‹ Histoire de l'antiquité [microform]Chapitre 132 sur 172 · ET D'ASSYRIE · texte numérisé non relu

ET D'ASSYRIE

Le d(kliiffrcyuent de récriture cunéiforme et r amjriolofjie .

311. Los inscriptions des rois perses, en particulier celles qu ont fournies les ruines de leurs palais à Persépolis et k Suse, et le tombeau de Darius près de Persépolis, forment la base du déchiffrement de récriture cunéiforme et par cela môme de l'étude des monuments et de l'histoire de la Babylonie et de l'Assyrie. Ces inscriptions ont pu être étudiées par les savants, grâce aux copies scrupuleuses de Karslen Niebuhr. On sait que leur rédaction est établie en 3 sortes de cunéiformes et en 3 langues, (irotefend, en 1802, fraya la voie à la lecture de la première espèce de ces inscriptions, du texte perse, rédigé suivant un mode très simple d'écriture syllabique ; en môme temps, [)ar une combinaison géniale, il reconnut le nom des rois achéménides. Kn 1836, Hurnouf et Lassen achevèrent sa découverte; en 1847, enfin, Henry Ravvlinson paracheva Tœuvre du déchiffrement : dans un travail de longue haleine, il réussit à copier et à déchiffrer indépendamment la grande inscription de Darius sur les parois rocheuses de Behistun. La lecture du texte perse donna aussi la clef du déchiffrement des deux autres systèmes d'écriture cunéiforme beaucoup plus compliqués : le deuxième ou susien, souvent appelé autrefois à tort médique ou scylhique,

wm>»*rmmimm»m-0m'mmm»''m^'

■^"T^^WT!^

LES SOURCES DE l'hISTOIRE DE BABYLONIE ET d'aSSYRIE

et le troisième, babylonien. Il apparut que les nombreuses inscriptions sur brique, trouvées dans les ruines des villes babyloniennes et provenant surtout des constructions de Nabuchodonosor (iNabû-kudurri-usur) et de Nabonide (iXabù-na'id), e'taient rédigées dans la langue du troisième système d'écriture cité. On pensa aussi que les inscriptions, mises au jour depuis 1842 sur les parois des palais, sur des briques ou des cylindres trouvés dans les ruines de Ninive ou d'autres villes d'Assyrie, appartenaient à la même langue, quoique les signes cunéiformes présentent de nombreuses différences. Le déchiffrement de cetle écriture et la compréhension de la langue babylonienneassyrienne aboutit, grâce aux recherches parallèles menées depuis 1849 par H. Rawlinson, F. de Saulcy, E. Ilincks et J. Oppert.

Au début de ces études les combinaisons aventureuses étaient inévitables; elles ont conduit fréquemment à des erreurs et à des hypothèses insoutenables. On vulgarisa souvent les résultats acquis en les utilisant à la légère, en dilettante. De plus, comme les découvertes historiques les plus certaines ne correspondaient absolument pas au tableau historique qu'on s'était formé d'après les informations tout à fait légendaires des Grecs et les données plus qu'insuffisantes de l'Ancien Testament, ces déchiffrements ne furent acceptés pendant longtemps qu'avec la plus grande méfiance. Ils provoquèrent fréquemment de violentes attaciues, souvent justifiées dans le détail, mais dépassant de beaucoup le but en tendance et en conception générale. La lecture et la compréhension de textes historiques faciles n'otTraient pas de difficultés sérieuses, et les noms étrangers étaient lus et identifiés le plus souvent de façon certaine. Par contre les noms propres indigènes d'hommes, de dieux et de villes, écrits généralement par des signes idéographiques, étaient au début d'une prononciation très incertaine,' variant continuellement. Pour plusieurs noms cette lecture n'a môme pas encore été trouvée. De là naquit, à l'égard de l'exactitude des bases du déchiffrement, une méfiance com-

f: fS

I If

LE DECHIFFREMENT DE L ECRITURE CUNEIFORME

préhensible qui aurait vile disparu, si des critiques comme von Gulschmid s'étaient donné la peine d'apprendre les premiers éléments de l'écriture. Car la lecture des textes cunéiformes présente en réalité de moins grandes difficultés que celle des hiéroglyphes, puisqu'ils marquent les voyelles ce que ne font pas ces derniers. Il ne peut donc subsister aucun doute sur la prononciation et les formes grammaticales ; la compréhension de ces textes est toujours plus sûre que celle des inscriptions phéniciennes par exemple. Mais ces diverses circonstances expliquent pourquoi l'assyriologie eut à affronter des luttes plus longues et plus difficiles que l'égyptologie pour se faire reconnaître. P]n Allemagne, Eberhard Schrader dès 1872 et Friedrich Delitzsch dès 1874 lui ont donné gain de cause. Cette étape a depuis longtemps été franchie. Grâce au travail sérieux et progressif d'un grand nombre de savants capables, ayant fait des études méthodiques, la grammaire et l'explication philologique des textes assyriens sont assurées même dans le détail sur des bases solides. Ainsi, eu égard à la particularité de son écriture que nous avons fait ressortir, l'assyriologie a pu faire de plus grands progrès que l'égyptologie, puisqu'un texte cunéiforme se laisse facilement transcrire d'une manière lisible, ce qui n'est pas le cas pour un texte hiéroglyphique, et elle a produit un grand nombre de travaux scientifiques remarquables, méthodiques et toujours supérieurs aux précédents. Cependant, elle souffre de la maladie de la jeunesse : elle n'a pas encore barré assez sévèrement le chemin au dilettantisme. De hâtives et folles hypothèses sont encore trop souvent construites et répandues avec une précipitation fougueuse dans des cercles plus étendus, entre autres dans des domaines oij leurs inventeurs manquent de toute préparation sérieuse et d'éducation scientifique. Il faut ajouter que les assyriologues négligent beaucoup l'étude des monuments et des documents archéologiques, ce qu'on ne saurait reprocher aux égyptologues. Ces défauts particuliers retombent sur la science entière, et ce qu'elle gagne en popularité éphémère nuit à sa position scientifique et retarde

fp,

Il ;

LES SOURCES DE l'uISTOIRE DE BABYLONIE ET d'aSSYRIE

souvent d'une manière excessive la reconnaissance et la mise en valeur de nombreux et importants résultats acquis.

Sur les bases du déchiffrement et des résultats obtenus dans l'ancienne période de Fassyriologie, voir surtout J. Oppert, Exprdiiion en Mésopotamie, 1859 et suiv. (mais dont beaucoup de suppositions erronées et de lectures arbitraires se sont longtemps maintenues); les travaux de E. Schrader, die assyr.^ôaôyl. A'eilinschrî/ten, ZDMG, XXVI ^ 1872, et KeiUnschr. u. GewhiclitsforscUwig , 1878 (contre les attaques de A. v. Gutschmid, Neue Beitvaerje z. Gesch. d. ait. Orients, 187GJ. — On ne connaissait auparavant du déchiffrement de Grotefend que ses idées exposées dans lleeren, Ideen, 1, 2® éd. 1805 ; ses premiers travaux (1802 et 1803) ont été publiés par VV. Meyer, iVac/ir. Gôtt. Gesell. d, Wiss., 1893.

