I. ARCHITECTURE ET LA SCULPTURE EN ITALIE
dont le caractère est français, tels qu'Ivrée et Fénis xve siècle). D’Andrade communiqua à toute l'Italie un engouement pour les styles gothicisants.
Le plan d'urbanisme, à Turin, n’a pas comporté des modifications essentielles du centre, mais la construction de quartiers nouveaux à la périphérie, principalement des cités ouvrières parfaitement conçues, comme celle qu'a construite Andrea Torasso.
Au contraire, l’intérieur de Gênes fut radicalement transformé. Les travaux se sont déroulés en plusieurs phases. La première période, entre
Phol. comm. par >1 Mario Labo.
Fig. 407 . — La Nouvelle Bourse, à Rênes, par Dario Carbone.
1880 et 1890. vit le percement de la via Roma qui unit la place De Ferrari à la promenade de l Acquasola, et l’élargissement de la via Giulia. Parmi les architectes, la place prépondérante revient alors à Marco Aurelio Crotta (1851-1909); professeur à l'Academia ligustica, il y a formé de nombreux élèves. Son goût est classique. Celle même période vil s’élever un édifice grandiose : l’hôpital Saint-André, par Cesare Parodi. d inspiration classique lig. 100 . Plus récemment, on a percé la grande via Venti Settembre, que coupe le viaduc monumental du corso \ndrea Podestà. Les voies nouvelles sont bordées de vastes immeubles à l'opulence un peu lourde qui caractérise aussi la Nouvelle Bourse (lig. 107 par Dario Carbone né en 1860).
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Des nombreux monuments du cimetière de Staglieno. le plus beau est, dans sa sévérité sobre, le tombeau de Mazzini par Yittore Gaetano Grasso 1819-1899 : deux colonnes sans base, aux chapiteaux simplement équarris, supportant une immense architrave de granit.
Lomuardie. — Depuis sa libération en 1859, Milan, augmentée des laubourgs environnants, n a cessé de se développer. O11 réalisa un plan d extension plutôt que de transformation, sauf dans le quartier de la cathédrale. On construisit d’abord les quartiers de Porta Genova, puis
Pliot. Alinan.
I- K.. U) 8. Le Grand Escalier du Musée Municipal, à Padoue. par C. Boito.
ceux du Nord, aux abords du cimetière monumental et au delà de la Gare centrale. \ inrent ensuite les quartiers de 1 Ouest et notamment le quartier élégant, à proximité du château des Sforza. La ceinture de Milan n a cessé de s élargir, mais l’expansion de cette ville s’est portée surtout au Nord-Est. De nouveaux quartiers ont surgi au delà de ceux précédemment construits, parmi lesquels une cité ouvrière élevée par la Municipalité. Régularité excessive et monotonie, ce plan d’extension, ébauché en 187b et réalisé par des ingénieurs, mérite de tels reproches, mais on doit en louer la conception générale et les mérites sous le rapport de l’hygiène et de la technique.
La période qui suit 1871 met en relief deux architectes de vaste culture, le comte Emilio Alemagna (mort en 1910 et Gamitlo Boito 1850-
L’ARCHITECTURE ET LA SCULPTURE EN ITALIE
1914) qui a joué un triple rôle par son enseignement, ses écrits et ses constructions. Leur défaut à tous deux est d’être restés asservis au passé. Boito a une vision de décorateur de théâtre, appliquant le gothique vénitien dans des constructions à fins modernes et pratiques comme le Palazzo delle Débité, les musées ou les écoles de Padoue fig. 408 , ou la Maison de retraite des Musiciens à Milan.
La superstition des styles anciens entrave les hommes de celte génération. C’est l’héritage de leurs prédécesseurs, notamment de
P Mot. Castagueri cumin, par la lianca commerciale italiana
Fie.. iOO. — La Banca commerciale italiana. à Milan, par L. Beltrami, en collaboration avec l'ingénieur G. -B. Casati.
