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Levée d'hommes du î4 Juin 1701 Levée de septembre 1798 I,evée du 34 février 1793 Deuxième levée de 1TM, 16 »vril Réquisition do 10 août 1709
i dn S vend, an VII du M germ. an VU du 14 messidor an YII du 38 floréal an X du S Boréal an XI de Tan XII nivôse an XIII du 27 nivôse au XIII du a vendém. an XIV du 15 déeembre 1806 du 7 avril 1807
Napoléon, pour sa part, a prélevé par la conscription 8,476,000 hommes.
Les appelés qui parlaient n'étaient jamais libérés du service. H. Daru, dans ton rapport au corps législatif sur la conscription, en fait l'aveu. [Moniteur du 30 floréal an X.)
L'Espagne fut le tombeau delà plupart de nos vieux soldats; cequl en restait péril presque entièrement dans les neiges de la Russie.
L'armée de 1813 était composé de recrues de 18 à 20 ans.
Les maladies, les fatigues, la misère les décimèrent.
Des 1,260,000 hommes qui furent levés en 1818, il ne restait en 1814, pour défendre le so de la France, qu'une centaine de mille hommes en sa
Levée du 21 janvier 1808
— du 10 septembre 1808
— du 1* septembre 1808
— du 1« janvier 1809
— du as avril 1809
— du S octobre 1809
— du 13 décembre 1809
— du même jour
— du 1" septembre 1811
— du 11 janvier ISIS
— du 8 avril 1813
— du 34 août 1813
— du 9 octobre 1818
— du 15 novembre ISIS sur ton»
tes les classes antérieures à
services éminents que la patrie attend d'elle, les éloges que nos ennemis euxmêmes ne peuvent pas lui refuser.
« Soldats! je suivrai vos pas quoique absent. Je connais tous les corps, et aucun d'eux ne remportera un avantage signalé sur l'ennemi que je ne rende hommage au courage qu'il aura déployé. Vous et moi, nous avons été calomniés. Des hommes indignes d'apprécier vos travaux ont vu, dans les marques d'attachement que vous m'ayez données, un zèle dont j'étais le seul objet; que vos succès futurs leur apprennent que c'était la patrie par-dessus tout que vous serviez en m'obéissant , et que, si j'ai quelque part dans votre affection , je la dois à mon ardent amour pour la France, notre mère commune !
o Soldats! encore quelques efforts, et la coalition est dissoute; Napoléon vous reconnaîtra aux coups que vous allez porter.
a Sauvez l'honneur, l'indépendance des Français; soyez jusqu'à la fln tels que je vous ai connus depuis vingt ans, et vous serez invincibles. »
Éloquent adieu ! sublimes paroles de noble résignation et de touchant amour pour cette patrie ingrate qui deux fois l'avait abandonné!
Mais les souverains alliés trouvaient qu'à la Malmaison Napoléon était trop près de Paris. Il ne pouvait lui être permis de vivre, comme il le désirait, en simple particulier; Fouché, qui redoutait quelque nouvelle résolution de cet ardent génie, le faisait garder à vue par le général pecker, sous le vain prétexte de veiller à sa sûreté personnelle. Le 27 juin, en apprenant qu'une manœuvre imprudente des alliés, encore en marche sur Paris, pouvait permettre de les battre complètement, il écrivit au gouvernement provisoire pour offrir de nouveau son épée de soldat. Voici son message :
« En abdiquant le pouvoir, je n'ai pas renoncé au plus noble droit du citoyen, au droit de défendre mon pays.
« L'approche des ennemis de la capitale ne laisse plus de doutes sur leurs intentions, sur leur mauvaise foi.
« Dans ces graves circonstances, j'offre mes services comme général, me regardant comme le premier soldat de la patrie. »
Le gouvernement provisoire était formé de Foucbé, Carnot, Grenier, Quinette et Caulaincourt. Ceux qui avaient exigé l'abdication de l'Empereur pouvaient-ils lui rendre l'autorité d'un chef d'armée? Accepter un tel auxiliaire, c'était reprendre un maître. L'offre fut repoussée. Napoléon s'en indigna. Il
parla de tenter un autre 18 brumaire Mais les circonstances n'étaient plus
les mêmes qu'en l'an viu; le duc de Bassano le lui ût bientôt comprendre. Napoléon , calmé, quitta la Malmaison pour se rendre à Rocbefort : son intention était alors d'y prendre passage pour les États-Unis d'Amérique.
