ROME
Dons l'élude de l arl du xviu,! siècle à Home, nous pouvons distinguer trois périodes de tendances légèrement différentes et marquant les étapes qui conduisent de l’art du Bernin à celui de Canova : la première de ces périodes, de IGIM à 1730, correspond aux pontificats d’innocent XII, de (dément XI, d’innocent XIII et de Benoît XIII, avec comme principaux artistes Carlo Fontana, Valvassori, Le Gros, Montauti; la deuxième, avec les pontificats de Clément XII et de Benoît XI Y. nous conduit jusqu’à 1700; elle est remplie par les monuments de Galilei, de Fuga, de \ anvitelli. et par les sculptures de Valle et de M.-A. Slodtz. Enfin la troisième, dont l’artiste le plus marquant est le Piranèse, comprend les pontificats de Clément XIII, de Clément XIV et de Pie VI.
En passant de F une à l’autre de ces périodes, nous voyons dans la première se créer et se développer Fart du rococo avec tous ses raffinements, puis, avec Clément XII. apparaître une simplicité relative, une distinction qui donne à Fart de ce moment une note très semblable à celle qui a caractérisé en France 1«; style Louis XVI; enfin, à la tin du siècle, à l’époque du classicisme triomphant, nous verrons Piranèse conserver à Fart romain un caractère spécial qui le distinguera fortement du néoclassicisme français ou allemand.
Nous remarquerons en outre que les traits particuliers à chacune de ces périodes restent dominés à Home par un caractère plus général: les traditions séculaires de grandeur, de noblesse, de somptuosité continuent à marquer Fart de leur empreinte et contribuent à atténuer les différences
L’ARCHITECTURE ET LA SCULPTURE EN ITALIE 157
entre les tendances divergentes, arrêtant le rococo avant la mièvrerie, empêchant la froideur de s'imposer avec le néo-classicisme.
Architecture. — A Rome, les premiers indices de changement de style du baroque au rococo apparurent dès le milieu du xvne siècle, et la prédominance du style nouveau s’affirma vers 1(58(1, coïncidant ainsi avec la mort du Bernin. A ce moment, à partir du pontificat d'innocent XII,
Pliot. Anderson.
Fig. 86. — Orgue de l’église de la Madeleine, à Rome.
après les formidables dépenses faites sous les papes précédents, après les gigantesques constructions dont le Bernin avait été le souverain directeur, on sentit à Rome la nécessité d'économiser. Les grands travaux, pendant près d'un demi-siècle, vont s’arrêter, et l’activité artistique va s’employer à terminer et à décorer les œuvres faites précédemment. Les artistes mettront leur gloire dans la perfection et le raffinement des moindres détails.
C’est en s’inspirant de Guarini et de Pozzo que Sardi avait fait vers la fin du xvne siècle 1 église de la Madeleine. Nous en avons parlé précédemment (T. VI. p. 50), mais nous devons la citer à nouveau, parce que c’est tout l’art rococo qui est créé avec elle. — On y travaille encore au début du xvme siècle: on achève la façade, et à l'intérieur les travaux se terminent par la construction de l’orgue qui est l’œuvre la plus caraclé-
ristique du style rococo (jue nous trouverons à Borne. (Juelques historiens nous disent qu’il fut conçu par un artiste allemand, mais j«* n'ai pu contrôler la vérité de cette assertion qui me semble très contestable. , le ne vois aucune raison pour enlever à l'école romaine celte œuvre qui est la suite logique des nouveautés que nous montre la façade de la Madeleine et qui dérivent elles-mêmes de l’art de Borromini. Au surplus, si les étrangers sont parvenus à imiter les formes décoratives italiennes, jamais ils n'ont su aussi bien «pie les Italiens associer la figure humaine au décor et mettre dans leurs figures cette beauté que nous voyons dans l’orgue de la Madeleine.
Je n'ai pas l'intention, dans ce chapitre, dont l’étendue est limitée, d’étudier le mobilier ecclésiastique; mais, comme au xvme siècle de grands efforts ont été faits pour renouveler ses formes, je donne, à litre d’exemple, une autre œuvre, la chaire d’AIzano Maggiore, en Lombardie, qui est du plus joli rococo qui se puisse voir. — On doit , je pense, la considérer non comme une imitation d«is belles chaires de Belgique, mais comme leur point de départ. On voit aisément comme tout ici est italien : l’emploi des marbres et de la polychromie, les caryatides, h‘s courbes, les rideaux et les enfants nus; c’est tout l’art du Bernin adapté à des formes nouvelles.
Ce que la Madeleine et particulièrement sa façade furent à Borne pour les formes architecturales, l’église de Santa Maria dell Orto le fut pour les formes décoratives. Commencée à la tiu du xvnc siècle, la décoration de cette église se continua dans le premier quart du xvmc siècle et reçut à ce moment ses parties les plus belles : le chœur et la croisée du transept, un des plus parfaits exemples de ces décorations nouvelles, où la peinture tient la première place, dans un cadre merveilleux de guirlandes de fleurs et de figures de p«‘lits enfants1. Il n'est plus question d«‘ ces caissons que le Bernin avait encore conservés pour le décor de ses voûtes; tout est devenu plus riant, plus fait pour parler au cœur en même temps qu’à l’esprit.
Au moment où l’on décorait avec un tel luxe toutes les églises de construction récente, il n’est pas étonnant que l’on ait voulu traiter de même les vieilles basiliques «h's premiers âges chrétiens, qui, pour la plupart, étaient en fort mauvais état et dont le délabrement faisait un pénible contraste avec les splendeurs des églises nouvelles. La critique moderne est très sévère pour cette œuvre du clergé du xvm® siècle; peutêtre ne faudrait-il pas être trop absolu dans ces jugements sur la question toujours si controversée «h* la manière d’entretenir ou de « restaurer » les monuments anciens, et, en tout cas, en toute justice, lorsqu'on