CHAPITRE XIII
LA PEINTURE FRANÇAISE DE
1848 A NOS JOl RS'
L’unité factice que David avait su imposer, grâce à un tempérament de dictateur et au prestige de son génie, à l’école française de son temps, ne pouvait résister longtemps à l’individualisme effréné qui désagrège l’art moderne. Déjà sous son règne des dissidences se manifestent; quelquesuns de ses disciples les mieux doués s'insurgent. Son successeur Ingres s'évertue vainement à défendre le classicisme orthodoxe contre les hordes romantiques menées à l'assaul par Delacroix.
Cette scission profonde entre l'art classique et l'art révolutionnaire, l’art officiel et l’art indépendant , va s’accentuer dans la seconde moitié du xixe siècle. Seulement les classiques n’auront plus la chance d’avoir à leur tête des chefs qui puissent se prévaloir de l’autorité d'un David ou d’un Ingres. Le génie change de camp. Sans doute, les peintres académiques, maîtres du Salon d’où ils expulsent systématiquement leurs adversaires, continuent à accaparer les faveurs, au détriment des novateurs honnis par la majorité des critiques. Mais leur réputation n’est que viagère, tandis que la gloire posthume de ces parias, de ces « Refusés », ne cesse de grandir. Plus nous prenons du recul, plus il nous apparaît avec évidence que les personnalités dominantes de notre Ecole ne sont pas Baudry et Bouguereau, Gérôme et Meissonier, mais Daumier, Courbet, Manet, Degas, Renoir et Cézanne, Puvis et Monet. C’est autour de ces grandes figures, remises définitivement à leur place par la fameuse Exposition Centennale de 1900, que gravite toute la peinture française moderne et même — peut-on ajouter — celle du monde entier.
Sans accabler d’un injuste mépris tous les peintres académiques, dont plusieurs ont su mériter leur réputation, l’historien de la peinture