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devons une série de portraits de Louis XV, qui sont des documents historiques de premier ordre, en particulier ceux dont les dessins à la sanguine, d « * sa main, sont conservés au Musée Carnavalet : profil caractéristique au Iront fuyant, à l'œil énorme, presque démesuré, au nez en bec d’aigle, à la lèvre voluptueuse, au lourd menton. Le roi y figure en buste, nu; sur
les épaules tombent des boucles de cheveux échappées à la couronne de laurier, le tout d'un style puissant qui sait dégager la signification profonde d’un trait dans une physionomie et I exprimer par un dessin d'une vigueur systématiquement simplifiée.
Duvivier est ici un maître du portrait.
Quant au fameux « profil à la mèche », qui nous étonne un peu, il a son histoire. C'est le duc d’Antin, (ils de Mme de Montespan, surintendant des bâtiments du roi, qui, épris des effigies des Césars, avec sa brusquerie habituelle, demanda au médailleur un portrait du roi à l'antique. Duvivier, mal à l'aise, imagina une sorte de compromis entre le goût romain et la mode du xvme siècle, qui n est pas du plus louable effet. Il fut libre de s'abandonner à sa propre inspiration dans les médailles qu'il lit pour des particuliers. Il nous a laissé des portraits de Joseph-Clément de Bavière, du duc de Bourbon, de .Nicolas de Launay, du cardinal Dubois, du maréchal de \ ilia rs. La médaille de l'ambassade de Turquie, qui parut au Salon de 1765, est également de lui. et fut gravée vers 1760 pour compléter la série historique en commémorant le souvenir d une audience qui eut lieu en 17 LJ.
Il n’est point forl aisé de marquer les caractères qui distinguent de l'art de son père celui de Benjamin Duvivier 1750-1810 . I outelois. comme ce dernier est aussi l'auteur de médailles de Louis X\ , on peut, par comparaison, discerner dans son talent, en même temps qu une pareille habileté technique, moins de pénétration et plus de convenu. Sa belle médaille où il a figuré le roi cuirassé, portant le grand cordon,
Fig. 269. — B. Duvivier : Médaille de l’Inauguration du Canal du Centre 1 783 .
I A M KD Al U. K l)K 1650 A 17811
il 11
la chevelure épanouie sur les épaulés, csl d une I i ère allure, mais d un style moins personnel: il y a là plus de concessions à un idéal officiel. Les médailles de Louis XVI et de Marie-Antoinette plaisent davantage. 11 y a une réelle bonhomie dans le profil royal où survivent, alourdis et comme empâtes, les traits caracteristhpies de I aïeul; seulement une expression de rondeur naïve a remplacé l'impérieuse volupté. Le contraste de cette simplicité avec la recherche de la parure, h' froissement des étoffes el des dentelles, les rouleaux de cheveux et les rubans de soie < | u i les lient, est d’une subtile saveur. Le portrait de Marie-Antoinette n est pas moins réussi ; il n est guère flatté, malgré la première apparence : le front bombé sans ampleur est comme écrasé par la savante architecture de la coiffure, et le regard manque de flamme. L ensemble est d’un remarquable sentiment décoratif accentué par les plis du pesant manteau fleurdelisé et les joyaux qui parent le corsage.
Benjamin Duvivier
de Saxe-Gotha, de la princesse Trubetzkoï, de Necker, du duc de Chartres (Philippe-Egalité), de Lafayette, de l'abbé Barthélemy (comparez le buste par Houdon, au Cabinet des Médailles), de Bailly, de Washington. Il me faut enfin citer la médaille
frappée à l’occasion de l’inauguration de la statue de Louis XV à
Reims, en 1764, qui bénéficia de l’indulgence de Diderot dans l’article dont j’ai reproduit plus haut quelques mots. Du rôle joué par Benjamin Duvivier pendant la période révolutionnaire, je ne dirai rien à celle place.
