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II. — PÉRIODE PÉTROVIENNE

Si importante que soit la date de la fondation de Pétersbourg 1705 . (iue Pierre le Grand baptisa du nom hollandais de Pielerburkh, il est inexact d’en faire pour l’art russe le point de départ d’une ère nouvelle. Nous avons vu que la pénétration des étrangers inozemchtchina), dont on veut faire le caractère spécifique de cette période, est bien antérieure au xvuie siècle. Ce qui est vrai, c’est que, dans une ville neuve comme Pétersbourg, les influences étrangères, qui se heurtaient à Moscou à des traditions séculaires, ne rencontrent plus aucune résistance.

Architecture. — L' influence germano-hollandaise sous pie hue le quand. — Le vœu de Pierre le Grand était que sa nouvelle capitale eût une physionomie européenne et ressemblât aussi peu que possible à une ville russe. Pieterburkh devait être dans sa pensée une nouvelle Amsterdam. Pour réaliser ces plans, il s’adressa systématiquement à des étrangers.

Son premier architecte fut Domenico Trezzini qui était originaire des environs de Lugano. Italien par ses origines, il ne l’est guère par son style. Avant devenir en Russie, il avait été à Copenhague au service du roi de Danemark. Or, l'architecture danoise du xvne siècle n’est qu'une ramification de la Renaissance hollandaise. Ainsi s’explique le caractère hollandais de ses constructions.

Son œuvre la plus populaire est Y Eglise de la forteresse Sainl-Pierreet-Paul 1714-1753), noyau de la nouvelle capitale. La rupture avec la tradition moscovite y apparaît complète : la nouvelle église n’a rien de commun avec les « sobors » russes à coupoles : c’est une véritable « kirka » protestante, d’aspect maussade et de proportions mesquines. Pour Pierre le Grand l'essentiel était le clocher : il rêvait de dresser dans sa nouvelle résidence une tour d'une hauteur vertigineuse qui dépasserait le célèbre campanile d'Ivan Veliki, le palladium de Moscou. C’est à la Bourse de Copenhague que Trezzini emprunta le galbe aigu de cette flèche qui jaillit au-dessus des murs bas de la forteresse. Cette aiguille dorée est. avec la lleclic jumelle de l’Amirauté, le trait dominant du panorama de la capitale. « La flèche de Saint-Pierre-et-Saint-Paul, écrit Grabar, est pour Péters-

L'ART EN RUSSIE

bourg ce qu’est le Campanile de Saint-Marc pour Venise, la flèche du Miinster pour Strasbourg ou la tour d’Ivan Veliki pour Moscou : supprimez-la, et la physionomie de la ville change du coup. »

Dans l’île de Vasili Üstrov, Trezzini construisit l’énorme bâtiment des Douze Collèges ou ministères, les U f fi zi de Petrograd, qu’occupe aujourd’hui l’Université. Ces douze pavillons placés cote à côte ont l’aspect monotone d’une caserne administrative.

L’œuvre la plus brillante de Trezzini aurait été la Lavra d'Alexandre-Nevski, s’il avait pu la réaliser telle qu’il l’avait conçue. Pierre le Grand voulait doter la troisième capitale de la Russie d’une lavra aussi vaste que celles de Kiev et de Saint- Serge près Moscou : à cet effet il ordonna la translation, de Vladimir à Pétersbourg, des reliques de saint Alexandre Nevski qui avait battu les Suédois sur les bords de la Néva, et il chargea Trezzini de construire un monastère sur cet emplacement relié à l’Amirauté par une grandiose perspective qui prit le nom de Nevski. Le projet original a été malheureusement complètement remanié.

Le second architecte (pie le tsar appela dans sa résidence est l’Allemand Andréas Schliiter, l’architecte du château royal de Berlin, le sculpteur du Monument du Grand Electeur, qui était tombé en disgrâce à la cour

de Prusse et consentit en 1713 à s’expatrier. Son rôle a été considérablement exagéré. Lorsqu’il arriva à Pétersbourg, c’était un vieillard malade, usé, qui s’éteignit, en 1714, au bout de quelques mois. La seule œuvre à laquelle il ait participé, la maisonnette du Jardin d’Eté, est insignifiante. Il n’y a rien de commun entre la Kunstkammer (Académie des Sciences’) et le Münzthurm (Tour de la Monnaie) de Berlin, qui avait provoqué sa disgrâce.