312. L'écriture cunéiforme babylonienne, dérivée de l'application d'une écriture hiéroglypbique primitive au matériel d'écriture, a été inventée par les Sumériens et servait donc tout d'abord à écrire la lanj^ue sumérienne. On trouve ici aussi, comme dans l'égyplien, un mélange d'idéogrammes |)our les mots et de signes syllabiques phonétiques. Seul l'élément du pur signe pour le son articulé, la lettre, leur manque totalement. Celle écriture fui ado|)lée ensuite par la population sémitique de Sinéar (Chaldée), les .akkadiens, el adaptée aussi bien que possible à leur langue, quoique peu appropriée à son caractère. Il en sortit une écriture, qui marquait chaque syllabe par des signes propres, comme par, Inl, etc., ou pouvait les décomposer en signes simples, formés d'une consonne et d'une voyelle, pa-ar, ki-it. Cependant on trouve en même temps non seulement de nombreux idéogrammes, soit empruntés au sumérien, soit nouvellement formés, mais aussi beaucoup de mots entiers et de groupes de mots empruntés au sumérien. Ces signes ne doivent pas être prononcés phonétiquement, d'après leur valeur consonnantique, mais doivent être remplacés à la lecture par le mot sémitique correspondant, là où la forme grammaticale ou bien reste indéterminée ou bien est indiquée par ce qu'on

LE DÉCHIFFREMENT DE l'ÉCRITURE CUNÉIFORME — g 312

appelle un complément phonétique. De tels « idéogrammes » sumériens sont très fréquemment employés dans les textes sémitiques pour les mots les plus communs, ainsi pour les noms propres dont la prononciation est dès lors très difficile à découvrir. La supposition que l'écriture cunéiforme a été inventée à l'origine pour une langue non sémitique, s'est imposée par ce fait déjà de très bonne heure lors du déchiffrement et trouva ensuite sa confirmation dans de nombreux lexiques et textes grammaticaux de la bibliothèque d'.\ssurbâni-apal. Dans ces tablettes, les mots des deux langues sont disposés côte à côte comme des paradigmes sur deux colonnes parallèles; puis nous avons des textes dans cette langue étrangère, sumérienne, avec une version interlinéaire assyrienne, et enfin, en Babylonie même, des inscriptions purement sumériennes, en nombre toujours croissant, datant des plus anciennes époques du pays, el aussi en caractères d'écriture archaïques. Depuis 1874 (fette conception établie surtout par.]. Oppert, avec beaucoup de sagacité, a été combattue par .1. Ilalévy. Ce dernier prétend que le sumérien n'est pas une langue, mais seulement une autre manière, idéographique, d'écrire l'assyr.en. Coite hypothèse est tout à fait insoutenable, bien qu'elle ait trouvé un temps de nombreux adeptes. Non seulement elle ne pouvait pas arriver à résoudre aucun des problèmes que pose l'écriture sumérienne, mais elle aboutit à des hypothèses tout à fait impossibles louchant la langue sémitique babylonienneassyrienne, qui sont impuissantes à expliquer l'origine de l'écriture sumérienne et la valeur consonnantique des signes. Le plus fort argument d'Halévy, qu'on ne pouvait montrer, ni inscriptions archaïques à lire certainement en sumérien, m donc une antiquité sumérienne de la Babylonie esl réiuté : en etfel si plusieurs des inscriptions royales postérieures qui paraissaient alors sumériennes ne sont en réalité que des textes sémitiques écrits avec des mots sumériens ou des traductions en sumérien de textes sémitiques, on a trouvé depuis de nombreuses inscriptions royales purement sumériennes et une

M^»#;>yi%>«M7;iii%i{i^ini(^ ' ^w

-*~',ôxn .\ ii'iiii ..ni- i à iiia.i»r , f , , 1 , ■.i,,,

K?P5iCÇ?S5S?^

LES SOURCES DE l'hISTOIRE DE BABYLONIE ET D ASSYRIE

masse de documenis privés sumériens du troisième millénaire, suilout à Tello. Kn même temps les représentations figurées montrent avec la plus grande netteté que deux peuples étaient établis alors côte à côte en Babylonie, d'un type etlinique tout à fait différent, lun sémitique, Tautre non sémitique. Peu à peu on a réussi à pénétrer plus profondément dans la compréhension du sumérien, dans sa syntaxe tout à fait étrangère aux langues sémitiques comme dans son vocabulaire grâce surtout aux travaux de Thureau-Dangin. On peut aujourdhui considérer que la question posée par Ilalévy est défin.t.vement vidée ; il ne lui reste que le grand mérite d'avoir provoqué une réaction énergique contre l'opinion qui prévalut un temps, que toute la culture de la Habylonie, la religion, 1 Etat, l'art et la littérature, était d'origine purement sumérienne et avait été prise servilement par les Sémites. On voit au contraire plus nettement, avec le progrès des recherches, tout ce que les Sémites ont ajouté de particulier à la civilisation sumérienne et ce qu'ils ont créé en dehors de leurs prédécesseurs.

Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans le détail, notamment pour la linguistique ; plusieurs des questions ardemment discutées alors sont résolues maintenant, comme de savoir si les Sémites de Babylonie s'appelaient Akkadiens, les autres Sumériens, ou vice-versa On parlera plus loin des dialectes sumériens ancien et récent (§ 361 rem.) : cf. Haupt, Akkad. u. Sumer. KeUschrifttexîe, 1881 et suiv où les deux dialectes sont ainsi faussement nommés. Orientation sur les questions de langue dans VVeissbach, Die sumer. Fvage WJ8; sur les problèmes ethnographiques et historiques, le mémoire de fauteur, Sumerïer u. Semiteu m /iahylonlen, dans Abh. lierl. Ak 1900. Halévy a présenté un exposé systématique de ses idées dans 1 ouvrage mtitulé, Précis d'à llographie assyro-babylomnwo, 1912,

3!3. Les Sémites de Babylonie, les Akkadiens, adoptèrent ^'^^''*"^^ sumérienne et la répandirent dès la formation du grand royaume séjiiHque de Sargon. Les Assyriens l'adop-

