RIN
son atelier pour travailler en plein air. Il acquit alors une vision simple et dépourvue de romantisme, un sens synthétique, qui nous valurent des œuvres comme YAralro (Galerie Nationale, Rome). Dans ses monuments, tels celui du duc d’Aoste (Turin, fig. 417) sur un remarquable cheval, celui du roi Humbert, «à la villa Borghèse, il comprit, principe trop souvent méconnu, le rapport de proportions qui doit exister entre les parties architecturales et sculpturales d’un monument. Le vérisme reçut le coup de grâce de la main de Bistolfi qui s’assigna pour but de traduire des sentiments et d’exprimer, sous une forme tangible, d’éternels symboles.
On l a surnommé le sculpteur de la Douleur et le poète de la Mort (Ojetti).
Dans ses monuments funéraires il s’est, appliqué, d’une façon raffinée, parfois compliquée, à traduire le sombre mystère.
Ces tendances, indiquées, dès le début, par Y Ange de l'Oubli (tombeau Braida à Turin), s’affirment dans les œuvres postérieures, comme le Sphinx , le basrelief des Funérailles, les Epouses de la Mort , le Christ.
Pietro Canonica, à l’inverse de Galandra et de Bistolfi, tire ses effets non de la synthèse des masses, mais de l'analyse des détails. Son art est vivant et fin, et M. Ojetti, devan les bustes de la Princesse Doria , de Mme Florio , de la petite Princesse Murat, a pu penser aux Français du xvme siècle. Canonica est un médailleur attachant, et son Christ en Croix rappelle les crucifix des orfèvres florentins. Mais il est capable de concevoir de grandes œuvres, à en juger par sa Pietà (exposée à Venise, 1912) où, rompant avec la tradition, il a placé la Vierge debout devant le cadavre de son fils, et par son récent monument à la cavalerie italienne (fig. 419) sur la place du Château à Turin.
Les artistes piémontais de cette génération ont cherché leur voie dans des sens différents. Edoardo de Albertis, de Gênes, s'inspire de l’antiquité (une Victoire du monument à Victor-Emmanuel, Rome; son projet pour les monuments aux Génois tombés pendant la Grande
Phot. Alinari.
Fig. 418. — Leonardo Bistolfi : Le Christ.
(Musée Municipal, Turin.)
L’ARCHITECTURE ET LA SCULPTURE EN ITALIE
Guerre). Le mouvement, impressionniste, qui cherche à fixer une sensation fugitive, non seulement par la matière elle-même, mais par les jeux d’ombre et de lumière, tendance autant picturale que sculpturale, trouve son chef en Medardo Rosso (né à Turin en 1 858), chercheur inquiet, insatisfait et errant, dont les œuvres semblent pour la plupart des ébauches inachevées dont certaines sont remarquables par l’intensité de la vision.
111. — Les représentants de la génération née dans le dernier tiers du xixe siècle se trouvent actuellement dans la force de l’âge et en pleine production. Les tendances diverses, qui s’accusaient chez leurs prédécesseurs immédiats, ont provoqué une certaine anarchie, l’oscillation entre un art purement plastique ou bien impressionniste. Le début du xxe siècle représente une époque de recherches et d’audaces dont témoigne le futurisme.
Ce désir du nouveau, voire de l’extravagant, n’est-il pas commun
aux jeunes artistes de toute l’Europe? Avec la maturité, le besoin d'un art plus conscient et équilibré, même néo-classique, reprend ses droits. Telle est la leçon qu'on peut dégager des dernières expositions.
Les chefs de la jeune génération ne sortent pas des mêmes régions que ceux de la génération précédente. La fécondité du Sud semble épuisée. Païenne donne cependant encore Antonio Ugo (né en 1870), qui pratique, comme son maître Rosa, un art vigoureux et un peu brutal, et Giovanni Nicolini (né en 1872), dont les groupes de Satyres sont animés et voluptueux. A Naples sont nés Nieola d’Antino (1880), élève de D’Orsi,
Pliot. A. Pedrini.