La mort de Schliiter laissa le champ libre à d’autres architectes allemands : Mattarnovy, Theodor Sohwertfeger qui remplaça Trezzini dans la construction du monastère d’Alexandre Nevski, et surtout Gottfried Schâ-

Fig. 215. — Domenico Trezzini :

Flèche de l’église de la Forteresse, à Pétersbourg. 1714.

Ô”)ti

del 1080-1752 , l'architecte préféré du prince Menchikov, h* tout-puissant favori de Pierre le Grand, pour lequel il construisit deux palais grandioses, l'un à la ville, l’autre à la campagne : le Palais Menchikov Ecole des Cadets à \ asili Ostrov et le Palais d'Omnienhaum.

Le plus célèbre des architectes étrangers à la solde de Pierre le Grand est Alexandre Leblond qui arrive à Pétcrsbourg en 1710 avec toute une colonie d’artistes et d'artisans français. Pierre lui demanda d’abord d’élaborer un plan général de sa capitale à laquelle il voulut donner pour centre l 'île de Yasili Ostrov, découpée en damier par des canaux. Leblond

lit de nombreux projets pour le Jardin d Eté* les palais de Strêlna et de Peterhof. Lorsqu'il mourut en 1719, il laissait quantité de travaux inachevés.

En somme, tous les architectes de Pierre le Grand, sauf un. sont italiens ou allemands, et les Italiens eux-mêmcs, comme Trezzini, sont imbus du style de la Renaissancedes pays du Nord. C’est pourquoi les rares édifices qui subsistent de cette époque ont un caractère hollandais si prononcé. L'art néerlandais dominait, en effet, au xvne siècle, dans lAllemagne du Nord, les pays Scandinaves et d'une façon générale tous les pays de la Baltique. Pétersbourg, la dernière venue des capitales de la Baltique, ne pouvait échapper à cette emprise : ce fut la dernière conquête artistique des Pays-Bas.

le rococo russe de L'époque nÉUSABErii. — Cette empreinte germanique et néerlandaise n’allait pas tarder à s’effacer. Le règne de la tsarine Elisabeth Petrovna, fille de Pierre le Grand, est marqué par une réaction contre l inlluence allemande qui va dès lors céder le pas à 1 inlluence française. Les premiers architectes étrangers n’avaient tenu aucun compte des traditions indigènes; ils avaient substitué à l’église russe à cinq coupoles le schéma du temple protestant. On revient sous Elisabeth à la forme nationale de l’église à coupoles, et la flèche à l’allemande [chpitz,

L’ART EN RUSSIE

clipil) <‘sl remplacée par un campanile généralement isolé kolokolnia . Lu somme le slyle (pu Henni eu Russie sous Llisabelh esl un mélange savourenx de traditions moscovites et de rococo français.

Le plus grand architecte russe de l'époque d’Élisabeth fut Rastrelli le jeune, fils d’un sculpteur d’origine italienne, mais d’éducation française, qui était venu de Paris à Pétersbourg en même temps que l’architecte Leblond.

L’ampleur de son œuvre esl prodigieuse. Le nombre des palais et des églises dont il conçut les plans ou dirigea la construction entre 1750

et 1770 est presque invraisemblable. Il est certainement, avec Quarenghi et Rossi, l’architecte qui a le plus fortement marqué de son sceau la nouvelle capitale des tsars. Presque toutes les résidences impériales ; le colossal Palais il Hiver, le Palais il Eté, qui fut malheureusement rasé par Paul I ' " pour faire placc.au château Saint-Michel, 1 e Palais de Tsarskoe- Selo, sont sorties de son cerveau; c’est lui qui a construit, pour les grands seigneurs favoris de la tsarine, les magnifiques Palais Slroganov et Anitchkov qui jalonnent la Perspective Nevski et lui donnent un aspect triomphal, 1 llôtel 1 orontsov, affecté plus tard au Corps des Pages. Son chet-d œuvre eût été le grandiose ('.auvent Smolng, dont le modèle 1740 est conservé a 1 Académie des Beaux-Arts. Le couvent, véritable ville monastique, ample comme un Kreml, devaitgrouper ses bâtiments, peints en bleu turquoise, autour d’une église et d’un campanile d une verligi-

T. Vil. —

neuse hauteur. Malheureusement ce clocher ne fut pas exécuté, et l’église elle-même ne fut achevée que longtemps après dans le style classique.