Balzaretti dont la Caisse d Kpargnc à Milan pastiche les palais toscans du xve siècle. Après Boito, citons Angelo Colla 1857-1891 , le restaurateur assez fantaisiste de Saint-Maurice de Milan et du Palais communal de Plaisance; Giovanni Ceruli ! 1842-1907), dont l’œuvre marquante est le Muséum d’Histoire naturelle de Milan, en style roman; Comhi (né en 1842), auteur du palais Turati.
Leurs cadets, nés entre 1850 et 1860, s’affranchirent. Leur chef de lile, Luca Beltrami (né en 1854), dont l'influence vint s’opposer au prestige de Boito, comme lui architecte et écrivain, s’est montré un constructeur pratique dans ses immeubles pour sociétés financières (la Banca commerciale italiana en collaboration avec l'ingénieur G. -B. Casati,
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tig. 409, et les Assicurazioni generali, Milan), et un archéologue entendu, évoquant adroitement la Renaissance au Palais des Expositions permanentes ou exécutant d’habiles restaurations, comme celle du château des Sforza à Milan.
Beltrami est l'architecte chargé de l'entretien de la cathédrale. La question d'une façade correspondant à l'intérieur reste, on peut le dire, éternelle pour lus Milanais, et insoluble. Elle reprit son acuité dès 1875. En 1887, un concours lit triompher un débutant, Giuseppe Brentano 18(P2-1889), qui mourut sur sa victoire. Son projet fut abandonné; meme un revirement se produisit en faveur de la façade actuelle ( xvie siècle), terminée au \ixe siècle par Amati et Zanoja voir tome Ylll, p. 180).
Les contemporains de Beltrami sont, principalement, Luigi Broggi. traditionaliste dans de grands édifices, la Bourse et le Credito italiano à Milan, Giovanni Giachi, plus moderne dans ses Magasins Bocconi Milan , en fer derrière une façade de pierre, et.Augusto Guidini né en 1853). Parmi les plus jeunes, Clisse Stacchini fut vainqueur au concours pour la nouvelle gare de Milan, actuellement en construction. Des tendances modernes s'affirment surtout chez Piero Portaluppi (né en 1888), qui a su donner un caractère esthétique à des constructions industrielles, comme les usines électriques de Verampio itig. 410;, Valdo, Grego et Grevola, ou à des hôtels comme celui de Formazza.
Emilie et Marches. — L’âge moderne a peu touché Plaisance, Parme et Modène, mais a transformé Bologne, en élargissant ses principales voies, sans trop altérer son caractère ancien. Les architectes restèrent fidèles à des principes locaux, notamment à la construction en brique rouge. Outre Mengoni (voir tome Ylll, p. 1 8 "2 ) , les principaux d'entre eux sont : Attilio Muggia, auteur du palais Maccaferri; Tito Azzolini 1857- 1908), qui aménagea avec Muggia la Scalea délia Montagnola à la grande promenade de Bologne et dont l’œuvre principale est, à Pistoia, la Caisse d’Epargne; le Florentin Augusto Sézanne né en 1850 , plein de fantaisie et d'invention dans la Maison des lleurs décorée à fresque; puis deux restaurateurs d’églises, Alfonso Rubbiani 1849-1915), — défenseur du passé artistique de Bologne, mais à qui sa restauration de S. Francesco valut de dures critiques, — et Edoardo Collamarini; cet artiste a élevé I Institut salésien et le Sacré-Cœur en style byzantinisant; il achève le Santuario del Be. près de Domodossola.