Fouché, dont Napoléon devint, pour ainsi dire, le prisonnier avant de l'être des Anglais, avait ordonné qu'un corps de cavalerie, placé sous le commandement du général Becker, accompagnât l'Empereur à Rocbefort. Cette force militaire était bien moins la garde d'honneur d'un souverain que l'escorte d'un
captif. Le ministre de la guerre avait écrit à Becker en ces termes : t L'intention de la commission du gouvernement est que la surveillance nécessaire soit exercée pour empêcher l'évasion de sa majesté. »
Que de réflexions douloureuses ferait naître le rapprochement singulier de ces deux mots : évasion et sa majesté 1 ne serait-ce pas là une dérision cruelle, si ce n'eût été sans doute une inadvertauce du prince d'Eckmûlh, ou plutôt si, comme 1 affirme M. de Las Cases, le loyal Davo ust ne se fut refusé à signer cette lettre 1
Becker ne devait, selon les instructions du gouvernement provisoire, s'en séparer que sur le navire à la voile pour quitter la France. Becker accomplit
cette fâcheuse mission avec loyauté et délicatesse; il sut concilier à la fois de périlleux devoirs et le respect dû à une aussi éclatante infortune.
Napoléon quitta la Malmaison le 29 juin. Le 3 juillet, il arrivait à Rochcfort, où son frère Joseph vint le rejoindre. L'accueil que la population fit au héros malheureux fut de nature à adoucir les blessures de son âme. Pourtant, là aussi, il se trouva, comme partout, des ingrats naguère comblés de ses bienfaits. On fut surtout, à bon droit, étonné de cette mission occulte, et, par bonheur, trop tardive, qu'avait acceptée un ancien officier du bataillon des marins de sa garde (t)... Mais jetons sur les lâchetés d'une époque encore trop près de nous pour ajouter des noms à la nomenclature des traîtres, un voile que peu à peu saura déchirer l'inexorable histoire!
Un autre sujet d'étonnement dut être le choix du port de Rochefort pour l'embarquement, sans considérer que c'est celui de tous nos porls militaires dont le blocus est le plus facile, et que Napoléon ne pouvait y parvenir qu'à travers la Yendée, redevenue le théâtre des guerres civiles, et où le fanatisme aveugle pouvait faire craindre pour lui le renouvellement de la scène d'Orgon, petite ville de Provence, où, se rendant de Fontainebleau à l'Ile d'Elbe, on se souvient qu'il faillit être assassiné. En dirigeant l'Empereur sur Brest, tous les dangers de la route disparaissent; ce port, qui ne peut jamais être complètement bloqué, et d'où l'on sort quand on veut, ne manquait pas de frégates prêtes à prendre la mer, et un grand nombre d'officiers de marine, endossant la veste du matelot, eussent revendiqué l'honneur d'escorter et de défendre leur chef malheureux. Le choix fait de Rochefort reste donc une énigme du long et désastreux ministère de Decrès. Le 8, il s'embarqua avec l'intention de se rendre aux États-Unis. L'Empereur monta en canot, accompagné de Ber-
(1) Quelle pouvait éirc celle mission qull était trop tard pour remplir après que Napoléon eulquittéla rade de Nled'Aîxf S'agissnit-ilde le livrer a la vengeance du parti légitimiste? Voulait-ou en faire un holocauste, et lui réservait-on le sort que subirent bientôt après Ne; et Labédoyère? Ou conçoit le secret gardé a ce sujet par la RcsUtu ration; niais on pouvait penser
qu'après des révolutions nouvelles, ce fait eût pu cesser d'être un mystère, par égard pour l'honneur de quelques hommes encore vivants, et pour la mémoire de ceux qui sont morts. Tel est le malheur des temps de révolution, où les citoyens se rangent sous des bannières différentes, qu'il est impossible de blanchir les uns sans salir les antres... Laissons donc ce pénible devoir à b postérité!
trand, Rovigo, Gourgaud et Becker, pour aller en rade de l'île d'Aix. Sa suite prit place dans les autres embarcations préparées par les soins du préfet maritime; il fut accompagné par les cris de dévouement et de regret dont la population saluait une dernière fois sa grande infortune. Les frégates la Saalè, sous les ordres du commandant Philibert, et la Méduse, capitaine Ponée, mouillées en rade, attendaient l'arrivée de l'Empereur. Tout le respect et les sympathies que In présence de Napoléon éveillait dans l'âme des soldats, semblaient alors être passés dans le cœur des marins, dont l'attitude, à son approche, était celle d'une affliction profonde. Napoléon monta sut* la Saab, lies ce moment , on peut dire qu'il était prisonnier. Voici son écrou, rédigé par le duc d'Otrante, et transmis, en suivant la cascade hiérarchique, de Decrès au préfet maritime de Rochefort, et de ce dernier au capitaine Philibert, de la Suai*, officier qu'une tnort prématurée vint enlever aux faveurs dont il commençait à être l'objet sous la restauration.