Son activité ne se limita pas à Pétersbourg. L Eglise Saint-André de Kiev 1744-1707), pittoresquement juchée sur un escarpement dominant la ville basse et la nappe étalée du Dnêpr, frappe, malgré le style jésuite de son ornementation tarabiscotée, par la beauté de ses proportions et la noblesse de ses formes.

Le meilleur disciple de Hastrelli est Sava Tchevakinski, à qui Pétersbourg doit le charmant campanile de V Eglise Sainl-Nicolas-des-Marins , qui st* mire dans beau dormante d’un canal.

LE CLASSICISME DU RÈGNE DE CATHERINE il. — La fondation de l'Académie des Beaux-Arts à la tin du règne d'Elisabeth 17à8 marque pour l’architecture russe le début d’une période nouvelle, glorieuse entre toutes, dont le style Empire de l’époque d’Alexandre Ie' sera le suprême épanouissement. Par réaction contre les redondances capricieuses du baroque, on revient à des formes plus simples, plus calmes, imitées de l’antique, que les fouilles d’Herculanum venaient de remettre en honneur.

En attendant que l’Académie eût formé une première génération d'élèves russes, Catherine II, qui était possédée d'une vraie « fureur de bâtir », dut s’adresser à des architectes étrangers. Le majestueux Palais de l'Académie des Beaux-Arts, que certains historiens s’obstinent à attribuer contre toute évidence au Russe Kokorinov, est l’œuvre de l’architecte français Vallin de la Mothe, qui fut le premier professeur d architecture à l'Académie. Les dessins originaux de la façade, de l’escalier de parade et de la rotonde, signés de la .Mothe, ne laissent aucun doute à cet égard1. D’ailleurs cette architecture logique, sévère, a un caractère français très marqué. C’est encore à Vallin de la Mothe que Pétersbourg doit le célèbre Pavillon de V Ermitage, que Catherine 11 lit construire comme annexe au Palais d Hiver, l église catholique Sainte-Catherine, sur la Perspective Nevski, et la belle arche en briques de la Nouvelle Hollande, qui est une merveille de proportion.

La grâce sobre du style Louis XVI trouve un autre interprète dans la personne de I Italien Binaldi qui, après avoir construit dans le parc • I Üranienbaum la ! lonlayne russe et le Pavillon chinois, édilia, dans un goût plus sévère, le Palais de Marbre et le Château de (îalchina, fastueux présents de Catherine II à son favori le prince Grégoire Orlov. Son projet de reconstruction de la cathédrale Saint-Isaac a malheureusement été* sacrifié sous Alexandre I" à la coupole de Montferrand.

\i \ allin de la Mothe, ni Binaldi u étaient, au goût de Catherine IL suffisamment « antiques ». Elle s'engoua de « Mister Cameron, Ecossais

I. Vallin de la Mollit* se contenta d’ailleurs île remanier les plans que Chouvalov avait demandés en 1758 à l'architecte français Jacques-François Blondel.

Il IS l'OI HK I)K K AM I

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de îiii t ion , Jaeobite de profession, grand dessinateur nourri d antiquités, connu par un livre sur 1rs bains romains ». Cameron était un disciple de l'architecte français Clérisseau, à «pu Catherine avait acheté si*'- portefeuilles de dessins et commandé la maquette d'un arc de triomphe en l'honneur de victoires sur les Turcs. Le souvenir de Clérisseau se retrouve dans scs deux (ouvres capitales : la décoration, à Isarskoe-Selo, des appartements privés de Catherine 11. (pii sc prolongeaient du côté du parc par une grande^galerie à arcades et une rampe en pente douce, et

le charmant Palais de Parlovsl; , résidence du grand-duc Paul Petrovitch, le futur Paul I".