Giuseppe Bossi né en 1851 a dépensé son activité dans différentes villes des Marches. Sa carrière a été couronnée par la construction de la somptueuse église de l'immaculée Conception, à Macerata:
L’ARCHITECTURE ET LA SCULPTURE EN ITALIE
Vénétie. — La fièvre d'urbanisme, qui gagnait l'Italie, faillit être fatale à Venise. Vers 1886, des projets furent présentés, mais heureusement point exécutés. On pensait à combler des canaux, le Grand Canal le premier, pour leur substituer des rues carrossables, à établir un boulevard sur la rive des Esclavons, à lancer des ponts sur la Lagune. On se borna à démolir quelques palais et à aménager l'île Sainte-Hélène. Les nouvelles constructions représentent surtout des pastiches. Le gothique vénitien a inspiré jusqu'à des modèles de constructions économiques.
Pliot. comm. par la Société des Entreprises électriques Conti.
Fn;. 410. — P. Portaluppi : Usine hydro-électrique à Verampio (province de Novare).
La fin du xixe siècle voit les derniers travaux de vieux architectes : Antonio Negrin de Vicence (1821-1898); Forcellini 1827-1891), qui restaura le Palais ducal; Giacomo Franco (1818-1895), auteur de la cathédrale de Lonigo.
Les générations plus jeunes ont fourni peu d’artistes marquants. On peut citer : Luigi Rovelli, qui, dans un château pour le prince Borghèse, dans l'île du lac de Garde, juxtaposa des éléments empruntés à des édifices vénitiens; Guido Sullani, qu'a influencé l’architecture allemande; enfin Giovanni Sardi (1864-1915), qui tint une situation prépondérante à Venise au début du xxe siècle.
Les Vénitiens durent s'adresser souvent à des architectes étrangers à leur région. Ainsi, la reconstruction du campanile de Saint-Marc,
t. viii. — 82
après son écroulement, fut confiée, en grande partie, à Luca Beltrami, malgré de fortes oppositions.
L'architecture italienne a l’étranger. — L'expansion italienne se porta principalement en Roumanie, — où Giulio Magni éleva de nombreux édifices à Bucarest, — dans le Levant le théâtre d’Alexandrie en Egypte est de Sfondrini ), — el plus encore dans l’Amérique du Sud : Pietro Cantini (né en 1847) construisit en Bolivie de nombreux édifices publics; le Tessinois Giocondo A lbertol I i (né en 1870) occupe une situation officielle en Argentine, où se trouvent Vittorio Meano, auteur du Parlement el du théâtre Colon à Buenos Avres, et Francesco Tamburini, architecte d innombrables bâtiments dans toute l’Amérique latine.
IL — LA SCULPTUBE
Les sculpteurs, en plus grande proportion que les architectes, s’éloignent de leurs régions natales pour aller s’instruire et ensuite se fixer dans quelques grands centres où les appellent des travaux et le souci de leur carrière. Les expositions les rapprochent, expositions universelles, comme celles de Paris (1867, 1878, 1889, 1900), ou uniquement artistiques, comme celles de Paris, — les Salons notamment, — de Londres, de Munich. En Italie même, ces réunions deviennent de plus en plus fréquentes. La première, soulignant la résurrection de l’Italie, fut celle de Florence en 1861, suivie des expositions de Milan en 1872 et 1881, de Naples en 1877, de Turin en 1881. Même dans des villes secondaires, les expositions « promotrices » ou de Cercles artistiques se multiplient. Toutefois, une organisation d’expositions ample el régulière ne commence qu’en 1895 avec la première des expositions de Venise, qui se sont succédé de deux ans en deux ans, et ont créé le principal lien entre les artistes italiens et étrangers. L’exemple de Venise a excité l’émulation des autres grandes villes qui ont essayé d’avoir aussi leurs « Biennales », Borne, la première, à partir de 1921.
