Par M. André Pératé
A Venise, de la libération du joug autrichien sortit une brusque et joyeuse renaissance; et Giacomo Favretto (1849-1887) en fut le premier artisan. Ce peintre d’esprit délicat et de frêle santé, qui mourut jeune, sut renouer les gracieuses traditions d’autrefois, et faire vivre dans ses tableaux la Venise moderne, comme celle du siècle précédent s’était reconnue aux peintures de Longlii et de Guardi. Mais il réussit avoir d’un œil nouveau et à mettre en toile de façon originale les scènes aimables
ou populaires de la cité des eaux; il n ignore pas que les reflets de ces eaux paresseuses retiennent toute la fête des couleurs; et, s’il peint des barques sur un canal (Rio de lia Maddalena), il supprime délibérément le ciel, et coupe de son cadre la façade d’un palais, comme le feront bientôt un Wbistler et un Monet; ou, s’il peint de galants promeneurs en costumes anciens devant les marches de Saint- Marc (Le Liston en 1700), il accordera plus d'espace aux dalles de la place qu’au portail de la vieille basilique. Ailleurs (Le Modèle, Vandalisme, En attendant les maries, La Souris), il rappelle la grâce pimpante et papillotante de Mariano Fortuny, cet Espagnol transformé en Romain, dont l'influence sur l’art nouveau n’est pas à négliger. Et c’est à Fortuny encore que l'on songe, et à Fromentin, et peut-être à Ziem, devant les chatoyantes images d'un grand voyageur, le premier des orientalistes italiens, Alberto Pasini (1826-1897), (jui passa avec la même virtuosité des canaux de Venise aux solitudes de l'Egypte et aux bazars de Constantinople, pour le grand plaisir d une nombreuse clientèle plus spécialement parisienne.
L’année même de la mort de Favretto, en 1887, l’Exposition de Venise annonçait le triomphe de la jeune école à qui il avait ouvert la voie. Presque tous ceux qui devaient illustrer la peinture vénitienne de
Phot. Alinari.
Fig. 425. — Cremona : Les deux cousins.
(Galerie Nationale d'art moderne, Rome.)
LA PEINTURE EN ITALIE
nos jours étaient déjà là : Ettore Tito, né en 1859, imitateur hardi de la fougue de Tiepolo (fig. 426), qui tient dans l’art italien une place comparable à celle de Besnard en France, montrait un de ses premiers chefs-d’œuvre, le Marché au poisson; Luigi Nono, né en 1 <S50, et que son Refugium peccatorum, dès 1881, avait rendu célèbre, passait du paysage
Fig. 426. — Ettore Tito : L’Italie héritière et gardienne des trésors maritimes de Venise. 1910.
poétique au tableau de genre et de sentiment, traité avec une entente parfaite de la nature et un métier d'une souplesse admirable; Pietro Fragiacomo, né en 1856, se donnait tout à la vie de la lagune, dont il poursuivait, de jour et de nuit, le mystère; Bartolommeo Bezzi, né en 1851, rivalisait avec Fragiacomo dans les mêmes recherches musicales; Guglielmo Ciardi, né en 1856, offrait à son iils Giuseppe et à sa tille Emma des modèles dont ils savent continuer la délicatesse; d’autres encore, Silvio Botta, Angelo Dall’Oca, Alessandro Milesi,
Cesare Laurent i, Italico Brass, contribuent à assurer à la peinture vénitienne le caractère original et traditionnel à la fois qui sied à la ville où se célèbre perpétuellement la fête des couleurs.
