EN ANGLETERRE, EN ESPAGNE, EN PORTUGAL, ET EN ITALIE
L’Allemagne, où naquit l’architecture ogivale, fut aussi le pays de l’Europe où elle produisit les plus vastes monuments , où elle eut la plus longue existence et les développements les plus variés. Et remarquez que , dans le moyen âge, on comprenait sous ce nom quelques provinces de la France actuelle, comme l’Alsace et la Lorraine, tandis que la Franche-Comté, la Bourgogne, et une partie des Pays- Bas formaient un duché indépendant, qui avait autant de relations avec l’Allemagne qu’avec la France. Les cathédrales de Cologne, de Ratisbonne, de Strasbourg, d’Ulm, de Fribourg, sous le rapport des dimensions, celles de Vienne, d’Oppenheim, d’Oberwesel, et d’autres encore, sous le rapport du style, n’ont rien en Europe qui puisse leur être comparé. Alors que dans d’autres pays l’architecture ogivale languissait déjà, sans y avoir jamais été florissante; alors qu’en Angleterre, Henri VI dépouillait les francsmaçons, ses premiers fondateurs et ses plus ardents propagateurs, de tous leurs privilèges; l’Empereur allemand Maximilien conférait de nouvelles faveurs à
ceux de Strasbourg, en récompense de leurs efforts et de leur talent.
Voisine de l’Allemagne, la France semble avoir été sa première élève et sa première émule dans le style gothique. Là, comme en Allemagne, les plans de quelques édifices étaient si gigantesques , qu’ils n’ont jamais pu être exécutés qu’en partie. La cathédrale de Rheims, il est vrai, est entièrement terminée; mais, à Amiens, les tours n’ont jamais atteint la hauteur projetée ; à Tours et à Chartres, elles sont inégales; Auxerre n’a qu'une des deux tours qu’on lui destinait; Beauvais n’a point de nef; Abbeville, point de chœur; Saint-Ouen, point de portail. Et malheureusement , dans les plus beaux des édifices complètement terminés, les premiers protestants et les huguenots, ces iconoclastes de Belgique et de France, ont détruit toutes les sculptures et tous les embellissements intérieurs et extérieurs ; puis sont venus les révolutionnaires, qui souvent n’y ont pas laissé pierre sur pierre.
D’Allemagne et de France, le style ogival se répandit par degrés en Angleterre; mais comme, plus il s’éloignait de sa source, plus l'époque de son admission dans un pays était tardive , l’Allemagne et même la France présentent toujours, avant l’Angleterre, des échantillons de ses développements postérieurs aussi bien que de ses premiers essais. On rencontre dans la cathédrale de Rheims des raffinements dont les Anglais n’avaient aucune idée à cette époque ; la cathédrale d’Amiens, bâtie en 1220, a un rang de fenêtres larges et élégantes, un développement complet de contreforts détachés, et, au frontispice, des porches pro-
fonds couverts de statues et surmontés d’une rose magnifique, tandis que la cathédrale de Salisbury, commencée précisément dans la même année, n’a que des fenêtres en lancette tout unies, cache ses arcsbuttants sous le toit des ailes, et présente un portail absolument nu et d’une extrême lourdeur. La Ste-Chapelle à Paris, consacrée en 1248, déploie déjà toute la légèreté aérienne, toutes les fleurs de l’architecture gothique, à une époque où en Angleterre elle était à peine en bouton.
Les Italiens mêmes paraissent avoir eu l’antériorité sur les Anglais dans toute la partie ornementale , s’il est vrai que les arcs ogives et les frontons que l’on voit à St. -Marc de Venise et au baptistère de Pise ne parurent en Angleterre , comme l’affirme le docteur Milner, que sous Édouard III.