Le caractère essentiel des œuvres de sculpture italienne est, nous le répétons, d’être faites, avant tout, pour être vues à l'air libre et soumises au jugement du grand public. Ce sont, en majorité, des monuments créés pour la rue et pour les endroits où passe la foule. Premièrement, les monuments publics. D’inépuisables thèmes s’imposaient aux sculpteurs. D’abord, ils durent glorifier les héros du Bisorgimento. En tète, le roi Victor-Emmanuel et Garibaldi. 11 n’est pas de ville, même infime, qui ne voulût posséder leurs statues. Le personnage le mieux , interprété est
L’ARCHITECTURE ET LA SCULPTURE EN ITALIE
Garibaldi, figure d’un caractère naturellement sculptural, toute en grandes lignes, sous un ample manteau, le célèbre puncho coiffant un visage à la longue barbe et aux traits réguliers. Les artistes ont su rendre la physionomie tout ensemble vraie et légendaire de l’animateur. Ils n’ont pas toujours aussi bien compris Victor-Emmanuel : leur commune erreur fut de transformer ce prince, qui, fin et avisé sous une écorce rude, était simple de goûts et détestait la représentation, en un général empanaché et caracolant.
A côté des images de Victor-Emmanuel et Garibaldi, les places publiques offrent, moins fréquentes, des effigies de Cavour, incomparable diplomate, mais modèle ingrat avec son masque de myope et sa corpulence, ensuite, outre les rois Charles-Albert et Humbert Ier, divers membres de la famille de Savoie, et, pour terminer, d’innombrables hommes politiques, ainsi que des personnages historiques. Les deuils et les victoires du pays ont inspiré les sculpteurs, et, déjà, plusieurs monuments commémorent le succès de l'Italie dans la guerre mondiale et ses soldats tombés pour une cause juste.
L’art religieux est, de son côté, représenté par quantité d’œuvres, dont des centaines de monuments funéraires, exécutés pour des particuliers, mais placés dans des cimetières où les passants peuvent les examiner et les juger. Ils frappent le visiteur par le réalisme du sujet rendu avec minutie. Dans certains survit le thème antique : le défunt représenté au milieu de sa famille. Les tombeaux tiennent autant de place dans l'œuvre des sculpteurs contemporains que dans celle d’un Canova ou d’un Bartolini.
A ces œuvres iconographiques s’ajoute une abondante production de bustes. Les œuvres d imagination affluent non moins : évocations de scènes historiques, sujets mythologiques, ou encore allusions sociales. Une forme d’art, dont le succès paraît maintenant épuisé, est la sculpture de genre traduisant des anecdotes naturalistes ou humoristiques.
L’unification de l’art italien rend impossible le classement topographique adopté pour le chapitre précédent. Nous n’avons plus devant nous des rivières séparées, mais un fleuve grossi par l’apport de plusieurs affluents. La période 1870-1925 peut, sans trop d'arbitraire et pour la clarté de notre élude, être partagée en trois divisions chronologiques.
La première comprendra, à côté des anciens arrivés à la fin de leur carrière, les sculpteurs nés avant 1850 et qui débutent dans les années suivant 1870; la seconde, ceux nés de 1850 à 1870, donl l'activité commence à se manifester entre 1880 et 1900; la troisième, la génération née après 1870, maintenant en pleine force, après avoir fait ses premières armes au début du xxe siècle. Ces trois divisions correspondent logiquement à trois étapes dans l'évolution de la sculpture italienne.
I. — Après 1870, nous voyons rivaliser les disciples de Tenerani (mort en 1869), de Dupré et de Vêla, décédés en 1882 et en 1891 (voir tome VIII, chap. vi).
Les principaux élèves de Tenerani occupent à Rome une situation prépondérante : Nicola Cantalamessa Papotli (1853-1910); Francesco Fabi Altini (1850-1901); Stefano Galletti (1855-1905), Giuseppe Prinzi (1835-1895), auteurs de monuments et de tombeaux en style mi-classique.
Dupré compte d'abord, parmi ses élèves, son successeur à l’Académie de Florence, Augusto Rivalta (1858-1925), auteur de quelques-uns des plus beaux tombeaux du Staglieno à Gènes. Emilio Zoccbi (1855- 1915) attachera son nom à une œuvre essentielle, le monument Victor- Emmanuel de Florence (fîg. 405). Augusto Passaglia (né en 1858) s'est surtout illustré par la porte principale de la cathédrale de Florence. C'est dans cette même ville que vint se fixer Raffaello Pagliaccetli 1859-1902), spécialisé dans le portrait.
