‹ Histoire de l'art (volume 2)Chapitre 16 sur 79 · I. Par M. André Pératé · texte numérisé non relu

I. Par M. André Pératé

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1rs conditions de larcin lecture italienne ne lui ont pas été favorables. Dans les liantes églises gothiques, il appelle la lumière, la condense et l’immatérialise; dans les basiliques de la Renaissance, il risque de contrarier le décor peint et sculpté. Aussi bien lés vitraux gothiques italiens furent-ils toujours en très petit nombre, les pins beaux et les plus anciens

étant ceux de Saint-François d’Assise, dont quelques-uns reproduisent des compositions de Giotto et de ses élèves, ainsi que de Simone Martini.

Ceux du dôme de Milan ont été tellement restaurés et refaits, que l’étude en demeure assez difficile. Au xve siècle, les vitraux, parfois composés par les meilleurs maîtres de la peinture, sont d’une matière merveilleusement colorée, et qui semble étinceler de pierreries : ainsi à Pérouse, la grande fenêtre du chœur de San Domenico, de 1441, attribuée à un certain Fra Bartolommeo, et conforme encore aux traditions gothiques; à Florence, au dôme, les oeuli composés par Ghiberti, Donatello, Fccello, la rosace et les fenêtres de la chapelle de saint Zanobi, de Bernardo di Francesco; à Santa Croce, la rosace, avec une Descente de croix: à Sainte-Marie Nouvelle, les vitraux du chœur, par Alessandro Fiorentino ( 1492), et ceux de la chapelle Strozzi, par Filippino Lippi; à Bologne, les fenêtres de Phot. Aiinari. San Petronio, par Jacob d’Ulm, et

Fig. 398. — Vitrail de Jean d'Udine.

(Bibliothèque Laurcntionne, Florence.) d'autres par LoreilZO Costa ; à Yeilise,

la belle verrière du transept droit des SS. Giovanni e Paolo, attribuée à Bartolommeo Yivarini; à Lueq.ues, tout le chœur et presque toute la nef de la cathédrale.

Raphaël et ses élèves n’ont pas négligé l’art du vitrail; mais il ne subsiste rien des verrières du Vatican; et, d’autre part, les vitraux que nous connaissons de Jean d’Udine, tels que ceux de la Bibliothèque Laurentienne de Florence (fig. 598), se composent de pures arabesques, d’un caractère charmant d’ailleurs, mais qui n’ont de valeur que comme parties d un ensemble décoratif. A Arezzo, tout au contraire, un art

LA MINIATURE ET LE VITRAIL EN ITALIE

nouveau apparaît, qui nous a laissé les meilleurs ouvrages que l’on puisse voir en Italie, au temps de la Renaissance. C’est là que vient s’établir, après un long séjour à Home, un artiste savant et ingénieux, qui cherche un nouvel accord entre le vitrail et la décoration murale, par la délicatesse el la légèreté des couleurs; le vitrail ainsi modifié ne lutte plus avec l’émail ou avec les pierreries; il a perdu sou éloquence mystique et sa sublimité immatérielle; il se borne à continuer la peinture.

Guillaume de Marcillat, improprement appelé Guillaume de Marseille, est un artiste français implanté en Italie. Né vers 1467, à La Châtre en Berry, il lit à Bourges son apprentissage de peintre verrier. Une aventure tragique le précipita au cloître ; à la suite d'une rixe el d’un meurtre, il dut se réfugier chez, les Frères Prêcheurs de Nevers, el il y prit l’habit de Saint-Dominique. Il concilia sa nouvelle vocation religieuse avec sa vocation d’artiste; l’ordre de Saint-Dominique, illustré par l’Angelico, ne pouvait qu’accueillir avec faveur un peintre. Or, en 1506, le pape .Iules II. conviant tous les artistes au décor du Vatican, lil chercher des verriers en France. On lui désigna un peintre du nom de Claude, sans doute le maître de Guillaume, car il l’emmena avec lui comme aide cl associé. A peine arrivé à Borne, maître Claude y mourut, et Guillaume conquit rapidement la faveur du pape, «pii lui lit troquer son habit dominicain contre la robe de Saint-Benoît et lui octroya le prieuré de Saint- l’hiéhaud en Lorraine.

