MUQUEUSE GASTRO-INTESTINALE
Pendant longtemps on a refusé à la salive la faculté d’éliminer l’arsenic; j’ai fait un grand nombre d’expériences dans le but de savoir si cette assertion pouvait être admise dans toute l’acception
du mot. Le résultat de mes recherches est tout à fait contraire à cette croyance et prouve que la salive est une voie d’élimination qu’on ne saurait mettre en doute. En effet, si, après avoir administré à de jeunes chiens plusieurs lavements arsénicaux, ou si après avoir déposé de l’arsenic sur différentes plaies pratiquées ad hoc , on recueille leur salive pendant une durée de temps assez longue, il est possible de déceler la présence du poison dans le produit de cette sécrétion. J’ai multiplié bon nombre de fois cet essai, et le résultat que j’ai obtenu ne me laisse aucune incertitude sur l’existence de ce corps. Il faut avouer cependant que lorsqu’on administre à l’animal de petites doses d’arsenic, il devient très-difficile, quelquefois impossible d’en démontrer la présence dans cette sécrétion.
M. Chatin, qui s’est beaucoup occupé de l’élimination de l’arsenic par la muqueuse gastro-intestinale, a annoncé que cette membrane contribue puissamment à l'élimination de ce corps. Toutes ses parties n’ont pas la môme action éliminatrice. Ainsi la portion qui appartient à l’intestin grôle, est la plus active; celle du gros intestin vient après. L’œsophage n’éliminerait pas d’une manière appréciable.
M. Louis Orfila, qui a repris ces expériences, a conclu : 1° que la bile ne contient pas d’arsenic après l’empoisonnement par ï’acidé arsénieux ; 2° que quelquefois les mucosités intestinales entraînent de l’arsenic absorbé et emporté parles secrétions dé la tunique muqueuse qui tapisse l’intestin.
Nous ne saurions admettre cette manière de voir. Nous avons constamment trouvé de l’arsenic dans les mucosités intestinales après l’empoisonnement par ce corps, et toutes les fois que nous l’avons recherché dans la bile après une administration de quelques jours, nous avons été assez heureux pour en déceler la présence. Si l’animal succombe peu de temps après en avoir pris une seule
dose, on ne peut, il est vrai, le découvrir; mais ce résultat ne prouve qu’une chose,c’est que, dans cette circonstance, l’arsenic se trouve dans la bile en trop petites quantités sans doute pour être isolé par les moyens analytiques que l’on possède.