Fig. 419. — Pietro Canonica :
Monument à la cavalerie italienne, à Turin.
— il continue la tradition napolitaine des œuvres menues, appréciables par leur accent nerveux, — et Amleto Cataldi (1880), qui, au contraire, s'esl distingué dans la sculpture ornementale et monumentale.
Le Piémont et la Ligurie donnent les Turinois Edoardo Rubino (né à Turin en 1872), Cesare Biscarra, enfin le Génois Giovanni Prini (né en 1877), évocateur apitoyé d’enfants malades ou malheureux. Tous trois ont en commun le souci de subordonner leur art à une pensée idéale. Eugenio Baroni, de Gênes, se révèle par l'énergie de son Monument aux Milieu Quarto. Arturo Dazzi (né en 1881) fait alterner d importants travaux décoratifs (Palais de Justice de Rome) et de grands monuments, comme celui d’Enrico Toti,'au Pincio, et celui des Cheminots tombés
pendant la Guerre (à Rome), — avec des œuvres plus intimes ( Crucifix exposé à Venise en 1912).
Milan réconquiert son prestige et redevient un grand foyer d’art où s’échafaudent les théories les plus aventureuses, — berceau du futurisme qui vise toutes les formes littéraires et artistiques et fief du poète Marine tti, son fondateur. Milan donne aux jeunes plusieurs de leurs chefs. Eugenio Pellini, sculpteur-poète comme Ristolti, en diffère toutefois par le style : son œuvre maîtresse, la Dolorante (Exposition biennale de Brera, 1916), assez massive et carrée, est équilibrée et forte. Adolfo Wildt (né en 1878), qui dut débuter comme praticien, acquit une expérience du marbre devenue rare chez les sculpteurs; inféodé, en commençant, à l’antiquité, puis au vérisme, curieux de métaux et de matières rares, il pasticha les étrangetés germano-slaves dans sa Famille (Exposition de Venise, 1922), pour revenir à une tradition latine de force et de santé, (pie décèle son buste, — romain au sens antique du mot, — - de Mussolini. Alfredo Pina (né en 1887) s’est fixé à Paris. Son art offre une passion et une fougue qui se sont affirmées dans les fragments d’un monument à Dante, exposés au Salon de 1924, surtout les groupes des voluptueux punis, Paul et Françoise de Rimini, Thaïs et Alexandre.
Cette même vie frémissante anime les œuvres petites de dimension,
Phot. comm. par M. A Hébrard.
Fig. 420. — Rembrandt Bugatti : Éléphant.
(Collection Hébrard, Paris.)
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Phot. Mil), de l’Instr. publique d’Italie.
Ermenegildo Luppi : Piëtà (maquette).
mais grandes de caractère qu'a’créées Rembrandt Bugatti au cours d’une vie éphémère (1884-1916). A côté de statuettes d’enfants nerveux, il a surtout représenté des animaux qu’il a observés avec une curiosité affectueuse (fig. 420); un seul animalier peut être comparé à Bugatti, le marquis O ri go (de Rome), évocateur de la Campagne romaine.
L’élégance aiguë de Bugatti se retrouve dans les figurines humaines d’Antonio Carminati, originaire de la province de Bergame.
Les Emiliens se distinguent : Giuseppe Romagnoli, né à Bologne en 1872, montre Fig. 421.
un sentiment du colossal à la façon de Michel-Ange dans sa grande figure du Retour (Exposition de Venise, 1912) et dans son monument des Télégraphes à Berne.
Ermenegildo Luppi, né à Modène en 1877, a longtemps cherché sa voie : Donatello, le
vérisme, l impressionnisme le séduisirent successivement, mais une grande sincérité et un profond sentiment religieux ressortent de ses œuvres, en particulier de sa Pietà (figure 421). Son compatriote et condisciple Giuseppe Graziosi montre un caractère plus nerveux
que Luppi, principalement dans un groupe, La Médisance, caricatural et mordant, puis dans sa Louve (Galerie d art moderne, Rome, fig. 422),
Phot Min. de l’Instr. publique d'Italie.