Vêla assiste au triomphe du vérisme, mais aucun de ses élèves ne s’assurera une place prépondérante, ni Ambrosio (né en 1844), ni Délia Vedova (né en 1851), ni même Giuseppe Grandi (1845-1894), créateur du monument des Cinq Journées à Milan, dont les allégories mouvementées, symbolisant la révolte de 1848, font penser au Bernin; Grandi est le précurseur de la sculpture impressionniste. Le successeur de Vêla à l’Académie de Turin avait été Odoardo Tabaccbi (1856-1905), qui hésita entre le classicisme et le naturalisme. A côté de grandes œuvres comme le colossal Arnaldo da Brescia (Brescia), il modela des statuettes de genre : sa Baigneuse connut un succès européen. Adriano Cecioni (1858-1886) défendit le vérisme plus par sa plume que par ses œuvres.
Les écoles locales jettent un dernier éclat. En Vénétie, Luigi Borro (1826-1880), qui avait longtemps continué la tradition canovienne de Zandomeneghi, venait de se convertir au vérisme. Augusto Renvenuli (1839-1899) a laissé des œuvres d’une correction froide, qui ont le mérite de la sobriété (Monument de Garibaldi à Venise). Ugo Zannoni, de Vérone (né en 1856), a pratiqué surtout la sculpture de genre. Emilio Marsili (né en 1842) a relevé cette forme d'art par un réalisme narquois, et Urbano Nono (né en 1849) a donné le meilleur de son talent dans des œuvres menues où revit le peuple de Venise.
Naples offre, à ce moment, Stanislao Lista (né en 1824), dont les œuvres sont très vivantes (par exemple, le Lion symbolisant la Révolution de 1820 au monument des Martyrs, à Naples), qualité qu’il sut inculquer à son élève Gemito. Alfonso Balzico (1857-1900) venait, en 1867, d attirer l’attention sur lui par un début éclatant : son monument
L'ARCHITECTURE ET LA SCULPTURE EN ITALIE
au duc de Gènes (Turin), très dramatique, représentant le prince sur son cheval qui s’écroule, frappé à mort. RafTaele Belliazzi (né en 1835) et Caggiano (1837-1905) procèdent de Dupré. L’un se perd dans de minutieuses puérilités; l’autre a surtout laissé une des Victoires du monument des Martyrs, à Naples.
La Sicile délègue des artistes sans éclat : Zappalà (né en 1833) et Giuseppe Prinzi (1833-1895), qui a exécuté surtout des sujets religieux ou des statues de Pie IX et de dignitaires
ecclésiastiques.
A Milan, le classicisme de Sangiorgi et de Cacciatori est perpétué par d’innombrables artistes dont les principaux sont : Giosuè Argenti 1819-1892), Achille Bianchi (né en 1837), Pietro Calvi 1 833- 1 884), Giovanni Spertini (1822-1896). Une femme, Adélaïde Maraini (1836-1917) se montre bien mieux douée et affirme un talent plus vigoureux.
Aucun des artistes cités précédemment n’occupe la situation prééminente qui revient au Génois Giulio Monteverde (1837-1917). A l’Exposition de Paris en 1878, son Jenner expérimentant ta vaccine sur son fils retrouve le succès du Napoléon mourant de Vêla, en 1867. Monteverde profite de la leçon du vérisme, mais il en écarte les conséquences extrêmes. 11 est réaliste avec discernement. Parmi ses
œuvres nombreuses de toute grandeur et de toute sorte : monuments funéraires ou officiels, statuettes anecdotiques ou de genre, on trouve des pièces d’une haute inspiration, comme Y Ange de la Mort (tig. 411) pour le Tombeau Oneto, au cimetière de Gènes.