« La nue d'Otiaktb au ministre db la marins.
« Paris, «5 juin 181». Midi.
• Il faut faire exécuter l'arrêté tel que la commission l'avait prescrit hier, et d'après lequel Napoléon Bonaparte restera en rade de Me d'Aise jusqu'à l'arrivée des passe-ports. 11 importe au bien de l'État, qui ne saurait lui être indifférent, qu'il y reste jusqu'à ce que son sort et celui de sa famille aient été réglés d'une manière définitive. Tous les moyens seront employés pour que la négociation tourne à sa satisfaction; mais, en attendant, on doit prendre toute» les précautions possibles pour la sûreté personnelle de Napoléon, et pour qu'il ne quitte point le séjour qui lui est momentanément assigné. »
L'arrêté sur lequel s'appuyait Foucbé portait :
o Article 5. — Les frégates ne quitteront pas la rade de Rochefort avant que les sauf-conduits demandés soient arrivés, t
On s'est cru fondé à faire un reproche à Napoléon de ne s'être pas hâté de prendre la mer dès son arrivée à Rochefort, alors que les Anglais ignoraient encore sa détermination, son départ de Paris et la route qu'il avait prise en quittant la capitale, et que, par conséquent, on pouvait espérer de mettre plus aisément ea défout leur surveillance. Son retard de cinq jours avant de s'embarquer ne se concevait pas à cette époque, et ne s'expliquerait aujourd'hui même qu'en supposant qu'il possédait une connaissance exacte des ordres du gouvernement provisoire; et cette supposition, que bien peu songèrent à faire, parait aujourd'hui toute naturelle. Qu'importait, dans ce cas, que des chances heureuses pour son départ vinssent à se présenter (et il s'en présenta), puisqu'il était matériellement impossible d'en profiter? En vain une brise favorable et la dispersion des croiseurs anglais eussent concouru à favoriser son passage, le capitaine Philibert eût opposé l'arrêté de la commission et la teneur précise des ordres qu'il avait reçus en conséquence. H y a néan-
moins Heu de croire qu'après le refus des sauf-conduits demandés au gouvernement anglais* ces ordres, désormais sans motif apparent, et qui, s'ils se rattachaient à quelque machination secrète, devaient avoir produit leur effet, furent révoqués, et qu'il fut décidé de laisser Napoléon partir de telle manière qu'il lui paraîtrait possible... Mais il était trop tard!
Mais n'était-ce pas chose tout au moins singulière que de demander des sauf-conduits dont le refus était immanquable? N'était-ce pas avertir les Anglais et comme leur dire : Il est là... prenez-le!... ou plutôt, pour nous épargner l'odieux de vous l'avoir livré, bornez-vous à lui fermer les issues, et nous le placerons ainsi dans la nécessité de se livrer lui-même...
Au nombre des prévisions qui résultaient du départ de Napoléon, était celle de le voir se rendre, avec une apparence de bonne volonté, à bord des bâtiments de la croisière anglaise; et en la mentionnant, à l'arrivée à Niort, le général Becker s'était exprimé ainsi : a Cette fâcheuse et triste nécessité est préférable à un mal pire, et qui serait bien plus funeste à la cause et à l'honneur français (1).» Les dispositions prises à Rochefort avaient dû être basées sur ces diverses éventualités. Pour cela, on avait tenu prêts : Ie les deux fréga'tes, dans le cas, disait-on, peu probable où les circonstances permettraient qu'elles pussent partir; 2° un aviso-mouche (le n° 24) pour prévoir la possibilité qu'un très-petit bâtiment trompât les croiseurs anglais; 3" enfin, le brick l'Êpervier, si l'Empereur se décidait à se rendre, couvert des couleurs parlementaires, soit dans un port d' Angleterre, soit à bord des bâtiments de la croisière ennemie.
