‹ Histoire de l'architecture de Th. Hope Texte. 1Chapitre 30 sur 126 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

ORNEMENTS ALLEGORIQUES ET AUTRES DANS l’aRCHI- TECTURE LOMBARDE.

J’ai déjà fait observer que les architectes des églises grecques en faisaient consister l’ornement surtout dans les brillantes couleurs des marbres et des mosaïques appliquées sur les murailles, tandis que ceux des églises latines préféraient aux objets colorés les basreliefs ou les sculptures, soit dans le dessein d’exprimer plus énergiquement le caractère opposé des deux églises, soit plutôt, parce qu’ils manquaient de ces riches matériaux, de ces porphyres, de ces serpentines qu’on ne trouvait qu’à Constantinople , et de ces magnifiques émaux dont la capitale de l’Orient s’était réservé la fabrication. Les églises lombardes se terminaient bien encore à l’est en une abside demi-circulaire, mais un revêtement de mosaïque n’en couvrait ni la surface concave, ni la niche; percées de tout côté de vastes fenêtres , elles ne devaient leur éclat qu’à la lumière des cieux.

Comme cependant le culte et les allégories religieuses n’avaient point changé sous l’influence de l’architecture lombarde, les sujets de sculpture qui ornaient les églises restèrent à peu près les mêmes.

Sous un riche dais ou dans une niche au-dessus de l’entrée principale, était l’image de notre Sauveur, de la Vierge, ou du saint patron ; celles des autres saints et et des êtres allégoriques honorés par les chrétiens, comme l’agneau pascal et les figures emblématiques des quatre évangélistes , occupaient le centre et les endroits les plus visibles; des anges à genoux ou debout semblaient s’associer aux adorations des fidèles, ou soutenir l’édifice; des figures terribles éloignaient des portes principales les esprits de ténèbres; enfin, les diverses parties du portail représentaient des sujets tirés de l’Ecriture ou même de l'histoire profane, lorsque celle-ci avait quelque rapport avec la fondation de l’église. Le caprice de l’artiste jetait ensuite de toute part, sur les chapiteaux, sur les corniches, sur les pans de mur, sur les pendentifs des voûtes , etc., des êtres réels ou imaginaires, destinés uniquement à divertir les yeux et l’esprit des spectateurs; il variait ces dessins a son gré ; c’était tantôt des figures mêlées à des rinceaux de feuillages , tantôt des feuillages seuls , quelquefois des arabesques qui ne représentaient rien de positif, mais qui n’en étaient pas moins gracieux. Tous ces ornements sont prodigués dans les principales églises lombardes avec une richesse qui les met, sous ce rapport, bien au-dessus des basiliques et des églises grecques. Les figures et les têtes en saillie étaient , selon leur importance locale , ou rangées processionnellement sans division entre elles , ou renfermées chacune dans une niche, un panneau, ou un médaillon. On trouve souvent, sur le linteau horizontal des portes, des médaillons de cette espèce, séparés par des arabesques; on voit aussi, le long de leurs jambages

perpendiculaires et des arcades demi-circulaires qui les couronnent, des rangs de cartouches contenant chacun la figure ou le buste d’un saint, d'un ange, ou de quelqu’autre personnage ; mais ici ils ne sont point accompagnés de ces saillies et de ces dais, qui furent introduits plus tard dans le style ogival. Ajoutez à tout cela les losanges, les rouleaux, et toutes les espèces de moulures déjà connues dans la sculpture antique, dans la mosaïque, dans le style byzantin , mais que l’architecture lombarde combina d’une manière beaucoup plus étendue et plus variée.

Les subdivisions architectoniques où ces divers ornements furent le plus souvent prodigués, sont les colonnes, les chapiteaux, les jambages, les archivoltes, les frises et les tympans des portails, les encadrements des fenêtres, les cordons, les pans de mur, les corniches, les frontons et les pignons. Quelquefois ils formaient des bandes ou faces dans les façades et les murs latéraux, comme à St.-Zcno , et au Dôme de Vérone; au Dôme de Modène; à St. -Michel de Pavie, et à St.-Cyriaque d’Ancône. Plus on avance vers le Nord, plus on voit diminuer le nombre des ornements de sculpture et plus ils perdent de leur élégance. Au delà des Alpes, nous ne trouvons plus de ces animaux fantastiques qui supportent les colonnes des portails, et semblent garder l’entrée des églises. Si l’on en voit encore quelques-uns, comme à St. -Pierre de Gelnhausen et dans le Hlieinhof (pl. 04) de Cologne, ce sont autant de pygmées qui se détachent à peine de la masse du bâtiment , on dirait un chien qui aboie dans sa niche. Mais, d'une autre part, quelques anciennes églises de France , comme St.-Trophime d’Arles ,

St.-Saturnin de Toulouse, Ste.-Croix de Bordeaux, St. -Pierre d’Angoulême et Notre-Dame la Grande de Poitiers , sont entièrement couvertes de bas-reliefs qu’on ne trouve point dans les édifices allemands de la même époque. Les églises situées sur le Rhin , les Dômes de Spire, de Worms et d’Andernach, ne surpassent guère en élégance les constructions normandes et anglaises de ce siècle ; leurs murailles n’ont presque aucun autre ornement que quelques fausses arcades en bas-relief entremêlées l’une dans l’autre, et leurs jambages, leurs colonnes, leurs impostes et leurs arcs, quelques arabesques insignifiantes.

Au reste , il ne faut pas supposer que dans les pays mêmes qui furent le berceau du style lombard , tous les ornements aient eu un sens rigoureux et positif.

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