L EGYPTE JUSQU A LA FIN DE L ÉPOQUE DES HYKSOS
SOURCES POUR L HISTOIRE DE L EGYPTE
Le (Icchi/p'rment des hiéro(/li/p/ies.
ils. A parlii' du triomphe du christianisme, vers la lin du troisième siècle a[)rès .J.-(L, riulelligeiice de l'écriture « sacrée » de ri]gy|)te se [)erd, et on ne comprend plus les hiéro({lvnhcs, iii sous leur forme mouumentaie, ni sous la l'orme parallèle, 1 écriture cursivedite « hiératique »; uuuue l'écriture « demoticjue », dérivée de celle-ci dès le premier millénaire, mais |)lus abrégée encore et utilisée [)Our les allaires, les lettres et les récits populaires, cesse d'être eu usage après le triomphe de la religion nouvelle. Les chrétiens la remplacent désormais [)ar les divers dialectes où s'est divisée la langue populaire de l'époque impériale — et (pi On désigne sous le nom de copte; ils l'écrivent avec un al[)habet dérivé du grec et produisent une littérature assez considérable, prescpie exclusivement religieuse. Après le dix-septième siècle, le copte est à son tour complètement supplanté par Tarabe ; à peine s'il ])arvient à subsister péniblement comme langue d'église, (Mitendue tout juste t)ar (juehjiu^s prèlres. Cependant, la mémoii'e des grandioses
SOIJUCKS l'OUIl I. HISrollŒ hi: I. K(iYI»TK
LE DKCHII FHEMKM DKS Hir':HO(iLVI»HES — ^ 149
moiuinicnls de la vallée du Nil s'élait loiijoiirs conservée; d autre [)arl, les pieiies. eouveiles (riiiéro^lv phes, ia[)|)orl(».es eà el là en JMiiope, les icdalions de \ oya^es el les re- ()r()du((i()iis. d'ailleurs inlidèles, des nionunieuts iudigèiitîs, avaient j)I()\(h|U(' à plusieurs l'epiiscs, depuis le dixsepliènie siècle, des (essais de décliiirKUuenl, (jui lurent inlruclueiix. On aboi'dail aloi's toutes les créai ions de Tanti(|ue Orient av{»c des idées prc^coneues et fantaisistes ; on v cliereliait Toracl*' d'une anliciue el mvslérieuse say^esse, que des symboles profonds voilaient aux yeux pr*ofanes ; aussi eonsi(lérai(-on cette écrilure li^tirée e(^yj)lienne, si dissemblable en appar«'nce de (ou tes les auties écritures, comme un myslère, el in\()((Hail-on comme pi'euve les témoignages des écrivains gi-ecs, (|ui leposaient eux-mêmes sur les badinages de ICcrilure de la basse epo<jue égyptienne, et sur des inteiprélalions a moilie fausses. ( )n n'eul une base solide pour les recherches (|u'a[)rès l'ouverture de la vallée du Nil [)ar rex[)é(lili()n de Napoléon, gràci^ ;iu grand recu(Ml de monuments paiu sous le nom de Descriplion de riuHjple, (ît ensuite après la découvcMle, à Rosette, d'une pieire portant un déci*et lendu par les piiHres à IMolémée V et gravé dans la langues et Tecriluie hi(''rogly[)hi(|ue, démotique et grec([uc. A [)ivs les essais talonnants et infructueux de plusieurs érudils, un h'rançais de génie, François ChainpoUion, réussit, en 1822, à lii-e correctement les noms pro[)res grecs écrits en hiéroglyphes ce (jui lui donna la clef des autres ; en même temps, par une intuition du génie (|ui, cei'tes, se fondait sur une [)réparation nu'lhodicjue et une connaissance ap[)iofondie des matéiiaux, il sut pénétrer le sens de tous les papyrus et inscriptions qui lui étaient alors acct.'ssibles, au moins dans leuri^ points essentiels. L"histoir(^ des sciences n'olîre guère d'exemple d'un travail com[)arable ; lorsiju'cUi retour d'une exjx'dil ion scientifi(iue en l^^gyi>lc, il fut enlevé, en IS;;2, par une mort prématurée, il avait nue vision claiie et correcte non seule-
ment des traits principaux de la langue, mais aussi de l'histoire de l'ancienne Ko:vf)te.