Mais nous devons ajouter qu'on avait agi de telle sorte que toutes les chances favorables aux deux premières tentatives étaient devenues impossibles, de façon que le choix lui était offert lorsqu'il n'y avait plus qu'une issue praticable ! Ainsi, tout semble venir à l'appui de l'opinion que Napoléon fut victime d'une sorte de guet-apens, au prix duquel certains hommes espéraient rentrer en grâce devant les nouveaux maîtres du pays.
Napoléon est placé, par la ruse de ses ennemis, dans une position qui ne lui laisse de refuge que la grandeur et la noblesse avec lesquelles un tel caractère sait sortir des crises les plus désastreuses. Il feint d'être dupe des apparences, et, renfermant dans son cœur une trop juste indignation, il use du seul parti qui lui soit offert. Le général Bertrand et M. de Las Cases sont donc chargés, au nom de l'Empereur, d'entrer en négociation avec le commandant de la station anglaise. A la suite de divers pourparlers, le commandant anglais, auquel dès la première conférence était échappée cette insinuation remarquable : « Pourquoi ne pas demander un asile h l'Angleterre?» l'officier anglais,
(1) M. de La» Cases, en rendant compte de ce qni se passa à la Malmaison lors de l'arrivée du général Bwker, dont Foudié avait fait choix parce qu'il savait que cet officiel général avait personnelremcnl à se plaindre de l'Empereur, dit : « Il (Becker) nous a dit avec une sorte d'iudignaUon avoir reçu la mission de garder l'Empereur et de le surveiller; » et dans un autre passa^ : « Ce général ne cessa de lui montrer un respect qui honore son caractère. »
disons-nous, consent à recevoir Napoléon sur son vaisseau et à le conduire en Angleterre, déclarant qu'il n'a nulle raison de croire qu'il puisse y être mal reçu (1). Il expédie sur une corvette le général Gourgaud, porteur de la lettre écrite par l'Empereur au prince-régent, pour réclamer un asile au sein de la Grande-Bretagne, et préparer tout, à bord de son vaisseau, pour la réception de l'hôte illustre qui va s'y embarquer. Cette lettre, qui arrive à la vraie grandeur par sa simplicité même, ne doit pas être passée sous silence, la voici :
a Altesse kovalb,
« En butte aux factions qui divisent mon pays et à l'inimitié des plus grandes puissances de l'Europe, j'ai terminé ma carrière politique, et je viens, comme Thémistocle, ra'asseoir au foyer du peuple britannique. Je me mets sous la protection de ses lois, que je réclame de votre Altesse royale comme du plus constant et du plus généreux de mes ennemis.
c Napoléon. »
Hocbefort, 15 juillet 1815.
Une grave question surgit naturellement ici. Quel rôle joua réellement lé commandant du Bellérophon dans ce grand drame dont le dénoûment vint ajouter une nouvelle flétrissure à la politique anglaise, déjà souillée de tant d'actes d'un odieux machiavélisme?
C'est un point qui commence à être suffisamment éclairci; malgré l'espèce de justification que le capitaine Maitland a publiée, onze ans après les événements, les accusations dont sa conduite fut l'objet demeurent intactes, et c'est en vain qu'en réponse aux terribles inculpations qu'avait lancées contre lui M. de Las Cases dans son Mémorial de Sainte-Hélène, le commandant du Bellérophon se borne à affirmer qu'aucune embûche n'a été tendue à Napoléon, ni delà part du gouvernement anglais, ni de la sienne
11 y aurait à opposer à cette affirmation une foule de faits tirés de sa relation même. Il en ressort clairement que le capitaine Maitland, avide de bien mériter du machiavélisme de Saint-James par l'arrestation de l'illustre victime, affirma que si l'Empereur voulait s'embarquer dès cet instant pour l'Angleterre, «7 était autorisé à l'y conduire et à le traiter avec tous les égards et tout le respect dus an rang qu'il avait occupé. Il ajouta même que, dans sa pensée, il avait la conviction que Napoléon y recevrait un accueil favorable; que l'administration en Angleterre n'avait point la plénitude de pouvoir dont sont investis les gouvernements continentaux; que l'autorité ne s'y exerce que sous le contrôle de l'opinion publique; enfin, que le peuple anglais avait une générosité de sentiments . et une libéralité de principes sous lesquels fléchissait la souveraineté ellemême.