Monteverde n’échappe pas toujours au principal défaut de l’art italien à son époque, défaut que, vingt ans auparavant, le comte de Laborde avait caractérisé d’une façon si raisonnée et si juste dans son Rapport sur /' Exposition de Londres en 1851 :
« Evidemment la statuaire italienne est dans une fausse voie; une atmosphère débile plane sur l'école moderne; elle s’est laissé entraîner, par des praticiens d’une habileté surprenante, à des enfantillages. Ce sont les étoffes, les dentelles, le plumage des oiseaux, la fourrure des
Phot Paganini
Fin. 411. — Giulio Monteverde :
L’Ange de la Mort du Tombeau Oneto.
(Cimetière de Staglieno, Gènes.)
animaux qui la préoccupent; les mille puérilités de la surface la détournent d’études sérieuses du fond. Il suffirait d'une habile direction pour redresser ces tendances fausses, car ce qu'il y a de facilité abondante, de talent, de métier, d'habileté pratique dans cette jeune école est surprenant; c'est le sol le mieux préparé pour y faire germer et croître tout ce qu'on voudra. »
Monteverde a créé une belle statue de Victor-Emmanuel pour Bologne. C'est avec des monuments du même genre que Francesco Barzaghi 1839-1892) et Ercole Bosa (1846-1893) ont donné leurs chefs-d’œuvre, l'un, son Napoléon ///saluant dans un beau geste (cour du Sénat à Milan),
1 autre, son Victor-Emmanuel de Milan, vulgaire, mais plein de vie et de fougue. Benedetto Civitelli (1846-1903), élève de Dupré, fournil sa mesure avec le monument de Victor-Emmanuel pour Païenne. Pietro Costa 1849-1898), au contraire, manqua son monument de Victor-Emmanuel à Turin, ayant eu l’idée extravagante de juclier le roi, un tapis sous les pieds, au sommet d’une haute colonne.
A cette époque, au milieu de sculpteurs trop minutieux dans leur facture et véristes sans idéal, se détachent Ettore Ferrari (né en 1849) et Luigi Belli (1844-1919).
Ils ont créé deux belles statues, Ferrari, son Giordano Bruno pensif du Campo dei Fiori à Borne, Belli, son Raphaël , charmant et juvénile, à Urbin. Adalberto Cencetti (1847-1907) fait preuve d’un modelé souple dans son Ujnara Mali (Galerie Nationale d’art moderne, Rome).
Naples qui, au même moment, rénovait la peinture italienne, a contribué à régénérer la sculpture et à la dégager des liens qui entravaient son développement, à lui donner plus de spontanéité et de liberté. Acbille d'Orsi (né en 1845) prit la tête du mouvement. 11 débuta par le groupe des Parasites dont le modelé nerveux fut une révélation. Plus tard , sa statue Proximus tous (Galerie Nationale d’art moderne, Rome), un prolétaire accablé de fatigue, nous sommes à l'Age des statues à signification sociale, — trahit une pensée et un sentiment vigoureux sans niaiserie ni déclamation. Giovanni Battista Amendola (1848-1887), eut une égale influence. Dans le genre monumental, il cherche des
Fig. 412. — Vincenzo Gemito :
Buste de Verdi.
(Musée Bonnat, Bayonne.)
L’ARCHITECTURE ET LA SCULPTURE EX ITALIE
conceptions nouvelles : ainsi pour la Paix du tombeau Schilizzi, à Pausi lippe, il imagine une longue figure étirée, sorte de momie gainée par deux longues palmes stylisées. A la banale sculpture de genre, il substitua des études de types napolitains, pleins de verve, par exemple, /’ Automne (Galerie Nationale d'art moderne, Rome).
II. — Le Sud de l'Italie et le Piémont, les deux extrémités du royaume, vont donner à l’Italie ses sculpteurs les plus marquants. A Naples, l’exemple d'Amendola porta ses fruits. Costantino Barbella (1858-1925), Emanuele Serrano ont exécuté de délicates statuettes réalistes.
