un iige d'or ; Langk rapporte ce régime à un roi futur, et Gaudinki; au roi des dieux, Ht>\ car ce texte, d'après (i\ui)iM;u ne serait pas prophétique, et, à la dilTérence du papyrus de JV'tershonrg v. plus bas), le futur n'y est pas employé. 11 semble cependant que le tableau (ju'on nous fait de la nnsère du présent, de la faute du roi, à qui ces avertissements sont adressés, apix'Ue comme contre-partie l'évocation de jours meilleurs (selon les volontés de Ré'), de sorte que rinterj>rétation de L\n(;i; serait en fin de compte la plus satisfaisante. — Le papyrus de l*ét(»rsl)ourg, dont nous avons parlé au 5^ :280 n., a la forme d'une propliétie: le pays est d'al>ord visité par les ennemis, puis délivré par le roi Ameni. Soid encore rédigées en harnH:)nie complète avec le schème donné plus haut ; les prophéties démotiques de l'agneau sous le roi F^occhoris (Kuaij., \oni Kon'ui Bokkoris, Festgaben fur l^udinger, 1898; A. Moui i, De H<nchorî vcije, 1903), mentionnées aussi par Manéthon : puis les prophéties d'Amenophis, fils de Paapis, au roi Amenophis dans .Manéthon (Jos. c. \/>., 1, "23^2 sq.) et rà7:oXoi"-a y.£pa;i.so>i; au roi Amenophis (Wii.ckliN, ap. Aefiypliacd, I, d4() sq. ; Ri;it/.k.\sti:i>, Ein Sluck lielh'iti>ifi^rfirr hlriiilifrnilm\ ap. lier. Gott. de., 1904, 309 sq. corrigé sur plusieurs points par \Vu.- CKKN, Hermès, 40, S44 sq. Il est absolument hoi's de doute que le thème fondamental est partout le même, |)ar conséquent li-aditionnel et non point imaginé à l'occasion d'un événement historique déterminé; tout an plus peut-on dire qu'il a été appliqué à telle ou telle circonstance historique. Cif. mes Isnieliten luui ilire \<tihh(irsl(iinnie, it')[ sq. et les essais de traduction de Hankk, ap.(ilu.ssMA^^, Alforienhil. Texte niid lîihler, I, ti04 sq. — (lomnn' annexe aux \(limnii1i'nis, (î\h- 1)1 m:u vient de publier un traité analogue, des considérations sui' la misère de l'existence et celle du pays, qui sont placées dans la bouche d'un prêtre de Héliopolis, Cha'che|)env' senel», dont le nom est formé avec le prénom d<' Sesostris II.
vu