‹ Histoire de l'arsenicChapitre 8 sur 18 · VOIE PULMONAIRE · texte numérisé non relu

VOIE PULMONAIRE

La voie pulmonaire résume en elle toutes les conditions désirables pour une prompte absorption. Constamment ouverte, elle donne un accès facile aux substances qui, placées sur sa membrane, rencontrent un riche réseau vasculaire dont elles ne sont séparées que par un tisu de peu d’épaisseur. Cette heureuse disposition explique parfaitement le grand nombre d’observations que l’on possède relativement à la rapidité d’absorption dans cette voie.

Balthazar Timæus raconte que Paracelse, impatienté un jour par un de ses amis; lui mit le nez sur un alambic dans lequel il sublimait de l’arsenic, et que le malheureux manqua de mourir de cette mauvaise plaisanterie.

Le môme raconte qu’un apothicaire de Colberg, qui n’avait pas évité avec assez de soin la vapeur de l’arsenic pendant qu’il la sublimait, fut bientôt pris d’évanouissements fréquents, de serrement à l’épigastre, dé difficulté de respirer, de soif, etc. Plusieurs mois s’écoulèrent avant qu’il pût se rétablir.

Welper a rapporté le cas suivant : « Un homme fort et bien portant, qui le matin s’était exposé volontairement, et durant quelques instants, à la vapeur d’un vase où bouillaient plusieurs onces d’orpiment dans l’eau, tomba malade dans la nuit suivante, et éprouva le lendemain une faiblesse extrême et de la difficulté à respirer. Ces symptômes furent très allégés par un émétique. Mais, vers le soir, les extrémités se refroidirent et devinrent roides, l’oppression reparut, le pouls s’embarrassa et ne resta perceptible qu’au cou. La bouche, la gorge et la langue étaient arides et sèches ; l’intelligence resta libre, bien qu’un certain effroi et l’idée de la mort tourmentassent le malade. Au bout de douze heures, l’état d’affaissement céda à des fomentations, et il ne resta que de la dyspnée; mais ce symptôme ne cessa plus jusqu’à la mort, qui, à une très-longue date de l’accident, parut amenée par un hydrothorax.

Tachénius, chimiste au xvn“ siècle, fut quelque temps en danger de mort, pour avoir respiré des vapeurs qui s’exhalaient d’un appareil dans lequel il sublimait de l’arsenic.

On sait que les ouvriers qui travaillent dans les mines d’arsenic sont exposés à diverses maladies qui ont pour cause, d’après l’opinion la plus commune, des poussières ténues qui sont aspirées avec l’air dans l’acte de la respiration.

On possède plusieurs observations d’empoisonnement par les voies aériennes au moyen de l’hydrogène arsénié. Tout le monde sait que le chimiste Gehlen succomba pour avoir respiré une petite quantité de ce gaz délétère. Le docteur O’Reilly a rapporté le cas suivant : Il s’agit d’un chimiste anglais qui inspira , à deux époques différentes, environ ISO pouces cubes de gaz hydrogène arsénié impur. Après la seconde inspiration, il fut pris d’étourdissement avec syncope, puis de tournements de tête, et aussitôt il eut une selle involontaire et rendit sans douleur deux onces de sang par le canal de l’urètre. A ces accidents succédèrent de la douleur dans les extrémités inférieures et un engourdissement accompagné de battement dans les extrémités supérieures. Les symptômes augmentèrent et le malade succomba.

En 1863, M. Ollivier a rapporté l’observation suivante : Le sujet est un

ouvrier qui travaillait dans une fabrique de produits chimiques. Dans une de ces expériences, il développa une assez grande quantité d’hydrogène arsénié qui se répandit dans le laboratoire ; il ressentit quelque temps après un violent mal de tête qui ne tarda pas à augmenter; des douleurs se déclarèrent au niveau de l’épigastre, puis survinrent des vomissements. Le malade se fit transporter à l’hôpital, où son état s’aggrava de plus en plus. Il mourut trois jours après l’empoisonnement.

Les accidents causés par un long séjour dans des pièces tapissées avec du papier arsenical, sont du domaine de l’absorption par les voies aériennes.

Les fumigations que l’on emploie depuis les temps les plus reculés, déposent aussi en faveur de cette absorption.

Du reste, l’expérience directe ne laisse subsister aucun doute sur la propriété absorbante de cette muqueuse; elle nous démontre que l’absorption dans cette partie s’effectue d’une manière prompte et rapide; en effet, si on soumet un chien, un chat ou un autre animal à l’action des vapeurs de l’acide arsénieux, et si au bout de quaranle-cinq minutes on sacrifie ces animaux, l’analyse chimique décèle parfaitement dans leurs organes la présence du poison.

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