‹ Histoire de l'art (volume 3)Chapitre 76 sur 84 · IV. — LA MÉDAILLE A L’ÉTRANGER DE 1650 A · texte numérisé non relu

IV. — LA MÉDAILLE A L’ÉTRANGER DE 1650 A

Pendant la période que nous venons d'examiner, autant à l'étranger qu’en France la médaille fut l’objet de l'engouement du public cultivé. Mais alors que la médaille de Pisanello, celle de Peter Flôtner ou celle de Guillaume Dupré et de leurs émules constituent des entités ou. si l'on veut, des personnes morales distinctes. îles moments différents de la pensée et de l'industrie humaine, il serait vain, à la fin du xvne et durant le xvuf siècle, d’essayer de grouper en écoles nationales ou locales la production de médailles artistiques de l'Allemagne, ou de l'Italie, ou de l'Angleterre. Tout ce que F Europe compte de graveurs s'est mis à l'école de la France; toutes les initiatives viennent de Paris et vont se répandre jusqu’à Londres, Berlin ou Moscou; la plupart des monétaires ou des médailleurs sont venus faire leurs études en France ou ont reçu par des intermédiaires l’enseignement français. Aussi est-il malaisé de définir le talent de chacun d’entre eux et de discerner l 'originalité du petit nombre de grands artistes qu’ils comptent dans leurs rangs. Le plus souvenl. en présence d'une médaille de ce temps, l’appréciation des qualités techniques de tel ou tel maître est plus à la portée du critique que la discrimination d'un style autonome. Pour être juste, il convient de relever la

part d’éléments étrangers, que contenait le style français. Jean Warin était un Liégeois, Jean Duvivier était son compatriote, les Roëttiers vinrent d Anvers, et ce sont eux et leurs émules qui, en gravant les effigies des rois de France, contribuèrent à créer ce goût parisien, qui fut depuis universellement adopté.

Allemagne. — En Allemagne, la guerre de Trente ans fut la cause d'une décadence artistique irrémédiable en ce sens qu’après elle la médaille de Nuremberg, de Leipzig ou d’Augsbourg, la médaille aux traits nets, aux arêtes vives évoquant le grain du buis taillé qui fut son modèle, la médaille allemande a vécu. Les quelques noms de médailleurs qu'on peut citer reflètent dans leurs œuvres soit l'influence flamande, soit l'influence française. Tels sont :

Georges Pfründt, de Nuremberg (1604-1663)* un élève de Jean W arin et de Nicolas Briot: Jean Braun (*{-1684), son gendre, qui imita son style au point qu il est très difficile de dresser la liste de leurs œuvres respectives ;

Balthasar Lauch, de Leipzig;

Jean-Christophe Betecke, de Hambourg; Sébastien Dadler, mort en 1654, qui • travailla à Nuremberg, à Hambourg et à

Dresde, et qui a laissé une médaille sèche et maigre de Richelieu; J. Hôhn, P. Blum, Leigebe, Brener..., c'est assez faire que de les nommer. En fait, lorsque, en Allemagne, on reprit vraiment goût à la médaille, il semble que nul ne se souvint alors que Peter Flôtner ou Hagenauer eussent existé : technique et esthétique, tout est à la mode de Paris. C’est alors que dans le Palatinat travaillent Linck médaille de Louise, baronne de Degenfeld, 1677), Selter médaille d'Anna-M. Ludo-

Fig. 276. — A. Schega :

Médailie de l’empereur Charles VII et de l’impératrice Marie-Amélie (1742).

vica, comtesse palatine, en voiles de veuve), puis Wilhelm et Anton Schafer. Ce dernier est l'auteur d'un portrait, tout de (inesse et d'élégance, de Charles-Théodore, Electeur palatin 1743), d’un style libre et souple qui pour la première fois dans cette revue des médailles allemandes donne le sentiment d'un art franc et sans contrainte.