Les « tachistes » florentins et leurs successeurs. — A Florence, vers 1848 ou 1850, on pouvait voir, dans un café de la via Larga, tout un groupe de jeunes artistes, auxquels se mêlaient parfois des étrangers, qui préparaient, par leurs libres et ambitieux propos plus encore que par leurs œuvres, une petite révolution. Leur première manifestation véhémente fut, en 1861, à l’Exposition de l’Académie, où treize d’entre eux refusèrent les récompenses, pour raison d incompétence du jury. Ils prirent le nom de macchiaiuoli , c’est-à-dire « tachistes », ce qui devait correspondre un peu à l'impressionnisme français. La plupart, il est vrai, s’arrêtèrent en chemin. Déjà nous avons parlé de Stefano Ussi (t. VIII, lre partie, p. ‘215), qui alla chercher la lumière au Maroc. Serafino de Tivoli (1820-1890), qui travailla à Londres et surtout à Paris, Odoardo Borrani (1854-1905), Vincenzo Cabianca (1827-1902), rival de Favretto dans ses peintures de Venise, d'une composition originale et vivante, Cristiano Banti (1824-1905) et Silvestro Lega (1826-1895), observateurs attentifs de la vie rustique, Giuseppe Abbati (1832-1868), Telemaco Signorini surtout (1835-1901), qui suivit à Paris le mouvement réaliste et sut habilement s’en inspirer ( Les folles à San Bonifazio, Galerie d’art moderne de Venise, Hors de Porta Adriana à Ravenne, Galerie Nationale de Borne), enfin Giovanni Fattori (1825-1908), très beau peintre de portraits, aussi bien que de sujets militaires et de paysages toscans et romains, furent les principaux représentants de ce groupe, où apparurent un moment les Napolitains Celentano et Altamura, et le plus grand de tous, Morelli.
Ils accueillirent aussi avec amitié le bolonais Luigi Serra (1846-1888), dessinateur acharné, qui mourut avant d’avoir acquis un métier de peintre vraiment personnel, et digne de ses heureux dons. Sa Vision d' Assise — la Vierge sortant d’un buisson de lis entre saint Bonaventure et saint François (Galerie Nationale de Borne) — et son Irnerius commentant le Digeste (plafond de la salle du Conseil Provincial de Bologne) le montrent encore très docile aux leçons des maîtres du Quattrocento; mais son tableau des Coronari à Rome, composé en largeur à la manière de Favretto, est d'une observation et d'une mise en toile parfaites.
Giovanni Boldini a beau être né à Ferrare, il appartient à Paris, don! il est un fils d’adoption, par sa vie, ses succès, l’esprit aigu et le haut goût de ses portraits mondains (fig. 427).
Il convient encore de citer, parmi les bons peintres de figures et d’anecdotes-, Arturo Faldi, Fgisto Ferroni, Angiolo Tommasi, Tito
LA PEINTURE EN ITALIE
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Lessi, Vittorio-Matteo Corcos, Galilco Ghini, Paride Bascucci. Adolfo de Carolis est connu surtout par des compositions de dessins et de fresques qui rappellent l'inspiration des préraphaélites anglais, de Burne-Jones à Walter Crâne.
Une habile et gracieuse école de paysagistes toscans se continue avec Francesco Gnoli, Niccolô Cannicci, Angiolo Torchi, et surtout Plinio Nomellini, né en 1866, qui applique les procédés divisionnistes aux jeux de sa fantaisie exubérante.
Mario Puccini (1869-1920), paysagiste délicat, n’a été révélé aux amateurs qu’après sa mort, en 1922, à l'Exposition Internationale de Venise.
Peintres romains. — Le romantisme s'attarde aux bords du Tibre.
Les Romains Cesare Mariani (1826- 1901), Guglielmo de Sanctis (1829- 1911), Francesco Jacovacci ( 1 854-1894) appartiennent encore, par leur âge et leurs tendances, à la vieille école.
Lodovico Seitz (1844-1908), de famille allemande, fut élevé par son père dans la tradition mystique des Nazaréens et le culte du Quattrocento; conservateur des peintures du Vatican, c'est «à lui que Léon XIII confia la décoration de la Galerie des Candélabres et la restauration de l’appartement Borgia.