Qu’il me soit permis, en le quittant, de citer conjointement, comme l’a fait M. Nocq au frontispice de son livre, le délicieux pastel signé ;
Gounod, 1786, qui nous a gardé ses traits, el la médaille qu’il grava lui-
même à l’effigie de son père. Les deux Duvivier méritent que les amants (h* l’art du xvme siècle leur rendent un culte discret. 11 faut avoir le loisir de parcourir lentement les suites des jetons qu'ils ont gravés pour apprécier la somme de talent ingénieux, de goût exquis et de spirituelle élégance que ces charmants artistes pouvaient enclore en ces menus objets. Les jetons des Duvivier sont de vrais chefs-d’œuvre et donnent le sentiment de la perfection. L’art de la médaille sous le règne de Louis X\ n a rien produit de plus achevé.
nous a encore laissé des médailles du prince
Augustin Dupré. — Avec lus Duvivier, Augustin Dupré est un des artistes les plus représentai ils de son époque; il était né en 1748 à Saint-Etienne. Tout jeune, il entra, comme ouvrier, à la manufacture d’armes, et à ses moments de loisirs lit son apprentissage de ciseleur et de graveur. Il y acquit une telle adresse, (pie. venu à Paris à 1 âge de vingt ans, il gagna la faveur de l’ambassadeur d’Espagne, qui l’avait vu à l'œuvre. Dès lors sa fortune était faite, et les commandes affluèrent. Une de ses œuvres les plus charmantes est le Réveil de I Amour, conservé au Musée des Arts décoratifs: l’encrier qu il grava pour Marie-Louise est aussi célèbre, mais je ne veux parler ici que des médailles qu'il exécuta sous l'ancien régime. Les plus connues sont la médaille des dix corps de Marchands 1776 , celle delà jonction de la Somme et de l'Escaut 1782). celle du Bailli de Suffren 1781 .
celle de la découverte des mines d ’Allemonl 1780 , etc. .le voudrais aussi attirer l'attention sur ses médailles américaines : celles de Benjamin Franklin 1784- I 786 ), de XathanielGreen 1787 .de Daniel Morgan 1789), de John Paul Jones 1789), et surtout sur la fameuse pièce de la Libellas americana, qui devait avoir un tel succès tant en Amérique qu’en France durant la période révolutionnaire. Au droit figure le buste de la Liberté, en bonnet phrygien, et, au revers, le groupe de la France défendant Hercule enfant contre le léopard. La réputation do Dupré était faite, lorsque la Dévolution éclata, et c'est de préférence à Duvivier et à Gatteaux qu’il fut choisi par Franklin pour exécuter la médaille de la Liberté, dont je viens de parler. Lorsque Franklin quitta la France en 1784, on résolut de frapper une médaille en son honneur. Turgol trouva le sujet du revers et en donna la légende : Eripuit cælo fulinen sceptrumque lyrannis. Dupré se tira assez bien de l’ambigu de ce sujet, comme on se tire d’une gageure, et avec celte dextérité qu'il devait à son apprentissage d’orfèvre; mais, ce qu’on louera toujours, c'est le magistral portrait de I \méricain, d’un style simple et robuste, d’un modelé franc et sans rudesse. Ici médailleur de premier plan. Dupré retourne facilement à ses premières amours : on retrouve dans le revers de la médaille de Paul Joues les qualités de l’apprenti qui, jadis, ciselait des gentillesses sur la coquille d’une épée de cour: l’abordage du Bonhomme-Richard
Fie;. 271. — Augustin Dupré:
Médaille de la Liberté américaine 177(5).
LA MÉDAILLE DK 1(550 A 1789
et du Sérapis est traité avec une adroite élégance, combat naval à grand spectacle, composé comme un feu d’artifice.
Le présent exposé de l'histoire de la médaille s’arrête — un peu arbitrairement sans doute — à la lin de l'ancien régime. A vrai dire, en ce qui concerne la médaille, 1ère nouvelle commence plutôt au Consulat qu’en 1789. Pourtant la période révolutionnaire doit être' considérée à part, et. bien que leur manière, on le conçoit, n ait point changé du jour au lendemain, on me pardonnera de céder à la nécessité de scinder en deux parties l’œuvre de plusieurs artistes que nous passons en revue.