CiiAMPOLMON n'a pu publier de son vivani ipi'une paille IVagriM'iilairc de ses Irava.ix ; IcmvsIo n'a élé publié .pie lanlivemeiil et encore ini-oiiiplèlciiieiil, après sa mort. Jlernune Uahtlkhkn vie.it d écrire sur lui une excellente l>iograpliie [(:bnmi>oUin,i. Sein LHwn luul srin Ur/A, '2 vol., lî)0())(pii nous lait eoiiiiaîlre le champ én.»rme de ses invesligaticms et suivre les étapes laborieuses de son déchilTrcnH ni. Très inslruetir pour nous est leconlrasle entre certaines de ses théories sur l'écrihue, d'ailleurs fausses mais dont il n'est jamais arrivé à se délacher, et sa visicm éloiuiante des réalités, cette divinalion rapide qui lui chez lui le résultat d'iuie longue série de travaux anté- Heurs. — I.os inscriptions et do<umenls recueillis pendant son voyage [Monnnwnh de VÉuyi^lr ri de la Subie, 4 vol. 1835 sip) ont été IMd)liés on .nème lemps par son disciple et conipagmm de voyage, rilalien I^osrn.iM {Momimenn deiri':,/illo e délia \alda, :\ parlies, [8:^). Cilons encore: Cm ampoli.ion : /.W//v.s- êrrih's dlù/y/de ri de A ///>/>, et Xofiees desrriidires, dont la publication, conniu'ncée par scm frère, CiivMPOMJo.N-FiGKA.;, a étéconlinuée par K. i,i: IU)l.;k et G. M^sriuo (18ii-1S7!)).
JVJ. L'EgypIologie, ainsi fondée par Chaaipollion, a été consolidée, enrichie et élevée au rang d'une science, par les travaux de la génération suivante. HicirAHD Lki»sujs (depuis JS:{.%) et i:MMAM:Er i>k Iîougi': (à [)artir de 184Sj non seulement étendirent ('onsiderablement son domaine j)ar leurs recherches de détail, mais suitoul, en fondant une méthode rigoureuse, ils éliminèrent la fantaisie et le dilettantisme, qui menaçaient de s'emparer de la jeune science comme d'une nouvelle proie. Lepsius établit les bases des recherches ultérieures par ses excellentes publications de textes, par son ex|)h)ration systématique* de TÉo-ypte et de la Nubie, où il conduisit une expédition prussienne de 1<S42 à IS^if), et enh'n par la publication d'un énorme recueil de mat(''riaux, (lassés par ordre chronologique {Denkmaler, 1819 scj., en (1 i)arties in-folio). Ce recueil considérable s'augmenta dans les années suivantes o-râce
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F.E DÉCFJIFFREMENT DES HIÉROGLYPHES — ^ \A^
aux fouilles noiiibieiises exécutées par A. i\[AmKTTK. D'aulre part, DE l\0U(iî:, ('.iiaiîas et (iooDWiN s'essayaieiil avec une brillante persj)icacit(^ à nous oun rir la compréhension des pa[)\ rus hiéi'ali(jues ctdc la litt'M-alure poeh(|ue el jnridicjue (jui y est conservée». II. Brugscii (jui réussit dès ItSil) à lire le dénioti(|ue , les sur|)assa tous en génie et eu activité variée et frnclueuse ; il niérit(;i'ait dètre |)lacé à côté de (luAMPOLLiON pour sa |)iiissance ("norme de (ra\ ail et ses dons brillants de syntlièse, s'il n'avait associe à ces (jualites une fantaisie aventureuse, qui domina sa vie piiv('»e et iniluenca ses travaux scienlifi([ues. En l<S()(), la découverte d'une nouvelle stèle bilingue, un d("cret des prèties de (ianope, sous Ptoléniee lll ï^vergèle i2iî<S av. .1 .-(]. l'ut l'aile àTanis par l.i;psius; elle mit (in aux controverses sur la façon de lire l'écriture, en contirnuiut absolument le système de lecture préconisé par C^iiAMPOLLiON. A partir de ce momenl, a commencé le develop[)ement scientifi(|ue de re.i;\ [)U)lo«^ie. Ce cjui importait le plus c'était, à présent, de fixer rigoureusement les bases de la grammaire, de distinguer les périodes |)ai- les(ju(dles était j)asse le langage au cours de sim dévelop])cmenl, d'établir parla philologie rinter|)rétalion détaillée des textes: tel fut le but des liavaux (I'Adolf IIkman, à paitir de IS7S. (lomme complément à ses lecheiches, (rimp<Mtanls matériaux ont été réunis en vue de la rédaction d'un grand I )ictionnaire,(jui est près (Tètrc achevé, (iràce à cette même metliod(? historique ap|)li(fuée au domaine de la civilisation, Khmax, dans son Acfjupten nnd (teyi/plischcs Lehcn iin Allerlnm, a pu discerner |les traits caractéristiques des trois épo(|ues principales. Une école nombreuse de jeunes savants continue les travaux d'Erjuan : G. Steindokff, K.Setuf, 11. Sciiaefeh, L. UoHCHAnnT, W. Simegelf^ehg, J. 11. Hreasti;i). I"]n même tenq)s, on a persévère de façon methodi(nie à exhumer les trésors inépuisables (|ue cache le sol de ri']gvpte ; nous signalerojis les fouilles de FI. Pétrie et de Ed. Naville pour la société de V « Egypt l^xploration Fund », les travaux de
GaiFFriH et les grandes entreprises dirigées par (i. Maspero. Depuis 1S()7, (]. Maspero a (dargi nos connaissances par ses études sur la civilisation et la littérature, le develo[)pemcnt politique et icdigieux de rÉgypte:il a juontré dans les fonctions de directeur des anti(juités égyptiennes un zèle intelligent et des vues larges; il a publié l'œuvre posthume de Mariette sur les Mastabas: le premier, il a publié et traduit les textes des Pyramides; aussi son nom resterat-il lié aux principales découvertes de ces dernières annexes.