Giovanni Muzzioli, de Modène (1854-1894), fut à Borne l'élève de Podesli cl de Cogbetti ; ses tableaux d’une archéologie élégante évoquent, s'ils ne l'égalent pas entièrement, la virtuosité d’un Alma Taderna i Le Temple de Bacchus, 1881, les Funérailles de Brilannicus, 1888). Cesare Maccari, siennois (1840-1911), est classique comme un Gérôine, mais plus robuste, dans scs grandes fresques du Palais du Sénat de Borne ( Atlilius Regulus, Cicéron , Papirius Cursor , Appius Claudius, fig. 428, etc.), plus hardi peut-être dans ses compositions d'histoire contemporaine (au Palais Public de Sienne); Pio .loris, romain (1845 -1921), nous ramène à Fortuny et à la légion de ses imitateurs italiens; Antonio Mancini. sicilien de naissance (Acireale, 1852), romain d’adoption, se fait appré-
t. vin. — 85
Phot. Bulloz.
Fig. 427. — Boldini :
Portrait de Madame. Cli. M.
(Musée du Luxembourg, Paris.)
cier par des tableaux de coloris éclatant, Aime le prochain comme loimême , Les Fils de l'ouvrier (Naples, 1877), La Servante vêtue en maîtresse Rome, 1883), Le Modèle peintre (Turin, 1884), et porte sa recherche d'une matière robuste et lumineuse dans les portraits qui, à l’étranger surtout, en France, en Angleterre, aux Pays-Bas, lui valent pour un temps la célébrité d'un Carolus Duran ou d'un Sargent. Nino Costa (1826-1903), plus indépendant, conquis au préraphaélisme par Bôcklin et Leighton, paysagiste surtout et critique redouté, fut le chef d'un groupe de jeunes peintres qui prit pour devise : « In arte libertas ». Le plus brillant repré-
Phot. Alinari.
Fie.. 428. — Maccari : Appius Claudius.
(Palais du Sénat, Rome.)
sentant du groupe et l'un des peintres les plus renommés aujourd'hui est Giulio Aristide Sarlorio, né en 1861, qui s’initia en Angleterre à la poétique des préraphaélites, et en compliqua peut-être à l’excès des conceptions d'une allure décorative puissante ( Les Fils de Caïn, 1889, La Gorgone et les Héros, La Diane d'Ephèse, 1897, Galerie Nationale de Borne); il a orné d’une frise considérable la salle du Parlement romain.
La mort prématurée d’Armando Spadini (1885-1925) a mis en deuil une partie de la jeune école romaine, sur laquelle il exerçait une très grande et bienfaisante influence. Né à Florence, où il reçut, à 1 Jnsti tu t des Beaux-Arts, les leçons d’Adolfo de Carolis, il obtint, au concours de 1910, la pension nationale, et fut envoyé à Rome, où il fit sa carrière. Ses belles études de nus, surtout les délicates maternités et les figures d’enfants dont il trouvait, sans se lasser, les modèles dans, sa famille, les
LA PEINTURE EN ITALIE
âpres fantaisies de ses dessins de la guerre (que, déjà malade, il ne put observer de près) furent, en 1924, une révélation pour les visiteurs de l’Exposition de Venise. Il ne put achever, au début de 1925, son propre portrait, destiné à la Galerie des Offices, mais, parmi ses grandes compositions, Le Retour de Tobie et surtout le Moïse sauvé des eaux , dont le sujet le préoccupa pendant quinze années sans qu’il en ait pu donner la version définitive (fig. 429), permettent de le comparer à Morelli dans
Phot. comni. par M. Colasanti
Fig. 429. — Spadini : Esquisse pour un Moïse sauvé des eaux.
(Collection Fiano, Rome.)
1 interprétation de la Bible. Spadini n'a point le souci du décor historique; il transpose, à l’exemple du grand Véronèse, ses personnages dans la vie moderne, et ne songe qu'à traduire cette vie avec le réalisme d’un Degas et la passion ardente d’un Renoir.