LE DÉCHIFFREMENT DE l'ÉCRITURE CUNÉIFORME — § 313

lôrent comme d'autres tribus voisines de la Mésopotamie et parlant une langue sémitique, les Lulubi et les Gutî. et de môme les Élamites de Suse, qui l'utilisèrent plus tard pour écrire leur langue propre, représentée par la deuxième variété des inscriptions achéménides. Les signes de récriture ont subi en môme temps de grandes modifications et ont affecté une forme différente chez chaque peuple. Ce développement postérieur présente parloul un caractère commun, la séparation des signes en clous et le changement de direction des signes. A l'origine, celte dernière était verticale et de droite à gauche; elle devint horizontale et de gauche à droite. Au plus tard au deuxième millénaire la langue ainsi que fécriture sémitique babylonienne servit aux besoins commerciaux universels de l'Asie antérieure ; elle fut non seulement employée par des Sémites de Syrie et les pharaons d'Egypte, mais aussi par les royaumes de la Syrie du iNord et de fAsie-Mineure/les Mitani et les Hittites. Ces derniers même ont souvent écrit leur propre langue en cunéiformes babyloniens. L'écriture cunéiforme assyrienne fut aussi utilisée dans le royaume arménien (urarléen, chaldien) dès le ix<^ siècle. Pendant ce temps, les territoires sémitiques de TOuest étaient conquis par l'écriture alphabétique phénicienne, qui fut introduite aussi en Assyrie et en Babylonie par les marchands araméens et prit une importance toujours plus grande dans l'usage privé dès f époque assyrienne postérieure; mais dans les documents officiels et la .littérature, comme aussi dans les affaires, le cunéiforme s'est au contraire maintenu jusqu'au i" siècle avant notre ère. De plus, il conquit pour un certain temps un nouveau territoire : le cunéiforme perse a été constitué par la réduction de fécritiîre assyrienne à quelques signes syllabiques simples qui ont servi à écrire l'iranien. Ce dernier type fut peut-être créé tout d'abord pour le royaume mède ; les Achéménides l'employèrent pour leurs inscriptions royales et y ajoutèrent les traductions en susien et en babylonien; mais pour tous les documents et les ordonnances, le perse fut écrit dès cette époque sur cuir et sur

masse de documenis privés sumériens du troisième millénaire, surtout à Tello. En même temps les représentations figurées montrent avec la plus grande netteté que deux peuples étaient établis alors côte à côte en Babylonie, d'un type ethnique tout à fait diiïérent, l'un sémitique, l'autre non sémitique. Peu à peu on a réussi à pénétrer plus profondément dans la compréhension du sumérien, dans sa syntaxe tout à fait étrangère aux langues sémitiques comme dans son vocabulaire, grâce surtout aux travaux de Thureau-Dangin. On peut aujourd'hui considérer que la question posée par ïlalévy est définitivement vidée; il ne lui reste que le grand mérite d'avoir provoqué une réaction énergique contre l'opinion qui prévalut un temps, que toute la culture de la Habylonie, la religion, l'État, Tari et la littérature, était d'origine purement sumérienne et avait été prise servilement par les Sémites. On voit au contraire plus nettement, avec le progrès des recherches, tout ce que les Sémites ont ajouté de particulier à la civilisation sumérienne et ce qu'ils ont créé en dehors de leurs prédécesseurs.

Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans le détail, notamment pour la linguistique ; plusieurs des questions ardemment discutées alors sont résolues maintenant, comme de savoir si les Sémites de Babylonie s'appelaient Akkadiens, les autres Sumériens, ou vice-versa. On parlera plus loin des dialectes sumériens ancien et récent (§ 361 rem.) : cf. Haupt, Akkad. n. Sumer. Kelhchrlfttexte, 1881 et suiv. où les deux dialectes sont ainsi fiiussement nommés. Orientation sur les questions de langue dans Weissbach, Die siimer. Frage, 1898; sur les problèmes ethnographiques et historiques, le mémoire de l'auteur, Sumerier u. Semiton in /hihylomen, dans Abh. Herl. Ak., 1900. Halévy a présenté un exposé systématique de ses idées dans l'ouvrage intitulé, Pvpcis d\dlograph\r assym-baby Ionienne, 1912,

313. Les Sémites de Babylonie, les Akkadiens, adoptèrent ^'^^'**"''^ sumérienne et la répandirent dès la formation du yaume sémitique de Sargon. Les Assyriens l'adop-

grand

ro

LE DÉCHIFFREMENT DE l'ÉCRITURE CUNÉIFORME — § 313

tôrent comme d'autres tribus voisines de la Mésopotamie et parlant une langue sémitique, les Lulubi et les Gutî, et de même les Élamites de Suse, qui l'utilisèrent plus tard pour écrire leur langue propre, représentée par la deuxième variété des inscriptions achéménides. Les signes de l'écriture ont subi en môme temps de grandes modifications et ont affecté une forme différente chez chaque peuple. Ce développement postérieur présente partout un caractère commun, la séparation des signes en clous et le changement de direction des signes. A l'origine, cette dernière était verticale et de droite à gauche; elle devint horizontale et de gauche à droite. Au plus tard au deuxième millénaire la langue ainsi que l'écriture sémitique babylonienne servit aux besoins commerciaux universels de l'Asie antérieure; elle fut non seulement employée par des Sémites de Syrie et les pharaons d'Egypte, mais aussi par les royaumes de la Syrie du Nord et de l'Asie-Mineure,- les Mitani et les Hittites. Ces derniers même ont souvent écrit leur propre langue en cunéiformes babyloniens. L'écriture cunéiforme assyrienne fut aussi utilisée dans le royaume arménien (urartéen, chaldien) dès le ix*^ siècle. Pendant ce temps, les territoires sémitiques de l'Ouest étaient conquis par l'écriture alphabétique phénicienne, qui fut introduite aussi en Assyrie et en Babylonie parles marchands araméens et prit une importance toujours plus grande dans l'usage privé dès l'époque assyrienne postérieure; mais dans les documents officiels et la littérature, comme aussi dans les affaires, le cunéiforme s'est au contraire maintenu jusqu'au i"" siècle avant notre ère. De plus, il conquit pour un certain temps un nouveau territoire : le cunéiforme perse a été constitué par la réduction de l'écriture assyrienne à quelques signes syllabiques simples qui ont servi à écrire l'iranien. Ce dernier type fut peut-être créé tout d'abord pour le royaume mède ; les Achéménides l'employèrent pour leurs inscriptions royales et y ajoutèrent les traductions en susien et en babylonien; mais pour tous les documenis et les ordonnances, le perse fut écrit dès cette époque sur cuir et sur

rj

if

LES SOURCES DE l'hISTOIRE DE BABYLONIE ET d'aSSYRIE

papyrus en caractères araméens (cf. vol. 111, g;^ 15, 28); c'est pourquoi le cunéiforme perse disparut si rapidement.