Pour l'histoire de l'Ki.'-yptoJe^rie -'j sa j)reinièi'e |)ériode, ('oiisnlter IVtucle <t'ensernl)ie de G. Khkhs : Hirhanl Lrpsius, rin Li'hrnshihl, J885. Le mérite de I^ul(;s(:ii acte la sûreté «le son inlnition et rélcndue de son savoir considérable; il s'est toujours eltorcé de travailler avec une méthode ri^^>urense, mais sans y réussir toujours. L'étraii«,n'lé qu'il y avait dans son caractère et ((ui ressort de sa vie, a aussi iidlnencé ses travaux; c'est pourquoi il l'ut si aidipatliique à Li:rsiLs, d'un tempéi'ament tout dilférent. Cette inimitié eut une conséquence luneste. Lors(jue liuniscii publia, en i8:i7, un livi-e (jui aurait du ouvrir les voies aux recherclies : ^V>o|//v/p///.sc/</' Insrhrij'lm, où il avait i)arraitement tixé ilans ses traits essentiels la valeur })lionéti(jue des caractères hiéroglyphiques, uniquement conq)()sés <Ie consonnes, Lkpsus s'éleva avec force contre cette tlu'orie (dans son konigshiuh, 1858). Lkpsius a retardé ainsi de ])lus d'iui quart de siècle une pénétration plus efficace dans la grnmmaire et la connaissance plus exacte de la langue. .Même, en 1874, lors.pi'il dut reconnaître que lecriture hiérogtyj)luque distingue bien plus de sons (jue le copte ou que le système de transcrij)tion jjj-oposé par Chxmpomjon, il a{)pliqua lui-même ime transcrii)lion fertile en erreurs, comportant des signes dépourvus descns : â,â, t', etc., et qui est encore assez souvent utilisée. L'entre" prise de Li:i»sils a grevé d'une nouvelle difficulté l'établissement d'une transcription rationnelle, conq)réhensible à tous, et que nécessitaient déjà les lacunes de l'alphabet hiéroglyphique, en . particulier les variantes bizarres de l'époque des IMolémées, ainsi (pie Tabsence de notation des voyelles. Sous linfluence de cette vieille tradition égyplologique, et parmancpie d'une discijiline linguistique, plusieurs savants, surtout en France et en Aiigleleri-e, s'en tiennent encore aux transcriptions les plus bizarres.