Domenico Morelli et l’école napolitaine. — A Naples, tandis que, durant la première moitié du siècle, l’Académie Royale, sous la direction du vénérable Costanzo Angelini, puis de Camillo Guerra, et par les leçons de Gabriele Smargiassi, imposant à ses fidèles la convention, affadissait la peinture de portrait, d’histoire ou de paysage, discrètement, peu à peu, des artistes isolés, qui aimaient la nature et leur patrie,
se rencontraient, se groupaient, cherchaient des voies meilleures. Giuseppe Bonolis savait mieux écrire et parler (pie peindre; mais autour de lui se formait une petite école de paysagistes, 1 école du Pausilippe, par qui les peintres napolitains commencèrent à connaître la vérité.
Le premier de ces lions paysagistes fut Giacinto Gigante (1805-1876), surtout aquarelliste, dessinateur et graveur. Achille Vertumni (1826-1894), d’abord peintre d’histoire, alla s’établir à Borne en 1855, et se donna tout à traduire 1 immense mélancolie de la Campagne et des ruines. Mais voici que commence un beau roman champêtre. Trois jeunes paysans, trois frères, quittent le même jour la ferme où ils sont nés, pour s’en aller peindre; de deux d’entre eux nous n’avons rien à dire; du troisième le nom vivra dans l'art italien. Filippo Palizzi, né à Vasto (1818-1899), est un poète charmant de l’herbe, des fleurs, des enfants et des bêtes, surtout des bêtes. Un confrère jaloux lui reprochait d’en rendre le poil, et d’oublier les os; cependant on s’attarde avec une joie profonde dans la salle de la Galerie Nationale de Borne où sont rassemblées ses éludes. Bien n’esl plus spirituellement el finement observé que ces mouvements ingénus, ces coups d’œil vifs et humides, cette attente soumise et prête à bondir de l'animal qui regarde son maître. Palizzi, dont l'influence fut grande, eut par moments de hautes ambitions; il peignit pour la Villa royale de Capodimonte Les Animaux sortant de l'Arche ; on le trouve mieux à sa mesure dans une Rentrée au bercail , dans l'image d'un Veau qui boit ou qui broute , et dans ses délicieuses études d’ânes.
Domenico Morelli (1825-1901) a joué dans l'histoire de l’art italien moderne un rôle de premier rang. Non qu’il ait été à proprement parler un novateur; s’il réagit contre l’enseignement académique, ce n’est point par la recherche d'un métier nouveau, ni par l’ampleur de compositions décoratives qui ressuscitent la grande tradition si lamentablement affaiblie et dégénérée; mais son œuvre a exactement répondu à un certain programme idéal qui, sans être absolument précis, était proposé aux artistes par une clientèle plus large et désormais unanime; après 1870, l'Italie demandait un art national : Morelli fui, pour un temps, l’artiste national de l’Italie.
Né à Naples, après des débuts rendus difficiles par une grande pauvreté, il demeura d’abord assez empêtré dans l'enseignement classique donné, de façon d’ailleurs très érudite, par le peintre Camillo Guerra), dont l’étude des vieux maîtres el les conseils du grand historien Pasquale Villari, son ami d'enfance et son futur beau-frère, devaient peu à peu l’affranchir. Il connut à Borne, en 1847, les derniers « Puristes » ou « Nazaréens », l'école à son déclin de l'Allemand Overbeck; en 1848, il prit part au soulèvement populaire contre les Bourbons, et faillit être fusillé; puis' il commença à se faire connaître par des tableaux où Ion
LA PEINTURE EN ITALIE
cherchait des allusions voilées à la persécution politique : Néophyte chrétien au tombeau d'un martyr dans les Catacombes , Deux martyrs chrétiens condamnés au supplice ; un peu plus tard, en 1855, il peignait, dans le même esprit, ses Iconoclastes , qui eurent un grand succès.
