ITALIE DE 1870 A NOS JOURS
Les phases qui acheminent la peinture française de l’académisme au romantisme, puis du réalisme à l'impressionnisme et aux recherches les plus modernes, sont moins délimitées, et souvent même peu apparentes, dans la peinture italienne. Au moment où Home est proclamée la capitale du royaume, et où se centralise, avec l'administration, l’existence officielle de l’art italien, c’est moins par l’enseignement, demeuré foncièrement classique, que par l'influence de quelques peintres un peu novateurs, que les progrès vont devenir sensibles. La routine académique demeure puissante jusqu’à la fin du siècle, et, si elle cède sur certains points, le bénéfice en est surtout dû aux influences étrangères.
Premiers essais modernes. Les peintres vénitiens. — Si nous retournons à Milan, nous y rencontrons, auprès du malheureux Faruffini (voir tome VIII, tre partie, p. 215), un peintre charmant, méconnu, lui aussi, de ses contemporains, et dont les œuvres nous apparaissent aujourd’hui comme d'un précurseur, Tranquillo Cremona, né à Pavie le 1U avril 1857, mort à Milan le 10 juin 1878. Déjà conduit par l’exemple de Carnevali à la recherche des vibrations lumineuses, il rapporte d'un séjour de huit ans à Venise la séduction d’un métier tout moderne. Son Mahomet 1860), sa Visite a la tombe <le Juliette et de Roméo (1862), son Marco Polo chez le Grand Khan des Tari ares (1865) sont encore de la veine romantique, qu’il abandonnait, dès cette même année, pour la sentimentalité délicate de son Fauconnier. En 1870, la même grâce se retrouve, et sans mièvrerie, dans Les deux Cousins (fig. 425), qui marquent le sommet de son art; il y a une exagération musicale, un « trémolo » dangereux déjà, quelques années plus tard, dans le Lierre.