La médaille de l'évêque de Wurzbourg, Conrad Wilhelm von Wernau, aux traits gras et neutres, épanouis dans un costume dont les passementeries et les boutons sont gravés avec un soin jaloux, est due à Jean-Chrétien Millier. Philippe-Henri Müller 1653-1718) est plus maître de son art; c'est un disciple convaincu de Jean Warin : il suffit pour en être persuadé d'avoir vu le revers de sa médaille de Jean- Guillaume, prince palatin 171 I i, où figurent Hercule et Atlas soulevant le Monde. Son œuvre est considérable et intéresse non seulement l'Allemagne, mais tous les grands pays européens. Parmi ses plus heureuses médailles, je citerai celle de Jean-Adam, prince de Troppau, celle du cardinal comte Jean-Philippe de Lamberg 1705) et son revers du lion à l’enfant, ou colle de Léopold 11 1087 , dont le revers nous présente le

tableau tumultueux d'une bataille.

Wermuth, de Gotha (fl 739), et Koch ont produit également un nombre considérable de médailles, en général d'un style mou et sans puissance. Wermuth faisait lui-même commerce de ses œuvres qu'il vendait à la foire de Leipzig; quantité de médailles satiriques d’un art rudimentaire et d’un humour sans finesse sortirent ainsi de ses mains pour la plus grande joie des badauds. Telle la médaille ridiculisant la corruption de la Commission impériale (1708). Citons encore son portrait de John Law et la curieuse pièce de la Prédiction de Paracelse 1751).

A Hambourg llorissait Ililcken, plus précis, plus décoratif, dont la meilleure pièce est celle de Frédéric-Guillaume de Mecklembourg- Schwerin. Hautsch, de Nuremberg, est l'auteur d'une amusante médaille de la bataille de la Ilogue (1692). Vestner nous a laissé de bons portraits; la singulière médaille des cardinaux Paulutius et Piazza 1712 , aux profils tournés en sens contraire, est sans doute l’erreur d'un homme trop ingénieux. Le revers nous présente la place de Forli en un menu tableau agencé comme un décor. Oexlein de Nuremberg semble avoir partagé ce goût du pittoresque, et son thaler de Ratisbonne, où une vue perspective de la ville est minutieusement gravée, est assez divertissant.

Tous ces médailleurs pâlissent quelque peu en présence d’André Schega 1711-1787 , qui fut à coup sûr le meilleur d’entre eux. Ses contemporains reconnurent en lui le premier graveur de coins de l'Europe. On distinguerait les portraits dont il est l’auteur à un seul détail : la direction du regard et le dessin de l’œil. Il y a donc là

une sorte de procédé. Néanmoins toutes ces effigies sont singulièrement vivantes, et ce qu’il faut louer sans marchander, c’est l’extraordinaire habileté avec laquelle Schega conduit son relief, modèle le visage, la chevelure de ses personnages, et leur insuffle une vie souple et libre. Les médailles de Charles VII et de Marie-Amélie, de Joseph III et de Marie-Anne de Bavière (1759), de Frédéric-Christian de Pologne (1765), du cardinal évêque de Freissing (1746) nous semblent à ce titre d authentiques chefs-d’œuvre, à condition (ju on ne regarde point leurs revers.

Les deux Seel et Seitz, en Autriche, lire ut vers la fin du xvne siècle des médailles d un art encore rudimentaire et schématique. En 1712, le Napolitain Antonio de Gennaro était nommé graveur des coins de la Monnaie impériale; ce fut le premier directeur de l’Académie impériale de gravure. On connaît de lui un grand nombre de pièces rudes plutôt que vigoureuses. Celle d’Antonio Magliabecchi est d’une laideur systématique.

Matthâus Donner (f 1 767) fut professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne; ses élèves furent Widemann, les Wurzbacher, les Moll, Kaiserswerth, Würth,

N. Wirt, Vestner, les Werner, Becker,

Vinazer.

On chercherait en vain parmi l’abondante production de ces honnêtes ouvriers une tentative intéressante, un effort original ; beaucoup font preuve pourtant de solides qualités, témoin la médaille de

Marie-Thérèse par Würth, et son revers : Munera restituta (1762). Mais quoi de plus disgracieux que les portraits conjoints de l'empereur Joseph II et de l’archiduc Léopold, par Widemann, auteur également de la médaille du mariage de Marie-Antoinette (1770)?