Sources de i' histoire de Uabijlonie et d* Assyrie,

314. Les plus anciens monuments et documents de Sinéar (Chaldée) remontent au début du troisième millénaire. La nature du pays, aussi bien que la forme de sa civilisation, explique que les uns et les autres ne peuvent soutenir la comparaison avec les monuments et les documents égyptiens, lant pour leur étendue que pour leur importance historique. En Habylonie la pierre est une matière très rare et précieuse, qui est rarement employée pour les monuments figurés et les inscriptions et presque jamais pour les constructions : les seuls matériaux de construction sont les briques d'argile. C'est pourquoi si nous connaissons tant de ruines de villes, cependant elles produisent toutes une impression de monotonie et oITrent relativement peu de renseignements importants, tant archéologiques qu'historiques. Les temples et les palais sont des édifices de briques cuites, uniformes, sans décoration et ils ne fournissent guère comme butin épigraphique que les briques toujours pareilles des temples que les rois construisaient. Les lombes sont tout à fait simples et les riches informations que nous donnent les tombeaux égyptiens manquent complètement ici. Seules parmi les ruines archaïques fouillées d'une manière approfondie jusqu'à aujourd'hui, Tello et en seconde ligne Nippur ont fourni d'amples matériaux, parmi lesquels quelques inscriptions royales plus grandes, sur pierre ou sur argile. Par contre, la découverte du palais de Nabuchodonosor (Nabù-kudurri-usur) à Babylone, si importante pour Fhistoire de la civilisation, a complètement déçu notre attente au point de vue des connaissances historiques. D'autres lieux, comme Lr, Uruk, Kis ou

SOl;RCES DE l'histoire DE BABYLONIE ET d'aSSYRTE — § 314 9

Kutha, cachent encore certainement beaucoup de documents importants ; mais les matériaux ne se présenteront pas sous un aspect bien différent. D'autant plus riches et plus surprenants ont été les résultats fournis par la découverte des ruines de Suse, non seulement pour l'histoire d'Élam mais aussi pour celle de la Habylonie • les Klamites, en eiïet, ont rapporté avec eux de leurs expéditions et de leurs pillages un grand nombre de monuments archaïques babyloniens, remontant jusqu'aux temps des rois de Kis et dWkkad, entre autres le fameux Code de Hammurabi.

Tableau de Thisloire des fouilles dans Hilpreclit, Explorations in Dihie Lands, 1003; celles des dernières années dans King et Hall, hJrnjpt and Western Asia in the light of recftnt discoveries^ 1907. — Pour l'Assyrie : Botta et Flandin, Monument de .\inice, ;i vol. 1849. Place, Ninive et l'Assyrie, 3 vol. 1807. Layard, Mniveh and its remains, 2 vol , 18i9; Niniveh and /faôylon, 1853. G. Smith, Assyrian Piscoveries, 1875. — Pour la Babylonie : Loftus, Travels and Researches in Chaldaea and Susiana, 1857. Oppert, Expéd. en Mésopotamie, 2 vol., 1859 et suiv. — Sur Tello : Découv. en Chaldée, par de Sarzec et Heuzey, dès 1877 et Heuzey, Catalogue des antiq. rhaldéennes du Louvre, 1902. — Nippur : The Babylonian Exped. of the Univ. of Pennsylvania, par Hilprecht dès 1893. CI. S. Fisher, Excavations at Nippur, dès 1906. — Suse : de Morgan, Délégation en Perse (3 séries : Rech. archéol. ; Textes élamites sémit., Textes élam.anzanites). — Sur les fouilles allemandes: Mittheilungen d. Deutschen Orientgesellchaft, dès 1899. — Les publications anciennes de textes les plus importantes sont celles de Layard, Inscriptions in the Cuneif. Character, 1851 et les 5 vol. des inscriptions de Londres publiés sous la direction de Rawlinson : The Cuneif. Inscr. of Western Asia, et sa continuation Cuneiform Texts in the Brit. Mus. — Collection de la plupart des textes historiques connus jusqu'alors, en transcription et traduction dans la Keilinschriftl. Ribliothek, vol. l-III, publ. par Eb. Schrader; vol. IV, Texte jurist. u. geschâ/tl. Jnhalts, par Peiser; vol. V, Amarnatafeln, par Winckler ; vol. VI, Mythen u. Epen, par Jensen. Les ouvrages de J. Menant, Annales des rois d'Assyrie, 1874 et Bahylone et la Chaldée, 1875 étaient tout à

i "il

LES SOURCES DE l'hISTOIRE DE BABYLONIE ET d'aSSYRIE

fait superficiels et sont sans valeur aujourd'hui. Tous les anciens textes historiques babyloniens jusqu'à la fin du royaume de Sumer et d'Akkad ont été publiés par F. Thureau-Dangin, Les inscriptions de Sumei' et d'Akkad, 1905 et en allemand die Sumerischen u. Akkad, Koenigsinschriften (Vorderasiat. Bibl., 1, 1), i907. — Tableau des textes historiques dans Bezuld, Ueberhlick d. bah.-ass. Literatur, 1886 et 0. Weber, Die Literalur der Bah. u. Ass., 1907.

315. Une seule espèce de documents est abondamment représentée dans les ruines de la Babylonie : ce sont les textes commerciaux sur tablettes, y compris les comptes, les relevés de livraisons et d'offrandes ou les lettres. Si le papyrus d'Egypte est fragile, ici au contraire la matière sur laquelle on écrit est à peu près indestructible, du moins quand l'argile est cuite. C'est pourquoi d'innombrables documents privés, complets ou en fragments, appartenant aux trois mille années de Tbistoire babylonienne nous sont conservés. Ils remontent jusqu'aux débuts de l'histoire du pays. Déjà les territoires sumériens étaient animés d'une vie d'affaires fort développée et très diverse. L intérêt de ces textes consiste dans l'aperçu qu'ils nous présentent de la formation de la puissance sumérienne et de ses ordonnances juridiques, autant que dans les dates qui éclairent l'histoire politique et l^s mentions accidentelles de personnalités ou d'événements historiques.

Une grande partie de ces documents provient des archives des temples ; aussi contiennent-ils des annotations sur les revenus et les dépenses des sanctuaires ou sur les sacrifices. C'était également l'usage que les particuliers déposent leurs documents dans les temples. Nous possédons en outre, surtout pour l'époque du royaume chaldéen et de la domination perse, des archives privées considérables de maisons de commerce établies à Babylone et à Nippur. Les écoles des temples nous fournissent encore beaucoup de tablettes avec des exercices d'écriture ou d'arithmétique, puis des annotations et des manuels grammaticaux ou lexicographiques, de mathématique ou d'astronomie, des hymnes, des prières, ou des formules

„„^ii^-^.

SOURCES DE l'histoire DE BABYLONIE ET d'aSSYRIE — § 316 11

ma«^iques, qui servaient naturellement aussi aux besoins du culte, parfois aussi des textes purement littéraires, des mythes et des contes, comme les papyrus des scribes égyptiens; enfin on copiait souvent des inscriptions royales. Des contes babyloniens passèrent en Egypte et y furent employés parles scribes d'Aménophis III et IV comme moyen d'étude de l'écriture

babylonienne.