Le dernier et le plus génial des architectes de Catherine 1 1 est Giaeomo Ouarenghi 1744-1817 , originaire de lîergame dans la haute Italie.

Pur classi(pie, disciple de Palladio, il se distingue par la clarté et la simplicité du plan, la sobriété de l'ornementation, le ■'('ns délicat des proportions. La magnifique colonnade du Palais Alexandre à Tsarskoe-Selo, le portique du Palais Ain/lais' à Pelerhof, le petit Théâtre de l'Ermitage, qui s'inspire du Teatro Olimpico de \ icence, comptent

I n.. .î 1 0. — Vallin de la Molhe : . , , ,

Porte monumentale do la Nouvelle Hollande. paillll l< s uuixies les plus lio-

a Pétersliourçï. 170». Ides de la lin (lll XVIIIe siècle.

Sous le règne d'Alexandre Ie', le \ ieu\ ma tire eul I amertume de voir sis projets pour le Grand Théâtre el la lîourse sacriliés à ceux de son rival Thomas de Thomon.

Le premier « classi<jue » russe, sorli (h* 1 \eadémie des Beaux-Arts, lui Slarov, I architecte du Palais de Tanride 1780. Cet édifice, construit pour le célèbre prince Polemkine, le favori de Catherine II, qui avait rapporté de ses campagnes contre les Turcs, en Crimée, le glorieux surnom de prince de 1 auride l’avritcheski . ne donne plus aujourd lmi. depuis (ju il a été approprié à I usage de la Douma, qu'une faible idée de sa splendeur d autan. La magnifique salle à colonnade, qui servit de

I. Ainsi appelé, parce «(ii'i I esl.au milieu d'un jardin anglais que Katherine II avait l'ail dessiner à côté du pare à la française.

i/Airr en iu ssii;

7) il

cadre aux fêtes somptueuses offertes par Potemkine à Catherine II, inaugure dans I architecture russe le triomphe de la colonne (pii devient, a partir de cette époque, un des éléments essentiels de toute construction, aussi bien pour les maisons bourgeoises (pie pour les palais, à la campagne comme à la ville.

Malgré I importance croissante de Pétersbourg, Moscou, « la douairière détrônée », n’en continue pas moins à revendiquer sa part dans la vie artistique russe. LJ 1 1 des premiers pensionnaires de l’Académie, Bajenov '1 757-1799), qui, après avoir d’abord suivi à Pétersbourg les leçons de Vallin de la Mothe, avait été à Paris l’élève de de Wailly, fut chargé par Catherine 11 d’étudier le projet d’un palais gigantesque qui aurait remplacé ou englobé toutes les constructions du Kreml : ce modèle, auquel h «artiste travailla plus de dix ans, ne fut heureusement pas exécuté. 1 1 en fut de même du palais dété de Tsaritsyne, près «h* Moscou, dont la construction fut arrêtée en I 7 «S 7 sur l’ordre de l’impératrice (pii le trouvait funèbre « comme un cercueil entouré de candélabres ».

Le plus grand architecte de Moscou au xvme siècle est Kazakov ( I 755- 1 .S P2 < [ u i , à la différence de son contemporain Bajenov, n’a jamais vécu à l’étranger. Du style baroque, son point de départ, il passe par tous les degrés du classicisme, sans cesser d’être lui-même. Ses constructions ont un caractère plus intime et moins froid (pie l’architecture officielle de Pétersbourg. Ses chefs-d’œuvre sont le palais Pachkov, aujourd’hui Musée liouniiantsoi', et le palais d.u comte Bazoumovski, transformé en orphelinat. De Moscou son style se répandit dans une grande partie de la Bussie.