Fig. 272. — Nicolas Gatteaux Les Montgolfières (4785).
Nicolas Gatteaux. — C'a été le cas de Dupré, ce sera aussi le cas de Nicolas Gatteaux, un des meilleurs graveurs du temps, qui en outre apporta d’ingénieux perfectionnements à la technique mécanique de son art. Il était né à Paris, en 1751, tils d'un serrurier; en 1775, de Cotte l'engageait comme graveur à la Monnaie, et sa première œuvre est un portrait de Louis XV pour la série des rois de France. Les. meilleures médailles qu’il produisit durant la période que nous examinons présentement sont celles de la mort de Louis XV, du couronnement de Louis XYI, de l’invention des ballons par les Montgollier 1783), de l’astronome Lalande (1783), de
Phelypeaux 1781 , de d’Alembert (1785). Il faut louer en Gatteaux le portraitiste sévère et attentif, non peut-être sans quelque froideur, et aussi le graveur de ces revers exécutés avec une maîtrise consommée, d’un goût et d’une finesse qui ne sont jamais en défaut. Il y a là également un sens du pittoresque admirablement servi par un burin minutieux et d'une délicatesse infinie. On connaît les amusantes médailles où sont représentées les montgolfières somptueusement parées, en plein essor parmi les nuages, et qui portent en leurs nacelles les premiers aéronautes : d’Arlandes, Pilàtre des Rosiers, Charles, Robert Montgolfier. L'art de la médaille n'a jamais su exprimer rien de plus aérien, et le souci scrupuleux du détail n'y nuit point. La même entente île la composition, le même art de la perspective, la même adresse à donner le sentiment de l’espace font le prix d’une des plus connues de ses œuvres : V Abandon de tous les privilèges. Le portrait de Charles-Jean-Baptiste des Gallois de la Tour, premier président au Parlement et intendant de Provence, est une œuvre d'une extrême finesse, d’un très faible relief, traitée dans le sens décoratif, la perru-
HISTOIRE DK L’A HT
étagée s'harmonisant avec la couronne de laurier du pourtour.
Lorthior. — Pierre-Joseph Lorthior 1 755-18J5Ï, de Lille, était un graveur très adroit et un lithoglyphe consommé. Il est l'auteur d'intailles sur pierres tintas, de jetons d<* jeu, du grand sceau de Marie- Antoinette; sa médaille du comte de Yergennes donne une idée suffisante de son talent. C’est une œuvre très distinguée, d une finesse très pénétrante et en même temps d'un art non sans souplesse et sans grandeur, au demeurant, un des meilleurs portraits en médaille du temps. On reconnaît les mêmes qualités à l'écu de Louis XY1, de 1790. Lorthior est aussi l’auteur de quelques plaquettes non sans mérites, d'un juste sentiment décoratif, et adroitement modelées, telle le Repentir,
allégorie quelque peu abstruse, d'où l’émotion est absente. Parmi ses médailles, je citerai celles de Caumartin 1756), du duc de Berry I 701 ), du comte de Provence 1771 , de Phelypeaux 1778, du duc de Choiseul 1765), du mariage du Dauphin 1770 . du comte d'Artois 1775).
Droz. — L'écu de Louis XVI, nommé communément l'écu de Calonne, du nom du ministre des finances, passe pour l’une des meilleures réussites de l'art monétaire. L’auteur en était un Suisse, d'une singulière habileté, dessinateur émérite : Jean-Pierre Droz, de la Chaux-de-Fonds 1746-18*25). A Paris depuis 1764, durant la Révolution il offrit ses services au gouvernement anglais. C’était un technicien très avisé, et il apporta de nombreux perfectionnements au mécanisme de la frappe. Il devait être nommé plus lard, par Napoléon, conservateur du Musée de la Monnaie, et la pièce de cinq francs frappée pendant les Cent Jours esl de lui. Son portrait de lord Klliott, gouverneur de Gibraltar, jouit d'une célébrité méritée : l'art de cette époque n’a rien produit de plus ferme et de plus solide. Il est (‘gaiement l'auteur des médailles des encyclopédistes, de Voltaire, de Rousseau, de l’abbé Barthélemy, de Necker.