Puis il voyage; il visite l'Allemagne, les Pays-Pas, Paris et Londres; en 1856, il séjourne à \ enise. Il a observé, étudié; son intelligence s’est ouverte, son métier s’est mûri. 1 iepolo exerce sur lui une influence où se mêlent les souvenirs de la peinture française contemporaine, admirée
Phot. Alinari.
Fig. 430. — Morelli : Le comte Lara.
(Galerie Nationale d’art moderne, Rome.)
à l’Exposition Universelle de Paris; mais déjà les grands Napolitains du xvne siècle lui ont enseigné les ombres profondes et transparentes, et le dessin des figures par la lumière.
11 appartient encore au romantisme par les premiers tableaux où il se montre vraiment maître de sa technique : son Comte de Lara (1861), avec la délicate figure du page debout auprès du maître plongé en une méditation funèbre, résume ingénieusement tout le mystère du beau poème de Byron (fig. 430) ; Les Fugitifs d'Aguilée évoquent, la même année, la pensée douloureuse des terres pour longtemps encore séparées de la mère-patrie; l’œuvre, éloquente et simple, impose au souvenir la grandeur de son paysage d’eau et de ciel. En 1864, Le Tasse lisant son poème
devant Eléonore d'Este semble d’une composition plus facile et presque banale dans l’habileté extrême du rendu des étoffes; le maître a quarante ans, et son portrait, aujourd’hui exposé aux Uffizi de Florence, rend avec une belle énergie, à peine théâtrale, toute son ardeur passionnée et sa séduction ( fig. 451). Les deux tableaux shakespeariens du Roi Lear , en 1873 et 1874, sont pourtant d'assez pauvres choses, d’une émotion toute extérieure.
La véritable originalité de Morelli n’est point là, et la raison de l'influence de son œuvre pendant plus de trente ans sur les jeunes peintres italiens s’explique par le choix des sujets plus encore peut-être que par
l’autorité du professeur. Morelli, à partir de 1870, devient un peintre de tableaux religieux, dont il cherche surtout l’inspiration dans l'Evangile; mais il a rompu nettement avec la grande tradition pieuse de ses illustres prédécesseurs; son Evangile est celui de Renan; il le traduit en réaliste uniquement soucieux du pittoresque de la plus haute tragédie humaine. E Assomption qu’il avait peinte en 1869 au plafond de la chapelle du Palais Royal de Naples n’est, malgré ses audaces assez heureuses de coloris, qu’une réminiscence médiocre des envolées théâtrales mais si aériennes de Tiepolo ; Les Maries au Calvaire (1870, musée de San Martino, à Naples) et la Déposition de la Croix (1872, Galerie Nationale de Rome, lig. 452), doivent autant leur puissance d’émotion à la grandeur d’un paysage désolé qu’à la vérité hardie et simple des figures. Jésus raillé, La Fille de Jaïre, Jésus guérissant les possédés (1875 et 1876) n'ont déjà plus cette force d’expression, la virtuosité y brille et l’emporte; nous nous souvenons de l’étincelant Fortuny, qui vient de traverser Naples en conquérant. C’est l’esprit de Fortuny qui persiste encore dans des compositions célèbres comme les deux Tentations de saint Antoine, de 1878, où Morelli, au sommet de son art, a rassemblé à plaisir toutes ses habiletés.
11 reste fidèle à cet Orient qu'il a si fidèlement rendu sans l’avoir jamais visité, dans les tableaux peints de 1882 à 1886, La Prière dans le désert , La Prière de Mahomet, Jésus tenté, Jésus servi parles anges ; et le Judas repenti, qu’il terminait presque à la veille de sa mort (1900, Galerie
Phot. Alinan.
Fig. 431. — Morelli :
Portrait de l’artiste.
(Musée des Offices, Florence )
LA PEINTURE EN ITALIE
Nationale de Rome), témoigne une dernière fois de ces dons d’improvisation apparente, reposant sur une connaissance approfondie de toutes les ressources du métier, grâce à laquelle ce représentant exemplaire de la peinture moderne a passé de l’art classique de ses débuts au réalisme de sa maturité et à l’impressionnisme de sa vieillesse, sans jamais perdre une personnalité toujours reconnaissable et profondément intéressante.