Fig. 422. — Giuseppe Graziosi : La Louve.
(Galerie Nationale d’art moderne, Rome.)
figure de femme musclée, aux flancs creux de fauve. Arrigo Minerbi, né à Ferrare en 1881, intensifie l'expression de ses statues par des effets de lumière et de couleur. Gaetano Gel 1 i ni , né à Ravenne en 1875, mais Turinois d’adoption, trahit l’influence de son maître Canonica dans son œuvre maîtresse, Y Humanité contre le mal (Galerie d art moderne, Rome). Angelo Zanelli, né dans la province de Rrescia en 1879, a décoré l'autel de la patrie qui forme socle à la statue du roi, au centre de ce monument à VictorEmmanuel II, véritable anthologie de la sculpture italienne contemporaine. Sur ce soubassement la Déesse Rome forme le milieu
Pliol Al mari
Fig. 423. — Angelo Zanelli : Fragment du bas-relief ornant le socle de la statue
de Victor-Emmanuel II.
(Monument à Victor-Emmanuel II, à Rome.)
d’une frise représentant d'un côté le Triomphe du Patriotisme et de l’autre le Triomphe du Travail (fig. 423). Des réminiscences d’une Dallas archaïque pour ht Déesse, des Panathénées pour le cortège sont reprises ici avec à-propos.
La Vénétie est surtout représentée par Vito Pardo (né en 1872), élève de Monteverde dont il rappelle la tradition et aussi l’ardeur infatigable qui lui a permis de mener à bonne fin des monuments considérables, comme celui de Castelfîdardo près de Lorette. Trieste a donné à la patrie retrouvée un des sculpteurs les plus remarquables parmi les jeunes artistes : Attilio Selva (né en 1888), dans des œuvres comme la Primula, montre une sensibilité fine et aiguë, avec une force et une mesure qui semblent annoncer un classicisme nouveau (fig. 424).
Parmi les Toscans domine Libero Andreotti, né près de Lucques en
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1883; inquiet et insatisfait, mystique, il a suivi deux écoles : Paris lui apprit à dégager sa pensée, puis l’art florentin à traduire ses conceptions sobrement. La même Toscane a adopté Antonio Maraini, né à Rome en 1881, artiste d’une culture et d'une curiosité étendues, un des meilleurs critiques d’art contemporains. Chez lui, l’intelligence et la volonté dominent la sensibilité instinctive. Il emprunte bien ses motifs d’inspiration à la nature, mais il les subordonne à une construction architecturale. Nul, en Italie, n’a un sentiment plus raffiné de la décoration.
Une région dont la contribution artistique avait été jusqu’alors plus <pie modeste, est la Sardaigne. A l’àge précédent, on ne rencontre guère dans cette île que des artistes effacés, comme Cosiino Fadda (né en 1838), ou des immigrés, tel Giuseppe Sartorio (né en 1854), qui, durant son séjour, peupla les jdaces et les cimetières de ses œuvres. L'époque actuelle enregistre les débuts de Francesco Ciusa, un autodidacte, resté fidèle à sa petite patrie d’où il n’est guère sorti et dont il a rendu, avec gaucherie mais avec sincérité, le caractère encore primitif, mystérieux et violent, dans des statues comme la Mère de l' Assassiné, qui fit sensation à l’Exposition de Venise en 1907.
En définitive, actuellement, la sculpture italienne présente les tendances les plus contradictoires, même chez les artistes eux-mêmes au cours de leur évolution. Mais on peut remarquer, d’une façon générale, après bien des recherches audacieuses et même des extravagances, un nouveau besoin de proportion et de mesure, propre au génie de l’Ualie et < j u i s’est montré à toutes les étapes qu’a marquées son art depuis Giovanni Pisano jusqu’à Ganova et à Bartolini. La période contemporaine, remplie par l’activité de leurs héritiers, donne l’impression de préluder à une nouvelle et brillante floraison.
BIBLIOGRAPHIE