‹ Histoire de l'architecture de Th. Hope Texte. 1Chapitre 31 sur 126 · DE LXMPLOI DE LA. BRIQUE · texte numérisé non relu

DE LXMPLOI DE LA. BRIQUE

Dans tous les pays originairement occupés par les eaux de la mer, partout où quelque vaste rivière a, par ses débordements, formé avec le temps d’immenses terrains d’alluvion, partout où l’on ne trouve point de carrières de pierre, mais, en revanche, de l’argile à chaque pas, la brique a toujours été employée pour les constructions.

Babylone, sur les rives du Tigre, était bâtie en briques ; ses hautes terrasses tiraient leur origine de la terre glaise où elles sont rentrées. Ecbatane , à en juger par les couleurs variées de ses murailles que décrit Hérodote , fut construite avec les mêmes matériaux. Les bords du Nil ressemblaient sous ce rapport à ceux du Tigre. A côté des temples du granit le plus indestructible, s'élèvent les pyramides bâties en brique, et dont tous les angles aigus se sont effacés depuis longtemps.

La Grèce n’avait point de ces larges rivières qui produisent les terrains d’alluvion ; et comme la nature y offrait partout des couches de pierre de taille , l’homme y profita dans ses constructions des dons de la nature. A Rome, on trouva d’abord en abondance

le peperino , formation plutonienne, et la substance neptunienne, nommée travertino, ainsi que la pierre de taille et le marbre ; aussi, ces matériaux furent-ils exclusivement employés dans les monuments les plus anciens. Bientôt , il fallut les aller chercher plus loin que les dépôts argileux du Tibre; alors on les réserva pour les grandes constructions; dans les autres, le corps du bâtiment fut en terre cuite, les faces seules, en pierre ou en marbre; et l’on rencontre même beaucoup d’édifices dont la surface est revêtue de briques en forme de losanges , soit seules , soit alternant avec d’autres plus plates ; quelquefois encore on exécutait des moulures sur les briques, ou, après les avoir réunies en couches régulières au moyen d’un ciment, on leur donnait par la coupe toutes les variétés des ornements architectoniques. Nous le voyons à Home dans les restes de Yamphitheatrum Castren.se, du temple du dieu JUdivulus, et d’un autre édifice où, jusqu’aux chapiteaux et aux feuilles d’acanthe de l'ordre corinthien, tout est taillé dans des blocs de briques. A l’extrémité septentrionale de l’empire romain, à Cologne sur le Rhin , il existe des ruines d’une des tours rondes du Prétoire, dans lesquelles on voit une mosaïque représentant des portiques et des branches de palmiers, et formée d’un mélange de pierre et de brique. Il est vrai que la contexture de la brique romaine était très-îine, et le ciment, fait en partie avec de la pouzzolane, était si compact et si cohérent, qu’on a plus de peine à le diviser que la brique elle-même. Pour ajouter à l’effet des édifices construits avec ces matériaux, on y faisait contraster la brique rouge et la jaune.

Lorsqu’ensuite le christianisme victorieux exigea

qu’on élevât en toute hâte de vastes églises , les parties pour lesquelles on ne put utiliser d’anciens blocs de pierre et de marbre, furent construites en briques, comme â St. -Paul et dans d’autres basiliques.

A Constantinople même , on employait la brique dans les bâtiments les plus considérables, on s’en servit pour l'intérieur du vaste dôme de Ste. -Sophie, et toute la surface de l’ancien édifice des Blachernæ, appelé le palais de Bélisaire, présente une marqueterie de briques de différentes teintes.

Dans les vastes terrains d’alluvion formés par le Pô, les plus anciens édifices ont pu être entièrement construits avec des pierres tirées de carrières éloignées; mais dans ceux d’une date plus récente on employa la brique et la pierre mêlées dans des proportions égales ; dans les constructions encore plus modernes, on ne se servit de la dernière que pour les parties qui devaient être à la fois légères et isolées, comme pour les fûts déliés des piliers ; et enfin la brique prit partout la place de la pierre. Ainsi àPavie, la partie occidentale de l’ancienne église de St. -Michel est tout en marbre, tandis que dans le Dôme de Vérone, la pierre n’est employée que pour le noyau primitif du bâtiment, et que toutes les additions subséquentes en largeur et en hauteur, sont formées de couches alternatives de pierres et de briques. A Rome , tous ces clochers carrés de six ou huit étages, que les Lombards ajoutèrent aux anciennes églises, sont entièrement bâtis en briques, excepté les petites colonnes qui supportent leurs légères arcades. Nous voyons dans plusieurs anciens édifices, à Parme, à Plaisance, à Venise, à Vérone, à Mantoue, à Milan, un corps de bâtiment

en briques couvert d’un riche revêtement de marbre. A Milan , dans le singulier clocher de l’église qui sert de chapelle au palais, les murs sont de briques rouges, et les fûts des petites colonnes sont tous du marbre le plus blanc. Enfin , les dernières églises ogivales de Milan, de Pavie, de Monza et d’autres villes, sont toutes en briques, jusque dans leurs parties les plus ténues et les plus délicates. Au nombre des bâtiments lombards, moitié brique moitié marbre, on cite : à Murano, l’église de Ste. -Marie etSt.-Donat; à Vérone, une partie du Dôme (pl. 27); à Parme, le Dôme ; et à Pavie, l’église des Augustins.

