DES PROCÉDÉS SUIVIS D'ANS UES RECHERCHES PRÉCÉDENTES
Nous avons vu que l’arsenic, en pénétrant dans l’organisme, se dissémine dans toutes les; parties et s’incorpore en quelque sorte avec elles. Aucun réactif dans cet état n’en peut accuser directement la présence. 11 faut donc de toute nécessité l’isoler et l’amener à un état tel qu’on puisse facilement en démontrer l’existence.
Deux méthodes sont employées pour atteindre ce but : dans la première, on détruit la matière organique ; dans la seconde, on dégage l’arsenic en désagrégeant cette matière ou en la dénaturalisant au moyen d’agents choisis à cet effet.
Divers procédés se rapportent à l’une ou à l’autre méthode.
On s’est servi, pour la destruction de la matière organique, de la potasse, du nitrate de potasse, de l’acide nitrique seul ou mélangé avec du chlorate de potasse, de l’acide sulfurique. Tout en offrant théoriquement toutes les garanties qu’on peut désirer pour l’usage auquel on les fait servir, l’emploi de ces corps présente dans la pratique de grands inconvénients, et ne met pas toujours à l’abri de l’erreur. La potasse, le nitrate de potasse, l’acide nitrique seul ou mélangé avec le chlorate de potasse, outre l’inconvénient d’exiger une grande quantité de réactifs, ce qui devient un obstacle sérieux aux réactions ultérieuies propres à dévoiler la présence de
quantités infinitésimales d’arsenic, présentent encore le désavantage sérieux d’une déflagration violente qui se produit pendant l’opération et fait perdre des quantités sensibles de ce corps.
La carbonisation par l’acide sulfurique n’est pas à l’abri de tout reproche; elle possède deux causes principales d’erreur : la première, c’est de former, au contact de matières contenant du chlorure de sodium, de l’acide chlorhydrique qui peut entraîner de l’arsenic à l’état de chlorure; la seconde, c’est qu’il est impossible, comme l’ont fait remarquer Malagulti et Sarzeau, de priver, même par plusieurs lavages, le charbon de l’acide qui y adhère, et par conséquent de recueillir tout l’acide arsénique. Mais avec ce procédé on est plus maître de l’opération ; on emploie des quantités beaucoup moindres de réactifs, et il n’y a jamais déflagration. De plus, comme j’ai pu m’en convaincre, les réactions sont plus faciles et plus promptes dans l’appareil de Marsh. Ces considérations m’ont fait choisir ce procédé dans un grand nombre de cas.
Voici en quoi il consiste. On place dans une capsule en porcelaine les substances suspectes divisées avec soin autant que possible. Si ces substances ont été fortement desséchées, on doit opérer la division de manière que tout se délaye assez bien; on y ajoute ensuite un sixième environ de leur poids d’acide sulfurique reconnu non arsenical et l’on chauffe peu à peu jusqu’à ce qu’il se dégage des vapeurs d’acide sulfurique. On a soin de faire communiquer le vase à évaporation avec un récipient afin de recueillir les premières parties des corps gazeux. Cette précaution est nécessaire toutes les fois que l’on a à redouter la formation du chlorure d’arsenic. Si on opère sur des matières très-molles et liquides, on y mêle l’acide et on évapore ensuite. L’acide sulfurique dissout d’abord les substances organiques, qui se charbonnent ensuite. On agite alors continuellement avec un tube de verre. La carbonisation se produit sans boursouflement , et l’on continue jusqu’à ce que le produit
paraisse sec et friable. On laisse refroidir la capsule et l’on fait tomber goutte à goutte, sur divers points de la masse, de l’acide nitrique ou de l’eau régale.
Ces acides font passer l’acide arsénieux à l’état d’acide arsénique, beaucoup plus soluble; on évapore de nouveau à sec et l’on reprend par l’eau bouillante; la liqueur, parfaitement limpide et très-souvent incolore, est alors introduite dans l’appareil de Marsh, où elle ne fournit jamais de mousse.
Pour désagréger les matières organiques, on se sert de différentes substances : le chlore, l’eau régale, l’acide chlorhydrique et le chlorate de potasse.
Avec le chlore on court risque de perdre une partie de l’arsenic, ce gaz ne déterminant pas la dissolution totale de la matière organique.
Nous avons principalement employé le procédé Malagutti et Sarzeau, modifié par Bechamps. Ce procédé repose sur l’action oxydante de l’eau régale et sur la possibilité de transformer l’acide arsénieux en chlorure d’arsenic par l’acide chlorhydrique mis en présence de l’eau. Nous avons eu aussi maintes et maintes fois recours à celui dans lequel on fait usage de l’acide chlorhydrique et du chlorate de potasse; ce procédé donne de très-bons résultats. Voici comment on opère : On mélange dans une grande capsule de porcelaine la matière à analyser, bien divisée avec de l’acide chlorhydrique pur et avec de l’eau, de manière à réduire le tout en bouillie claire. La quantité d’acide chlorhydrique doit être à peu près égale à celle des matières organiques supposées sèches. La capsule étant échauffée au bain-marie, on y projette de cinq en cinq minutes, en ayant soin de bien remuer, du chlorate de potasse pur, par portion de 5 à 6 décigramrnes. Ce traitement doit être continué jusqu’à ce que toute la matière soit réduite en un liquide homogène coloré en jaune clair. Ce résultat obtenu, on chauffe encore pendant quel-
ques instants, et après le refroidissement on filtre sur du papier préalablement mouillé. Le résidu doit être lavé à l’eau bouillante jusqu’à ce que le liquide qui filtre n’ait plus qu’une faible réaction acide. Toutes les liqueurs sont alors réunies dans une capsule de porcelaine et réduites au volume d’un demi-litre par l’évaporation au bain-marie. Dans le liquide ainsi concentré, on fait passer un courant d’hydrogène sulfuré jusqu’au refus; on laisse déposer pendant ‘24 heures, puis on recueille le précipité sur un filtre, et on le traite suivant qu’on veut obtenir telle ou telle réaction.