AUGUSTIN OLLIVIER -LA VÉNUS AUX COLOMBES
< Musée de Bruxelles )
Histoire de l'Art Vil PI VI
Librairie Armand Colin Pans
I/ARCHITECTURE ET LA SCULPTURE DANS LES PAYS BAS
évêque à genoux, priant’devant une Vierge assise, est une ligure d'un beau caractère énergique et juste. Mais quel tumulte encore de draperies de marbres de couleurs, formant rideau, et de nuages épais, constituant le support de la Vierge, auxquels s'accroche un ange qui est censé les soutenir! Le goi'd ambiant à Gand. qui lit pression sans doute sur le sculpteur, n’était pas encore, en I78L revenu à la simplicité antique!
Après un nouveau séjour en Italie, Verschaffelt se lixa à Mannheim auprès de l'Electeur palatin, qui employa son talent dans un grand nombre de décorations de palais et de parcs, comme la cour de Prusse employait au même temps celui du Flamand francisé Tassaert, successeur à Potsdam des Adam et des Michel.
Nous insisterons moins sur des élèves de Delvaux comme Laurent Tamine, de Nivelles, qui passa lui aussi chez Pigalle el fut plus tard sculpteur officiel de la cour à Bruxelles, comme F. -P. Leroy, de Namur 1739-18P2), qui fut à Paris élève de Verberckt d'abord, puis de Bridan, (pii exécuta même pour le compte de celui-ci des sculptures pour les cathédrales de Metz et de Chartres et passa ensuite en Italie où il étudia et imita assidûment les œuvres de Duquesnoy, comme F. -P. Lejeune (1721-1793) dont la carrière s’écoule partie en France, partie à Borne, partie aux Pays- Bas, partie en Allemagne, mais dont le talent n'a rien d'exceptionnel.
Au contraire, il faut noter, comme un des artistes les plus marquants (pii aient fleuri à Bruxelles et qui aient contribué à y répandre 1 influence française pendant la seconde moitié du xvme siècle, le Français Augustin Ollivier, de Marseille. Malgré les recherches récentes de Mlle Devigne et de M. Sander Pierron, on sait encore peu de choses sur ses origines : il apparaît à Bruxelles en 17(38 à l'àge de trente ans el y réside jusqu à sa mort en 1781, sauf un court passage à Vienne. C’est lui qui, à la mort de Delvaux, fut désigné comme sculpteur officiel de la cour de Charles de Lorraine et qui eut à travaillera la statue du prince,
t. vu. — 47
Phot. Lévy fils el C,#.
Fig. 237. — La Charité (pierre), par Godecharle.
(Musée de Bruxelles.)
ainsi qu'à des décorations intérieures du palais. Il est l'auteur de deux bustes très honorables: celui de Charles de Lorraine et celui du ministre d'Autriche, le comte de Cobentzl, qui rappellent la formule et l'allure des grandes effigies décoratives de la lin du siècle précédent, avec plus de pénétration physionoinique. Mais son chef-d’œuvre est certainement cette Vénus aux Colombes, signée et datée de 1774, dont l'original a été rentré du Parc au Musée de Bruxelles, œuvre délicate et toute personnelle où le goût français est sensible, sans que I on y sente en rien le pastiche et l’œuvre d'école. Svelte et élancée, la nudité de la déesse
ferait plutôt penser, n'était sa tête mutine qui est bien du xvme siècle, aux créations élégantes de notre Gouj on.
Ollivier cul aussi à travailler en mainte occasion pour les églises :
une partie de sa production est banale et sans intérêt, même le Moïse tourmenté de Saint-Jacques-sur-Caudenberg ; l'artiste n'a ni l'ampleur, ni la force, ni sans doute la conviction des bons imagiers anversois. Par contre, certains morceaux précis et soignés, comme h; contre-retable de l'abbaye d Heylissem, aujourd'hui à l'église des Minimes de Bruxelles, sont à retenir, car ce sont les premiers où la formule française et classique se substitue dans l’art religieux à celle (b* l'ancienne sculpture pittoresque à la Rubens.
(l’est dans ce même style francisé que travaille un sculpteur comme Pepers, qui a signé à Bruges, sa patrie, en 177b, la Pitié du maître-autel de l’église Notre-Dame, et dix ans auparavant, à Gand, 1 Ange du monument funéraire de Cari Joseph Mortgat, à l'église Saint-Michel, figure d adolescent un peu poupine, mais qui n’est pas sans rappeler celle de Y Amour de Bouchardon. Il est possible que son auteur ait séjourné en France, comme col autre sculpteur brugeois, nommé Fernande (1741-1700), qui travailla à Paris où il fut élève de \ assé. de 1 7<»«S à 1771. puis à Borne et à Vienne sous le patronage des archiducs, mais qui rentra on 177b à Bruxelles, où il exécuta des statues pour l'abbaye de Vlierbeek et quelques autres. Il avait modelé, sur la recommandation du comte de Mercy-Argenleau, un buste de Marie-Antoinette, qui fut envoyé
Phot des Musées royaux de Bruxelles
Fig. 238. — Ruste de Mme Godecharle (plâtre), par Godecharle.
(Musée de Bruxelles.)
L’ARCHITECTURE ET LA SCULPTURE DANS LES PAYS-BAS
à \ ienne et n’a pas été retrouvé jusqu’ici. Plus tard, il sollicita, vainement du reste, son admission à l’Académie royale de Paris.