Mais évidemment ces paroles honorables voilaient une trahison. Cette astucieuse noblesse de sentiments ne pouvait avoir pour objet que d'attirer l'illustre fugitif dans une embûche où devait mourir sa liberté. Les lettres qu'un
(1) Relation du capitaine Maitland; — version d'un ancien officier de marine, M. Parisoi.
4<>i HISTOIRE DE L'ARMÉS
homme déjà flétri par ses compatriotes eux-mêmes pour la ridicule tentative des catamarans contre la flottille de Boulogne, à l'époque des préparatifs de descente en Angleterre, les lettres, disons-nous, de lord Keith, écrites dàs le 7 juillet, portaient : « Redoublez de vigilance pour que Bonaparte ne puisse échapper à votre croisière; s'il vient à être pris, il doit m étré conduit à cette baie (Plymouth), parce que foi des ordres pour disposer de sa personne, s On le voit, il est impossible de ne pas comprendre le capitaine Maitland dans l'accusation de trahison et de déloyauté politique qui, au milieu de tant de mystères et de révoltantes iniquités, associent en partie son nom à celui de l'exécrable Hndson-Lo^e.
Le 15 juillet, le Bellérophon et la corvette le Mirmidon étaient paisiblement à l'ancre dans la position que le capitaine Maitland avait jugée la plus favorable pour surveiller la division française mouillée sous l'Ile d'Aix. Tout à coup on aperçoit un brick qui vient de quitter le mouillage pour se diriger vers les bâtiments anglais; presque en même temps, on découvre au large la masse blanchâtre des voiles d'un grand navire, et on ne tarde pas à reconnaître le Superb, vaisseau que monte le contre-amiral llotham, commandant de l'escadre à laquelle appartient le Bellérophon. Le brick qui vient du mouillage porte le pavillon inviolable des parlementaires.....
Le capitaine Maitland répond à cette approche en arborant en tête de son mât de misaine le pavillon blanc, marque distinctive des parlementaires dans la marine anglaise (1).
Jusque-là les communications entre la Saale et la croisière anglaise avaient eu lieu par l'entremise desimpies canots ou du petit aviso* La venue du brick fit deviner au capitaine Maitland quelque événement notable. Le brick avait à lutter, pour s'avancer, contre le vent et la marée montante, double circonstance qui favorisait, au contraire, l'approche du Superb, Maitland, craignant que l'amiral n'arrivât à temps pour lui enlever l'honneur t de terminer une affaire qu'il avait amenée si près de sa ûn (2), » expédia son canot, avec son premier lieutenant, pour aller prendre Napoléon sur le brick et l'amener le plus promptement possible à son bord.
Nous n'essaierons pas de décrire la scène qui eut lieu sur VÉperwer au moment où Napoléon fut prêt à le quitter. Ses adieux à ceux qui ne devaient pas
l'accompagner furent déchirants Mais il fallut s'arracher à ces émotions
violentes; le canot du Bellérophon poussa au large. Napoléon, debout sur l'arrière et retourné vers le brick, ôla son chapeau et salua à plusieurs reprises
ses amis, ses compagnons d'armes, le brick, la France I L'équipage de
l'Lpemier, groupé sur les bastingages, grimpé dans les haubans, faisait retentir l'air des cris de : Vive l' Empereur I... cris, si l'on peut dire, tout trempés ilti larmes!
(1) Quelques personnes confondant ce pavillon blanc avec l'étendard des Bourbons, crurent à une intention insultante envers Napoléon; l'erreur naissait de l'ignorance des usages anglais.
Bientôt le canot qui porte César et son in fortune aborde à tribord du Bellérophon. Le général Bertrand monte le premier, et dit au capitaine, que lui désigne M. de Las Cases : « L'Empereur est dans le canot! » Napoléon monte ensuite, salue, et, «'adressant à M. Maitland, il prononce d'une voix ferme ces paroles : « Capitaine, je viens placer ma personne sous la protection de votre prince et de vos lois. »
C'en était fait... le sacrifice était consommé!
Peu de temps après, le Superb arriva au mouillage. Le lendemain, il y eut échange de visites entre Napoléon et l'amiral. Ce dernier donna ses ordres au eommodore Maitland, et le Bellérophon, levant l'ancre, tourna sa proue vers l' Angleterre. Arrivé à Forbay, le U juillet, le capitaine Maitland prit les ordres de lord Keith, son amiral-général; il lui fut enjoint de se rendre àPlymoulb. Le Bellérophon y mouilla le 26.