Georges-Christian Waechter, un Munichois, mort vers 1789, élève de Dassier, fit une médaille de Voltaire, dont l’histoire a été narrée par M. Demole. Le graveur était allé à Ferney en 1769, pour exécuter d’après nature le portrait du patriarche. Pour frapper sa médaille il dut emprunter son balancier à Dassier, alors graveur à la Monnaie de Genève. Au revers de la pièce figurait un autel de la Benommée, entouré de la devise : Il ôte aux nations le bandeau de l'erreur.

IIIST01HE I)E L'ART

Les magistrats de Genève s’émurent de tant de hardiesse, el expulsèrent le médailleur. Très peu d’exemplaires ont été conservés de cette œuvre intéressante. Waechter est encore l'auteur de médailles de Jean-Jacques Rousseau, de la tsarine Elisabeth, et d’autres personnages ou d’événements appartenant à l'histoire de Russie.

De G. J. Krüger (Dresde, 1 759-1814), je citerai la médaille du congrès de Pilnitz. Les médailles de Donner (1704-1767) témoignent d'un talent délicat et perspicace. Krafft est hauteur d’une médaille de Marie-Thérèse,

exécutée lors de la guérison de l'impératrice, atteinte de petite vérole I7(»7). Antoine Domanôck 1715-1779 est un artiste plus brillant. On lui doit de fort beaux portraits de Charles-Alexandre de Lorraine 1701 i et de l empereur François Ier. Mais ses revers sont lourds et sans grâce. Quant aux médailleurs de Marie-Thérèse : les Matzcnkopf, Antoine Guillemard, Lorenzo-Maria Weber ou Théodor van Berkel, leurs talents ne s’élèvent guère au-dessus du médiocre. 11 faut retenir pourtant la curieuse médaille de François 111 de Lorraine, par W eber 1759), qui mérite attention à cause de sa technique originale et du sentiment décoratif, pictural dirait-on, des compositions du revers et de l’avers. 11 est vrai que cette recherche ingénieuse a conduit l’auteur à faire de son modèle un portrait plat et sans accent.

-.éopold II, Frédéric-Guillaume II et Frédéric-Auguste de Saxe.

Congrès de Pilnitz (1791). Italie. — L Italie, aima mater de la mé-

daille, semble être tombée dans une sorte d’apathie aussitôt après avoir passé le flambeau aux nations voisines, à la fin du x\T siècle. Depuis lors, aucune œuvre transcendante n’apparaît parmi l’abondante production des médailleurs de la péninsule. Quelques bons graveurs, doués d'une habileté technique où 1 on reconnaît tout de même le génie de la race, se mirent à l’école française et émigrèrent à l’étranger. Parmi ceux qui restèrent en Italie, peu sont dignes d’être nommés. A Rome même, ht dynastie des llamerani, pendant près de deux siècles, fournit de graveurs la Monnaie pontificale. Ils étaient d'ailleurs d'origine allemande. Leurs séries de médailles sont précieuses à consulter et abondent en données intéressantes sur l’histoire de Rome et des papes, bien plutôt qu'elles ne représentent des tentatives

Fig. 278. — C. J. Krüger

LA MÉDAILLE DE 16Î.0 A I78‘.l

artistiques d’une valeur originale. L’éeu d Innocent XI, par Gio vanni Hamerani (-J- 1705), est d’un style simplifié et presque caricatural. Otto Hamerani (4694-1768) fut très en faveur à la cour du prétendant Jacques 111 Stuart. La médaille de ce prince et de la princesse Clémentine est d’une froide élégance. L’écu de Benoît XVI lui est

supérieur, et d’un accent plus vivant et plus net. Ses médailles de Clément XII donnent la meilleure idée de son talent. L’une d’elles nous offre un portrait gravé avec une extrême minutie, très heureusement composé, mais froid, malgré son amusante précision ; le revers : Doricæ urbis lœmocomium, 1754, s’agrémente du plan d’Ancône, d’après l’architecte Van Vintel. L'autre médaille est celle de l’Académie de Saint-Luc, dont le revers représente l’évangéliste faisant le portrait de la Vierge.

L'effigie du pape, qui orne l’avers, est d’un art plus sobre, de plus de style, que la précédente.

Un neveu de Gaspard Mola, Gaspard Morone-Mola, lui succéda vers 1640 comme graveur à la Monnaie pontificale. Le plus grand nombre des médailles qui nous sont parvenues aux effigies d’Urbain VIII, Innocent X, Alexandre VII et Clément IX lui sont dues. L’écu d’Urbain VIII de 1645 peut servir d’exemple de l'adresse du graveur et de son goût décoratif.