Cependant, le zèle pour le gothique, une fois allumé chez les Anglais, y fut aussi ardent que partout ailleurs. Les arcs des vieilles églises lombardes furent percés, leurs voûtes bouleversées, leur force et leur solidité détruites, pour renouveler le tout à la mode du jour; les constructions presque terminées dans le style lombard furent achevées en ogive, et de nouveaux édifices s’élevèrent souvent pour déployer toutes les richesses de ce style. C’est ainsi que, dans l’église de Dunstable, l’arc ogive se mêle au plein cintre , sans autre séparation qu’une sorte de travail damassé, imprimé sur les jambages; à Canterbury, des travées encore plein cintre s’allongent en une nef ogivale ; à Peterborougb, le corps de l’édifice et la nef, pur lombard, sont masqués par un frontispice gothique; dans Ely, les deux styles se mêlent de diverses manières;
mais Salisbury, Wells , Exeter, Litchfield, York et beaucoup d’autres sont tout à fait ogivales, sur une moindre échelle seulement que les églises du continent. Il faut avouer d’ailleurs que l’Angleterre peut se glorifier de quelques constructions singulièrement élégantes; la Ste- Chapelle de Paris et la belle chapelle de Yincennes trouvent des rivales dignes d’elles dans la chapelle de Henri Y II à Westminster, dans celle de St. -George à Windsor, dans celle enfin que l’Allemand Klaus ou Kloos dessina, sous Henri YI, pour le King’s college à Cambridge; je n’en dirai pas autant , par exemple, de la chapelle Roslin , près d’Edimbourg; c’est un style métis que je ne puis approuver. Enfin, nous avons des églises qui se distinguent autant par leur originalité que par leur élégance, comme l’église abbatiale de Bath, bâtie en 1500.
Malgré tout, cependant, nos plus vastes édifices gothiques qui sont nos cathédrales , ne peuvent en aucune façon, pour la grandeur, l’élévation, la légèreté, la richesse, soutenir la comparaison avec les plus célèbres monuments de la même espèce sur le continent. L’Angleterre n’a rien à opposer aux triples ailes de la cathédrale d’Anvers, ni même au double rang qui entoure le chœur aussi bien que la nef des églises de Cologne, de Rheims, de Paris, de Milan, et de beaucoup d’autres en Allemagne, en France et en Italie. Qu’avons-nous à mettre en parallèle avec les nefs et les chœurs de St.-Ouen et de la cathédrale à Rouen? avec les chœurs d’Aix-la-Chapelle, de Cologne et de Beauvais? Tandis que leur prodigieuse élévation frappe le spectateur de respect et d’étonne-
ment , leurs piliers sveltes et élancés laissent entre eux de vastes entre-colonnements si bien remplis par le verre des vitraux, que toutes ces fenêtres ne paraissent plus, dans leur ensemble, qu’une zone de lumière divisée uniquement par d’étroits encadrements jetés à de longs intervalles l’un de l’autre. Et que dire encore de ces extrémités orientales où , du laite des pilastres placés en demi-cercle, s’élancent des nervures convergeant toutes en un seul point, et formant, au moyen d’une seule ceinture de grandes fenêtres, ou d’un double et triple chapelet de petites, cette magnifique lanterne lumineuse que l’on voit dans presque toutes les belles églises du continent, et dont celles de Canterbury et de Westminster seules nous présentent des embryons imparfaits. On chercherait en vain dans la plupart de nos villes ces couronnements pyramidaux si sveltes et si brillants ; l’extrémité orientale de nos églises est tronquée et coupée net par un mur plat, occupé par une seule fenêtre gigantesque, qui, au lieu de terminer l’édifice d’une manière riche et complète, ne fait qu’éblouir les yeux, empêche l’autel de saillir et de se dessiner distinctement et repousse le trône de l’évêque sur un de ses côtés. Nous ne rencontrons pas non plus en Angleterre ces porches profonds remplis de statues et surmontés de larges roses, que l’on voit dans les cathédrales de Strasbourg, de Rheims, de Paris, de Chartres, d’Amiens et ailleurs. A peine peut-on s’en faire une idée par la rosace comparativement insignifiante de l’église d’Exeter ; partout ailleurs le porche et la rose sont maigrement remplacés par une porte et une fenêtre , sans aucune proportion entre elles , la porte est beau-