Comme les habitants, le peuple, témoignaient une avidité extrême et sympathique d'apercevoir l'Empereur, et que les eaux du vaisseau étaient couvertes d'embarcatious remplies de curieux accourus de toutes les parties de l'Angleterre, ordre fut donné de placer le Bellérophon dans une sorte de quarantaine.
Mais Napoléon avait hâte de savoir ce que le gouvernement britannique déciderait à son égard. Ses incertitudes ne furent point de longue durée. Lord Keith vint durement lui communiquer une note ministérielle qui assignait nie de Sainte-Hélène pour résidence au général Bonaparte. Cétait un arrêt de déportation que le climat devait changer en sentence de mort. A cette déclaration, Napoléon ne put contenir son indignation, et il protesta énergiquement contre cette odieuse violation du droit des gens. Hôte libre et confiant de l'Angleterre, celle-ci le traitait en prisonnier... même en condamné !
Le Bellérophon quitta, le 4 août, la rade de Plymouth, remontant la Manche. Napoléon devait passer sur un autre bâtiment, le Northumbeiland, destiné à le porter sur la terre de l'exil. Ce fut alors qu'il écrivit la fameuse protestation qu'on ne saurait passer sous silence, monument admirable, arraché par l'indignation à la plus illustre victime de l'histoire moderne. La voici textuellement :
a Je proteste solennellement ici, à la face du ciel et des hommes, contre la violence qui m'est faite, contre la violation de mes droits les plus sacrés, en disposant par la force de ma personne et de ma liberté. Je suis venu librement sur le Bellérophon; je ne suis pas le prisonnier, mais l'hôte de l'Angleterre. J'y suis venu à V instigation même du capitaine, qui a dit avoir des ordres pour me recevoir et me conduire en Angleterre avec ma suite. Je me suis présenté de bonne foi, pour venir me mettre sous la protection des lois de l'Angleterre. Aussitôt assis à bord du Bellérophon, je fus sur le foyer du peuple britannique. Si le gouvernement, en donnant ordre au capitaine du Bellérophon de me recevoir, ainsi que ma suite, n'a voulu que me tendre une embûche, »/ a forfait à l'honneur, il a flétri son pavillon.
«Si cet acte se consommait, ce serait en vain que les Anglais voudraient
parler désormais de leur loyauté, de leurs lois, de leur liberté : la foi britannique se trouverait perdue dans la trahison du Bellérophon.
a J'en appelle à l'histoire. Elle dira qu'un ennemi qui fit vingt ans la guerre au peuple anglais Tint librement, dans son infortune, chercher un asile sous ses lois. Quelle plus éclatante preuve pouvait-il lui donner de son estime et de sa confiance? Hais comment répondit-on, en Angleterre, à une telle magnanimité? On feignit de tendre une main hospitalière à cet ennemi, et, quand il se fut livré de bonne foi, on l'immolai »
Nous n'avons rien à ajouter à cette brûlante flétrissure que l'Empereur a imprimée sur le blason de la perfide Angleterre. Les faits sont tels, que rien n'atteint l'éloquence de leur simple exposition. Là est la plus cuisante vengeance qu'une plume française puisse inûiger à la plus révoltante des trahisons.
L'hôte libre et volontaire de la Grande-Bretagne, déporté à Sainte-Hélène, y abordait le 15 octobre 4815. Son agonie dura cinq ans et demi. On n'avait sans doute pas prévu que sa forte constitution résisterait aussi longtemps à l'insalubrité du climat. Chaque jour l'Angleterre outragea son noble prisonnier par l'intermédiaire du plus hideux geôlier dont la mention puisse souiller l'histoire. Cet homme, que les boulets des batailles avaient respecté vingt ans, mourait d'un long et incessant assassinat, comme, au moyen âge italien, ou voyait le plus effrayant des poisons, Vaqua toffam, faire tristement périr d'illustres victimes, désignées aux sauvages passions des princes qui n'osaient prendre juridiquement leurs têtes...
Napoléon, posant sa main sur son cœur, disait souvent : « Cest une lame empoisonnée qu'ils m'ont plantée là... et ils l'ont brisée dans la plaie. »
Le 5 mai 1821, l'Angleterre était enfin délivrée des terreurs que parfois, sur son rocher battu des flots, son prisonnier lui inspirait encore!