Fig. 279. — Hamerani : Clément XII.

Médaille de l’Académie de Saint-Luc (1782).

Le revers de la médaille du Mérite, d’Alexandre VII, avec la façade de l’église de Santa Maria délia Pace, est un chef-d’œuvre de finesse et d'élégance, d'une admirable sûreté de dessin. Le portrait du pape, au contraire, est d’une rare insignifiance. Morone triomphe surtout, et presque exclusivement dans ses tableaux d’architectures.

Lucenti (mort vers 1690) lui succéda. L’écu de Clément X, de 1671, donne la mesure de l’insuffisance de son talent. Soldai) i-Benzi, un Florentin (1658-1740), travailla pour le grand-duc Corne III, pour la reine

Christine de Suède, pour Louis XIV. Une de scs meilleures œuvres est la médaille de Francesco Redi, avec la bacchanale du revers. Son élève préféré fut Selvi, qui mourut à Florence en 1755, après avoir été presque toute sa vie au service des grands-ducs. Ses nombreuses médailles, et notamment celle de Richard Molesworth, sont d'un style à la fois emphatique et indigent qui rend leurs revers surtout à peu près insupportables.

A la fin du xvme siècle, en 1 790, le graveur en chef de la Monnaie

Visite des mines par le roi (1687). d'œuvre vraiment marquante. Karlsteen

choyé de son pays; il avait été l’élève de VVarin à Paris et de Jean Roëttiers à Londres, et fut célèbre à Berlin et Dresde, avant de retourner à Stockholm, où il grava entre autres une série de médailles des rois de Suède. Un de ses disciples fut Bengt Richter, mort à Vienne en 1755, dont la médaille de Charles-Gustave, comte de Tessin, est d’un art assez enveloppé et séduisant. Daniel Waron, son compatriote et son contemporain, est plus sec et plus artificiel : voyez ses portraits de Charles VI, d’Élisabeth-Christine, de Gotthard-Heinrich comte de Salzbourg 1705). Le Norvégien Michel Rôg était en France sous la Régence; il y fit de nombreuses médailles d'un intérêt secondaire.

pontificale était Tommaso Mercandetli 1 758- 18*21). 11 a laissé un nombre considérable de ' 11 1 11 furent exé-

cutées par l’auteur alors qu’il tenait boutique d objets de piété, dans la via de’Goronari, à Borne. L’écu de la République Romaine, de 1708. fut aussi gravé par lui. C’était un artiste consciencieux et adroit, mais d’une pauvre et sèche imagination.

Fig. 280. — Karlsteen :

Charles XI, roi de Suède.

Pays Scandinaves. — Les États du Nord de l'Europe fournirent à celle époque d’assez nombreux graveurs, dont plusieurs, les plus habiles, allèrent offrir leurs services surtout en Angleterre et en France. Un des plus connus d'entre eux est Raymond Faltz, mort à Berlin en 1705, un Suédois qui vint travailler à Paris sous la direction de Chéron ; vers 1(588 il quitta la France pour offrir ses services à Charles XI de Suède et à la reine Ulrique-Eléonore ; la liste de ses médailles est assez longue; on n'y relève pas

1654-1718) fut peut-être l'artiste le plus

Russie. — L histoire de la médaille en Russie débute sous le règne de Pierre le Grand, qui établit, sur le modèle des institutions occidentales, une école de gravure à la Monnaie de Pétersbourg. De cette école sortit un des rares médailleurs dont puisse s’honorer la Russie à cette époque : Timothée Iwanoff. On peut juger de son art d’après les roubles de Catherine II, qui datent de 1774 et de 1787. Sa médaille commémorant la construction des nouveaux docks de Cronstadt, en 175*2, est une œuvre d’une assez belle allure, mais superficielle. Inutile d’ajouter qu’on n’y trouve rien de proprement russe : l’art de la médaille était, dans l'empire des tsars, un article d'importation. Du temps même d'Iwanoff, et après lui, le gouvernement impérial fit appel à des graveurs étrangers, et surtout à des Allemands : les deux Wachter, Judin,

Gass, Jâger, K. Leberccht et d’autres encore, dont les œuvres ne valent guère d’être autrement signalées.