coup trop petite, et la fenêtre beaucoup trop grande. Les roses mêmes de nos travées n'ont rien de comparable , ni pour la grandeur, ni pour la beauté , à celles de Paris, de Rheims, de Rouen, de Tours, de St. -Victor et de Sens; cette dernière surtout est remarquable, le voile de pierre qui la recouvre semble une dentelle découpée à jour. Où rencontrer en Angleterre, ces processions de statues hautes de 15 pieds, et ces pinacles à pilastres et à dais que l'on voit à Rheims, et les arcsbuttants de Beauvais et de Cologne ? Turner lui-même avoue, dans son Voyage en Normandie , que les plus beaux monuments gothiques de l’Angleterre sont surpassés par les grandes églises de cette province, avec leurs doubles rangs d’arcades le long de la nef, et les voûtes hardies de leurs ailes qui atteignent le faite du second rang. Nous restons à une prodigieuse distance de Cologne, de Ratisbonne, de Strasbourg, d’Amiens, de Paris, d’Anvers et de Milan, sousle rapport de l’étendue des édifices; sous celui de l’élévation, nous sommes également vaincus par les mêmes églises, et par les clochers d’Anvers, de Malincs, de Strasbourg, de Chartres, de Tours et de Bordeaux. Nous n’avons rien à opposer à la légèreté aérienne du travail en filigrane jeté devant le frontispice de Strasbourg; à la transparence , en quelque sorte, des chœurs d’Aix-la-Chapelle, de Cologne et de Beauvais, des clochers de Strasbourg, de Fribourg, d’Anvers, de Bruxelles, de Chartres et d’Autun; à l’harmonie de l'ensemble des églises de St.-Ouen à Rouen et de Notre-Dame à Dijon. Quant aux dernières variétés du style ogival, on peut dire que les arcades des frontons, les courbes saillantes en dehors et les ellipses parfaites
projetées sur les espaces vides ne sont jamais parvenues jusqu'à nous
Enfin, avons-nous dans l’architecture civile et domestique rien à comparer aux hôtels de ville des Pays- Bas, aux châteaux de France, ou même aux habitations privées des villes impériales d’Allemagne?
Les contrées les plus riches et les plus méridionales de l’Espagne restèrent longtemps occupées par les Mores, qui avaient une architecture nationale differente de celle des chrétiens, mais que ceux-ci, après les avoir chassés, ne dédaignèrent pas de convertir à leur usage ou d’imiter. La fameuse Giralda, la tour carrée de Séville , est moresque jusqu’au beffroi ; et le cortile du palais de Médina Sidonia, bâti au XVIe siècle dans la même ville, offre le mélange du moresque et de l’antique. On érigea cependant quelques belles cathédrales en style ogival, telles que celles de Burgos, de Barcelone et de Séville; le plan de cette dernière fut donné, dit-on, par un architecte allemand. Le plus beau monument gothique du Portugal, inférieur cependant en étendue et en richesse à plusieurs de ceux que nous avons cités, est l’église de Batalha, fondée en 1378; le père de Souza, son historien, affirme que l’architecte avait été appelé d’un pays éloigné, et d’autres documents désignent expressément, parmi les ouvriers, un Irlandais nommé Hacket, qui appartenait probablement à quelque confrérie nomade de francs-maçons, et qui, dans tous les cas, n’avait point trouvé ses modèles dans son pays natal.
1 On cite cependant un exemple de l'arc elliptique dant la chapelle de l’érdque de Pnrham 1 Bilhopi Auckland.
En même temps que le style ogival passait en France, il descendait aussi dans l’Italie dont les parties septentrionales avaient été si longtemps soumises k l’Allemagne. Nous l’y trouvons partout greffé, en quelque sorte , sur le vieux dôme plein cintre. A Vérone (pl.27), les fenêtres du portail et les arcs delà nef sont ogives. L’intérieur du Dôme de Modène est gothique, tandis que l’extérieur est lombard. Dans le Dôme de Ferrare (pl. 28), le frontispice, tout à fait plein cintre dans sa partie inférieure, se termine en ogive, et les trois frontons sont surmontés par des galeries ogivales. APadoue, dans le Palais public, le corps du bâtiment en style pur lombard est entouré d’une loge demigothique. Les cathédrales de Côme (pl. 84), de Sienne, d’Orviète, et l’église de Ste. -Marie délia Spina, à Pise, ont des arcs plein cintre, dont quelques détails sont ogivaux. Il en est de même dans plusieurs autres églises; les parties essentielles de l’édifice sont plein cintre, mais les saillies et les ornements sont gothiques. Les tombeaux de St.-Eustorge, de Milan, et, dans les Basiliques de Rome, les trônes d’évêques, les dais d’autel et les tabernacles, le sont également; enfin, d’autres églises, comme le Dôme de Milan, les Frari à Venise, et les églises de St.-François, saint de fraîche date, à Pavie, à Assises et à Ri mini, sont entièrement ogivales, depuis les fondements jusqu'au faite.
