‹ Histoire de l'arsenicChapitre 11 sur 18 · DISTRIBUTION DE L’ARSENIC · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DE L’ARSENIC

Les expériences du célèbre Orfila ont démontré que l’arsenic introduit dans l’économie passe rapidement dans le torrent de la circulation et que le sang imprégné de la substance délétère la distribue à toutes les parties du corps et la porte jusqu’au plus pro-

fond de l’organisme ; ses travaux nous ont appris que c’est dans les organes où il a été amené par le courant de la circulation, et que c’est surtout dans ceux où sa marche ralentie l’a déposé en plus grande quantité, qu’on doit principalement le rechercher. Cette opinion, reçue de tous côtés et professée par tous les savants, peut être, il est vrai, contrôlée dans la pluralité des cas, mais très-souvent les preuves font défaut pour l’appuyer, et elle semble ainsi se trouver en désaccord avec les idées reçues.

Pendant l’espace de dix jours j’ai additionné de quelques centigrammes d’acide arsénieux les aliments d’une chienne pleine et sur le point de mettre has ; au bout de ce temps, j’ai appliqué sur le tissu cellulaire de la région du cou vingt-cinq centigrammes d’acide arsénieux finement pulvérisé. L’animal mort au bout de trente-huit heures, j’ai mis à part chacun de ses organes, ainsi que les petits contenus dans son sein ; j’ai analysé chaque partie séparément. Le sang, le foie, les poumons, les intestins, le cerveau, les muscles, les os, les petits chiens, les eaux.de l’utérus, m’ont fourni des traces sensibles d’arsenic. J’ai été d’autant plus heureux d’obtenir un pareil résultat, que c’est une nouvelle preuve de la pénétration de l’arsenic jusqu’au produit de la conception. J’ai renouvelé la même expérience sur une chatte pleine. Je l’ai empoisonnée lentement en augmentant chaque jour la dose du poison jusqu’à ce qu’elle ait succombé. Elle a résisté quinze jours au traitement; je me suis empressé d’analyser ses organes et les petits qui étaient dans son sein. J’ai trouvé l’arsenic dans ces différentes parties. J’ai obtenu les mêmes résultats avec une lapine.

Mais si la victime n’absorbe qu’une petite quantité de poison, il est difficile d’en démontrer la présence dans toutes les parties de l’économie, et quelquefois même on obtient un pareil résultat, l’animal ayant pris une grande quantité de la substance délétère. Jusqu’à ce jour ce fait est resté inexpliqué ; la seule explication

plausible qu’on pourrait invoquer réside, à mon avis, dans la rapidité de l’élimination partielle qui se fait dans les organes, pressés de se débarrasser d’un ennemi qui les gêne. Je laisse à d’autres le soin de faire la lumière à cet égard.

Page 1