Suisse. — C’est en Suisse que nous trouvons l’un des plus notables artistes de cette époque : Jean-Charles Hedlinger fut loué par Gœthe luimême. 11 était né à Schwytz en 1691. Son éducation artistique se fit d’abord à Nancy, sous la direction de Saint-Urbain, puis à Paris, où il fut l’élève de Warin et de Chéron. 11 travailla pour les Etats Scandinaves, puis à Berlin, à Vienne, à Pétersbourg, à Rome. Sa médaille de

George II d'Angleterre donne une idée juste de son talent sùr et sans faiblesse, brillant, mais solide.

Il grava aussi d'après lui-même un fin et spirituel profil. Le thaler de Frédéric et Ulrique-Eléonore de Suède (1751) montre la souplesse de son talent, habile aussi à graver ces minces effigies monétaires, et sa science décorative, assez prouvée d’ailleurs par la composition de ses médailles. Revenant d'Italie, il fit, cà l imitation de l’antique, une curieuse pièce portant la mystérieuse légende AAFOM, et, au revers d'un buste charmant, un rideau que surmonte l'inscription TNQ0I SEAVTON. Cette médaille intrigua

Fig. 281. — T. Iwanoff et Judin:

Médaille d’Anne, impératrice de Russie.

tous les antiquaires, jusqu'à ce qu’il plut à Hedlinger de révéler le mot de l’énigme en déclarant sa paternité. Ce fut un travailleur infatigable, connaissant à fond les ressources de son art. Il mourut à quatre-vingts ans, à Schwytz, en 1771.

Ses élèves furent Beyer, Môrikofer, et surtout Schwendimann, né à Ekibon, près de Lucerne, en 1721. Après une première jeunesse pénible, il fut accueilli à Schwytz par Iledlinger qui le prit sous sa protection. Schwendimann mourut à Rome, en 1780, frappé de vingt-quatre coups de poignard par un assassin. Comme sa main droite avait été cruellement atteinte par le meurtrier, durant ses derniers jours, le graveur, écartant

onforter, leur disait : Verfete mia mono e lasciatemi morir. La meilleure de ses médailles est celle qui commémore la signature du traité entre Louis XYI et la Confédération helvétique, en 1777, œuvre consciencieuse d’un artiste sur de son métier, mais compassé et froid. On connaît encore de lui des médailles de Gustave III, roi de Suède, du cardinal Marco Castelli 1 784'.

Pays-Bas. — Les Flamands sont représentés au xvne siècle surtout par Adrian Waterloos ÿ 1684). Son portrait par lui-même est d'un art franc, mais un peu gauche et lourd, de même des médailles telles que celle de Francisco de Moncada ou celle de Philippe IV, roi d’Espagne, qu’on ne peut estimer qu’en s’efforçant d’oublier les portraits du roi par Velâzquez. Son neveu Denis Waterloos est l’auteur d’une assez bonne médaille de Charles van den Bosch, évêque de Garni 1065 . Citons encore Jerian Poole et sa médaille de Guillaume III. prince d’Orange 1665), Lutma, Luder, Jean Smeltzing et Jean Boskam : ces doux derniers travaillèrent surtout mi Angleterre et exécutèrent de nombreuses médailles d’un style le plus souvent froid à l’extrême.

De Smeltzing, on peut retenir la bizarre médaille de l’exécution du duc de Momnouth, où le graveur a représenté trois jets de sang jaillissant de la bouche du décapité : llunc sanguinem libo deo liberatori (1685), les médailles de Jacques II et leurs différents revers, celui surtout de la naissance du prince James 1688), celle de la Confédération antichrélienne 1688), toutes d'un art maigre et sans chaleur.

La médaille de la bataille de Blenheim (1704) est sans doute la

ses amis qui voulaient le ré<

Fig. 282. — Hedlinger:

Médaille de C. F. de Tessin, Surintendant des bâtiments et jardins du roi (1739).