Les grands travaux du prieur de Marcillat au Vatican nous sont inconnus, tous les vitraux ayant été détruits en 1527, lors du sac de Rome, et leurs plombs fondus pour en fabriquer des balles; mais, à Sainte-Mariedu-Peuple, il y a deux verrières, dans le chœur, où est représentée la Vie de la Vierge en six tableaux que surmontent les armes de Jules II. L esprit en est tout classique; on y sent que l’artiste a vécu dans la fréquentation de Bramante, de Raphaël et de Michel-Ange, qu’il est

Phot. Alinari

Fig. 399 — La Vocation de saint Mathieu, vitrail de Guillaume de Marcillat.

(Cathédrale d’Arezzo.)

devenu le disciple et l’ami de cet» grands hommes; on le sent mieux encore dans les compositions plus importantes qui subsistent deMarcillat hors de Rome.

A partir de 1515, il nous reste un précieux document sur la vie et les travaux de notre artiste; ce sont les carnets où il inscrivait ses commandes, ses recettes et ses dépenses (ils ont été publiés par M. Mancini). Appelé à Cortone par Silvio Passerini, dataire de Léon X, il y a laissé, entre autres vitraux, ceux (h1 la cathédrale (qui ont émigré à Londres et en Amérique); à Santa Maria del Calcinaio, la rosace d'entrée, avec une Vierge de pitié qui abrite sous son manteau Léon X, l’empereur Maximilien et l’évêque de Cortone François Soderini, et deux fenêtres du transept, avec un saint Paul cl un saint Sébastien. Il lit encore, pendant les trois années qu'il passa à Cortone, trois verrières pour le dôme d’Arezzo, puis il retourna à Rome, et enfin, en 1520, alla se fixer à Arezzo. Il peignit alors dans le dôme les deux superbes verrières que l’on y voit encore, la Vocation de saint Mathieu et la Résurrection de Lazare (fig. 599 et 400), compositions d’une ordonnance majestueuse et d’un effet des plus harmonieux par la noblesse des architectures, le dessin michelangélesque des ligures, la somptuosité des vêtements, où les rouges et les jaunes éclatants se combinent avec des bleus et des verts d’une douceur extrême; puis il entreprit de décorer à fresque la nef principale, et une partie des nefs latérales ; il y représenta, non sans médiocrité, des sujets de l’Ancien et du Nouveau Testament; sa vocation n’était évidemment point la peinture murale. Il y a de lui, dans le dôme d’Arezzo, d’autres vitraux qui valent les précédents ; le Christ chassant les vendeurs du Temple , et pardonnant a la femme adultère ; dans l’église de l'Annonciation, deux rosaces avec le Mariage de la Vierge et V Assomption ; dans celle de Saint-François, un chef-d’œuvre, la Réception du saint par le pape entouré de ses cardinaux. Tout cela, si I ou admet le principe du nouveau vitrail, si éloigné des splendeurs

Phot. Alinari

Fig. 400. — La Résurrection de Lazare, vitrail de Guillaume de Marcillat.

(Cathédrale d'Arezzo.)

LA MINIATURE ET LE VITRAIL EN ITALIE

gothiques, mais assurément mieux adapté au décor italien, forme un ensemble qui n’est nullement négligeable dans l'histoire de l’art.

Il fit encore un bon nombre d’autres peintures sur verre; puis, sentant approcher la vieillesse et craignant la fatigue, se mit très sagement à cultiver son jardin; il mourut en 1529 et fut enseveli, selon son désir, aux Camaldules, dans les montagnes du Casentin. II laissait quelques élèves, dont l’un, Pastorino de Sienne, fut son héritier : peintre verrier, mais surtout graveur en médailles et modeleur de cires coloriées; d’autres, Stagio Sassoli d'Arezzo, Maso Porro et Michelangelo Urbani de Cortone, Benedetto Spada ri. nous sont à peine connus; Battista di Lorenzo Borro d’Arezzo a peint en 154(3 deux grandes verrières pour la Badia de Florence.

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