Cependant ces édifices semblent une exception. La Lombardie était pourtant plus voisine du foyer de la nouvelle mode, et plus exposée à la contagion ; cela n’empêche pas que le plein cintre n’y fût considéré comme un produit indigène, l’ogival, comme une importation étrangère; et, soit habitude, soit orgueil
national, le style gothique n’y acquit jamais la prépondérance marquée qu'il obtint dans le Nord. Il en fut de même à Rome, Rome, si riche en ancienne architecture, que ni les honteuses désertions de ses protecteurs naturels, empereurs ou papes, ni les invasions successives des lluns et des Vandales, n’auraient pu lui arracher ses trophées architectoniques, aussi solides que les rocs sur lesquels ils s'élevaient, si ses propres habitants, dans leurs querelles intestines, n’eussent achevé l’œuvre, en changeant les monuments en forteresses, en précipitant sur la tête de leurs ennemis les ornements de leurs temples et de leurs palais, en forçant enfin la ville elle-même à se déplacer et à descendre tout entière de la crête orgueilleuse des sept collines dans une plaine marécageuse, livrée aux constantes inondations du Tibre ! Et cependant l’architecture gothique ne gagna rien à cette révolution; le
de l’antiquité, sans qu’aucun modèle, dans le nouveau style, vint les remplacer. On peut supposer que, saturée de bonne heure de constructions lombardes, Rome ne présentait pas à l’ogive assez de conditions de succès, et que celle-ci, greffée sur un tronc épuisé, n’y trouva point l’énergie vitale et la sève nécessaire.
Dans le fait, tout le style gothique de Rome se borne à quelques décorations insignifiantes, commandées par certains princes de l’Eglise, comme pour se faire pardonner de ne point élever des monuments plus importants.
Dans tous les édifices dont les architectes étaient Italiens, l’arc plein cintre se maintient, et se mêle à l’ogival. Dans le palais des rois lombards, à Pavie,
dans le Palazso publico de Plaisance, dans celui de Corne et dans beaucoup d’autres édifices, l’arc lombard se marie au gothique, se rencontre même à des étages supérieurs, comme pour prouver qu’il est plus jeune que son rival, ou qu’il en est du moins le contemporain. La plupart des cathédrales d'Italie, vantées comme d’admirables modèles du style ogival, sont, en réalité, totalement dépourvues de ses caractères essentiels. Les parties inférieures ne se fondent point dans les supérieures, et celles-ci ne s’élèvent point des premières par une gradation insensible, comme en Allemagne et en France. Les célèbres églises de Monza (pl. 80), de Sienne, d’Orviète, de Spolète, tout en éblouissant par la richesse des matériaux, par le luxe des marbres blancs et colorés, des mosaïques, des bronzes, des peintures, des dorures, choquent en même temps par la juxtaposition des formes contradictoires et qui jurent l’une près de l’autre. Les parties carrées s’intercalent gauchement au reste, les pignons gothiques ne sont que des appendices, sans aucun rapport avec le frontispice ni avec le toit. On ne trouvera pas en Italie un seul beau clocher ogival, et même dans les édifices les plus décidément gothiques, les piliers angulaires et formés de groupes de fûts sont tellement rares, que vous ne les rencontrez nulle part dans les nombreuses églises de Milan et de Venise; les seules exceptions que je connaisse à cette règle sont le Dôme de Vérone, l’église de St. -Antoine, à Padoue, et celle de St. -Pétrone, à Bologne.