Phot. comrn. par 31. E. Ximenes.
Fig. 415. — Eltore Ximenes : Bas-relief du Monument Verdi, à Parme.
Une œuvre de celte sorte, le Petit Pêcheur, envoyé au Salon de Paris en 1878, révéla Vincenzo Gemito (né en 1852), que la maladie a malheureusement empêché de tenir de magnifiques promesses, telles que le Porteur d'Eau , la statuette-portrait de Meissonier, des bustes comme ceux du chanteur Faure, de Verdi (fig. 412), de Fortuny. Filippo Cifariello (né en 1805), instruit par D’Orsi, s'est fait une spécialité de bustes ou de figurines que dépare leur facture d’une précision photographique.
Des Pouilles est sorti Eugenio Maccagnani (né à Lecce en 1852), le principal collaborateur de Sacconi pour la décoration sculpturale du monument à Victor-Emmanuel. Sur le socle qui supporte la statue équestre du roi, il a figuré les quatorze plus importantes villes d'Italie.
Leurs patries voisines, leur puissance de travail, leur fécondité, leur prédilection pour de grandes œuvres rapprochent le Calabrais Francesco
Jerace (né en 1855), dont les Humains (Galerie Nationale, Home) prouvent de l’habileté, et le Sicilien Ettore Ximenes, né à Païenne en 1855, mais formé principalement à Florence, qui a travaillé surtout pour le Nord et s'est fixé à Rome.
Après avoir débuté par des œuvres menues, il s’est spécialisé dans les monuments officiels, dont plusieurs pour des pays étrangers, Etats- Unis, République Argentine, Russie; en llalie, nous citerons surtout le monument de Garibaldi, à Milan, et le monument Verdi (fi g. 415), à Parme: un portique en hémicycle, au centre formant un arc de triomphe, encadre un immense autel dont les bas-reliefs synthétisent l’inspiration
Phot. du Ministère de l’Instruction publique d'Italie.
Fig. 414. — Domenico Trentacoste : Nu féminin.
(Galerie Nationale d’art moderne, Home.)
du compositeur et les sentiments qu’il a chantés. Mario Rutelli, né également à Païenne, en 1859, imite Monteverde, notamment dans ses Furieux inspirés par le Chant VII de la Divine Comédie.
La même Païenne a donné à 1 Italie un de ses sculpteurs les plus séduisants : Domenico Trentacoste né en 1856) a assimilé, à Florence, l'art du Quattrocento, pour en tirer un style simple et raffiné qui s’exprime, soit dans de beaux nus féminins (tig. 414), soit dans des figures dramatiques comme la Fille de Niobé ou le Christ mort (cimetière de S. Miniato, près de Florence).
Rome adopte plus d’artistes qu’elle n’en enfante. La région romaine a surtout donné le jour à Giulio Tadolini (né en 1849), classiciste par hérédité, — son tombeau de Léon XIII, au Latran (190.7), pourrait être daté de 18-60, — et à Ernesto Diondi (1855-1917), qui, par contraste,
L’ARCHITECTURE ET LA SCULPTURE EN ITALIE
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témoigne d’une verve plébéienne un peu drue, mais vigoureuse, dans ses Saturnales représentant une bande de fêtards accrochés les uns aux autres, d'un sentiment pitoyable dans ses Pauvres Gens , baladins épuisés de fatigue sur la grand’route.
Le groupe toscan compte trois artistes en vedelle. Raffaello Romanelli né en 1856), à côté de productions commerciales, a donné des œuvres intéressantes ; son monument à Charles-Albert (Rome), trop
sévèrement jugé, offre, à côté de bas-reliefs mesquins, des parties appréciables, telles que le cheval du roi.
Le Siennois Emilio Gallori (1846-1 9 ‘24) a surtout créé le monument Garibaldi élevé sur le Janicule à Rome, conçu simplement , avec de belles proportions, le meilleur, peut-être, qui ait été élevé à la mémoire du grand patriote.
