Par M. Louis Réau
réussit à donner dans ses admirables statues de femmes nues, Lédas avec ou sans cygne, l'illusion de la chair tiède et vivante.
Peinture. — La leçon d'art français que la Glyptothèque de Jacobsen donnait aux sculpteurs, la Collection Wilhelm Hansen , créée à Ordrupgaard près de Copenhague, l'offrait aux peintres. Celte admirable o-alerie oui était destinée à l'État danois, et qui a dû, malheureusement, en lf>22. subir des amputations, contenait des chefs-d’œuvre de la pein-
ture française moderne depuis David jusqu’à Degas. Pour donner par quelques chiffres une idée de sa richesse, on pouvait y admirer six Delacroix, de très beaux paysages de l'Ecole de Barbizon, des Courbet, des Daumier Au Tliéâlre français, Le Compartiment de troisième classe) et surtout un choix abondant et raffiné de toiles impressionnistes : six Manet, sept Renoir, sept Degas, huit Claude Monet, cinq Cézanne et onze Gauguin. L’ensemble était digne d'être comparé aux célèbres collections moscovites de Morozov et de Stchoukinc.
Aussi l’influence de l'Ecole française, si marquée déjà chez les créateurs de la peinture danoise : Jens Juel et Eckersberg, ne cesse-t-elle de croître dans la seconde moitié du xixe siècle, à commencer par le romantique Lorenz Frôlich qui passe de l'atelier de Bendemann, à
L’ART DANS LES PAYS SCANDINAVES
Dresde, dans celui de Coulure, à Paris. Le maître le plus célèbre de la peinture danoise moderne, Peter-Severin Krôyer (.1851-1909), avait été à Paris l’élève de Bonnat. 11 a peint d’excellents portraits isolés ou groupés, — par exemple, Le Comité français de /' Exposition de Copenhague de 1888. — qui ont la solidité de construction des effigies de son maître avec, en plus, un sens de l’atmosphère qu’il doit à l’étude de nos paysagistes impressionnistes. C’est dans ses vues des plages blondes de Skagen, où il rend si délicatement la caresse de la lumière diffuse, que Krôyer a peut-être le mieux exprimé la nuance personnelle de sa sensibilité.
Les dunes de Skagen, à l’extrême pointe Nord du Jutland,ont également inspiré Michel Ancher et sa femme Anna.
Les paysans de l’île de Seland n’ont pas eu de meilleur interprète que le peintre Ring qui, paysan lui-même, connaît à fond ses modèles. Frits Syberg préfère l'île de Fionie, patrie du conteur Andersen. L’excellent animalier Theodor Philipsen, peintre des veaux et des poulains, dresse son chevalet dans 1 île de Saltholm. Ainsi chaque artiste se choisit son domaine.
Tout en imitant les peintres français, l’École danoise garde un accent de terroir. Ses représentants les plus typiques sont des intimistes comme Yiggo Johansen et Vilhelm Ilammershôj, (pii se plaisent à évoquer dans des intérieurs paisibles la douceur des veillées familiales.
Les peintres qui traitent des sujets bibliques ou historiques sont l’exception. 11 faut citer pourtant Kristian Zahrtmann, dont l’école a eu autant d’influence que celle de Krôyer, et surtout Joakim Skovgaard qui a tapissé les murs et les voûtes de la cathédrale de Yiborgde fresques colossales imprégnées d’un profond sentiment religieux.
La porcelaine danoise. — L’art décoratif est le triomphe de l’art danois contemporain, et la céramique est de tous les arts appliqués celui qui a connu dans ce pays les plus éclatants succès : à telles enseignes
Phot Acad, des Beaux-Arts, Copenhague.
Fig. 458. — Vilhelm Ilammershôj : Rayon de soleil. 1901.
(Musée royal des Beaux-Arts, Copenhague.)
qu’on a pu baptiser le Danemark, avec autant de vérité que de poésie : « le royaume de la Porcelaine ».
Cette industrie avait été introduite a Copenhague dès le xvme siècle par le Français Fournier : mais pendant longtemps on s'était contenté d'imiter les produits de Sèvres. C'est seulement à partir de 1885 que la Manufacture Royale fut réformée par un peintre d’origine norvégienne, Arnold Krog, qui apprit aux décorateurs à regarder la llore et la faune septentrionales, à copier de préférence les « animaux céramiques », ceux qui ont le poil ras ou la peau luisante : ours, otaries, phoques, anguilles. Son successeur, Joachim, recherche des effets plus vigoureux en employant le grès qui est, comme on l'a dit ingénieusement, « le mâle de la porcelaine ».
Une entreprise privée, la Manufacture Bing et Grondait /, réussit à se faire une place à côté de la Manufacture royale, en adoptant une gamme de couleurs plus sévères ; sa renaissance est due en grande partie au peintre Willumsen qui avait subi en Bretagne l’influence de Paul Gauguin dont le fils, Jean Gauguin, s’est d’ailleurs fixé en Danemark.
Depuis lors, la porcelaine danoise s'est maintenue au premier rang par un incessant effort de renouvellement.