Angleterre. — Les médailleurs anglais, d'ailleurs peu nombreux et de talent médiocre, avant le milieu du xvne siècle, sont tous tributaires de leurs confrères du continent. Sous Henry VIII et ses successeurs, des Hollandais, comme Steven van Herwyck, à qui M. Tourneur a rendu son état-civil, et Simon de Passe, ou des Italiens, comme Jacopo da Trezzo, furent servilement imités par les médailleurs ou les graveurs monétaires de Londres, qui avaient pu voir les portraits de Henry VIII, d'après Ilolbein, la médaille d’Elisabeth, ou celle de Mary Tudor. C’est un Français, Nicolas Briot, qui réforma le monnayage anglais vers 1 6*25 ; un de ses meilleurs élèves fut

Thomas Rawlins. Rawlins, mort en 1670, n'est pas non plus un grand maître, et son art, mal dégrossi, ne tire aucun mérite de sa relative rudesse : témoin ses médailles de Charles Ier et de la reine Henriette- Aï arie. La médaille de .Juxon est d'un modelé vraiment trop sommaire et presque naïf. Mais on contemple sans ennui la série des insignes qu'il produisit, notamment le Forlorn llope, ses nombreux portraits de Charles Ier, celui du prince Charles, celui de William Wade (1641). Les monnaies dont il grava les coins sont d’un style sec et peu original.

Retenons au passage les médaillons en corne pressée de John Osborn, dont la vie nous est restée totalement inconnue : cè sont les

t. vu. — 55

Fig. 283. — .1. Boskam :

Médaille de Mary II, reine d’Angleterre (1695).

meilleure pièce tpi ait signée Jan Boskam, de Nimègue, médailleur de Guillaume III, roi d Angleterre. Ce fut un des graveurs les plus prolifiques de la tin du xvn’ siècle, mais ses œuvres, d'un dessin sec et d’un modelé qu on dirait exsangue, n’ont guère tpi un intérêt documentaire.

Bref, si le nombre des noms qu’on peut mettre en ligne semble autoriser 1 historien à écrire, à l’époque que nous étudions, un chapitre consacré aux médailleurs flamands, l’examen des œuvres de ces derniers paraît y contredire. En effet, d’une part, ces œuvres sont d'une rebutante médiocrité, et, d autre part, les meilleures d’entre elles n’apportent aucun sujet d’intérêt nouveau à qui vient de passer en revue les médailles de Louis XIV.

bustes de Frédcric-Henry, prince d’Orangc, et de sa femme Amélie, très habilement gravés, avec un art minutieux et sans chaleur. On trouve des reproductions de ces médaillons, en plomb ou en bronze, qui ne sont que des surmoulés exécutés d’après les originaux de corne.

Les deux Simon, Abraham et Thomas, plus que tout autre médailleur anglais, ont produit des œuvres qui méritent d’être examinées de près, parce (pie ce sont réellement des médailles anglaises : excellents portraits, sans ampleur et sans faste, mais concis et caractéristiques. Il faudrait presque les citer toutes, elles portent toutes le même accent très aisément reconnaissable: telles sont celles du comte de Loudoun (1645), de lord Inchiquin (1646), de Manteau van Dalem (1647), de sir John Hotham 1644), par Abraham Simon ; celles de Cromwell, de Henry Scobell, du général Monk (1660), de lady Lane, par Thomas Simon. Ce dernier est encore l'auteur du curieux sceau de la République, de 1651, qui représente une séance du Parlement. Quant aux monnaies gravées par les Simon, ce sont des chefs-d’œuvre. Je n'en veux pour témoin (pie la couronne d’Olivier Cromwell, de 1658, où le goût décoratif s’allie à une telle vigueur, adaptation admirable d’un talent énergique aux nécessités imposées par l’œuvre «à produire. De telles pièces peuvent être prises pour de sûrs modèles par tout graveur monétaire et sont des leçons de libre discipline.

Après la restauration de la monarchie, Pieter van Abeele, O. Millier, les Hoëttiers et d’autres Flamands, puis Georges Power furent les graveurs des monnaies britanniques. La petite médaille de la duchesse de Portsmouth, par Power (1675), permet d’apprécier la finesse et la souplesse de son talent un peu grêle et sans envergure.