Sculpture. — Si les Busses n’avaient pas attendu 1ère pétrovienne pour épanouir leurs dons d architectes, la sculpture, prohibée par l’Kglise orthodoxe, était restée pour eux jusqu’au xvnr siècle un monde inconnu • ils avaient, dans ce domaine, tout à apprendre. Aussi la sculpture en Russie n’est-elle représentée pendant la première moitié du xviu° siècle que par des étrangers.

scilpieir s êtra.xgers sors PIERRE le grasd. — Les premiers sculpteurs appelés par Pierre le Grand étaient allemands ou français. Leurs travaux sonl pluh'it du rcssorl de la sculpture ornementale «pie de la grande sculpture: ils décorent des frontons d’édifices, des lambris d’appartements, des proues de navires. L'Allemand Conrad Osner est l'auteur du grossier bas-relief représentant la ('.lotie dt^Sitnon le Magicien, cpii surmonte la porte Saint-Pierre de la forteresse Pierre-et-Paul 1717 . Peut-être Seldüler a-t-il modelé les nnupudles des petits bas-reliels

m y lliologupies eneast r«’'s dans les murs d«‘ la maison d’été de Pierre l<‘ Grand. Mais le grand ornemaniste de l’épo- « pie est l«‘ Français Nicolas Pineau I G JS i- 1 7. ai qui vint à Pétersbourg «m I7l(i avec Leblond et y resta plus de dix ans : c’est à ce maître du style Mégenee «pie sont dus les panneaux en bois sculpté «pii lambrissent la bihl loi Iter/ne de Pierre le ( irand et le pavillon de Mûrit/ à Peterhof.

L'agent du tsar à Paris avait engagé en même temps que Leblond et Pineau un Italien francisé, le comte Carlo Hartolomeo Rastrelli, «pii s’était fait connaître par son tombeau de Simon Arnauld, manpiis de Pomponne, à l'église Saint-Merry. Artiste universel, Rastrelli se faisait fort d’exécuter à la complète satisfaction d<‘ « Sa Majesté tsaricnne » des figures eh inarbre et en bronze, des masques en cire et en plâtre à la ressemblance des personnes vivantes, des fontaines, des décorations et machines «b* théâtre. S«is deux œuvres capitales sonl la statue en bron/.e <b‘ la Tsarine Anna Ivanarna, «'norme commère mafllue s « i i \ i « - d'un m’îgrillon <'ii turban jiortant le globe impérial 1741 , et surtout la Sial ne équestre de Pierre le (Irand I 7 iâ , inspirée du Tunis \l I de Girardon «'I du (Irand K lecteur de Schlüter, «pii précéda le « • 1 n ■ f-« I < eu\ re de Falcomd et «pii. après de multiples avatars, fut <*rigé<* sous Paul I " «levant l«' cbàteau Saint-Michel. Ces bronzes « baro«jues », mimil ièuseinenl ciseb's, dégagent une impression de force emphatique.

l’i-TKiisnoriui. 1 778.

i:\seioxemem de g/llet a i: académie des beaux-arts. — La fondation de l'Academie des Peaux-Arts 1758 i n a r< [ ne une date décisive dans l'histoire de la sculpture russe. L infliuMice française va dominer dès lors jusqu'à la lin du xvm' siècle.

.Nicolas Càillci 1700-1791 , tjui lui le premier professeur de sculpture de l'Académie, arrive à Pélersbourg en 1758. Ses bustes d'Ivan Cliouralor (Académie dos Peaux-Arts . du Grand-Duc Paul Pclrovilcli Palais d'I liver , ses vases décoratifs au palais de Pavlovsk ne dénotent pas des cjuali l<*s hors de pair. Mais il est du nombre de ces artistes <pii sont plus grands

parleur enseignement «pie par leur œuvre. Il eut la gloire de former à F Académie les meilleurs sculpteurs russes du temps de < '.allierine. Aucun maître étranger n’a eu plus d influence sur le développement de la sculpture en Pussie.

SCULPTEURS FRANC A rS EX RUSSIE SOIS CA T H CRISE II. — L'enseignement de I Académie ne pouvait |>as porter immédiatement des fruits.

La première « promotion » de sculpteurs russes ne commence guère à produire (pie vers 1770. Lu attendant, Catherine II dut avoir recours à l'étranger, et, à l'exemple de ses voisins les rois de Prusse, de Suède et de Danemark, elle s'adressa à la France.