U y eut peut-être des archives semblables dans les palais rovaux, bien que les documents d'État puissent avoir été déposés en partie dans les temples ; cependant en Babylonie aucun texte de ce genre n'est venu au jour jusqu'à maintenant. On n'a plus retrouvé, non plus, de vraies bibliothèques comme celle d'Assur-bani-apal (ji^ 317) ; l'espoir qu'on en avait reposait sur une estimation trop flatteuse, qui est encore aujourd'hui très répandue, du degré de la culture babylonienne. Seule une espèce particulière de documents babyloniens s'est conservée en de nombreux exemplaires, les kudmru, documents d'investiture, gravés sur pierre dure, par lesquels le roi accorde un bien foncier et le dote de privilèges.

Les nombreux cylindres et empreintes de sceaux complètent la documentation écrite; ils sont souvent très importants tant pour la civilisation et la religion que pour l'histoire politique; c'est par eux en effet que nous connaissons plusieurs anciens noms de rois.

Bonne orientation sur Tétat des archives de temples babyloniens et les écoles, Jastrow, Did ihe bah. temples hâve Libraries? JAOS, XXVII, 1906. On négligera ici la vive controverse née des prétentions de Hilprecht à l'existence de la « bibliothèque du temple » à Nippur; les renseignements que ce dernier auteur communique sur cette bibliothèque, HE, XX, 1, 1906, cadrent avec Texposé de Jastrow, auquel nous empruntons nos données.

316. Les matériaux présentent un aspect tout différent en Assyrie; bien que la civilisation assyrienne repose sur une base babylonienne, elle n'est pas en effet comme on l'a cru

il!

12 LES SOURCES DE l'hISTOIRE DE BABYLONIE ET d'aSSYRIE

longtemps, une copie servile des modèles babyloniens, mais elle a souvent frayé sa voie en partie sous l'action d'influences occidentales. Il faut ajouter que les Assyriens avaient à leur disposition non seulement des briques, mais des pierres, pour leurs constructions et que les monarques, du moins ceux de la basse époque, ont revêtu leurs palais de plaques d'albâtre, où sont gravées en relief des représentations de leurs exploits et de leur vie accompagnées d'inscriptions explicatives détaillées. Ces documents sont complétés par les annales royales qui condensent l'histoire et qui sont ordinairement écrites sur des cylindres ou des prismes. Leur caractère guerrier et leurs «grands succès militaires ont incité les rois assyriens à donner de leurs exploits des récits positifs et à les retracer pour la postérité. Celte tendance paraît être beaucoup plus développée chez eux que chez les souverains babyloniens. On peut noter la même ditTérence entre les inscriptions historiques do la majorité des rois égyptiens, à l'exception peut-être de Thulmosis III, et celles des Ethiopiens. De plus la destruction soudaine et définitive de toutes les villes assyriennes, Assur, Kalah, Ninive, Dùr-Sarrukin en (')06, a conservé ici la plus grande partie des matériaux existants jusqu'aux fouilles modernes. Les villes babyloniennes au contraire ont été constamment pillées au cours de l'histoire ancienne, tant par les Elamitesque par les .Assyriens, et de nouveaux matériaux ont été détruits sans cesse au cours de leur décadence progressive, quand ils n'ont pas été emportés. Ainsi s'explique que nous possédions des documents historiques beaucoup plus nombreux pour l'Assyrie et que l'histoire des grands conquérants, en particulier celle d'Assur-nasir-apal (884-860) et de Salmanasar (Sulmanuasaridu) II (860-824) surtout, même celle contemporaine de Tiglathpiléser(Tukulti-apal-esara) IV (74r)-727) jusqu'à Assur-bàni-apal (668-626), soit si bien connue. Aux documents et récits royaux s'ajoutent de nombreux textes comme des rapports aux souverains, des oracles, des prières ou des lettres; les actes privés ne manquent pas plus qu'en Babylonic.

SOURCES DE L'UISTOIRE DE BABYLONIE ET d'aSSYRIE — S 317

Pour la période ancienne les matériaux sont encore très maigres et dépendent des hasards de l'exécution et de lu conservation de grandes inscriptions royales; pourtant nos connaissances se complètent toujours davantage par les fouilles d Assur. Nos informations cessent brusquement avec les dernières années d'Assur-bâni-apal ; nous n'avons guère de textes contemporains de la chute et de la disparition de la grande puissance assyrienne, et aucun jusqu'à maintenant du royaume des Mèdes Les rois néobabyloniens ou chaldéens, surtout Nabuchodonosor (Nabù-kudurri-usur) (603-362) et Nabonide (Nabùna'id) (536-339), ont, il est vrai, laissé beaucoup plus d'inscriptions que n'importe lequel des rois babyloniens les plus anciens, à l'exception de Ilammurabi et de quelques souverains de Tello; mais ils ne peuvent nullement rivaliser pour l inté- .rrité des matériaux avec les grands rois d'Assyrie et ici aussi nous manquons à peu près de toute donnée sur l'histoire extérieure de leur royaume; seules les inscriptions de Nabonide (Nabû-na id) entrent quelquefois dans les détails.

317. Mais les ruines de Ninive nous ont procuré beaucoup plus encore. Le roi Assur-bàni-apal organisa dans son palais une bibliothèque, pour laquelle il fit réunir systématiquement et copier les matériaux dans les archives d'Assyrie et de Babylonie ; sans doute aussi il les fit compléter par les travaux de ses savants. Plus de 20.000 tablettes au moins de cette imposante collection nous sont conservées dans d'importants fragments. Nous lui devons non seulement les collections grammaticales et lexicographiqucs mentionnées (S 312). mais surtout la plus grande partie de ce que nous possédons en fait de littérature babylonienne et assyrienne, y compris de nombreux textes sumériens : notamment parties d'ouvrages mythologiques ou religieux, de rituels, de magie, d'astrologie, de mathématique et de médecine, comme de grandes collections de présages. Une grande partie de ces ouvrages remonte aux temps de la première dynastie babylonienne (vers 2000)

lA.

it

nt

LES SOURCKS DE l'uISTOIRE DE BABYLONIE ET d'aSSYRIE

et fut copiée sur les originaux do Babylone, tandis que d'autres proviennent de iNippur, Ur, Kutha ou Assur. On y trouve en outre un grand nombre de textes liistoriques, soit des copies de documents babyloniens, anciens ou récents, et surtout assyriens, des rapports, parmi lesquels des annotations astrologiques ou des consultations d'oracles, des lettres, soit des chroniques, des listes de fonctionnaires, des Annales, des inscriptions dédicatoires ou monumentales de souverains particuliers.