Toute cette génération est très directement influencée par les maîtres parisiens du moment, même les Flamands comme Corneille de Smet, de Termonde (1742-1815), et J. -F. van Gheel, de Malines, qui sort pourtant de l’atelier de Pierre Yalekx, à plus forte raison le Bruxellois Janssens (1744-1816), artiste abondant qui joua un rôle politique important dans le mouvement révolutionnaire de la lin du siècle. 11 avait antérieurement collaboré à Garni au monument funéraire dressé dans léglise Sainl- Bavon pour l’évêque Van Eersel, dont le modèle était dû à un homme d'une originalité plus accusée que la sienne et qui paraissait très en faveur à Gand vers ce
Fig. 239. — Jeux d’enfants. Bas-relief (terre cuite), par Godecharle.
i Musée de Bruxelles.)
moment : le sculpteur Van Poucke, né 'à Dixmude en 1 740. Celui-ci est le classique le plus intransigeant que nous ayons encore rencontré. Il avait dû prendre contact, à Borne même, avec les premières tentatives de Canova dont il semble avoir adopté de bonne heure la manière froide et compassée dans le
traitement des chairs et des draperies, l’ambition un peu lourde et déclamatoire dans la conception de certaines ligures. Son Saint Pierre et son Saint Paul de la clôture du chœur de Saint-Bavon sont des figures colossales et mouvementées qui semblent d’un Bernin réfrigéré et alourdi ; de même le Saint Jacques assis sous la chaire de l église Saint-Jacques de Gand, tandis que dans cette même église la Pleureuse du monument du chirurgien Palfyn, .monument d une sobriété bien rare en ce pays, rappelle les figures analogues des Falconet, des Yassé et des Saly.
Il nous reste enfin à présenter l’œuvre de l’un des sculpteurs les plus féconds et les plus populaires de la Belgique de la fin du xvme siècle : Gilles-Lambert Godecharle, dont l’histoire cependant n’a pas encore été écrite. Né à Bruxelles en 1750, il devait survivre à son époque, un peu comme son contemporain Houdon, et ne mourir qu’en 1855. Sorti de l’atelier de Delvaux, il passa à Paris chez Pigalle en 1771, puis chez son compatriote Tassaert,où il resta jusqu'en 1774, date de son départ pour Borne.
Il fui certainement aussi en rapport avec Iloudon, soit avant, soit pendant, soit après la Révolution; il le copia souvent même, avec une sorte de prédilection. C'est là, du reste, un des caractères les plus singuliers de la production de Godecharle que le nombre important que l’on y rencontre de copies ou de répétitions à peine modifiées, quoique signées par lui, d’œuvres des sculpteurs français lesplusnotoires.il copia l’anliqueet le Rendu, comme l'avait fait Delvaux, mais il copia aussi Bouchardon, Pajou, Iloudon, Caffieri, Canova, etc. L obsession qui naît du nombre de ces copies est peut-être, d’ailleurs, aggravée du fait que la plupart se trouvent groupées au Musée de Bruxelles, après avoir constitué la décoration du parc «b1 Y\ espelaere, et la réputation de Godecharle ne gagne pas certainement à cette réunion.
Ce fut pourtant un artiste à l’occasion ingénieux et adroit, de talent délicat, plus que puissant. Ses grandes compositions pour les frontons du palais de la Nation à Bruxelles et du château de Laeken 1781 et 1785) sont à la fois compliquées et un peu délayées et vides. La première représente le Temps présidant a la succession des Heures ; la seconde, la .Justice récompensant la Vertu , protégeant les faibles et chassant les Vices , sujet éminemment philosophique et sentimental à la mode du temps. Elles sont charmantes, surtout dans les esquisses, où Godecharle triomphe. Ses petits bas-reliefs de terre cuite, ses Jeux d'enfants du Musée de Bruxelles, ses douze compositions allégoriques des Mois de l’année, pour la rotonde du château de Laeken 1784), ses statuettes, comme la délicieuse figurine de V Amour interrompant l'Ftude, valent presque les meilleurs morceaux de Clodion; sa grande ligure de la Charité, qui est aussi au Musée de Bruxelles, rappelle singulièrement les qualités de ce maître, avec quelque chose île plus sage, à la fois, et de plus correct. Il fait penser souvent à notre (.binard, mais avec plus de souplesse: témoin la statue de la Musique , véritable portrait pour la ligure, qui appartint à la Collection Doucet. ou cette petite Victoire en terre cuite, datée de 1805 et sans doute dédiée à Napoléon Collection Philipson, à Bruxelles), morceau exquis de grâce vivante et de style à la fois, permettant même d’évoquer un Prud bon.
Quant à ses bustes, ils restent certainement au-dessous de ceux de Iloudon, mais ce sont cependant d’excellentes et aimables effigies, notamment ceux de sa femme et de sa fille, celui de son maître Laurent Delvaux , celui du peintre Lens, celui du premier conservateur du Musée de Bruxelles, le peintre Bosschaert , et tant d’autres, échelonnés depuis la Femme inconnue du Musée de Bruxelles, qui date des environs de 1780 et est tout à fait « ancien régime », jusqu'au roi Guillaume lKr des Pays-Bas, daté de 1815.
L’ARCHITECTURE ET LA SCULPTURE DANS LES PAYS-BAS
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