En général, les architectes italiens qui adoptent le gothique en reviennent toujours au plein cintre, même avant l’époque de la renaissance. Voyez, à Milan, la
tour de la petite église deSt.-Gotliard (pl. 65), bâtie en 1336; elle n’est qu’un tissu de pe lites colonnes, les unes supportées par le corps de bâtiment, les autres en saillie sur des modillons, mais toutes couronnées par des arcs plein cintre ; voyez, à Florence, la Loggia dei Lanzi, construite par André Orcagna, en 1355, estimée la merveille du siècle, et dont les immenses arcs plein cintre furent regardés , â cette époque , comme une idée singulièrement heureuse; voyez, à Côme, le nouveau Dôme (pl. 84) qui, malgré sa date plus moderne encore, 1396, a des porches lombards. Et l’on peut assurer, sans crainte d’erreur, comme nous l’avons déjà remarqué, que toutes les églises ou autres monuments de l’Italie septentrionale ou centrale, tjui appartiennent réellement au stile Tedesco, soxi\ l’œuvre d’architectes allemands; par exemple, le Dôme de Milan, l’église de St. -François d’Assises, etles tabernacles du vieux St.-Pierre et de St.-Paul, à Rome.
Nous avons eu aussi l’occasion de faire observer que la partie de l’Italie la plus éloignée de l’Allemagne, le royaume de Naples, a élevé, sous l’influence des princes normands, quelques édifices ogivaux très-élégants, comme les églises de Naples, de Messine, de Montréal et de Palerme.
Des édifices italiens en style lombardo-gothique ou même en pur ogival, quelques-uns, comme les Dômes de Milan et de Côme, le Dôme, le Baptistère et le Campanile de Pise, sont entièrement recouverts de marbre blanc; il en est de zébrés, en quelque sorte, par des bandes alternatives de marbre blanc et de marbre noir, ainsi : la cathédrale de Gènes ; à Florence, St. -Marc, St. -Miniato, le Baptistère et le cloître
de Ste. -Marie-Nouvelle; le Dôme de Monza (pl. 80); le Palaszo publico de Côme (pl. 57); le Baptistère de Pistoie ; les nefs des cathédrales de Sienne et d’Orviète ; ces deux dernières ont, à l’extérieur, des panneaux de marbre de diverses couleurs, singularité qui leur est commune avec une église de Venise, et avec la cathédrale et le campanile de Florence (pl. 94); d’autres ont été bâties de marbre et de briques; et, enfin, la brique seule a été employée dans plusieurs des monuments où le style ogival déploie toute sa magnificence, comme, à Venise, dans Ste.-Marie-Glorieuse (pl. 85), Ste. -Marie del Orto (pl. 78) , les SSts. -Jacques et Paul, et St. -Étienne; dans St. -François de Pavie (pl. 93) et dans Ste.-Marie-in-Strata, à Monza (pl. 76); dans St. -François de Bologne, toutes les découpures, les couronnements et les pinacles sont moulés en briques. Au nord des Alpes, on se sert rarement de brique ou de marbre dans le style ogival, mais presque toujours de pierre.
Quant aux plans et dessins, exécutés ou seulement projetés, des principaux monuments dont je viens d’esquisser l’histoire, il en reste peu ou point de traces. La raison en est que les architectes francs-maçons les dérobaient soigneusement aux yeux du public , et probablement les détruisaient, quand ils leur devenaient inutiles, dans la crainte de communiquer les secrets de leur art. On en a cependant récemment découvert quelques-uns dans les archives des couvents d’Allemagne, et ils prouvent la science profonde, l’extrême prévoyance et les calculs compliqués qu’exigeait l’exécution.
Tant que le style ogival prévalut et fut le seul en vogue,
il n’eut point de désignation particulière; quand, plus tard, il fut détrôné par le style antique et considéré comme une œuvre barbare, on le flétrit du nom de gothique, qui passa de l’Italie aux autres nations ; mais les Italiens, pour rappeler son origine, l’ont souvent appelé gothico-tudesque , comme le plein cintre avait été appelé gothico-lombard. Quelquefois aussi, comme je l’ai déjà fait observer, ses plus riches productions ont été nommées, par un singulier rapprochement de termes, gothico-arabes.