T—mr iiiiniclw
SOURCES POUR i/hISTOIHE DE l'ÉGYPTE
3fonfimcnis el Ecrivains
150. A partir (le(î(')() av. J.-C.,l()rs(|ue,sniis PsaiimM'li(|ii(' I'' et ses suecesseuis, de nombreux (irecs anrivèi(Mil m K<^y|)te, (l'al)orH romino niorcenaii'es, ensuite connut» ujai-cliumls, la vallée du Nil el son auliijue eivilisalion éveillèrent en eux iiu vif intérêt. (Jeliii-ei s'aeerut encore, lorsqu'au cours (lu VI' siècle av. J.-C, l'esprit scienti[i(|ue faisant son apparition, des vovageurs a\ ides de s'instruire \oulurent au<^-uieulci- leur savoir eu parcourant le monde. Cette civilisation totalement diderente de toutes les autres, isolée et lorjuant |)ar elle-même un toiil complet, se maintenait, crovait-on alors, en cette stabilité |)arlaile (lej)uis des milliei's (Tannées ; elle présentait le contraste le j)lus mar(jm''avec Teffervescenc<' et la diversité de la culture or(H(jue ; aussi fit-elle sur- les(ii-ecs une irupi-ession |)uissante, et rnar'(|uat-elle for't(Muenl son intluence sur* leur- |)bilosopliie rationaliste et leur- tbéosopliie mvsti(j(re. Ils scdlicilèreirl des irrb)i'mations, non seulement sur- les ruonuruerils, riristcdr-e, la relio'ioii, la sai>-e ])hilosopliie drs habilarrls du Nil, mais aussi sur lents propres orioiiK^s ; leur- esprit de crili(jire ratronaliste, (|ui commençait à s'<''V(m*I1(M'. lertr* nrorrtrait darrs la tradition des ptiints contr-adicloir-es et des faits irradmissibles (pr'ils tàcbaienl de cojrcilier-; ils cher-cbaient des lumièi'es sirr- ror-ioii,(. (h» leurs dieux et d(» lerrr-s cultes, sur la ouerr-e do Troie, sur- lo, Protée, Hélène, olc, et les l-^o-vptiens, (|iti s Cntendaieut à s'entour*(M- (Trrtre auré<de de urNstérieuse sa<resse et à recul(M' bien loin au delà des r-ealités l'âge de leui-s traditions, nClaierrl irtr'''t-e errrbai-rassés pour l'our-nir aux ('1 rangers des r-eponses capables de lerriplaire. De là, des anecdotes (4 lécils où se fait jorti- I inler-pretalion toute gr-ecrpre des ('événements (Mrairgers : j)ar
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ISrONCMENTS ET t-:(.inVAINS — i; 1.^)0
exenrple la légerrde des cotrst rrrcteurs des l'yrarrrides. c(dle de Ubodopis, de la Dodecarchie, des castes, et aussi les contes d origine réellemerrt égy|)tierrne, rirais remairiés à la manière grec(iue. (pri se rattacherri à des ligures historiques (iMoeris, Sesostris, lUiampsinil . (hrani airx jualentendirs |)ur-s et sirupb^s, ils rre man(|irent point, l^es inter-j)rètes de profession (jui servaiejit (b^ guides aux étrangers, ont orné et embelli la tradition. Ainsi na(juirerrt beaucoup de fables, drr genre de celles (jiii aujouidbui encoi-e concernent TOi-ient et harrtenl les voyageurs ordinaires et les Kui-op(''ens jual informes ou incornjx'tents. C/est srrr- de tels matériaux et de telles intuitions personrrcdles (jue se fonde la coiri-le esquisse dir |)ays, de ses institutions et traditions, (|ir llékalee de Alilel irorrs a tracée vers o^O ; maintes notices norts en ont ete C(Uiser-vées, ou part icrrlic^- dans la description écrite |)ar Hérodote, vers VM). Ces (l'irMc^s Jie donnaient des renseioneiiicnts sùrs(jue pour- la derrrier-e période de riiistoireéo'V|iiM'rrire XX \'l" dynastie , dont les (hecs (îtabbs dans le j)avs avaient conserve rrne tradition autbenliqire. Même les lég(Mrdes(le lépoque éthiopienne XX V'" dynastie,, ne laissejit |)as ((ue d'avoir- irrie valeur- Iristor i(jue ; en revanche, tout ce (jui précède jre peut pas même servir à tracera gr*ands traits irn tableair d'hist(Hr-e. La chr-orrologie des ])r-irrcipales époquch elles-mêmes, y est intervertie de la pire façon ; les constructeurs des pyramides sont ])lacés aprèsle Nouvel l^mpiie, immédiatenreut avant les rois éthioj)iens; chiffres et dates des règnes sont absolunrent à rejeter. Les choses ne s'amélior^ent pas chez les sirccesseurs d'Héi'odote jus(pi'à Kphore, ni <ians la litter-ature tr-es considérable des époqires plolé- Jiraï(nre et r-ornairre. Tous ces écrivains, (uii se croyaient sr srtpér'ierrrs aux jiaïfs chroniqueurs de Lancien temps, u ont réussi en somnre (jit'à tiansj)oser- dans irn stvle historique |)lirs juoderiie les anciens récits, Icurt en continuant a les déligurer ; ainsi a lail Hékatée d'Abdère :^()0 av. T-C. , qiti a\ail une foi'te lendance à idéaliser- tmrt ce
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