Le plus illustre de ces maîtres français est Llienne Falconet, qui fut retenu douze ans 1700-1778 à Pélersbourg par I élaborai ion et la fonte de son chef-d’œuvre : la Slalue équestre en bronze de Pierre le Grand . Conformément aux idées des encyclopédistes, le tsar esl représenté non en guerrier, mais en législateur. L'énorme bloc en granit de Finlande (pic son cheval fougueux gravit au galop donne au « Cavalier d’airain », chanté par Pouchkine, une lier lé d allure incomparable (pii vaut à ce monument une place à part dans la série des statues équestres du xvm'' siècle'.

Falconet amenait avec lui à Pélersbourg sa meilleure élève, (pii devait devenir plu-- lard sa belle-fille, Marie-Anne Collol. C'est à celle artiste, douée d un remarquable talent de portraitiste, qu’est dù le modèle

I. Le monument de Catherine II. que Falconet avait eu l’intention de consacrer à sa protectrice, resta à l’état de projet.

l u;. ±T>. — N. F. Gillet :

Huste du grand-duc Paul Petrovitch (Paul I "j, à Pélersbourg.

I/ART EX Rl'SSIK

de la tète de la statue de Pierre le Grand. Le Musée de l'Ermitage possède les bustes de Falco net et de Diderot, qu'elle exécuta pour Catherine 11.

Bien que les llatteuses instances de l'impératrice n'aient jamais pu décider Iloudon à suivre l'exemple de Falconet, le grand sculpteur eut des rapports étroits avec la cour et la haute société' russes. Catherine II lui commanda une réplique de la statue assise de Voltaire et un magnifique buste de Du/J'oii ; elle lui acheta en outre, par l’intermédiaire de Grinnn. sa Diane cw marbre, qui fait aujourd’hui l’orgueil du Musée de l’Ermitage. Iloudon exécuta aussi, pour une église de Moscou, les monuments funéraires de deux princes de la famille Galitzine.

A ces trois sculpteurs français, il faut joindre encore 1 )omiirique Bachette ( 1 744- I X()!t), qui vécut en Bussie de 177!) jusqu à ^a mort. Modeleur à la Manufacture Impériale de porcelaine, il y joua le même rôle que Falconet à Sèvres. Ses nombreux bustes et médaillons sont d’un intérêt très

ateliers à la mode, prenaient conseil d Allegrain, de Pigalle, de Bou-

Gordêev 170!) fait pendant au Milon de Crotone de Falconet. La Vénus de Chtchedrine 1790 rappelle la Baigneuse de son maître Allegrain. L Ifercule à cheval de Ivozlovski, au château de Pavlovsk 17!)!). est une réminiscence des chevaux de Coysevox et de Coustou.

Ivanovitch Choubine ( 1 740-18U5), physionomiste pénétrant dont les bustes

nom de Iloudon. Il était né, comme Lomonosov, dans le gouvernement d'Arkhangelsk, et commença par sculpter des os de morse. Après avoir passé par l’enseignement de Gillet à 1 Académie, il lut envoyé a Paris,

/■LÈVES RUSSES DE GILLET. — L’école de sculpture issue de l'enseignement de Gillet se rattache étroitement à l’école de sculpture française, dont ('lie n’est qu’une lointaine ramification. Au terme de leurs

Kig. '221. — Choubine :

liuste du prince Galit/.inc, 177Ô.

(Hôpital Galilzino, Moscou.)

(’*tudes à l'Académie de Pétersbourg, les meilleurs élèves de Gillet allaient • 'il effet compléter leur éducation à Paris : ils se dispersaient dans les

Le plus original des sculpteurs russes du xvm' siècle est Fedor

évoquent parfois, par leur réalisme et leur force expressive, le grand

T. vii. — G

IIISTOIHK I)K L’AHÏ

.”) iii

où il subit l'intluenee de Pigalle. De retour en Bussie, il mena une vie misérable, en butte à l'hostilité des académiciens qui. sottement persuadés de la hiérarchie des genres, lui reprochaient comme une tare de nôtre que portraitiste. Cependant ses portraits véridiques de Catherine II. «le Potemkine sont, avec les portraits peints par Levitski, ce que l'art russe* occidentalisé de la lin du xvm' siècle a produit de plus remarquable.