Nous avons vu que les Lombards s’étaient fait de bonne heure un nom dans l’art des constructions; ils ne tardèrent donc pas à montrer leur habileté dans les parties des bâtiments en briques , qui admettaient et exigeaient même quelque chose de plus riche et de plus orné, comme les arcs, les impostes, les frises, les corniches, etc.; ils combinèrent leurs matériaux de manière à présenter, dans les angles et les faces, diverses imitations de dents d’animaux, d’arêtes ou d’écailles de poissons et d’autres objets dont l’exécution était facile et l’effet pittoresque. Nous en voyons la preuve dans toute la Lombardie, et à Roipe dans les Campaniles en briques. On cite surtout cet assemblage singulier de fragments antiques et de détails modernes , qu’on suppose avoir été la demeure de Nicolas , fils de Cresccntius et de Théodora.

Cette manière, également adoptée à Constantinople et en Lombardie, devint, dans la capitale de l’Orient, la source de ces combinaisons originales d’angles et de faces, dont les Mahométans couvrirent plus tard

tous les chapiteaux, toutes les corniches, tous les tuodillonsde leurs bâtiments; elle donna naissance en Lombardie au cordon, au tore, au zigzag, au chevron, au losange , à la baguette , et à tous ces autres ornements qui ne représentent aucun objet déterminé, et que le style lombard, appelé depuis style saxon, introduisit dans les fûts, les chapiteaux, les arcs, et les autres parties architectoniques. Ces ornements sont si anciens que nous les voyons dans les vignettes en miniatures du manuscrit syriaque des évangiles écrit en 586, et conservé dans la bibliothèque Médico-Laurentienne de Florence. Ils sont en grand nombre dans les édifices du moyen âge, où leur besoin se faisait sentir davantage, pour suppléer à l’absence des sculptures et d’autres ornements plus significatifs *.

1 Terminons cc chapitre par une note tirée d’un ouvrage manuscrit de Fauteur, et qui semble trouver ici sa place.

« Les anciens Grecs, dans leur mère patrie et dans leurs différentes colonies , paraissent avoir eu la pierre en assez grande abondance pour pouvoir se passer de la brique. Cependant on a trouvé en Grèce, non-seulement des vases et des bas-reliefs, mais môme des corniches en terre cuite.

■ Les anciens Romains, au contraire, ont beaucoup employé la brique, soit que celte matière fût commune chez eux , soit qu'ils l'estimassent plus facile à travailler que la pierre. Ils la disposaient en couches horizontales pour en former, comme nous, le corps des murs; ou bien encore, ils la faisaient servir à leur revêtement extérieur, et la finesse de sa contexture, aussi bien que la solidité du ciment, lui assuraient alors une durée aussi longue qu'à la pierre elle- même. Loin de ne voir dans les briques que des matériaux destinés aux parties les plus grossières, aux fondements des édifices, ils les regardaient comme également propres à toute l'élégance des ornements, à tous les riches détails des architraves, des frises, des chapiteaux, des corniches et des autres embellissements. Elles devaient leurs formes diverses, tantôt à la moulure, tantôt au ciseau, comme dans Vamphitheatrum castrense et dans le temple du dieu liidiculus.

« Dans la Rome moderne, on a fait aussi, jusque dans les derniers temps, un grand usage de la brique. Les surfaces plaues du fameux palais Farnèse, commencé par Le Bramante et termine par Michel Ange, sont en briques si polies cl si parfaitement jointes, qu'un observateur superficiel les prendra toujours pour de la pierre. Les balustrades, les entablements et les autres parties détachées sont tirées de la vaste carrière que présente sans cesse le Colisée. Dans les plaines de Lombardie, où la pierre est rare, on a exécuté sur la brique des moulures si délicates et si parfaites, qu'elle est devenue un des matériaux les plus précieux. Dans les anciennes églises de Fa vie et d'autres villes, clic offre les dessins exquis des découpures du moyen âge; et dans le grand Uôpilal, dans le Campo Sanfo, dans le palais Castiglione à

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