L'ouvrage de Bezold est fondamental : Catalogue of the Ctin. Tablets in the Kouijundj'ik Collection in the Br. Mits.^ 5 vol. (20549 numéros). Très utile orientation d'après les sujets principaux et la provenance des lexlesdans le mémoire de Jastrow, p. 174 et suiv., cité i^ 315 note.

318. Dès Tantiquité il y eut en Babylonie à coté des inscriptions royales historiques des annotations continues d'événements, des annales. Comme en Egypte, elles sont liées aux listes des noms d'années et de règnes (§ 323), ou bien elles sont tirées des éphémérides de cour. Des récits détaillés comme plus tard les annales assyriennes ne se sont guère conservés; nous n'avons que de courtes notices sur les événements les plus importants. On possède l'extrait d'une chronique relative à Sargon (8ar-ukîn) et Naràm-Sin d'Akkad qui remonte sans doute à une tradition contemporaine (§ 397). Elle a été utilisée aussi pour un ouvrage donnant l'explication des présages tirés du foie, qui sont illustrés par les actions qu'elle mentionne. Il est très probable que les royaumes sumériens archaïques avaient déjà de pareilles annales ; le besoin s'en faisait sentir lorsqu^on voulait régler des différends et conclure des traités concernant les territoires frontières, auxquels se rapportent fréquemment les anciennes inscriptions de Tello. Les rois assyriens firent rédiger des annales complètes de leurs actions d'où sont extraits, comme chez Thutmosis III, les récits plus longs ou plus courts de leurs inscriptions. Nous

SOURCE^ DE l'histoire DE BARYLONIE ET d'aSSYRIE — g 318 15

possédons une brève chronique du règne de Nabonide (Nabûna'id), rédigée seulement après sa mort et la victoire de Cyrus. On doit toujours avoir composé de pareilles annales concernant les règnes particuliers. En outre, on a collationné et étudié les anciens matériaux conservés, surtout les inscriptions royales, qu'on copiait souvent dans les écoles de Habylonie; on conservait alors l'ancienne forme d'écriture, comme on le lit plus tard pour la bibliothèque d'Assur-bàni-apal. On relève fréquemment dans les inscriptions royales postérieures un vif intérêt pour l'histoire ancienne du pays, surtout en ce qui touche la restauration des temples tombés en ruines. De là sortirent encore des chroniques plus ou moins longues qui embrassent cet ensemble de faits; nous avons quelques fragments au moins qui retracent différentes époques de l'histoire babylonienne et une chronique plus complète des années 745- 668. L' « Histoire synchronique », tableau général des contestations de frontières entre l'Assyrie et la Babylonie du commencement du xv* à la lin du ix*^ siècle, remonte à une cbronique de ce genre. Les Assyriens doivent avoir eu aussi des annales suivies, quoique perdues, comme le montre la fréquente mention d'événements plus anciens et exactement datés dans les inscriptions royales. Il est très compréhensible que des erreurs ou des confusions soient survenues dans ces chroniques surtout pour la chronologie (cf. § 327. Sur les listes royales, Sï^ 325, 329). Comme chez les F]gyptiens et chez d'autres f)euples, elles sont précédées par des récits légendaires et la tradition mythique, qui remontent jusqu'au grand déluge et aux rois qui le précèdent, jusqu'au règne des dieux et à la création.

A coté de la tradition reposant sur des documents ofiiciels, nous avons des récits populaires et des légendes. On les a aussi recueillis par l'écriture, mais ce ne sont plus aujourd'hui que do pauvres débris parfois relatés isolément chez les écrivains grecs. Dans ces récits s'est probablement constituée de bonne heure la traditionnelle figure de sultan qui domine

*— ^■■~.--,.Ji^--.--^-

■■-«MîaaiaassBSffs

Ti» u:mm^

LES SOURCES DE l'uISTOIRE DE BABYLOME ET D^A96YRIE

SOURCES DE L'UISTOIRE DE BABYLOME ET DASSYRIE — g '^^^ ^'

jusqu'à ce jour les représentations de Tihient. Un motif particulièrement cher aux légendes babyloniennes était de tirer des conditions les plus basses les fondateurs de dynasties et de les faire monter sur le trône par Tintervenlion des dieux ou par un hasard merveilleux. Ainsi l'antique dynastie de Kis (§ 381) fut fondée par une cabaretière. L'attribution à une femme d'un pareil rôle, qui reparaît dans la légende de Sémiramis et dans les récits d'Hérodote sur la reine Nitokris, est un pur motif léirendaire. Saigon (Sar-ukîn) d'Akkad est un enfant trouvé et croît comme jardinier sous la protection d'Islar (î; 397), de même Ellil-bàni d'Isin (§ 418). 11 y eut sans doute encore beaucoup d'autres histoires semblables, qui se perpétuent dans les légendes des rois Assyriens (§ 319), celles de Gyrus, de Nabuchodonosor (Nabû-kudurri-usur) et de Belsazar du livre de Daniel. On a souvent donné à ces récits la forme d'inscriptions royales, dans lesquelles les anciens souverains, ainsi Sar-ukîn d'Akkad, parlent eux-mêmes de leur destin légendaire à la première personne. Les maigres notices des listes royales et des extraits de chroniques ont aussi accueilli une partie de ces légendes.

Sur les annales royales, voir les divers règnes. — Chroniques : Sar-ukui et Narâm-Sin d'Akkad et leurs successeurs jusqu'à Tépoque cassite : King, Chronicles concernlng enrlt/ Babijl. Kinys, ± vol., 1ÎH)7 (Studies in eastern History), vol. 11, p. 3 etsuiv. : '2 chroniques dont la seconde, fragmentaire, répète en partie et continue la tin de la première: puis les textes hépatoscopiques de Sar-ukîn et de Naràm-Sin, en deux exemplaires : King, ihidem, p. 25 etsuiv. (auparavant IVIl 34 = KB, lll, p. 102 et suiv. entre autres). — l^ragment de Thistoire de Narâm-Sin : CT, Xlll, 44 (§ 401). — Chronique S ou A, très fragmentaire, courte liste des rois babyloniens jusqu'au X" siècle : King, ibidem, p. 40 et suiv. (avant moins complète, Smith, Tr.SBA, m, p. 371 et suiv.; KB, 11, p 272 et suiv.). — Chronique P, sur les combats entre la Babylonie et TAssyrie au xiv"' et xm« siècle : Pinches, JliAS; 1894, p. 811 et suiv. Winckler, Allor. Forsch.y I, p. 297 et suiv. (cf. p. 115-122 et suiv.). Delilzscli, die habijl. Chronik {Abli. Sachs. G.esel,, XXV, 1906), p. 43 et suiv. —