Jean Poëttiers était né à Anvers, en 1631, mais il passa toute sa vie en Angleterre où il devint graveur en chef de la Monnaie. On lui doit la grande médaille de la Restauration de Charles 11, en 1660, les médailles du couronnement de Jacques II, en 1685, et de Guillaume III, en 1680. Files sont, en général, d’un style maigre et presque incorrect à force de froideur. Sa médaille de Louise de Kéroual, duchesse de Portsmouth, est plus sympathique; celle de Giles StrangWays (1648), d'un accent plus mâle et d’un travail plus robuste; au revers, hauteur a figuré la Tour de Londres. Il faut signaler encore le farlhing de 1665, dont Poëttiers grava les coins. Le type de la Britannia qui le décore, et qui n’avait point encore paru sur les monnaies anglaises, est fortement inspiré d’un médaillon de l’empereur Commode, de l’an 175 de notre ère. La duchesse de Piclimond, favorite de Charles IL alors dans la fleur de sa beauté, avait posé devant le graveur pour l’exécution de celte pièce.

John Croker, bien (pie né à Dresde 1670-1741), peut être compté au nombre des médailleurs anglais. Dès 1697, il était graveur à la Monnaie

de Londres. Les médailles de la reine Anne, avec les revers de la bataille de Ramillies ou de la bataille d’Almenara, celle d Isaac Newton donnent toutes la même impression de dureté maussade. De lui sont les coins des monnaies de Guillaume III, Anne, Georges Lr et Georges IL

En arrivant au pouvoir, la maison de Hanovre fit appel à des graveurs allemands : Ilannibal, Tanner, 1 Iolzburg, Natter, Küchler, au Suisse J. -A. Dassier. Au milieu du xvme siècle on relève le nom de quelques médailleurs anglais dignes d’estime : Richard Yeo. auteur de la médaille de Culloden 1740), d'un style faible et essoufflé. Les médailles du prince Charles (1750), par Thomas Pingo, sont d’un art plus sur de luimême; son revers de la médaille des chirurgiens 1767) est heureusement composé et empreint d’une philosophie austère qui n’est point indifférente. Les deux J. -G. Hancock, père et fils, ne produisirent (pie des œuvres fort médiocres. L Irlandais William Mossop, mort vers 1806, a produit des médailles d’un style gras et souple, comme celle du collège maçonnique, et de délicats portraits, tels que celui du Dr. Henry Ouin. Son fils, William Stephen, né en 1788, fut également un médailleur de mérite, dont on peut citer la froide et nette effigie du doyen Swift.

Espagne et Portugal. — L’Espagne n'est guère le pays de la médaille. Pourtant, au xvie siècle, des Italiens, tels que lesLeoni, Jacopo da Trezzo. les Poggini, des Flamands, tels que Jacques Jonghelinck, s'efforcèrent de lui en donner le goût. Leur enseignement fut reçu par Rutilio Gaci, le portraitiste de Philippe III et de Philippe IV, pris pour modèle également, nous l’avons vu. par Adrien Waterloos. A l’époque où nous sommes, le tableau que nous nous efforçons de tracer de l’art de la médaille en Europe serait incomplet, s'il y manquait l’extraordinaire profil de Charles III, lippu, au nez prodigieux, tel que nous l'a livré Gil, en un jour de maîtrise. Gil. dans le dernier quart du xvme siècle, fut graveur de la Monnaie de Mexico. Il est encore l’auteur de la médaille de proclamation de Charles IV au Mexique.

Quant au Portugal, je ne signalerai qu'une médaille : celle du marquis de Pombal, d'un art sommaire sans doute, mais non sans caractère.

RIRLIOGRAPHIE

On trouvera des renseignements bibliographiques sur les artistes cités au cours de ce chapitre dans le lexique de Forrer : Biographical Dictionary of Medallists.

Ro.ndot CS.). Les médailleurs et les graveurs de monnaies, jetons et médailles en France. Paris, 1904 : Claude Warin, 188s ; Nicolas Bidau. 1887. — Porée (l’adbé). François Berlinet , modeleur et fondeur en médailles. Paris. 1891.— Barre (Alfred). Graveurs généraux et particuliers des monnaies de France, Annuaire de la Soc. fr. de numismatique, t. II (1867). — Delaroche (P.), Henriquel Dupont et Lenormant (Ch.). Trésor de numismatique et de glyp-

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TABLE DES MAT I El! ES

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par André Michel.

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