Mikhaïl Ivanovitch Kozlovski 1700-1802 <*st aux antipodes de Chouhinc. C’est un improvisateur brillant, d’une grâce affectée. Ses deux enivres les plus célèbres sonl le Monument du général Sou vorov 1801 . dont il a esepiivé la laieleur simiesejue «m le métamorphosant em elieu Mars, et la fontaine décorative de Sainson ouvrant la gueule d’un lieue, au pied de la terrasse de Peterhof.

I n troisième élève de Gillet, Chtcliedrine* I7àl-182à), travailla à la décoration «lu granel portail «le 1 Amirauté : ses deux groupes de ('.aryalides jtorlanl la sphère céleste comptent parmi les meilleures sculptures décoratives de l’époque.

Le Pctil-Bussien Ivan Peli*ovitch Marlos 1702-1800 . contemporain de Canova, inaugure une nouvelle période «h* la sculpture russe. D<‘ son séjour à Home, où il travailla dans l'atelier do Tliorvahlson, où il connut Vieil «‘I Balaël Mengs, il rapporte un style pseudo-classique dont l’absurdité «‘date dans le célèbre Monument de Minine el Pnjnrski (1801). «pii se dresse sur la Place Ponge de Moscou : ces deux héros nationaux russes, travestis en sénateurs romains, sont singulièrement dépaysés en face «h*s murailles du Kreml et «les coupoles bulbeuses de N asili Blajennoï. La spécialité «h* Marlos était la sculpture fuimraire : sa sentimentalité un peu fade ravissait l«is murs sensibles. Il peupla le Campo Santo du parc de Pavlovsk, l«*s cimetières aristocratiques de la \ ierge du Don à Moscou et de la lavra Saint-, Vlexandre-.Nevski à Pélersbourg d<* monuments funéraires dont quelques-uns, comme h* Tombeau de la princesse Kourakine (I7!I2), ne sont pas sans grâce. Son influence a été très grand»* sur la génération de sculpteurs russes du commencement du xix11 siècle.

Peintciie. — La « laïcisation » de la peinture russe, la décadence de la peinture d’icônes (, ikonopis et l'avènement «le la peinture «h* portrait ( jivopis , la substitution de la manière « franque » à la manière grecque, qu’on fait généralement dater du règne de Pierre le Grand, remontent «*n réalité au milieu du xvu' siècle. On ne saurait donc imputer au fondateur «h* Pélersbourg toute la responsabilité de ce changement d'ori«*ntation de la peinture russe, qu il a tout au plus accéléré.

i.a peinture sous PiL'HHt' lk oraxd. — Pierre le Grand s'intéressait

L’ART EN RUSSIE

personnellement beaucoup plus aux « arts et métiers » qu'aux beaux-arts. Cependant il conçut au retour de son voyage à Paris (1717 l'idée de fonder à Pétersbourg une Académie des Beaux-Arts, et il songea à créer un musée ou plutôt un cabinet de curiosités Kunstkamera sur le type des collections royales de France et d’Allemagne. En même temps il s’efforçait d’attirer sur les bords de la Néva des peintres de renom : à défaut de Nattier, d’Oudry, de Kupetzky, qui se dérobèrent, il dut se contenter d’artistes de second ordre : le Français Louis Caravaque1, de Marseille, beau-frère de Nicolas Pineau, l’Allemand Gottfried Danhauer, (fui nous ont laissé des portraits du tsar et de sa famille et des liai ailles de l’ollara.

( 'es étrangers étaient destinés à former des élèves russes. En attendant qu’il y eût à Pétersbourg un centre d’enseignement, Pierre le Grand envoya les jeunes artistes russes à l’étranger : André Matvêev se dégrossit à Anvers ; les frères N i k i fi ne se formèrent en Italie, à Venise et à Rome.

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