Très semblable est Y « Histoire synchronique » (un texte principal et fragments de deux duplicata); IIK, 05, 1. IIIR, 4, 3. Winckler, Unters. z. allor. (lesch., p. 148 et suiv. ; traduction du même A'B, I, p. 194 et suiv. — Notices dans le genre des chroniques, d'époque postérieure : King, ibidem, pp. 47 et suiv., 70 et suiv. — Chronique babylonienne B, 745-008 : Winckler, ZA, H, p. 148 et suiv. Pinches, IRAS, 1887 et en partie dans Knudtzon, A-ssi/r. Gebete an d. Sonnengott, fol. 59. Delitzsch, Assyr. h^sestûcke, 5*^ éd., p. 135 et suiv. Traduction dans KB, H, p. 274 et suiv. (souvent superlicielle) ; Delitzsch, die babyl. Chron. (Abh. sachs. G es. d. Wiss. XXV), 1900. — Le caractère de la tradition babylonienne et la pénétration des légendes dans la chronique ont été rendus plus évidents encore par la liste royale qu'a publiée Scheil (S 329 a), CRAc. Inscr., oct. 1911, p. 000 et suiv. On trouve naturellement des tendances analogues chez les peuples les plus différents {ainsi chez les Israélites la basse origine de Gédéon, Saiil, David de la légende, en opposition aux données historiques coexistantes), mais il n'est pas nécessaire d'admettre toujours entre elles des points de contact. 11 n'est pas rare cependant qu'une légende en passant d'un peuple à l'nutre forme la base du récit qui s'applique à l'un des héros : ainsi l'exposition de l'enfant sur le tleuve dans les légendes de Sargon (Sar-ukîn), Moïse, Persèe, Pelias et Neleus, et de ce dernier transportée en littérature sur Romulus et Rémus. Il y a une ])arenté aussi entre le récit personnel de la légende de Sar-ukîn (5; 397) et celui de Xisuthros sur le déluge dans l'épopée de Gilgames et la légende du roi de Kutha (Zimmern, ZA, XII, p. 317 et suiv. Jensen, A/J, VI, p. 290 et suiv.; cf. 5; 411 a note), etc. — La légende babylonienne du jardinier Dllil-bâni, devenu le successeur du roi Uraimitti, est transposée en Assyrie par un écrivain grec Bion : Agathias, II, 25, tiré d'Alex. Polyh. (et de lui Sync. p. 070), sur BeleAs, fils de Derketade, le dernier descendant de Sémiramis et son jardinier Beletaras. On sait que de tels usurpateurs heureux ne sont pas du tout rares dans les royaumes orientaux, de même qu'à Byzance; mais, dans les récits cités aussi bien que pour Sémiramis, le caractère purement légendaire est certain.

319. Si aujourd'hui nous ne sommes que très imparfaitement renseignés sur l'histoire de la Babylonie malgré les

LES SOURCES DE l'hTSTOIRE DE BABYLONIE ET d'aSSYRIE

SOURCES DE l'histoire DE BABYLONIE ET DASSYRIE — S 319 19

I 'il

trouvailles qui se multiplient chaque jour (pour les mille ans qui séparent la fin de la première dynastie de Tiglalhpiléser (Tukulti-apal-esara), soit de 1900 environ à 745, nous ne possédons que quelques documents suivis), et si l'hisloire de TAssyrie, tout au contraire, du moins pour l'époque florissante du royaume allant du ix« au vu* siècle, est mieux connue qu'aucune autre période que ce soit de Thistoire orientale avant les Perses ou l'histoire des Etats hellénistiques, il en allait tout autrement dans l'antiquité classique. Le royaume assyrien et le peuple, avec ses villes, avaient disparu dans une grande catastrophe et leur souvenir ne se perpétuait que dans des cadres légendaires : lorsque Xénophon, en l'an 400, marcha sur les ruines des capitales assyriennes, on lui raconta que c'étaient les restes des villes médiques, assiégées en vain par le roi des Perses jusqu'au jour où le dieu du ciel les lui livra par un miracle. Les villes de Babylonie par contre continuaient à exister avec leurs traditions, et elles entrèrent dès l'époque perse en contact multiple et toujours plus intime avec les Grecs.

Ainsi s'explique qu'à la naissance de l'historiographie grecque, dès la fin du vi* siècle, les Grecs purent donner de très bons renseignements sur l'histoire de la Babylonie postérieure à l'époque chaldéenne, sur les coutumes et les monuments de Babylone. Là aussi, comme pour l'Egypte, le tableau d'Hérodote auquel s'ajoutent quelques notices historiques occupe la première place. Les historiens grecs ne possédaient, en revanche, qu'une connaissance tout à fait incomplète et erronée du royaume d'Assyrie. Certes la grande puissance assyrienne a subsisté jusqu'à l'époque où commencent les données historiques des Grecs, et des mentions isolées montrent en elTet que les plus anciens historiens ioniens conservaient diverses informations parfaitement utilisables touchant les Assyriens. Mais nous en saurions davantage si Hérodote avait pu mettre à exécution son plan d'écrire une histoire d'Assyrie et de Babylonie ('AaTupt-o». Xoyoi). Même chez lui

cependant, les faits historiques sont souvent déjà déformés : ainsi il fait régner les Assyriens 520 ans sur l'Asie supérieure (I, 96) jusqu'à la chute des Mèdes vers 710, de sorte que pour lui la domination assyrienne se termine précisément au moment où elle atteint réellement son apogée et où les Mèdes sont complètement soumis par les Assyriens. Il fait remonter leur royaume à Ninus, fils de Bôlos, un descendant d'Hercule, et fait aussi descendre de lui les rois Lydiens (I, 7). Mais il connaît la Sémiramis historique du vni' siècle (I, 184), l'historique Sardanapale, soit Assur-bâni-apal (II, 150), la campagne de Sénachérib (Sin-al.ie-riba) contre TÉgypte (II, 141) et la destruction de Ninive par Cyaxare de Médie (I, 106), tandis qu'il remplace Nabuchodonosor (Nabù-kudurri-u$ur), qu'il appelle Labynète, comme dernier roi babylonien, par son épouse Nitokris à qui il attribue les grandes constructions du roi. A côté de la tradition historique ou à demi historique qui pâlissait rapidement, la légende populaire s'est de bonne heure emparée des figures des souverains assyriens. Cette légende se trouve déjà dans un livre populaire, très répandu au v*^ siècle, le conte du sage Ahiqar, vizir de Sénachérib (Sin-ahe-riba) et d'Asarhaddon (As^ur-ah-iddin), ainsi que dans les légendes de Ninos et de Sémiramis et de leurs obscurs successeurs jusqu'à Sardanapale, auxquelles se relient alors les légendes de Cyrus et celles par exemple de Nabuchodonosor (Nabû-kudurri-U!?ur) et de Belsazar dans le livre de Daniel. Lorsqu'une génération après Hérodote le médecin particulier d'Artaxerxès IL Ctésias de Cnide, écrivit un livre complet sur l'histoire de l'Orient (cf. vol. III, § 4), dans lequel il polémisait partout contre Hérodote en se fondant sur sa connaissance de la vie orientale, il accueillit ces récits et les remania. C'est ainsi qu'à la place des anciennes informations on conçut un grand royaume assyrien englobant toute l'Asie antérieure de la Mer Egée à rindus, fondé par Ninus et Sémiramis et ayant existé pendant plus de 1300 ans sous des rois obscurs, jusqu'à ce qu'il soit détruit vers 880 sous Sardanapale par le mède Arbakès et le