Auprès de Morelli,
S a v e r i o A 1 1 a m u r a (1826-1897), grand patriote, n’est qu’un peintre retardataire. Bernardo Celentano (1835- 1865), admirablement doué, a laissé, malgré une mort prématurée, de belles compositions à demi romantiques, un Benvenuto Cellini( 1857), un Dante (1862), un Tasse (1863), où l'histoire se colore des feux de la poésie. Les dures épreuves de l'existence de Gioacchino Toma (1858-1891), persécuté par la police des Bourbons, et qui faillit être fusillé en 1859, se devinent au choix de ses peintures tristes et douces, qui reflètent surtout la mélancolie de l’hôpital, du couvent ou de la prison. Camillo Miola, Giuseppe Boschetto sont de bons élèves de Morelli ; Edoardo Dalbono (1841-1915), élève de Morelli et de Palizzi, rappelle surtout Fortuny par sa brillante préciosité (La Légende des Sirènes, 1874; Paysages napolitains, Nuages d'automne , La Brunie rose, Le Vœu à la Madone du Carminé, Nuit sereine, 1880; La Bénédiction dans les rues de Naples, etc...); Giuseppe de Nittis (1846-1884) abandonne Naples pour Paris, où son art séduisant, de réalisme anecdotique et mondain, lui va ut 1 es plus grands succès, tout en demeurant un peu superficiel auprès du métier puissant et sûr d’un Manet ou d’un Degas.
Phot. Alinari.
Fig. 452. — Morelli : Déposition de la Croix.
(Galerie Nationale d’art moderne, Rome.)
Paolo Vetri, sicilien, né en 1855, continue encore l'art de Morelli dans les fresques dont il décore des églises et des palais à Naples et dans l'Italie méridionale. Michèle Cammarano, Francesco Mancini, Gaetano Esposito, Vincenzo Caprile, Lionello Balestrieri sont peut-être les plus notables parmi la troupe nombreuse et brillante des élèves et imitateurs du grand maître napolitain. Le Sicilien Francesco Lojacono, né en 1841, se rattache plus directement à Palizzi.
Deux grands artistes isolés sont la gloire de l'Abruzze. Teofilo Patini, de Castel di Sangro 1840-1906), est un peintre populaire, qui fait de son art une prédication sociale. Francesco Paolo Michetti, né en 1851 à Tocco Casauria, élève révolutionnaire de la vieille Académie napolitaine, se fait connaître brusquement en 1877 par une vaste toile étince-
Pliot. Al mari.
Fig. 433. — Michetti : Le Vœu.
(Galerie Nationale d’art moderne, Home.)
lante, la Bénédiction du Corpus Domini à Chieli ; en 1880, il expose à Purin le Dimanche des Rameaux el d autres peintures où se traduisent en images saisissantes les paysages, les décors et les mœurs d’une contrée que les romans de son illustre compatriote et ami, Gabriele d Annunzio, révèlent en même temps au monde. Le Vœu, de 1885, que conserve la Galerie Nationale de Rome, est une immense toile, brillante et papillotante, où 1 exaltation religieuse et son tumulte sont rendus avec la plus prodigieuse habileté (fîg. 435). Puis il abandonne cette manière impressionniste, pour exécuter plus largement, à la détrempe, des tableaux comme La Fille de Jorio, d après le drame de d Annunzio (1895, Pinacothèque de Berlin), Les Estropiés, Les Serpents (Exposition Universelle de Paris de 1900), qui ont le grave défaut de n être que de pittoresques illustrations en des dimensions trop vastes.
Peintres lombards et piémontais. Segantixi. — Peu à peu, la vision poétique des peintres s élargissait. L Italie nouvelle n avait pas son école