Nim. — Il me faut parler maintenant d'un art original qui louche de fort près à celui du médailleur, mais qui en diffère pourtant. Lu 1758 arrivait à Paris un singulier personnage, potier ou verrier, que presque aussitôt attacha à sa personne Le Ray, grand maître des eaux et forêts. C’était un petit homme — un nain presque — sémillant, d'un esprit facé-
Fig. 273. Lorthior : Médaille de G. Gravier de Yergennes.
tieux, prompt à la répartie et vif comme la poudre, s’amusant à ébahir ceux qui le venaient trouver par l'extraordinaire fantaisie de ses accoutrements. I) ailleurs, un véritable artiste. Jean-Baptiste Nini était né à Urbin, en 1717; il mourut en 1780 au château de Chaumont-sur- Loire. près de Blois, chez son protecteur. Fils d’un graveur, il avait étudié la sculpture à T Académie Clémentine de Bologne. En 1740, on le rencontre en Espagne où il exécute des travaux d’art, sur verre. A Paris, il se mit à fabriquer des médaillons en terrecuite, et tout de suite ce . fut la
vogue et l’engouement : son
Fig. 274. — J. -B. Xini :
Médaillon de Marie-Antoinette (1780).
atelier ne désemplit pas de
personnages fameux et de femmes à la mode, qu’attiraient l’amusante faconde et les pitreries du petit homme. Les portraits qu’il faisait de tout
ce beau monde étaient d'abord modelés en cire, puis il tirait de ces premiers modèles des moules en terre. - — non pas en cuivre, comme on l a dit. — et enfin les médaillons en terre cuite. Retouchés avec une sûreté de main admirable, ces médaillons sont d’un fini, d’une délicatesse et d’une souplesse qui justifient leur succès. On en connaît une centaine, et l'on ne saurait guère exprimer de préférence motivée : l’aisance et la préci-
F, G. 27o- J.-B. Xi ni. Médaillon sion avec laquelle sont des-
de Suzanne Jarente de la Beymere (Ij69i. 1
sinés tous ces profils, le moelleux des chairs. la légèreté des cheveux étagés en torsades, le troissement des étoffes d’une savante facilité en tout d exquis morceaux. On
a retrouvé les oulil> d'ivoire à l'aide desquels Niai modelait, les poinçons qui lui servirent à graver les inscriptions ou à signer ses œuvres. Les médaillons de Franklin sont devenus presque populaires. Ils datent de 1 777. Il en sortit plusieurs variétés des mains de Fauteur. Franklin y paraît tête nue, ou coiffé d une toque de fourrure ou du bonnet de la Liberté, parfois le ne/, chaussé d une paire de lunettes; mais on retrouve chaque fois le profil avisé du bonhomme, le pli réaliste de sa bouche et son regard un peu froid. Cinq ou six caisses de ces médaillons furent expédiées par Nini en Amérique, en 177!): le navire fit naufrage près de Noirmoutier, et les caisses, sauvées du désastre, furent oubliées dans les bâtiments de la Douane, a Nantes, jusqu’en 1830. Quelques spécimens, finalement, abordèrent en Angleterre, après d’autres avatars, en 1800. Nini nous a laissé son propre portrait, avec ceux de sa femme et de sa fille, sur un médaillon qui n'est pas des meilleurs, mais je citerai encore celui de Marie- Antoinette 1781) , celui de Suzanne Jarente de la Reynière 1700 , une merveille d’élégance plutôt que de pénétration psychologique, celui de Catherine de Russie, décoratif et conventionnel, de Louis-Auguste, dauphin de France ( 1 770). La même virtuosité caractérise toutes ces images, produits d'un talent très varié mais, à coup sur, sans profondeur.