LES SOURCES DE l'hISTOIHE DE BABYLONIE ET d'aSSYRIE

SOURCES DE l'histoire DE BABYLONIE ET D ASSYRIE — § 320 li

bahylonien lielcsys. A ce royaume vint se joindre un royaume mède tout aussi fantaisiste qui aurait eu 220 ans d'existence. Si Gtésias se fondait pour ses listes royales sur d aullienti(jues documents sur parchemin (^ao-iAual àvaypacpaî ou o'/^Gscai, Diodore, II, 22, 1. 5. 32, 4), ces renseignements, comme tout ce qu'il raconte, sont une tromperie notoire. Pour ses autres récits aussi les légendes orientales sont utilisées, mais transformées par des combinaisons grecques et ordonnées en un roman fantaisiste. Ces histoires tout à fait légendaires ont dominé alors, avec de multiples variations, la tradition postérieure de l'antiquité et la conception moderne, jusqu'au jour où les résultats du déchillrement des inscriptions assyriennes furent peu à peu reconnus par tous.

Sur Thistoire assyrienne d'Hérodote, voir Meyer, Fovsch.j I, p. 101 et suiv ; sur les 'Ajajpioi Xovoi (I, 100, J84), \b\d.y 11, p. 98 et suiv. 'Adajpia désigne chez lui la province perse de Babylonie (vol. 111, îîi 84 note). — Des restes d'historiofj;raphie ionienne plus ancienne subsistent aussi dans les données sur Sardanapale (Anakyndaraxes), cf. ib'id., I, p. 170, ti)\\ et suiv. Il, p. 541' et suiv. 11 y eut aussi un poème d'Hésiode qui racontait la destruction de Ninive : Aristole, Hist. Annn., VllI, 18, 2 p. 001 (Hésiod. fr. 208 Rzach éd. min., fr. 279 éd. maior). — La découverte du roman d'Ahiqar dans les papyrus de la colonne juive d'Kléphantine du v*" siècle, connii tout d'abord dans une seule rédaction postérieure, a jeté une vive lumière sur le développement et le caractère de l'histoire des légendes orientales : cf. Ed. Meyer, der Papyrusfiind von Elephautinn, 1912, p. 120 et suiv. Le livr^ a été traduit à la même époque en grec sous le nom de Démocrite. — L'histoire assyrienne et médique de Ctésias est conservée en extraits par Diodore, liv. 11, par l'intermédiaire d'un écrivain hellénistique probablement Agatharchide, cf. Marquart, die Assifriaka des Kti^sias^ dans Ph'dologus, Suppl. VI, 1892.

320. De même que Manéthon en Egypte, en Babylonie le prôtre chaldéen Bérose a composé vers 280 avant J.-C. une histoire de sa patrie, en opposition aux données grecques et sur

la base des traditions indigènes. Il dédia à Anlioclius I" cet ouvrage en 3 livres, BaêjÀtovuxi. En même temps il chercha à rendre accessible aux Grecs la « sagesse des Chaldéens », l'astrologie, et ouvrit à Cos une école d'astrologie (Vitruve, IX, 7). Le monde grec connut son œuvre historique par les extraits d'Alexandre Polyhistor (vers 70 avant J.-C); de là Athénée (XIV, 639 c) le cite une fois et des extraits se sont introduits dans la chronique du pseudo-Apollodore qui circulait à l'époque chrétienne, comme la liste royale thébaine d'Eratoslhène (§ tlil, note) et les listes royales des temps primitifs grecs. Ces extraits furent encore remaniés en dialecte ionien par un nommé Abydène à l'époque impériale, et réunis à l'histoire assyrienne de Ctésias. Au reste, Uérose eut le môme sort que Manéthon : tandis que les doctrines astrologiques gagnaient peu à peu du terrain dans la civilisation orientale, la tradition historique indigène demeurait ignorée des Grecs. Cela s'explique, car les Grecs n'ont jamais porté autant d'intérêt à la Babylonie qu'à lÉgypte, el depuis 129 avant .I.-C, ce pays leur devint complètement étranger politiquement et comme civilisation. Par contre, les Juifs et les chrétiens utilisèrent abondamment les extraits de Bérose comme confirmation des textes bibliques. Les fragments de Bérose, connus surtout par l'intermédiaire d'Alexandre Polyhistor, ont ainsi été conservés par Josèphe et Eusèbe ^c'est-à-dire Syncelle); nous devons encore au dernier les fragments d'Abydène. Mais les extraits se bornent presque exclusivement à l'histoire légendaire des temps primitifs, avant et immédiatement après le déluge, el à l'époque des contacts plus intimes entre Juda et Babylone dès Sénacherib (Sin-ahe-riba) et après lui. Dans ces chapitres, Bérose se montre particulièrement bien informé. Non seulement il rapporte fidèlement la légende indigène, mais il donne encore un résumé sûr el surtout correct au point de vue chronologique des événements historiques. On n'a pas encore retrouvé les textes cunéiformes parallèles de plusieurs de ses récits légendaires; mais ils existaient sans aucun doute. Le premier livre traitait des

<ii«>l

LES SOURCES DE l'hISTOIRE DE BABYLONIE ET d'aSSYRIE

temps primitifs jusqu'au déluge, le troisième, de l'époque qu'inaugure la conquête assyrienne de Tiglathpiléser (Tukultiapal-esara) IV en 731. Pour la période intermédiaire, sur laquelle il ne donnait qu'une brève liste royale (Eusèbe, I, p. 7), nous possédons uniquement un court aperçu des dynasties dans Eusèbe, I, p. 25. Hérose a évalué à 36000 ans, c'està-dire iO sares de 3600 années, Tépoque qui va du déluge à la mort d'Alexandre le Grand, de môme à 120 sares, soit 432000 années, l'époque antérieure au déluge. Pour obtenir ce cbiiïre, il attribue à la première dynastie qui commence encore, après le déluge, avec des rois mythiques, 86 règnes avec 34090 années; les premiers de ces rois régnent encore plus de 1000 ans. Puis viennent les rois proprement historiques en plusieurs dynasties jus(|u'à Alexandre avec un total de 1902 années. Voici la liste de ses dynasties :

1. Dyn. 86 rois après le déluge 34090 ans jusque vers 2233 av. J.-C.

Page 1