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ÉLIMINATION DE L’ARSENIC

Quand on considère avec quel soin l’économie se débarrasse des corps étrangers accidentellement introduits dans nos tissus, on devine sans peine que l’arsenic ne peut pas séjourner indéfiniment dans nos organes , mais qu’il en est expulsé avec les produits excrémentiels : c’est ce que l’expérience a mis depuis longtemps hors de doute ; mais si l’élimination est un fait admis et prouvé, si c’est une fonction réelle et de chaque moment, faut-il croire à l’opinion que professent plusieurs savants sur le long séjour de ce corps dans nos organes, et peut-on penser qu’il possède avec l’antimoine la faculté de s’organiser? Un semblable sentiment est en contradiction avec tout ce qu’on a écrit à ce sujet et nie toute espèce de réalité dans l’expérience et l’observation.

J’ai nourri pendant un mois deux jeunes chiens et un chat avec des aliments que j’avais soin d’additionner de quelques centigrammes d’acide arsénieux ; j’augmentais chaque jour la proportion du poison, de telle sorte qu’à la fin du temps déterminé, ces animaux prenaient chacun plus de 0,50 cenligr. d’acide arsénieux par jour. A cette époque ils présentaient les symptômes les plus marqués de l’empoisonnement aigu : érythème arsenical sur toutes les parties du corps, larmoiement, vomissements , tremblements, plaintes, somnolence très-grande, principalement chez le chat. Craignant, si je continuais plus longtemps l’emploi du poison, de perdre les sujets sur lesquels j’expérimentais, je suspendis complé-

tement toute administration arsenicale et me contentai de leur donner une nourriture forte et substantielle. Trois jours à peine s’étaient écoulés que les symptômes s’étaient grandement amendés ; quelque temps plus tard, toute trace d’empoisonnement avait disparu, à l’exception de l’érythème arsenical. Vingt jours après l’administration de la dernière dose de poison, j’étranglai un des chiens et soumis à l’analyse séparément ses organes. Les réactions que j’obtins ne me laissèrent aucun doute sur la présence de la substance délétère. Le second chien, sacrifié au bout de 25 jours, ne contenait aucune trace de poison. Quant au chat, il fut soumis de nouveau au traitement arsenical, que je continuai pendant 15 jours. Au bout de ce temps on cessa l’administration de l’arsenic et 24 jours après l’animal fut sacrifié: ses organes, comme ceux du second chien, ne fournirent rien à l’analyse. J’ai renouvelé plusieurs fois ces mêmes expériences, et j’ai acquis la conviction que l’arsenic administré pendant longtemps n’est éliminé complètement qu’entre 15 et 25 jours.

Les auteurs ne sont pas d’accord sur la durée de l’élimination de l’arsenic. D’après Meurer, de Dresde, les matières fécales présentent le poison un jour de plus que les urines. Ce savant a constaté qu’en général, au quatrième jour, depuis la dernière administration de l’arsenic, il ne pouvait plus reconnaître l’existence de ce métal dans l’urine, bien qu’il pût encore le faire facilement dans les excréments. Mon maître, M. Chatin, qui s’est livré sur ce sujet à de nombreuses et savantes expériences, a conclu que la promptitude de l’élimination de l’arsenic est chez les divers animaux en raison inverse de la faculté de résister au poison ; je suis complètement de cet avis. Beaucoup de savants ont admis que l’élimination est terminée dès que l’urine ne donne plus d’arsenic ; cette manière de voir est en contradiction avec l’expérience. J’ai administré de l’arsenic à différents animaux; j’ai recueilli journellement leur

urine. Lorsque leur analyse ne m’a plus fourni de poison, j’ai sacrifié ces animaux et recherché ce corps dans leurs organes, et plusieurs fois il m’a été donné d’y déceler sa présence.

M. Louis Orfila, qui a fait un travail estimé sur l’élimination de l’arsenic, admet que ce corps est complètement expulsé en 15 jours. D’autres expérimentateurs ont porté la limite de cette expulsion de 15 à 20 ou 25 jours.

Les voies par lesquelles s’effectue l’élimination de l’arsenic sont nombreuses. Nous allons les passer successivement en revue.

Nous ne parlerons pas de la partie du poison rejetée au dehors par la défécation ; cette partie n’étant pas absorbée, n’exige pas d’organe particulier d’élimination. Il en est de même des vomissements.

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