Cesare Zocchi(1851- 1922), cousin d’Emilio (voir p. 652), a donné sa mesure dans le monument de Dante à Trente, qui, vingt-cinq ans durant, symbolisa, en terre non libérée, les douleurs et les aspirations de
l ltalie. Son parent Arnaldo (né en 1862), (ils d’Emilio, a élevé plusieurs monuments, notamment dans l’Amérique du Sud un Christophe Colomb à Ruenos Ayres). Après eux, on peut citer Dante Sodini (né en 1858), Ezio Ceccarelli, né à Montecatini en 1865, spécialisé dans le genre menu, et Giuseppe Cassioli (né en 1865), auteur de travaux plus considérables, principalement une des portes latérales de Sainte-Marie-de-la- Fleur et le tombeau de Rossini à Santa Croce, agréable pastiche du xve siècle, précédé d'une statue de femme dont le caractère théâtral se justifie parfaitement.
La contribution de Carrare, qui jadis fournissait autant d'artistes que de marbres, devient restreinte. Elle se borne surtout à Carlo Fontana
t. vin. — 83
Phot. Alinari.
Fig. 415. — Antonio Dal Zolto : Statue de Tai tini, à Pirano d’Istria.
iii>8
né en 1865), gracieux et délicat dans des statuettes comme le Porteur d eau arabe (Paris, Musée du Jeu de Paume).
Les Vénitiens ont conservé une tradition naturaliste jointe à une technique délicate. Lnrico Chiaradia 1851-1902) fournit une carrière assez courte que couronna sa statue de Victor-Emmanuel pour le monument de Rome. Riccardo Carnielo, de T révise (né en 1855), a mis tout son talent dans une statue de Mozart mourant (Musée de Bordeaux), exécutée suivant la formule vériste, mais avec délicatesse. Antonio Pal Zotto 1840-1917 i a conçu des statues harmonieuses, gracieuses et spirituelles, le Goldoni de Venise et le Tartini de Pirano d'Istria (fig. 415). Dal Zotto influença le Crémonais Luigi Secchi 1853-1921), artiste fécond, le plus grand bustier de Milan au début du xx‘‘ siècle, dont les figures de femmes et d'enfants frappent par leur accent nerveux fig. 410). Bassano Danielli (né en 1854) a produit des nus féminins calmes et agréables.
Milan offre, en tête d’une armée d'habiles marbriers, quelques artistes prééminents. Derrière Secchi viennent Felice Bialetti (1869-1909), auteur de nombreux tombeaux tel le mausolée de la Famille Izar au cimetière de Milan) et d'œuvres d'un sentiment délicat; Ernesto Bazzaro né en 1859), qui, à la suite de Giuseppe Grandi et sous l’influence du peintre Tranquillo Cremona, cherche à rendre le mouvement, comme le prouvent la Veuve (Galerie d'art moderne, Borne) et le monument original à Felice Cavalotti (Milan). Emilio Quadrelli (né en 1863) fait preuve d'un art très vivant dont témoignent sa Joie , au modelé délicat, et des statuettes. A ce groupe se rattache par ses côtés italiens le cosmopolite Prince Troubetskoï, né en 1866 et élevé dans le Milanais, auteur d élégantes statuettes-portraits.
L'apport du Piémont continue à être essentiel. Tabacchi a formé Cesare Reduzzi (né en 1857), auteur d'un Tibère simple et fort (Musée civique de Turin), puis deux maîtres qui, avec leur cadet Canonica, dominent l’époque présente. Ce sont Leonardo Bistolfî, né à Casale Monferrato en 1859, et le Turinois Davide Calandra (1856-1915). Pietro Canonica est né à Turin en 1869.
Calandra dépouilla la manière affectée de ses débuts, quand il sortit de
IMG. 417. — Davide Calandra : Monument au Duc d’Aoste, a Tu